
S’il y a bien un studio dont j’attends les sorties avec impatience pour leurs jeux narratifs, c’est bien Don’t Nod. Créateurs de Life is Strange, Vampyr, ou plus récemment Jusant et Banishers, pour ne citer qu’eux, on peut dire qu’ils savent y faire avec les jeux à choix impactants, aux personnages dont on se souvient, ainsi que des ambiances incroyables. En ce début d’année 2025, ils reviennent avec un jeu narratif, façon Life is Strange, mettant en scène quatre amies que l’on va suivre adultes et, en parallèle, lorsqu’elles étaient adolescentes. Quelque chose a bouleversé leurs vies à cette époque et les a séparés, mais quoi ? Découvrons-le ensemble dans cette première partie du jeu, la “Tape 1”.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Tape 1
D’un côté, nous sommes en 1995 et nous incarnons Swann, une jeune fille plutôt solitaire, passionnée par le cinéma, qui va rencontrer trois autres adolescentes : Nora, Autumn et Kat. Ensemble, elles vont former un groupe de musique, Bloom and Rage. De l’autre côté, nous sommes en 2022, le monde sort de la pandémie, et nous incarnons toujours Swann, qui revient dans sa ville natale suite à un message d’Autumn, ce qui va leur faire revivre des souvenirs douloureux d’un événement qui a bouleversé leurs vies il y a 27 ans, peu de temps après leur rencontre. En alternant les flashbacks et le présent, nous allons revivre avec elles ces différents événements.

Play Like Teen Spirit
Lorsque l’on lance Lost Records : Bloom and Rage, le jeu nous propose de choisir quelques menus réglages avant de nous afficher un écran d’avertissement concernant quelques sujets sensibles abordés. J’apprécie toujours cette bienveillance qui émane du studio, et que l’on retrouvera dans l’attitude et les choix éventuels de notre personnage. Car ici, les choix ont des conséquences (Don’t Nod oblige !). Des conséquences directes même. En effet, comme dit plus haut, on incarne Swann à deux périodes de sa vie, en 2022 tout d’abord, mais également, en parallèle, en 1995, sous la forme de flashback.


Ainsi, lorsque nous sommes dans ses souvenirs d’ado, la Swann adulte commente la scène. Et donc, les choix que l’on va faire lorsqu’elle est jeune vont directement se répercuter sur son discours actuel et les interactions qu’elle a avec les autres en 2022. Ici, pas de gameplay de fou, c’est même plutôt simple. On commence le jeu dans la voiture de Swann, pour rapidement basculer dans son ancienne chambre, et on va pouvoir découvrir et observer son univers. C’est toujours le moment que je préfère dans ce type de jeux narratifs / point & click, fouiller librement les environnements, découvrir la personnalité du personnage à travers ses répliques. D’ailleurs, la plupart du temps, il faudra fouiller, se promener, observer, caméra à la main et filmer (eh oui, c’est l’une des originalités de ce jeu).


Certains objets nous permettront de nous souvenir d’un moment ou de quelque chose, à travers des bribes de conversations mentionnées plus haut, d’autres pourront être ramassés et observés, ramassés et utilisés ultérieurement, ou filmés. D’ailleurs, parlons de la majorité du gameplay qui consistera à brandir notre caméscope ! Nous sommes en 1995 et Swann va vouloir faire un film mémoire du lieu dans lequel elle vit au moment de son adolescence et qu’elle va quitter à la fin de l’été. Elle va donc s’équiper de sa caméra et la trimbaler partout. Elle va filmer sa chambre, son chat, les animaux sauvages, le cinéma du quartier etc. Lorsque l’on filme, des coins de cadres vont apparaître à l’écran pour mettre en exergue les choses importantes que l’on va pouvoir enregistrer.



Suite à cela, nous aurons des thèmes à compléter avec un nombre minimal de vidéos à faire pour pouvoir en faire un petit film, “un mémoire thématique”. Ainsi, nous allons devoir faire 4 vidéos de notre chat, 9 vidéos de graffitis, autant de vidéos des oiseaux de la région, etc. Lorsque nous obtenons enfin le nombre de vidéos requises pour ces “vidéos collection”, un “mémoire” est créé automatiquement, mais peut être modifié à notre convenance. Nous pouvons le faire en modifiant l’ordre des vidéos, par exemple, ou encore en mettant une vidéo plutôt qu’une autre. D’ailleurs, le jeu nous force à nous déplacer caméra à la main, telle une vraie passionnée du 7e art, pour ne rien rater, certains éléments n’étant visibles qu’à travers la lentille de notre objectif, ce qui renforce énormément l’immersion.





(Flash)Backstreet Girls
Dans un style graphique entre l’animation enfantine, le réalisme et l’illustration moderne, Lost Records : Bloom and Rage est vraiment superbe. Les ambiances y participent énormément, mais également les jeux de lumière et la musique, qui apportent leurs pierres à la beauté visuelle de ce jeu. Le jeu est relativement vivant : les animaux vont et viennent, les voitures circulent ainsi que les trains, les personnages parlent entre eux. Cependant, quand on a fini nos différentes explorations et que l’on prend le temps d’observer, les PNJ restent plantés comme des piquets. Ils ne font même pas semblant de s’occuper, comme se gratter la tête etc. Ils sont simplement là.

C’est dommage, et ça fait perdre un peu de profondeur à l’univers qui, heureusement, malgré cela, reste tout à fait cohérent. Autre chose que j’ai trouvée étrange, c’est le fait de noter nos objectifs à suivre sur la droite, dans le menu pause. J’avoue avoir été déçue sur le moment car je m’attendais plutôt à quelque chose de “fait main” et créatif, intégré au jeu, à la façon d’un cahier de stickers, d’un journal intime, ou d’un menu sur la caméra par exemple. Heureusement, ce type de menu fait son apparition pour la gestion des différentes vidéos, avec des collages et des couleurs flashy, comme s’ils avaient été découpés dans des magazines.

