
Après avoir régalé dernièrement les mordus de JRPG avec The Legend of Heroes : Trails Through Daybreak, Falcom revient avec sa série emblématique d’action-RPG. Après les excellents épisodes VIII et IX, Ys X : Nordics arrive avec des attentes élevées et doit prouver qu’il est capable de maintenir la qualité qui a fait la renommée de la franchise. Sorti au Japon il y a plus d’un an maintenant, le dernier-né de la famille est désormais entièrement disponible en français, nous offrant une nouvelle occasion d’accompagner l’intrépide Adol Christin.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Si vous avez manqué le début…
Dans le somptueux garage abritant toutes les Rolls de l’action-RPG, les modèles estampillés Ys tiennent une place de choix. Si vous n’êtes pas encore convaincu, Ys VIII: Lacrimosa of Dana et Ys IX : Monstrum Nox sont de parfaits points de départ, facilement accessibles sur nos machines modernes et complètement traduits en français. Ys VIII vous propose de passer au peigne fin une île isolée, où chaque recoin est rempli de secrets, tandis que de son côté, Ys IX vous transporte au cœur d’une vaste cité carcérale, offrant un environnement riche et dense qui encourage l’exploration, tout en exploitant judicieusement la verticalité des lieux. Ces épisodes se distinguent par un gameplay énergique, des musiques très entraînantes, et des personnages rudement attachants. Avec Ys X : Nordics, Falcom nous propose cette fois-ci de prendre le large avec la possibilité de traverser les mers, en naviguant de terre en terre.

Ça va Karja-ser !
L’univers de Ys s’est toujours inspiré du monde réel. Basé originellement sur une légende bretonne (Ys est une cité qui aurait été submergée par les eaux), la saga se déroule sur le continent d’Eresia, dominé par l’Empire Romun. Les forces de Romun se sont étendues vers Britai, Ispani, le fleuve Tigre, et jusqu’à Xandria en Afroca. Ces influences, loin d’être fortuites, enrichissent le lore de Ys, offrant un cadre narratif qui résonne avec notre propre histoire tout en restant dans le domaine du fantastique. Pour Ys X : Nordics, Falcom s’inspire allègrement des Vikings, en revisitant copieusement ses éléments culturels, sociaux et historiques.

De quoi imposer d’emblée une patte bien particulière à cet opus. Rappelons que la plupart des épisodes peuvent être joué dans n’importe quel ordre (car ils sont indépendants du point de vue scénaristique) tout en nous déroulant une aventure distincte d’Adol Christin, le grand aventurier aux cheveux rouges dont les archives et faits d’armes feraient pâlir bien des héros de jeux vidéo. Chronologiquement, les différents volets de la série ne se suivent pas toujours directement. Ainsi, Ys X: Nordics nous conte “La paradis perdu des Normans”, l’un des chapitres du recueil d’aventures de notre cher Adol, et se situe environ un mois après les événements d’Ys II: Ancient Ys Vanished (1988). Adol, alors âgé de 17 ans, se dirige vers Celceta avec son ami Dogi et le docteur Flair Rall.

Le choix de revenir à une version plus jeune de ce cher Adol après sa version plus mature dans l’épisode IX s’explique par la volonté de Falcom de séduire un public plus jeune, en particulier sur la Nintendo Switch, pour laquelle ce dixième volet était initialement conçu. La popularité de la console hybride auprès des jeunes joueurs a fortement influencé cette décision. Cette précision étant faite, revenons sur le voyage de notre héros, qui va être perturbé par un événement qui va le conduire avec ses camarades dans le golfe d’Obélia, une zone pleine de petites îles au nord d’Ispani et à l’ouest de Gllia. Là-bas, Adol rencontre deux factions : les Normans, marins puissants rappelant donc les Vikings, et les Griegrs, des créatures mystérieuses apparemment immortelles, qui constituent une menace pour les habitants de la région.


Pour contrer ce fléau, Adol fait équipe avec Karja Balta, une redoutable guerrière Norman et fille du jarl Grimson. Le jeu introduit une particularité intéressante : Adol et Karja se retrouvent liés par un filin lumineux, les empêchant de s’éloigner l’un de l’autre ! Ce lien ajoute une dynamique intéressante, à la fois dans l’histoire et dans le gameplay. Sans vous dévoiler les détails du scénario, sachez qu’il regorge de rebondissements et de moments émouvants, plaçant Ys X parmi les meilleurs volets de la série à ce niveau. En effet, les diverses révélations poussent à aller toujours plus loin, et les enjeux qui en découlent offrent de belles rampes de lancements pour chaque zone dans laquelle nos jeunes amis vont défourailler du monstre par palettes de douze.


