
Alors que l’éditeur Shueisha, géant de l’édition du manga au Japon, diversifie ses activités et s’intéresse désormais aux jeux vidéo, Shueisha Games s’associe au studio Hakababunko pour révéler au monde un titre étrange et surprenant. Dévoilé par surprise lors de l’Indie World du 14 novembre 2023 et prévu pour sortir initialement fin 2024, Urban Myth Dissolution Center se sera fait attendre jusqu’au mois de février 2025, le 13 pour être précis, avant de débarquer sur PC, PS5 et Nintendo Switch. De quoi nous rendre plus que curieux de découvrir ce titre qui nous promet d’entrée de jeu des enquêtes à nous faire dresser les cheveux sur la tête. À l’heure où les légendes urbaines pullulent grâce à leur dissémination sous forme de rumeur sur les réseaux sociaux, il est temps pour nous d’en affronter quelques-unes en intégrant le Centre de Dissolution des Légendes Urbaines. Une mission qui risque bien de ne pas être aussi simple qu’il n’y paraît…
Ce test a été réalisé sur une version Nintendo Switch fournie par l’Éditeur.
Urban Legend

Urban Myth Dissolution Center commence par notre rencontre avec l’étudiante en informatique Azami Fukurai, qui voit quotidiennement des ombres qu’elle est la seule à percevoir. Troublée, elle tombe un jour sur une affiche du Centre de Dissolution des Légendes Urbaines et y voit l’opportunité de mettre fin à ses visions. Arrivée dans les bureaux du centre, elle y est accueillie par le directeur Ayumu Meguriya, jeune homme mystérieux en fauteuil roulant. Ce dernier lui explique comment le centre lutte contre les légendes urbaines qui prennent leur source dans les rumeurs, notamment sur les réseaux sociaux. Il lui révèle également qu’elle possède le pouvoir de Clairvoyance et que les ombres qu’elle voit sont en fait des traces du passé. Mais la chose se corse lorsqu’il l’invite à s’asseoir et qu’Azami s’exécute.



La chaise en question est en fait une chaise maudite connue pour tuer tous ceux qui y prennent place, l’étudiante n’a alors plus le choix, elle doit découvrir le secret du meuble avant que la malédiction ne frappe. C’est à ce moment précis que vous entrez dans sa peau pour un petit tutoriel vous expliquant les bases du gameplay, après qu’Ayumu vous ait remis des lunettes permettant de voir vos visions de façon bien plus claire. Une fois le subterfuge trouvé (une seringue dans l’assise inoculant un poison) Azami s’est aperçue qu’elle ne risquait rien, mais a détruit la chaise dans le processus. Afin de rembourser l’artefact coûteux qu’elle a démembré, Ayumu lui propose de devenir enquêtrice pour le compte du Centre et lui confie sa première affaire. Une cliente a été agressée chez elle par un homme qui n’avait aucun moyen d’entrer.


Devant l’étrangeté de ce cas, elle a contacté le Centre et c’est maintenant à Azami que revient de mener l’enquête en compagnie de Jasmine, qui lui sert de chauffeur et de soutien moral, cette dernière n’étant pas vraiment motivée pour autre chose. Arrivée sur les lieux, Azami retrouve l’une de ses amies de l’université, Mio, visée par le rôdeur et elle comprend vite que cette affaire est loin d’être banale. Aidé du directeur, qui ayant un pouvoir d’acuité, arrive à suivre à distances les événements et appelle toujours au moment opportun, et de Jasmine qui se révélera une partenaire sur qui on peut compter, Azami devra faire face à ses peurs pour sauver son amie…

Paranormal Anomalies

Avec Urban Myth Dissolution Center, nous sommes sur du point’n click extrêmement scénarisé où les interactions ne seront pas légions. Toutefois, vous devrez comprendre les tenants et les aboutissants des affaires qui vous sont confiées en interrogeant les témoins, en cherchant des informations sur les réseaux sociaux et en vous basant sur les visions d’Azami. Chaque enquête fait l’objet d’un chapitre bien distinct et se déroule toujours peu ou prou de la même manière. Il vous faudra tout d’abord trouver la légende urbaine à laquelle vous faites face, puis au terme d’une investigation scrupuleuse, il vous faudra la dissoudre en révélant la vérité qu’elle cache. Dis comme ça, cela peut sembler répétitif, mais chaque cas est extrêmement bien construit et passionnant.