Le HUD est on ne peut plus minimaliste, et les objets que l’on a en notre possession se retrouvent en haut à droite de notre écran, mais ce HUD s’étoffe un peu lorsque Swann filme. En effet, à la manière d’une caméra d’époque, le cadre sera réduit pour être proche du 4/3, et des indications typiques des caméscopes d’époque apparaîtront sur l’écran, comme le zoom, le rond rouge qui signale l’enregistrement et la date du jour. Mais il y aura également des coins de cadres sur les zones à filmer pour notre collection de vidéos, ou pour faire avancer l’intrigue. Je n’ai pas rencontré de bugs, juste des soucis de chargement de textures ou certains éléments texturés qui n’apparaissent pas, comme les colliers ras du cou de Autumn, et quelques lags.

T’as la Réf ?
J’ai trouvé très intéressant de jouer Swann en vue à la première personne en 2022, et en vue à la troisième personne en 1995, cela accentue l’idée que ce sont des souvenirs qu’elle revit plus âgée à travers sa conversation avec Autumn. Tout dans ce jeu, absolument tout, transpire les clins d’œil aux années 90. Peut-on parler de l’icône de sauvegarde qui est une disquette ? Ou encore des nombreuses cassettes vidéo et références au cinéma (Jurassic Park, X Files, Ça…), obligatoires étant donné la passion de Swann pour ce média ? Mais ce n’est pas tout : bonbons Pez, Pogs, tamagotchi, trolls, et tant d’autres choses que l’on retrouve dans les différents lieux que l’on va visiter !



Autre point très réussi : les séquences où Swann filme. On retrouve vraiment le style d’époque, avec les trames sur l’image, les interférences, la typo des titres, etc. Et comme dit plus haut, forcer le joueur à utiliser aussi souvent la caméra renforce énormément l’immersion. J’ai grandi dans les années 90, donc je comprends toutes les références (ou presque), et je me retrouve malgré moi dans les chaussettes de ces personnes qui brandissent la nostalgie à tout va… Sur ce point, on peut dire que le pari est réussi : la nostalgie est totale ! Ajouté à cela l’ambiance cosy et sa dose de mal-être à la Life is Strange, Twin Peaks ou Alan Wake 2 (donc de nouveau X-files), il ne m’en faut pas plus pour être conquise !



Sans parler des environnements en Amérique profonde, qui rappellent des ambiances à la Stephen King ou les studios Amblin, et accentuent cette nostalgie. Nous aurons d’ailleurs la possibilité de nous poser quelque part et profiter de quelques vues du lieu, ainsi que de la superbe musique qui l’accompagne. Dans la partie qui se passe en 2022, quelques allusions sont faites à la pandémie lors de conversations, ou de gel hydroalcoolique et de masques à l’entrée d’un dinner. De quoi rendre l’immersion encore plus crédible et réaliste. Une autre chose qui m’a fait apprécier l’immersion, c’est la manipulation des livres dans la bibliothèque de Swann. Leurs coins cornés, le code-barres, l’étiquette de prix encore collée dessus, l’usure du livre qui s’est fait lors de la lecture, on sent presque l’odeur des vieux livres juste en les manipulant !


Au début du jeu, il faut choisir la tenue de Swann à travers divers choix. Sans surprise, j’ai choisi le t-shirt du dinosaure, car pas de 90’s sans dino ! J’ai pu tester Lost Records : Bloom and Rage en version anglaise avec les sous-titres en français, mais pas la version française, cette dernière n’étant pas encore disponible à ce moment. Cependant, pas d’inquiétude, une version française sera bel et bien proposée lors de la sortie du jeu.

Comme d’habitude, les doublages sont très convaincants et très bien joués. Espérons que ce sera aussi le cas dans la langue de Molière. C’est délicat, je trouve, quand il y a de jeunes enfants ou de jeunes adultes à jouer, de ne pas tomber dans le surjeu ou la caricature, mais ici c’est tout simplement parfait et très naturel, sans fausse note. Enfin, la bande-son est très belle, très folk, toujours bien dosée, et participe grandement à l’ambiance du moment.

Focus sur le Mode Photo
Lost Records : Bloom and Rage se dote d’un mode photo ! Mode photo qui est d’ailleurs quasi identique à celui de Banishers : Ghosts of New Eden. En plus des fonctions de base, il est possible de régler l’ouverture, la distance focale, la profondeur de champ, mais également d’appliquer des filtres, d’ailleurs plutôt dans une vague vintage pour coller à l’ambiance du jeu. Pas de poses particulières pour les PNJ ou Swann, il faudra être créatif pour ne pas avoir de photos avec Swann qui regarde dans le vide, les bras ballants…


Don’t Nod nous propose encore une fois un jeu très intéressant. Le style s’éloigne de ses deux prédécesseurs pour revenir à leur patte des débuts, ce qui n’est pas pour me déplaire. Cette Tape 1, première partie de l’histoire de nos quatre héroïnes, est vraiment prenante et le décor prend le temps de se poser. Avec une ambiance nostalgique du tonnerre, des personnages attachants, une histoire intrigante et un gameplay simple mais pas inintéressant pour autant, j’ai vraiment hâte de découvrir la deuxième face de cette cassette et de retrouver Swann et sa team !
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Immersion
Ambiance et musique
Personnages attachants
Gameplay simple mais original
Les points négatifs
Manque de vie des PNJ
Quelques bugs visuels




