
Il faut une certaine audace pour prendre une formule qui a littéralement engendré un genre vidéoludique, et décider de la revisiter dans un registre radicalement différent. C’est pourtant exactement ce qu’a osé Poncle, le studio derrière le phénomène Vampire Survivors, avec Vampire Crawlers. Plutôt que de proposer une suite directe, Poncle a eu l’idée un peu folle de transplanter son univers déjanté dans un deck-builder roguelite teinté de dungeon crawling. Pour moins de dix euros, la promesse est alléchante. Et le résultat ? Rien de moins que l’une des plus belles surprises de 2026.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
L’ombre des ténèbres

Pour comprendre d’où vient Vampire Crawlers, il faut remonter aux sources d’inspiration de Luca Galante, son créateur. Parmi les classiques des années 1980/1990 qu’il cite régulièrement (outre les Castlevania, évidemment, inspiration principale pour l’univers de Vampire Survivors), un nom revient sans cesse : Shining in the Darkness. Ce dernier mérite qu’on s’y attarde, car son influence est majeure. Lancé en 1991 sur Mega Drive, Shining in the Darkness (présent dans la compilation SEGA Mega Drive Classics) est un dungeon crawler de Sega qui proposait une exploration de labyrinthes en vue subjective.


Ce fut le premier titre estampillé Shining, qui donnera ensuite naissance à Shining Force, l’une des séries de tactical-RPG les plus réputées de la galaxie. L’influence de Shining in the Darkness se voit particulièrement dans la conception du Village, le hub central du jeu du studio Poncle. Vampire Crawlers en adopte la navigation atypique : on s’y déplace à la première personne, en explorant des bâtiments accessibles depuis une place centrale, en entrant chez le forgeron, chez le joaillier, la boutique de bonus, à l’auberge pour choisir ses aventuriers, etc. La mise en scène est une citation directe du RPG de Sega, et pour ceux qui ont connu le classique de la 16 bits à la robe noire, la reconnaissance est immédiate.
Cartes sur table

Avant de plonger dans les qualités intrinsèques de la dernière bombe de Luca Galante, voyons déjà les bases du gameplay. Vampire Crawlers, c’est quoi, concrètement ? Un dungeon crawler en vue à la première personne, mené au tour par tour, dans lequel chaque affrontement se règle à coups de cartes. On explore des donjons à plusieurs étages, peuplés de monstres de plus en plus coriaces, jusqu’à l’affrontement contre un boss qui ouvre l’accès à l’étage suivant. Pour chaque ennemi dézingué, on récolte des petites gemmes bleues qui font progresser une jauge de niveaux. A chaque nouveau niveau atteint, le joueur choisit une amélioration ou une nouvelle carte proposée par le jeu. Comme dans tout bon roguelite, chaque run commence avec un deck réduit que l’on va enrichir et affiner pour se montrer le plus efficace possible.

Au cœur de l’expérience se trouvent les Explorateurs (Crawlers) : les personnages jouables, issus de l’univers de Vampire Survivors. Antonio, Krochi, et leurs collègues sont de retour, mais leurs aptitudes se traduisent ici en cartes spéciales que l’on peut invoquer pour déclencher des effets puissants et des capacités uniques. Choisir son Crawler, c’est choisir son style d’approche : certains favorisent les longues chaînes de combos, d’autres misent sur la défense ou encore le stockage de mana. La variété est impressionnante, et découvrir les synergies propres à chaque personnage constitue à lui seul une source de motivation pour échafauder diverses stratégies. Le deck lui-même se compose de plusieurs catégories de cartes, avec un code couleur et divers icônes pour en faciliter la clarté.


Ainsi, l’immersion est rapide, car le rôle de chaque carte (attaque, défense, génération de mana, bonus divers) est immédiatement compréhensible. Cette lisibilité exemplaire coexiste avec une dimension cryptique et secrète, invitant le joueur à l’exploration personnelle (à la manière de Vampire Survivors), quitte à consulter des Wikis. Loin d’être antinomiques, ces deux aspects se complètent de manière stimulante, s’appuyant sur une structure d’une précision chirurgicale.On monte en puissance en gagnant de l’expérience au combat, en ouvrant des coffres, en pulvérisant divers éléments destructibles et en dénichant des gemmes spéciales pour améliorer ses cartes.



Sans parler de pléthores de propositions et de surprises en tout genre qu’on préfère vous laisser découvrir ! Quant aux armes, elles évoluent plus ou moins selon les règles de Vampire Survivors (via des combinaisons de cartes et d’éléments) et débloquer une évolution reste toujours aussi satisfaisant. Entre deux donjons, on rentre au Village pour dépenser ses ressources, améliorer son deck de départ, upgrader ses cartes, acheter des personnages libérés dans les donjons, et se préparer à la prochaine descente. La boucle est claire, fluide, et immédiatement addictive.


