The Legend of Heroes : Trails of Cold Steel III et IV

Quelle belle époque pour les fans de JRPG ! Les titres d’envergure s’enchaînent (Like a Dragon: Infinite Wealth, Final Fantasy VII Rebirth…) et on ne sait plus où donner de la tête. Les agendas sont hélas trop chargés pour se permettre de plier les hits incontournables quelques jours après leurs sorties, mais s’il vous reste encore du temps, j’ai une excellente nouvelle pour vous : une saga moins populaire sous nos latitudes (mais bien connue de nos amis japonais) a des centaines d’heures de plaisir à vous proposer. Des heures faites d’émotions, d’affrontements épiques et d’intrigues géopolitiques. Voilà l’expérience exaltante que vous proposent les Trails of Cold Steel !

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

Famille nombreuse

Avant d’aborder les épisodes III et IV, ceux qui nous intéressent ici, il convient tout de même de revenir sur l’origine de la série, et plus spécifiquement sur sa place dans la saga Legend of Heroes, elle-même découlant de la franchise Dragon Slayer. Cela peut sembler un peu complexe à première vue, mais rassurez-vous, on va y aller en douceur. Nihon Falcom lance donc Dragon Slayer: The Legend of Heroes en 1989 et après moult sorties le studio japonais commercialise le tout premier Trails en 2004 avec The Legend of Heroes : Trails in the Sky (sur PC, puis sur consoles).

Les productions estampillées The Legend of Heroes se déroulent sur le continent fictif de Zemuria et les Trails ne font pas exception. Ces derniers fonctionnent en arcs narratifs et l’arc Trails of Cold Steel démarre quant à lui en 2013 pour atteindre son dénouement avec Trails of Cold Steel IV (2018) et The Legend of Heroes: Trails into Reverie (2020). Dans les faits,F c’est un peu plus compliqué et cela s’éclaircit naturellement lorsqu’on se plonge dans cette épopée, mais je préfère ne pas vous inonder d’explications outre mesure. Car mon objectif ici est de vous faire découvrir cette franchise, un joyau du JRPG frappé malheureusement du sceau de la confidentialité sous nos latitudes, et dont la richesse scénaristique (que ce soit en termes de lore ou de personnages) est assez vertigineuse.

Il est important de prendre en compte que Nihon Falcom, bien que disposant de ressources plus limitées que certains de ses concurrents plus aisés, parvient à créer des jeux aux aspects techniques certes modestes, mais qui se distinguent par une multitude de qualités remarquables. Ces caractéristiques transforment leurs titres en des expériences inoubliables, du moins à mes yeux. Cela s’applique également à la série des Ys, des Action-RPG tout aussi captivants et brillants, issus du même studio.

Si vous avez manqué le début…

Comme son nom l’indique, le diptyque Trails of Cold Stee l III/Trails of Cold Steel IV contient donc les épisodes 3 et 4 de Trails of Cold Steel (il est possible de les acquérir séparément en version numérique). La question cruciale pour tout joueur qui se respecte est de savoir si la connaissance des deux premiers volets est indispensable avant de se lancer. La réponse est double : oui, car Trails of Cold Steel se distingue par le suivi continu de l’histoire et l’évolution de ses personnages, créant ainsi un lien affectif évident, non, grâce aux résumés et rappels intégrés dans chaque jeu. Cependant, je vous conseille fortement de commencer par le premier opus, Trails of Cold Steel, disponible sur PlayStation 4 et par conséquent sur PS5. Vous serez alors surpris de l’attachement que vous développerez pour ces héros dès le premier volet, un lien qui, inévitablement, se renforcera à chaque nouvelle itération.

Mais autant vous prévenir : chaque titre demande entre 60 et 100 heures de jeu (selon le degré de complétion), et seule une traduction anglaise a été intégrée dans les versions européennes, excepté pour Trails of Cold Steel III qui est le seul à avoir bénéficié de textes traduits en français. Cela requiert donc un minimum d’investissement, mais les récompenses en valent largement la peine.

Maintenant que le contexte est établi, quelle est l’essence de Trails of Cold Steel ? Le jeu aborde une multitude de thèmes. Et l’exercice qui est le mien ici n’est pas des plus aisé, car il serait criminel de spoiler les moments clés de la saga. Dans le premier Trails of Cold Steel, on se retrouve propulsé dans l’Empire d’Erebonia (situé sur le flanc ouest de Zemuria), celui-ci étant sclérosé par des tensions entre la noblesse et les gens du peuple. La tête d’affiche de la série, Rean Schwarzer, n’est alors qu’un adolescent qui rejoint la prestigieuse académie militaire de Thors. Avec d’autres élèves, il intègre la Classe VII, qui a pour particularité de mélanger des étudiants nobles avec des éléments venus de familles plus modestes. L’aventure se concentre sur l’évolution des liens unissant les membres de la Classe VII. Au fil des missions qui leur sont confiées, ils se rendent compte des conflits et des inégalités sociales qui rongent la région. L’opposition entre l’Empire d’Erebonia et la République de Calvard se dessine déjà dans cet épisode, où l’on découvre aussi diverses factions et groupes terroristes.