Pour ne rien gâcher, la traduction française est de très grande qualité, avec un humour qui fait mouche, renforçant ainsi l’expérience narrative et rendant les dialogues encore plus percutants. Karja, avec son tempérament fougueux, ses répliques assassines et ses failles, parvient aisément à se hisser parmi les personnages les plus emblématiques de la franchise. Nul doute que les fans lui réserveront une place de choix dans leur panthéon personnel.

Double impact
Dans un action-RPG, des affrontements qui ne sont pas suffisamment plaisants peuvent considérablement ternir l’expérience de jeu. Heureusement, sur ce point Ys X n’a pas à rougir en comparaison de ses grands frères et se montre tout aussi performant en la matière. Falcom nous a même sorti un tout nouveau système, dit “Cross Action”, mettant à profit les deux seuls personnages jouables : Adol et Karja. Nous n’en décrirons ici que les grandes lignes pour ne pas vous assommer d’infos, mais sachez que différentes couches de gameplay viennent s’ajouter au fur et à mesure pour agrémenter de fort belle manière la formule.


Même chose pour les aspects hors combats. Mais revenons à ces derniers qui offrent deux modes principaux : Le Mode Solo, dans lequel on contrôle un personnage (Adol ou Karja) tandis que l’autre est géré par l’IA. Ce mode permet des attaques classiques et spéciales en alternant entre les deux héros, offrant des coups rapides et efficaces. Certaines attaques ennemies peuvent être esquivées automatiquement grâce à la rapidité des mouvements. Puis, il y a le Mode Lié. Dans celui-ci, les deux personnages agissent simultanément, permettant des attaques plus puissantes, mais avec des déplacements plus lents. Dans ce Mode, la garde (utilisant automatiquement le filin lumineux qui unit nos héros) permet de charger une jauge de multiplicateur de dégâts très efficace lorsqu’on l’utilise à bon escient.


Chaque Mode (Adol en solo, Karja en solo ou le Mode Lié) permet d’apprendre et de sélectionner des attaques spéciales, que l’on peut assigner à des raccourcis de la manette. En parlant de la manette d’ailleurs, il est vivement conseillé de modifier l’assignation du saut, de l’attaque et quelques autres mouvements dans les paramètres, les réglages de base n’étant pas des plus instinctifs (ce qui était déjà le cas avec les précédents Ys). À toutes fins utiles, je vous mets ma configuration idéale en screenshots ci-dessous, pour ce qui est des actions de bases et des attaques spéciales.




La mer de toutes les batailles
Les aventures d’Adol et de ses compagnons les conduisent à travers de nombreuses contrées et villages, mais leur base principale demeure le Sandras, un navire polyvalent. Ce majestueux bateau ne sert pas seulement de moyen de transport car il fait aussi office de centre d’opérations, où l’on peut stocker un tas de choses, accueillir de nouveaux membres d’équipage, et gérer diverses boutiques et services. C’est un espace vivant et évolutif, un lieu de convivialité où l’on discute et débloque de nouvelles quêtes annexes et des features de gameplay.


Pour celles et ceux qui ont joué aux précédents Ys, c’est en quelque sorte l’équivalent de l’auberge faisant office de QG dans Ys IX ou du camp de réfugiés dans Ys VIII. Le Sandras se gère comme un personnage à part entière, avec moult stats à monter, des coups spéciaux à débloquer, des équipements à ajouter, etc. L’exploration maritime ne manque pas d’activité, entre la découverte d’îles cachées ou à libérer, de navires marchands, de trésors flottants ou enfouis, d’animaux à étudier, d’attaques ennemis (que l’on peut éviter pour les ¾), les discussions entre les membres d’équipages, les messages de notre fidèle corbeau Hugill, la pêche (réalisable aussi durant les phases à pied), etc.



Les points d’intérêts sont nombreux et c’est à la discrétion de chacun de s’y rendre. Des batailles maritimes sont aussi de la partie et ces affrontements, très arcade dans l’esprit, sont simples en termes de prise en main. Dans certains cas, et après avoir affaibli un navire ennemi, le joueur peut lancer un abordage, passant à des combats rapprochés sur le pont pour s’emparer des trésors.


Adol, les opticiens !

Adol et Karja peuvent également faire usage de Mana, ce qui non seulement leur permet d’anéantir définitivement les Griegrs qu’ils rencontrent (ou de sauver des civils qui ont été transformés), mais aussi de débloquer des capacités uniques qui facilitent le parcours, un peu à la manière des dons vu dans Ys IX. Ainsi, il sera possible d’utiliser une corde magique pour se balancer et atteindre des points éloignés ou des ennemis, mais aussi pour tirer des objets et activer des mécanismes. On pourra aussi faire usage d’un overboard (comme dans Retour vers le futur 2) pour glisser joyeusement au-dessus du sol et de l’eau, asséner des attaques élémentaires de feu (avec Adol) ou se créer des reliefs de glace (avec Karja), et enfin utiliser un monocle antique pour voir des objets cachés et ralentir le temps.