Si vous arrivez à accrocher au fil rouge de l’aventure, il y a fort à parier que vous ne pourrez plus lâcher votre console avant d’être parvenu au terme des six chapitres qui composent l’intrigue. En effet, le titre de Hakababunko joue subtilement sur l’angoisse et une ambiance horrifique qui accompagne nos deux enquêtrices où qu’elles aillent et qui m’évoque un peu celle qu’on retrouve dans Les récits d’Obana, voir Les Cauchemars de Mimi. Entre une confrontation avec Bloody Mary, des recherches sur Ueno et la légende de L’homme sous le lit, les légendes urbaines sont nombreuses et concernent à la fois celles qui ont terrifié nos amis japonais, et celles qui ont eu une résonance internationale. Une ambiance encore renforcée par une direction artistique en pixel art, dont les artworks des personnages sont aussi beaux que les décors et vue de loin sont simplistes.


Le tout dans des tons blancs, gris/bleu et rouge qui ajoutent à la sensation inquiétante qui se dégage des sprites. À ce propos, il est impossible de ne pas faire une mention spéciale à la bande son du titre, tant chaque morceau colle à la perfection à la phase d’enquête qu’il habille. La chanson de Murasaki, KIKIKAITAI, résume à elle seule toute l’essence du jeu et orne avec brio toutes les fins de chapitres. En ce qui concerne la traduction française, celle-ci fait globalement le job, même si on peut dénombrer de nombreuses fautes et coquilles au sein des textes.

Le plus gênant étant quand il est question de formuler une hypothèse et que vous intervertissez deux éléments de la phrase alors qu’au final cette dernière reste française et veut dire strictement la même chose. Cela risque de vous orienter sur d’autres choix incorrects alors que vous aviez trouvé la réponse. Je vous rassure cependant, ce petit désagrément n’est qu’une petite épine dans tout ce que nous propose Urban Myth Dissolution Center et cela ne devrait pas réussir à vous faire sortir du jeu.

Web et Zammy
Voyons maintenant d’un peu plus près le gameplay d’Urban Myth Dissolution Center. Avant toute chose, Azami (très vite surnommée Zammy par son acolyte Jasmine) commence par faire une recherche sur les réseaux sociaux avant d’arriver sur les lieux de l’enquête. Là, elle va pouvoir y dégoter des indices utiles à la suite de ses investigations, d’autant que certains termes dans les commentaires vont trembler, amenant notre héroïne à chausser ses lunettes pour dégager des mots clés qui vont l’orienter vers d’autres recherches. Une fois sur place, la jeune fille va interroger les personnes présentes pour en apprendre plus et en rechaussant ses lunettes, voir les traces de ce qu’il s’est passé réellement, ce qui la mettra sur la voie.



Régulièrement, elle sera amenée à faire des hypothèses ou à noter des choses dans son cahier et il vous faudra alors reconstituer une phrase ou choisir la bonne réponse à une question. Vous vous êtes trompé ? Pas de soucis puisqu’il n’y a pas de Game Over et vous pourrez réessayer sans souci jusqu’à trouver la bonne réponse. Une fois tous les indices collectés et preuves découvertes, le jeu va continuer à dérouler son intrigue vous amenant soit à l’identification de la légende urbaine concernée, soit à sa dissolution. Ces deux étapes se feront sur appel d’Ayumu qui, grâce à vos réponses à ses questions, fera éclater la vérité.


Vous l’aurez compris, la méthode la plus simple est ici de tout passer systématiquement en revue afin de pouvoir avancer. En effet, si pour une raison ou une autre, vous avez déjà la réponse ou un code pour une énigme, vous ne pourrez déclencher sa résolution qu’en ayant été parlé au personnage adéquat. Un nombre d’allers et retours conséquent entre chaque personnage de la pièce s’avère indispensable afin d’en débloquer toutes les lignes de dialogues, mais en procédant de cette façon, on se retrouve assez peu perdu sans savoir quoi faire pour passer à l’étape suivante.