Trails of Cold Steel II est la suite directe de son aîné, et nous met tout de suite dans le bain en nous faisant vivre les événements qui suivent les derniers instants – particulièrement intenses – du premier épisode. On retrouve donc Rean et les autres membres de la Classe VII, acteurs et témoins malheureux d’une guerre civile entre une faction pilotée par les quatre grandes maisons de la noblesse, et la faction réformatrice du chancelier Osborne. Ce volet, en plus de nous offrir une vision plus vaste de l’univers de la série, va aussi s’attarder sur une mystérieuse technologie ancienne, sans oublier un fameux clan de magiciennes que les fans connaissent bien.

Esprits rebelles

Trails of Cold Steel III (la première moitié de l’énorme morceau qui nous intéresse ici) fait un petit bond dans le temps et l’on retrouve un Rean devenu adulte. Le “Chevalier cendré” est désormais un héros de guerre. Effectivement, Rean et son superbe mecha Valimar (oui, il y a des robots aussi, nous y reviendrons) ont joué un rôle déterminant, tout comme les autres membres de la Classe VII, dans les conflits qui ont animé la région. Il se voit désormais confier une mission capitale : diriger une nouvelle version de la Classe VII au sein d’une école fraîchement établie. Ce groupe éclectique mélange des nouveaux venus : Juna Crawford et Kurt Vander, mais aussi une figure déjà connue : Altina Orion. La classe s’enrichit par la suite avec de nouveaux élèves, comme ce fut le cas pour la Classe VII originale, avec Ash Carbide et Musse Egret. La cohabition s’avère pour le moins complexe, sur fond de tensions continues entre différentes zones du continent. Les traces de la guerre demeurent vivaces et les luttes politiques perdurent au cœur l’Empire d’Erebonia.

Ainsi, l’une des bonnes idées du pitch de cet épisode 3 tient au fait de voir Rean peu respecté par ses élèves durant les premières heures de l’intrigue, et ce en dépit de son statut de héros. Évidemment, les événements vont faire que le groupe va se souder petit à petit autour de son instructeur, avec en toile de fond l’évolution des différents conflits, et l’apparition de nouveaux objectifs et personnages.

Quant à l’épisode IV, en parler un minimum sans révéler les moments clés du III est délicat (voire inenvisageable), surtout que son intrigue reprend deux semaines après un cliffhanger majeur. Sans trop en révéler, on peut dire que la Classe VII se retrouve dans un endroit inédit, ourdissant un plan pour secourir Rean, qui se trouve dans une situation périlleuse. Parallèlement, les signes avant-coureurs d’un nouvel affrontement majeur commencent à se manifester. Cette petite équipe est destinée à accomplir de grandes choses, avec des enjeux qui ne cessent de croître. Mais je n’en dirai pas plus pour préserver le suspense !

Dans Trails of Cold Steel III, en tant que leader de la nouvelle Classe VII, vous oscillerez entre la gestion quotidienne de la vie à l’académie et ses alentours, des défis au sein d’une installation high-tech nommée le Fortin d’Einhell, et des missions en extérieur. Pour vos déplacements, un train superbement équipé sera votre principal moyen de transport (ainsi que votre base de fortune), bien que d’autres véhicules soient également disponibles. L’aventure se découpe en chapitres distincts, chacun conclut par des rapports évaluant vos succès et, parfois, vos échecs.

Indépendamment de la phase de gameplay dans laquelle vous vous trouvez, le jeu regorge de quêtes annexes et de missions diverses qui enrichissent considérablement l’univers. C’est également une opportunité pour renforcer les liens avec les autres personnages, sur le modèle des Persona, tout en accumulant de l’argent, des objets et diverses ressources. Que ce soit en se promenant, en explorant, en dialoguant ou en combattant, les récompenses sont omniprésentes et ajoutent une dimension très gratifiante à l’expérience globale.

Croiser le fer dans un gant de velours

Concernant les combats, ils s’appuient sur les fondements des deux premiers volets tout en introduisant un système de commande directe. Celui-ci remplace les commandes par anneaux pour une utilisation intuitive de la croix directionnelle et des boutons de la manette pour exécuter les actions.