Ces mécaniques sont habilement intégrées dans un level-design méticuleusement conçu, truffé de secrets et d’éléments à collecter, et qui permettent de renforcer différentes statistiques ou de créer des objets spécifiques. Certains passages permettent de désactiver le lien unissant notre tandem de choc (via une stèle bien particulière), pour que nos deux guerriers collaborent à différents endroits d’un niveau, avec tous les puzzles collaboratifs qui en découlent. De même, Adol se retrouve régulièrement sur une île mystérieuse qui semble coupée du reste du monde. Un endroit onirique qui amène des ruptures de rythme très intéressantes, comme la série sait si bien le faire.


Et comme les autres jeux Falcom, les options de confort pullulent ! Une fois un lieu découvert, on peut s’y téléporter à n’importe quel moment de manière instantanée, de quoi fluidifier grandement l’expérience et rendre la résolution des quêtes annexes plus souples que jamais. De plus, on peut sauvegarder quand on le souhaite, offrant une flexibilité bienvenue, surtout dans les moments critiques de l’aventure. Enfin, plusieurs niveaux de difficulté sont disponibles, permettant à chaque joueur d’adapter l’expérience à son propre style.
Le Mana gère

Ys X comprend un arbre de compétences nommé “Croissance” qui permet d’optimiser les capacités du binôme. Chaque personnage possède une arborescence qui lui est propre dans lequel on peut dépenser des points de Mana afin de débloquer des emplacements et compétences spécifiques. En implantant une perle magique dans un slot débloqué, une compétence exclusive est alors activée. Il existe quatre branches différentes qui sont activées avec des Graines de Mana :
- Bravoure : Capacités offensives, augmentant les dégâts infligés et la puissance d’abattement.
- Robustesse : Capacités défensives, réduisant les dégâts subis et accélérant la guérison des altérations d’état.
- Optimisme : Améliore des compétences hors attaque et défense, comme la vitesse de dash et la durée de chaînes de compétences.
- Ténèbres : Capacités ayant des effets positifs et négatifs, par exemple, augmentation des dégâts sous altérations négatives ou augmentation du taux critique à faible PV.

Un océan de sensations
Vous l’aurez compris, sur le fond, nous sommes présence d’un candidat solide sur ses appuis. Quid de la forme ? Là, comme toujours, c’est une affaire de goût. Les graphismes des jeux Falcom se distinguent souvent par un charme un peu nostalgique, avec un style qui pourrait paraître légèrement daté à certains, mais qui s’avère parfaitement maîtrisé ici grâce à un rendu que l’on pourrait aisément qualifier de néo-rétro. Il est important de noter que Falcom ne dispose pas des mêmes moyens financiers et techniques que les grosses structures.


Malgré cela, ils parviennent toujours à s’en sortir grâce à une cohérence artistique solide, un style anime chatoyant, et un traitement minutieux des univers qu’ils mettent en place. Même si certains environnements peuvent sembler répétitifs en raison de la thématique centrale, la cohérence globale maintient néanmoins l’intérêt du joueur. Et puis, la bande son, comme toujours, en met plein les oreilles avec des thèmes électrisants à mort qui côtoient des mélodies plus poignantes et intimistes. Chaque morceau est soigneusement composé pour accompagner les différentes atmosphères du jeu, des moments de tension aux instants plus calmes et contemplatifs. Là encore, la “Falcom touch” fait des merveilles, prouvant une fois de plus l’expertise du studio en la matière.

Il y aurait encore tant de choses à dire sur cette nouvelle master class signée Falcom. Sans aucun doute, Ys X : Nordics s’érige comme l’un des meilleurs action-RPG de son époque, et le fier représentant d’une brillante lignée. Dispensant un plaisir de jeu totalement addictif et un récit haletant, l’aventurier aux cheveux rouge nous met à nouveau une claque, doublé d’un beau coup de pied au fondement assénée par sa coéquipière Karja, que les joueurs ne sont pas prêts d’oublier. Tout comme la grand-voile l’est pour un navire : indispensable !
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Karja : une star est née !
L’un des scénarii les plus prenants de la série
Des musiques toujours au top et qui réveillerait un mort
Des combats plus jouissifs que jamais grâce au Mode Lié
Les points négatifs
La caméra se bloque parfois dans des endroits incongrus lors de certains combats
Le réticule de verrouillage des ennemis est visuellement trop discret
Trois ou quatre cut-scenes comportaient des sous-titres non traduits et encore en japonais (espérons que cela soit patché le jour le de sortie !)