Turbo Deck-on !
Luca Galante et son équipe n’ont pas lésiné sur le contenu abrité par cette première version qui, nous n’en doutons pas une seule seconde, sera régulièrement alimentée par moult mises à jour truffées de nouveautés. Pour l’heure, vous pouvez déjà compter sur une vingtaine de personnages déblocables, une quinzaine de zones à explorer, et des charrettes gorgées à ras bord de cartes, de combinaisons, de bonus et autres joyeusetés. La progression dite “méta” est particulièrement bien pensée. Entre chaque run, les ressources récoltées permettent d’améliorer les decks de départ, de personnaliser les cartes via un système de gemmes et d’ouvrir de nouvelles options stratégiques.


Chaque visite au Village donne l’impression d’avancer, même après un run catastrophique. C’est ce genre de détail d’équilibrage qui fait la différence entre un roguelite qu’on abandonne après dix heures et un qu’on ne lâche plus. Quoi qu’il se passe, on a toujours envie d’y retourner ! Votre serviteur ne cesse de relancer le titre après plus de 50 heures de jeu, même après avoir vu le générique de fin 4 ou 5 fois. La formule est tout bonnement ensorcelante. Une recette implacable qui n’a rien à envier aux meilleurs roguelite/roguelike de la création, comme Dead Cells, Hades et sa suite, ou plus récemment l’excellent Absolum. Ce qui rend encore plus irrésistible la formule, c’est cette notion de “Turbo” (qui est d’ailleurs dans le titre).


Le dernier bébé de Poncle a en effet pour philosophie de rendre l’utilisation de cartes nerveuse, effrénée et jouissive. Mission réussie, au-delà des espérances ! On enchaîne les attaques et les effets avec ses cartes dans une fureur dingue, à tel point que l’on entre au bout de quelque temps dans une sorte de “flow” dont il est difficile de se défaire. C’est saisissant, et il faut y jouer pour le croire. Aussi, le système de combos qui demande de jouer ses cartes dans l’ordre croissant de leur coût en mana, ajoute encore une couche de stratégie pour une production qui n’en manque déjà pas.
Average Italian Countryside

La direction artistique de Vampire Survivors se trouve ici sublimée. On retrouve ce pixelart si attachant, qui avec la 3D et des effets visuels plus poussés s’envole vers une nouvelle dimension (c’est le cas de le dire !). Les feedbacks visuels et sonores sont toujours aussi “juicy”, et amènent une excitation de chaque instant. En parlant de la partie sonore, sachez que vous pouvez à nouveau compter sur des thèmes hyper galvanisants (dont le rythme s’emballe durant les combats), dont la plupart sont d’ailleurs repris de Vampire Survivors.


Et cerise sur le gâteau : la grande Yoko Shimomura (à qui l’on doit les bandes originales de Kingdom Hearts ou de Final Fantasy XV) signe ici le thème principal. Je terminerai ce test en indiquant que lorsqu’on a baigné dans une culture italienne, Vampire Crawlers prend une saveur encore plus délicieuse. Par exemple, les Arcanes (cartes spéciales que l’on doit débloquer et qui ajoutent des effets très puissants) sont directement inspirées de la scopa, un jeu de cartes traditionnel, l’un des plus populaires de la péninsule.

Tout comme dans Vampire Survivors, les références à la cuisine italienne pullulent. C’est là l’une des marques de fabrique de Luca Galante : des références assumées, affectueuses, jamais caricaturales. Les personnages portent des prénoms et des noms à consonance italienne. Les zones se déroulent dans une campagne italienne, l' »Average Italian Countryside » (“une campagne italienne typique”) telle qu’elle est spécifiée dans la description officielle. Il y a quelque chose de réjouissant à voir une production telle que celle-ci porter avec une telle simplicité l’identité d’une culture populaire italienne authentique.

Vampire Crawlers se montre tout aussi addictif que Vampire Survivors. Est-ce un exploit ? Tout à fait. Une fois lancé, impossible de décrocher. Chaque carte est un détonateur, chaque attaque est un feu d’artifice qui embrase l’écran, le tout porté par une difficulté savamment dosée et des défis ultra corsés pour les plus téméraires. Que vous connaissiez ou non Vampire Survivors, ou que vous n’ayez jamais touché un deck-builder de votre vie, la réponse est la même : foncez. Indiscutablement, l’un des titres majeurs de cette année 2026.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Tout est nerveux, explosif, satisfaisant
Une addictivité redoutable, à la hauteur de Vampire Survivors
L’hommage sincère à Shining in the Darkness, jusque dans la navigation du Village
Tout le lore, les armes et les personnages de Vampire Survivors parfaitement intégrés
Une bande originale superbe et des bruitages de folie
Un contenu hyper généreux pour moins de 10 €
Les points négatifs
Une police d’écriture peu lisible pour la description des maps
Trop dur d’attendre du nouveau contenu
Donne envie de manger italien tous les soirs (pas bon pour le régime)