Comme dit plus haut, l’idée de ce test n’est pas de vous noyer dans des listes interminables de descriptions, car à l’image des autres éléments du game design, les affrontements dispensent un grand nombre de possibilités, toutes imbriquées avec brio, sans que l’on s’y perde. Pour ce qui est des bases, il convient déjà de préciser que les ennemis sont visibles dans les diverses zones que Rean et ses camarades arpentent joyeusement. Les monstres peuvent être astucieusement piégés de multiples façons, permettant ainsi de gagner un avantage crucial dès le début du combat. Fidèle à la tradition des JRPG, on bascule dans un écran distinct pour se mettre frénétiquement sur la caboche. Cette transition entre exploration et lutte est si fluide qu’elle ne perturbe en rien le rythme, garantissant ainsi une expérience sans interruption ni temps mort.

Une frise dynamique située à la gauche de l’écran indique l’ordre dans lequel les héros et monstres vont agir, un excellent procédé rappelant le non moins excellent Final Fantasy X. Cet ordre préétabli peut être altéré par divers bonus ou malus affectant les participants, ajoutant ainsi une couche stratégique à l’affrontement. Jusqu’à 4 personnages simultanément peuvent prendre part à la baston, et il est aussi possible de switcher quand on le souhaite avec un autre protagoniste non sélectionné en amont. Bien pratique quand l’un des membres de l’équipe première se retrouve à mal, sans points de magie (PE) ou points de compétence (PC).

En outre, le titre de Falcom permet de couper instantanément toutes les séquences d’attaques, de préparation de magie, d’attaques spéciales et tout autre moment survenant avant ou après avoir validé une action, avec une simple pression du bouton option. Le joueur contrôle ainsi totalement le rythme des combats. Il est même possible de passer la rixe en mode auto, pour que vous enchaîniez tout seul des attaques, avec une rapidité d’action décuplée. Ce genre d’options de confort pullule à tous les niveaux (à l’image des derniers Ys), comme la possibilité de se téléporter – là encore sans aucun temps mort – à n’importe quelles zones et sous-zones déjà débloquées. Le grand luxe !

Montre à Quartz

Abordons maintenant quelques mécaniques pour le moins importantes, comme le système de liens. En interagissant avec ses camarades, en passant du temps avec eux et en les soutenant, ces liens se renforcent, ce qui se traduit par une coopération plus efficace durant les combats. Ainsi, il est possible de lier deux personnages, leur permettant d’exécuter des actions combinées, en puisant dans des Points de Bravoure (accumulés au fil des attaques). Cette stratégie, alliée à la gestion judicieuse du placement sur le terrain, s’avère essentielle pour surmonter les défis les plus complexes. Évidemment, les raids violents impliquant toute l’équipe sont également faisables, à partir d’un certain nombre de Points de Bravoure en stock. Là encore, on retrouve un côté Persona des plus attractifs.

Est également implémenté un système de rupture, lié à une jauge spécifique accolés aux ennemis (en plus de la barre de vie). Une fois le compteur à zéro, les dégâts infligés sont décuplés et cela force l’ennemi à abandonner des objets (entre autres). N’oublions pas non plus les Brave Order, qui permettent d’activer des particularités précises affectant l’ensemble du groupe pour un nombre déterminé de tours.

Une autre pierre angulaire du système vient des Quartz, des sortes de Materias (coucou Final Fantasy VII !) que l’on doit placer sur son Arcus II, un genre de super téléphone portable où l’on place ces orbes qui augmentent certaines statistiques et – surtout – confèrent des effets magiques à vos attaques, quand elles ne vous donnent pas accès à des sorts dévastateurs. En plus de ces Quartz à disposer (et que l’on peut trouver, acheter ou fabriquer grâce à la collecte de Sépithes, des gemmes magiques), chaque personnage est équipé d’une Master Quartz principale, complétée par une seconde en option, toutes deux modifiables et interchangeables selon les besoins.

Ce système offre ainsi une myriade de combinaisons possibles, ouvrant la voie à une personnalisation quasi infinie (Trails of Cold Steel IV amène quelques variations au système, notamment sur la gestion des Quartz, en s’inspirant de l’épisode II). Et puis, il y a les affrontements en robots ! 

Des foires d’empoigne dantesques qui prennent une place de plus en plus prépondérante depuis les débuts de la licence. On y retrouve peu ou prou les fondamentaux des combats classiques, avec des subtilités supplémentaires. Là encore, c’est fichtrement bien conçu et galvanisant à souhait. À plus forte raison que le design des mechas est absolument splendide, à commencer par Valimar, le compagnon de fer qui épaule Rean dans ses aventures. À noter que l’Arcus II permet aussi se remplir moult quêtes annexes et de garder le contact avec certains autres personnages.

