
The Real Face of a VTuber est le dernier-né d’un petit studio hongkongais nommé Lilien Games, spécialisé dans les visual novels dans lesquels la compréhension du texte et la recherche d’indices sont primordiales. Après Who is the Criminal et Who is the Defendant: Deliberately Rough, l’équipe de développement revient en force depuis le 13 janvier 2026 avec The Real Face of a VTuber, leur titre le plus abouti à ce jour. En incarnant Justin Truth, jeune procureur, vous devrez voir clair dans le meurtre de Mr. C, le fondateur et dirigeant d’une société d’entertainment qui gère la VTubeuse Kuripa. Vos suspects ? Les six collaboratrices du PDG. À vous de trouver le coupable et qui se cache derrière le modèle graphique de Kuripa sans y laisser trop de plumes.
Ce test a été réalisé sur une version PC fournie par l’Éditeur.
Fracassé de Poulet

C’est par un vol que démarre The Real Face of a VTuber : celui du pudding du procureur Justin Truth, qui n’est autre que celui qui va vous servir d’avatar durant toute la durée du jeu. Alors qu’il cherche le responsable de cet odieux forfait en interrogeant sa secrétaire Émilie Close, le détective Zelda Hoss débarque pour lui demander de se rendre d’urgence sur une scène de crime. Une fois sur les lieux, Justin apprend que la victime n’est autre que Mr. Chicken, PDG et fondateur de Lilien Entertainment LLC.


La surprise qu’il soit un vrai poulet passée, le procureur apprend que la victime, égorgée par un couteau retrouvé sur le bureau d’une collaboratrice, a été découverte par Misty Rioux, la juriste du groupe, première arrivée au bureau. De plus, Mr. C a été découvert agrippant la plaque nominative d’un autre de ses collègues, histoire de compliquer encore la recherche. Une fois les six salariés présents, notre héros a la surprise de s’apercevoir que l’équipe de Kuripa est exclusivement féminine. Commence alors la recherche du coupable, qui ne peut être qu’un membre du bureau, et, après examen des alibis, les soupçons se portent sur Honor Chen, la modélisatrice 3D de la VTubeuse star de l’entreprise : Kuripa.

Malheureusement pour le procureur, Honor avoue alors être celle qui se cache derrière l’avatar numérique et avoir été en stream au moment du meurtre. Propos réfutés par Sophie Allure, l’agent de Kuripa, et Amanda Childs, son illustratrice, qui affirment toutes les deux être également le « vrai » visage de la VTubeuse. Devant le refus de Misty Rioux de dévoiler l’identité réelle de Kuripa autrement que par l’obtention d’un mandat, Justin va utiliser la bonne vieille méthode pour lever le voile sur les secrets de la star virtuelle. Entre mensonges et manipulation, ce cher Mr Truth va devoir démêler l’écheveau à la recherche de la vérité. Comme vous pouvez vous en douter, The Real Face of a VTuber étant un jeu d’enquête, je m’en arrêterai donc là pour ce qui est de l’intrigue, préférant vous laisser le plaisir de la découverte qui fait tout le sel de ce type de jeu.



Six Feet Under
Il faut bien le reconnaître, Lilien Games possède une certaine autodérision, allant jusqu’à donner son nom à la structure créatrice de Kuripa et mettant même en scène un let’s play de Who is the Criminal (une de leurs productions précédentes) dans lequel Kuripa se moque des bugs présents dans le titre. Cependant, ce qui caractérise les jeux du studio, outre leurs limitations techniques, est la critique souvent juste et assez acerbe de la toxicité du web et de ses dérives, notamment la perte d’identité. Il était donc assez évident que The Real Face of a VTuber s’inscrive dans cette droite lignée, se posant d’emblée comme un manifeste sur l’industrialisation de la déshumanisation orchestrée par des plateformes comme Twitch et YouTube.

Ici, le sous-texte est parfaitement amené : que ce soit avec le refus total de Misty de dévoiler qui se trouve en fait derrière Kuripa (laissant entendre que l’individu est totalement interchangeable au profit de son apparence numérique, qui, elle, continuera d’exister quelles que soient les circonstances) ou avec les réactions des fans et des haters sur le chat et les réseaux, imposant une image de perfection tout en oubliant l’humain derrière la VTubeuse. Par ailleurs, la direction artistique colorée et faussement mignonne mise en place dans The Real Face of a VTuber renforce paradoxalement cette critique, puisqu’en creusant plus profond, on s’aperçoit vite des ténèbres sous-jacentes tapies derrière les illustrations. Si la musique habillant le tout n’est pas inoubliable, chaque thème correspond assez bien au protagoniste qu’il illustre.


À ce propos, le casting est avant tout constitué d’archétypes : que ce soit Amanda « Childs » (enfant), femme-enfant devant l’éternel ; Justin « Truth » (Just-in truth = rien que la vérité), procureur intègre ; « Honor » Chen (Honneur) qui a ses valeurs chevillées au corps ; ou encore Misty Rioux (Mysterious = mystérieuse) et ses nombreux secrets, les noms en disent long (on se croirait chez Hideo Kojima). Il est donc possible d’anticiper à l’avance le comportement des divers intervenants, ceux-ci étant plus ou moins définis par leur appellation. L’un des effets pervers de ces « indices » est que l’on met beaucoup de temps à s’attacher aux acteurs de l’aventure, et qu’il faut attendre assez longtemps pour qu’ils arrivent à nous surprendre, sans que l’on ne parvienne jamais réellement à s’intéresser à leur destin.

