
Dans l’univers impitoyable des action-RPG, la saga Ys occupe une place de choix. Si vous n’avez pas encore exploré les joyaux que sont Ys VIII: Lacrimosa of Dana, Ys IX: Monstrum Nox et Ys X: Nordics (dont le test est à lire dans nos colonnes), il est grand temps d’y plonger sans aucune forme de retenue. Rappelons que ses épisodes se distinguent notamment par leur gameplay ultra-nerveux, leurs musiques extraordinaires et leurs personnages marquants. Quant à l’opus qui nous intéresse aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une nouvelle aventure, mais d’un portage d’un remake du troisième volet de la franchise. Pas de panique, on vous explique tout !
Ce test a été réalisé sur une version Nintendo Switch fournie par l’Éditeur.
“C’est la Oath qu’elles préfèrent”

Avant de rentrer dans le vif du sujet, un petit historique s’impose donc. Ys III est sorti en 1989 sur les ordinateurs japonais PC-8801 et PC-9801, sous le titre Wanderers from Ys. Peu après, des versions pour MSX2 et X68000 ont également vu le jour. En 1991, le jeu prend d’assaut le marché des consoles avec des portages PC Engine Super CD-ROM², Famicom (la NES japonaise), Super Nintendo et Mega Drive. En 2005, un remake 2D voit le jour sur PlayStation 2. Hélas, aucune de ces versions n’a été officiellement disponible en Europe. Toujours en 2005, Falcom réalise un remake 3D sur PC Windows, baptisé pour l’occasion Ys: The Oath in Felghana. Cinq ans plus tard, cette relecture déboule sur PlayStation Portable (PSP). C’est sur cette version que se base cette nouvelle édition sur Nintendo Switch et consoles PlayStation.

Copains d’avant
Nous retrouvons ce cher Adol Christin, aventurier devant l’éternel (dont les cheveux rouges sont aussi flamboyants que son courage), accompagné de son compagnon d’arme de toujours, Dogi. L’histoire débute lorsque ce dernier retourne dans sa contrée natale : Felghana (et plus précisément dans le village de Redmont). Huit années se sont écoulées, durant lesquelles la région a connu des bouleversements majeurs : une multiplication de créatures terrifiantes et la tyrannie d’un seigneur cupide (Lord MacGuire) pesant sur les habitants.


Tandis que Dogi sollicite le soutien de son ancien mentor, Adol aide autant qu’il le peut les habitants de la région (et surtout une amie d’enfance de Dogi nommée Elena) tout en faisant progresser une intrigue riche en complots. Du traditionnel comme on l’aime, avec une galerie de protagonistes classiques, mais efficaces. Cette ressortie propose un mode Turbo (avec deux accélérations disponibles à tout moment), de nouvelles illustrations pour les personnages (que l’on peut apprécier durant les phases de dialogue), même si les designs classiques restent accessibles pour les nostalgiques.

Adol bénéficie d’un nouveau doublage et en ce qui concerne la bande-son, nous avons le choix entre de magnifiques réorchestrations ou les versions PC-8801 et X68000. De quoi ravir toutes les générations de fans, qui pourront se confectionner leur partie à la carte. Malheureusement, le jeu n’est pas disponible en français. Vous pouvez choisir entre des doublages japonais ou anglais, mais les textes restent 100 % british. C’est un choix regrettable, surtout pour les joueurs francophones qui auraient aimé profiter pleinement de l’aventure sans barrière linguistique.



Court, mais intense


Armé de son épée, Adol combat donc des monstres par paquet de douze autours du village principal et dans les différents donjons disponibles. Le jeu n’étant pas très long (une petite quinzaine d’heures grand maximum suffisent pour voir le générique de fin), le rythme général est assez soutenu. De plus, une fois un fameux talisman ailé trouvé, vous pouvez vous déplacer facilement dans le monde de Felghana en utilisant les points de sauvegarde déjà activés (un grand classique des jeux Falcom). De quoi fluidifier d’autant plus votre quête. Lors des rixes contre les différentes créatures assoiffées de sang, on récolte sans cesse des bonus temporaires qui incluent des soins ou des améliorations de puissance.