L’école des champions

Sur ces bases, de nombreuses couches de gameplay, de features et autres mécaniques viennent se greffer à tous les étages du game design, de manière naturelle et non-invasive, de sorte que l’on a toujours quelque chose à faire, si on le souhaite, ou pas d’ailleurs (à l’image du jeu de cartes implémenté au titre).

Et il y aurait tellement d’autres options à décrypter (durant les combats et en dehors), mais rien ne vaut le plaisir (incomparable) de les découvrir par soi-même. C’est pour cette raison que je ne m’attarde pas trop sur la pléthore de protagonistes, nouveaux et anciens, qui peuplent ces deux épisodes et dont le background se montre assez riche.

Chaque membre de notre équipe proche ou étendue possède une personnalité propre et un charisme indéniable. Une constatation qui concerne aussi les nombreux ennemis (même si la notion même d’ennemis pour certaines des figures croisées en chemin demeure assez vague). Quant à Rean, il est très attachant, avec une droiture et une faculté à garder son calme en toute circonstance (enfin presque, mais je resterais vague à ce sujet, à dessein, une fois encore). Au-delà de ses propres étudiants, Rean devra régulièrement collaborer avec d’autres acteurs du conflit, diversifiant encore plus le type de missions proposées.

Un fond donc assez chiadé, sublimé par un chara-design qui ne l’est pas moins. Le design général s’avère effectivement splendide, tout comme la bande-son (on retrouve des thèmes connus avec d’autres inédits, pour le plus grand plaisir de nos oreilles). Sur ces deux points, comme tant d’autres, Falcom n’a jamais déçu et l’on reconnaît sa patte inimitable.

Le seul aspect qui peut faire débat concerne le bilan technique. En vertu de sa taille modeste et son statut de petit artisan qui façonne ses œuvres avec beaucoup de cœur, mais peu de moyens, les graphismes affichés par Trails of Cold Steel III et Trails of Cold Steel IV oscillent entre rendu Dreamcast et PlayStation 3. Personnellement, j’y trouve un charme fou, et je retrouve parfois cette colorimétrie très vive que l’on pouvait trouver sur des jeux comme Skies of Arcadia (pour ne citer que celui-ci, mais dont l’esprit se retrouve aussi dans les Trails). Selon moi, cela fait partie du package, de l’esthétique de la saga.

En quelque sorte, nous sommes ici en présence d’une robe néo-rétro qui s’est offert un moteur abritant tout ce qui se fait de mieux en termes de mécaniques et d’options de confort. Et, quitte à radoter, cela confère aux productions Falcom une élégance atypique à laquelle je souscris totalement. Le seul véritable hic provient des baisses de framerate régulières, qui n’avaient pas été remarquées dans les deux précédents opus. Au moment où ces lignes sont écrites, aucune mise à jour n’est venue régler cette seule véritable ombre au tableau.

Pour conclure…

La sortie de Trails of Cold Steel III et Trails of Cold Steel IV sur PS5 offre une merveilleuse occasion de plonger dans cette saga exceptionnelle. Celle-ci mérite amplement sa place parmi les jeux les plus illustres du genre qui composent votre collection. Avec leur grande richesse narrative et ludique, ces deux merveilles s’imposent comme des incontournables. Grâce à plusieurs niveaux de difficultés (modifiable à la volée), il est possible de se laisser happer à son propre rythme, en profitant de toutes les options de confort que Falcom à mis en place. C’est le moment parfait pour s’engager dans une aventure épique et chorale, riche en personnages mémorables, et agrémentée d’un gameplay robuste et de mélodies ensorcelantes. Il est cependant regrettable que seule la troisième itération de la série ait été gratifiée d’une traduction française. Pour Trails of Cold Steel IV, tout comme pour le premier et le deuxième opus, il faudra se contenter de l’anglais pour les textes.

La  note  de la  rédaction

4-5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Un gameplay en or massif

Un univers très riche et des personnages qui le sont tout autant

Un scénario captivant, pour peu que l’on s’investisse un minimum

Des musiques superbes, galvanisantes, apaisantes ou poignantes (selon les situations)

Un jeu très accueillant avec différents niveaux de difficultés

Des options de confort par dizaine

Les voix japonaises disponibles

Les points négatifs

Des soucis récurrents de fluidité (on croise les doigts pour un patch)

Il est quand même préférable d’avoir fait les deux premiers épisodes pour en profiter un maximum

Seul Trails of Cold Steel III est traduit en français

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