Justin-time for the Truth
Comme nous l’avons dit plus haut, dans The Real Face of a VTuber, notre héros Justin Truth est un des piliers de la justice. Le titre délaisse le côté avocat de la défense à la Phoenix Wright ou Apollo Justice pour s’intéresser à celui de procureur, à l’image d’un Benjamin Hunter. Bien que le jeune Justin soit loin d’avoir le charisme du rival de Phoenix, la comparaison est loin d’être fortuite puisque la saga possède de nombreux points communs avec notre jeu d’enquête. À vous les interrogatoires et autres confrontations avec les suspects afin de débusquer indices et incohérences à faire valoir devant le tribunal. Les phases de procès sont d’ailleurs plus courtes et rythmées que dans un Ace Attorney, afin de se focaliser sur la recherche de preuves.


Vous l’aurez compris, ce sont des kilomètres de texte qui vous attendent et, malheureusement, The Real Face of a VTuber ne possède pas de traduction française. S’il est possible de s’en sortir sans trop de difficulté avec de bonnes notions d’anglais dans un titre comme Shuten Order, cela s’avère bien plus délicat ici à cause du lexique technique très spécifique au milieu du web utilisé par les personnages. De plus, lors du visionnage des streams de Kuripa, les textes (que ce soit dans le chat ou les dialogues de la VTubeuse) défilent automatiquement de façon assez rapide. Pire encore, la fonction d’historique des dialogues ne fonctionne pas pour cette partie et la découpe de certains mots à l’écran rend la compréhension encore plus hasardeuse.

Si cela a pour effet d’accentuer l’immersion en simulant un véritable stream, cela complique passablement la tâche de trouver des indices durant les diffusions, à moins de revoir souvent les vidéos, ce qui devient très vite fastidieux. Cependant, vous ne serez pas seul dans votre enquête et vous pourrez missionner Émilie et Zelda pour traquer des informations à votre place. Toutefois, vous ne découvrirez si vous avez fait fausse route qu’à la toute fin de l’aventure et il vous faudra certainement vous y reprendre à plusieurs fois pour découvrir le pot aux roses. Cela étant, avec une durée de vie d’une dizaine d’heures, il est assez facile de trouver du temps pour explorer toutes les fins disponibles et répondre à la totalité des questions que soulève l’affaire.
Mensonges et coq-cigrue



Je n’avais pas d’attente particulière concernant The Real Face of a VTuber, si ce n’est l’occasion de mettre à l’épreuve mes qualités de détective. Si le jeu m’a agréablement surprise quant aux propos sous-jacents tenus par l’éditeur sur les vicissitudes d’une industrialisation du web, plusieurs points ont fait que l’expérience n’a pas été aussi agréable que je l’aurais souhaité. Tout d’abord, cette espèce de dualité entre éléments loufoques et sérieux premier degré, assez mal dosée, place le titre dans une posture ambivalente assez incompréhensible.


Quitte à jouer la carte du décalé, j’aurais préféré que Lilien Games place le curseur de l’absurdité au maximum. Dans The Real Face of a VTuber, nous avons un PDG qui est un poulet et un mandat mangé par un chien sans qu’il ne soit possible d’en obtenir un autre, côtoyant des personnages très premier degré, tant dans leurs propos que dans leurs réactions. Par ailleurs, si les phases de recherches sur les réseaux sociaux m’avaient enthousiasmée dans Urban Myth Dissolution Center, ce n’est pas le cas ici, car j’ai mis un certain temps à comprendre leur fonctionnement.



Cela casse le rythme, tout comme le visionnage des divers streams de Kuripa, sans compter qu’il m’a été difficile d’en saisir toutes les subtilités malgré un niveau d’anglais plus que correct. Une grosse frustration, nullement arrangée par le fait que l’on est souvent perdu quant à la prochaine étape et que l’on doive fréquemment se référer à Émilie afin d’obtenir un indice sur la marche à suivre. Pourtant, The Real Face of a VTuber n’est absolument pas un mauvais titre, loin de là, mais il s’avère trop punitif pour qui ne possède pas un niveau d’anglais bilingue et une bonne connaissance des termes techniques. Avec un peu de polish et une traduction française, il sera peut-être capable de mieux faire résonner sa critique judicieuse ; mais en l’état actuel des choses, elle risque bien de rester lettre morte pour le plus grand nombre.

En définitive, The Real Face of a VTuber est une œuvre qui, à l’image de son avatar star, peine à choisir son véritable visage. Si l’on ne peut que saluer l’audace de Lilien Games pour sa critique virulente de l’industrie du virtuel et son sens de l’autodérision, le titre se prend malheureusement les pieds dans le tapis de ses propres ambitions techniques. Entre une narration qui défile à bride abattue et une barrière de la langue doublée d’un jargon technique omniprésent, l’enquête de Justin Truth devient vite un parcours du combattant pour quiconque n’est pas totalement bilingue. Le studio hongkongais nous livre ici un titre intrigant et intelligent sur le fond, mais dont la forme, parfois trop punitive et mal dosée, risque de laisser bon nombre de procureurs sur le carreau. C’est un jeu qui a clairement « le cul entre deux nids » : assez brillant pour captiver, mais trop rigide pour convaincre totalement. Une expérience à réserver aux détectives les plus patients, en espérant qu’une future mise à jour vienne enfin donner à ce titre le « polish » qu’il mérite pour ne pas rester une simple curiosité numérique.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une direction artistique très plaisante qui colle bien à l’univers des VTubers
Plusieurs fins disponibles
Une critique assez fine et intelligente du phénomène VTuber
une durée de vie assez courte qui encourage à recommencer pour avoir la bonne fin
Les points négatifs
Aucune traduction française
Un double ton premier degré / humoristique qui tombe à côté
Des personnages auxquels on a du mal à s’attacher
Un gameplay basé sur la compréhension des textes qui s’avère punitif pour les non-bilingues