Ces items, laissés par les ennemis lorsqu’ils sont vaincus, s’activent automatiquement dès qu’ils sont ramassés, ce qui évite toute interruption dans le flux de l’action. Ce principe pousse le joueur à aller sans cesse au contact afin de booster au mieux d’Adol. Les combos réussis offrent non seulement un moyen de maximiser les dégâts infligés, mais aussi de gagner des points d’expérience supplémentaires. Un vrai petit bonheur pour les bourrins de service ! De plus, ce choix de game design rend le titre facilement compréhensible pour les nouveaux venus dans la saga, même s’il faut quand même bien s’accrocher par moment (nous allons y revenir dans quelques lignes).

Notre héros peut aussi faire usage de pouvoirs magiques via des bracelets que l’on peut upgrader avec des gemmes dédiées. Ces sorts sont indispensables pour progresser (planer après un saut, allumer des torches pour ouvrir un accès, etc.). D’une manière générale, les mécaniques sont assez simples, c’est très ramassé à ce niveau également, et nul besoin de passer des heures dans les menus pour optimiser son avatar. La seule véritable gestion consiste à sélectionner et améliorer vos armes, bracelets élémentaires et armures.


Ces aspects reflètent les bases compactes du jeu original, même si son contenu a été enrichi au fil des différentes rééditions et remakes. Évidemment, comparé à l’expérience hautement galvanisante et explosive des derniers épisodes en date (Ys VIII: Lacrimosa of Dana, Ys IX: Monstrum Nox et Ys X: Nordics), Ys Memoire : The Oath in Felghana peut paraître simpliste et trop rudimentaire, mais la formule demeure toujours très efficace et plaisante.


Les limites de ce remake

Attention toutefois, il reste quelques vestiges du passé qui auraient pu être optimisés. Si la formule de Ys Memoire : The Oath in Felghana a été grandement améliorée via les ressorties successives du vénérable Ys III, il reste néanmoins quelques petits soucis qui risquent de crisper les moins patients d’entre vous. Tout d’abord, certains pouvoirs manquent d’ergonomie lorsqu’on les emploie. Par exemple, exécuter un saut plané parfait avec le pouvoir du vent ou cibler correctement un ennemi avec le pouvoir du feu demande un timing ou un placement bien trop précis, ce qui peut frustrer même un joueur expérimenté.

Il est dommage qu’aucun ajustement supplémentaire n’ait été implémenté à ce niveau. Dans le même ordre d’idée, même si le jeu propose plusieurs niveaux de difficulté, certains boss déroulent des patterns parfois peu lisibles, ce qui peut agacer à juste titre et transformer négativement l’expérience par endroit. Heureusement, après plusieurs tentatives infructueuses contre un gros monstre de fin de donjon, le jeu propose de diminuer la difficulté. De même, la robe graphique a également bien vieillie, même si cette 3D old school à la sauce PSP saura séduire les vieux routards du pad. Ceci étant dit, il est regrettable que les différents personnages paraissent un peu flous en comparaison du reste.



Rien de bien rédhibitoire, mais les récents portages et rééditions des classiques de Falcom (comme Tokyo Xanadu eX+ ou encore The Legend of Heroes : Trails of Cold Steel III et IV) nous avaient habitués à plus de fignolage. Quelques réglages ici et là auraient permis à cette énième version de viser encore plus haut. En dépit de ces petits manquements, il faut bien reconnaître que nous tenons ici la meilleure version de Ys : The Oath in Felghana.

Malgré ses limites et sa fainéantise, Ys Memoire: The Oath in Felghana demeure un classique qui saura séduire les amoureux d’action-RPG à l’ancienne. Cependant, il ne faut pas s’attendre à une expérience aussi percutante en termes de fun et de game feel que dans les épisodes récents, ce qui est somme toute logique, mais mieux vaut vous prévenir ! Le prix léger du jeu (29,99 €) fait qu’on peut se le procurer sans beaucoup de réserve, à partir du moment où l’on accepte certaines aspérités héritées d’un autre temps.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Des combats nerveux comme on aime
Des musiques fantastiques
Les nouveaux artworks sont très réussis
Un prix attractif
La meilleure version de The Oath in Felghana
Les points négatifs
Parfois trop punitif
Manque de nouvelles options de conforts
Les pouvoirs magiques parfois pénibles à employer
Une aventure un peu trop courte
Pas de traduction française