Le cahier d’Azami se compose donc de notes qui vous récapitulent point par point votre avancée sur l’enquête, d’un onglet personnage qui relie entre eux les divers protagonistes incriminés, une partie légendes urbaines décrivant plus précisément toutes les légendes dont vous avez pu entendre parler et enfin une base de données plus générales. Avec ça, votre enquêtrice est armée pour faire face à la menace et vous aussi… Du moins vous aimerez le croire.



Voyage au centre de la peur
Il faut bien le dire, lorsque j’ai réellement découvert le jeu au Guerilla Collective Showcase de juin 2024, j’ai tout de suite été intriguée par la proposition faite par Shueisha Games et Hakababunko, tant au niveau de son style visuel assez particulier que de son sujet qui lui me parle parfaitement. C’est donc avec hâte que je me suis jetée à l’assaut des enquêtes proposées par Urban Myth Dissolution Center et je ne l’ai plus lâché. Durant les quelque treize heures qu’il m’a fallu pour boucler le scénario, j’ai frémi et vibré avec Azami, Jasmine et Ayumu, voulant en savoir toujours plus sur ce qui attendait nos héros.



Certes, tout n’a pas été tout rose, car en grande habituée des jeux d’enquêtes (coucou Yurukill et Process of Elimination, certaines ficelles sont un peu grosses et j’ai vite entrevu ce qui se cachait en coulisse. De même, l’impossibilité de débloquer un simple verrou, dont je connaissais le code, sans avoir parlé au bon personnage censé me donner la solution… fut légèrement frustrant, tout comme ce problème de traduction dont je parlais plus haut. Cela dit, ce n’est qu’une goutte dans un océan et j’ai adoré en apprendre plus sur les légendes urbaines n’ayant pas forcément de rapport avec celles de mes investigations. Ainsi, j’ai pu voir passer celle concernant Mémé Turbo, bien connue des amateurs de Dandadan, au détour d’une note sur Hanako des Toilettes, Bloody Mary et autre Natasha Singh.



En fait, au-delà de nos enquêtes se dessine très vite une trame en arrière-fond ou chacune d’elle implique une carte Illumina, carte prophétique qui annonce le destin de son porteur. Azami elle-même en possède une qui semble amener vers la Grande Réinitialisation reprise sur le site du dark web SAMEZIMA et dont le modérateur, ainsi que ces disciples appelés Zimmers, semblent être les instigateurs imminents. Comme c’est assez rare pour le souligner, la fin m’a prise totalement par surprise et en cela réside tout le génie d’Urban Myth Dissolution Center, ces ultimes révélations qui amènent un regard totalement neuf sur toute votre épopée et qui justifient à elle seule le voyage. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, je ne peux que prier que Shueisha et Hakababunko n’en aient pas encore fini avec les membres du Centre de Dissolution des Légendes Urbaines.

Si vous êtes adepte de l’angoisse, des légendes urbaines et des jeux d’enquêtes, ne cherchez plus, Urban Myth Dissolution Center est fait pour vous. Tout ici concorde à établir une atmosphère de mystère horrifique, de la direction artistique en pixel art très original, au choix de la palette de couleur très retreinte du titre, en passant par la bande son très inspirée. Bien évidemment, le jeu n’est pas exempt de défauts, à commencer par les fautes dans les textes, des phases d’enquêtes répétitives et un manque de challenge. Pour autant, l’histoire est passionnante de bout en bout et la fin devrait réellement vous surprendre. Une excellente raison pour aller faire un tour du côté du Centre de Dissolution des Légendes Urbaines, vous ne regretterez pas la balade, parole de spectre !
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une direction artistique atypique qui sublime un sentiment d’angoisse permanent
Une bande originale efficace
Beaucoup de données sur diverses légendes urbaines tant typiquement japonaises qu’internationales
Une intrigue prenante avec une révélation finale absolument géniale
Un gameplay d’enquête bien pensé qui ne laisse aucune place à l’ennui
Un casting charismatique qui nous embarque avec lui dès les premières minutes
Les points négatifs
Même si vous avez déjà trouvé la solution, il vous faudra débloquer tous les dialogues avant de pouvoir donner votre réponse
La traduction française souffre de nombreuses fautes dans les dialogues ainsi que dans les choix de réponses
Pas vraiment de challenge puisque même en cas d’erreur, cela n’aura aucune incidence sur la suite du jeu (aucun Game Over)




