Bye Sweet Carole

Pour beaucoup d’entre nous, l’enfance rime avec films d’animation. Ils constituent bien souvent nos premiers souvenirs de cinéma, et demeurent un passage incontournable de nos sessions de visionnage télévisé. Aussi, lorsque Bye Sweet Carole, futur projet du studio Little Sewing Machine mené par son fondateur Chris Darril, fut annoncé lors du Summer Game Fest 2023 pendant la conférence Guerilla Collective, nombreux sont ceux qui nourrissaient de grandes attentes à l’égard de ce jeu horrifique rendant hommage aux longs-métrages d’animation de la grande époque. Après près de deux ans de silence, c’est finalement sous l’égide de l’éditeur Maximum Entertainment que Bye Sweet Carole a fait son apparition le 9 octobre 2025 sur Nintendo Switch, PlayStation 5, PlayStation 4, Xbox One, Xbox Series et PC. Mais une fois la manette en main, et passé l’émerveillement graphique, la magie est-elle toujours au rendez-vous ? Il semblerait que ce ne soit pas aussi simple…

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

Chris Darril et le Twisted Childhood Universe

Bye Sweet Carole, c’est avant tout une lettre d’amour, celle de Chris Darril, fondateur du studio Little Sewing Machine et créateur de la série horrifique Remothered, adressée au film d’animation “à l’ancienne”, tel que l’ont popularisé les studios Disney. Pour donner vie à sa vision, le créateur, auteur et réalisateur italien a relevé un pari audacieux : concevoir un jeu entièrement dessiné à la main, dans la plus pure tradition de l’animation image par image. Un travail titanesque, même si, comme l’a précisé le producteur, le montage final a été réalisé par ordinateur.

Misant avant tout sur la mise en scène et la direction artistique, Bye Sweet Carole envoûte dès les premières minutes : son graphisme léché captive, tandis que la bande-son signée Luca Baldoni sublime chaque tableau avec une élégance rare. Le casting vocal anglais, quant à lui, livre une performance d’une justesse remarquable. Cependant, derrière cette promesse visuelle tenue en apparence, on perçoit peu à peu certaines disparités : des personnages au rendu moins soigné, des animations inégales, parfois maladroites. Rien de rédhibitoire en soi, certes, mais suffisamment présent pour fissurer un peu la perfection de ce bel écrin. Et ce n’est que le début…

Lana de l’autre côté du dortoir

Bye Sweet Carole nous conte l’histoire de Lana Benton, une jeune fille que l’on découvre propulsée au cœur d’un jardin fleuri, chargée de récupérer une mystérieuse lettre envoyée par son amie Carole Simmons. Malheureusement, Lana se retrouve très vite pourchassée par une présence monstrueuse qui ne lui veut visiblement aucun bien. Après une course-poursuite effrénée, elle se réveille en sursaut dans une salle de classe de l’orphelinat Bunny Hall, en plein cours. Houspillée par sa professeure, la jeune fille se voit punie et envoyée au sous-sol pour y faire le ménage. C’est là que réapparaît la fameuse lettre de Carole, dont on comprend rapidement qu’elle s’est enfuie de l’institution quelque temps auparavant. Mais sa récupération ne se fera pas sans heurts.

Certes, le pitch de départ semble classique, mais les thématiques abordées au fil de la dizaine d’heures nécessaires pour boucler l’aventure se révèlent bien plus subtiles qu’il n’y paraît. Le choix de situer le récit dans l’Angleterre des années 1900 en pleine effervescence féministe, au sein d’un orphelinat pour jeunes filles, apporte une profondeur inattendue. Au fil de sa quête, Lana croisera la route de plusieurs adversaires, à commencer par l’inquiétant Mr Kin, être manipulant le goudron et capable de transformer les humains en monstres. Cet ersatz de Mr X dans Resident Evil 2 tout autant que du Nemesis dans Resident Evil 3 vous collera aux basque d’un bout à l’autre de votre périple, mais la comparaison s’arrête là.

Si l’angoisse et la peur sont les maîtres mots de l’aventure, dans les faits, ils peinent à se faire ressentir manette en main, hormis lors de quelques jump scares bien placés. Bien qu’intrigant, le fil rouge s’étiole parfois, enseveli sous la succession d’énigmes à résoudre pour faire avancer l’histoire. On finit souvent par perdre de vue le but premier de Lana, découvrir la vérité sur la disparition de Carole, étouffé sous les lourdeurs d’un gameplay trop pesant.

Avec Bye Sweet Carole c’est le bouquet !

Ce n’est pas une surprise, Bye Sweet Carole mise avant tout sur l’exploration et la résolution d’énigmes, qui permettent de débloquer de nouvelles zones et de faire progresser l’histoire. Le titre s’offre un petit côté point’n click très (peut-être trop) simplifié, mais pas désagréable, au sein de décors figés où quelques éléments instables menacent de se renverser à la moindre course, alertant aussitôt les créatures rôdant dans les parages. Comme d’autres productions du genre, vous ne pourrez jamais affronter vos adversaires : seule la fuite ou la dissimulation vous permettront de leur échapper, un concept qui n’est pas sans rappeler un certain Clock Tower. Malheureusement, les ennemis se montrent bien moins obstinés que le mythique Scissorman et il suffit souvent de quitter une pièce pour qu’ils abandonnent la poursuite.

Pire encore, le système de “retenue du souffle”, censé renforcer la tension, ne s’avère réellement utile que lorsque les monstres vous cherchent activement, le reste du temps, ils passeront devant votre cachette sans broncher, que vous respiriez ou non. Les puzzles, eux, demeurent logiques et accessibles, mais ils exigent de nombreux allers-retours qui finissent par user la patience du joueur. À ce titre, l’ajout d’une carte des zones n’aurait pas été superflu. Même si les environnements restent modestes, une telle aide aurait fluidifié l’exploration et compensé en partie la rigidité du gameplay. Car il faut bien l’admettre, diriger Lana relève parfois du sacerdoce.

Sa lenteur, sa lourdeur et l’impossibilité de sauter le moindre obstacle transforment chaque fuite en calvaire. Heureusement, sa transformation en lapin apporte un souffle de liberté et une maniabilité bienvenue, au point qu’on peine à revenir à sa forme humaine, sauf lorsque l’aventure l’impose. L’ajout de Mr Beastie en tant que personnage jouable apporte lui aussi une touche de fraîcheur bienvenue. Cet être longiligne à la tête indépendante et immortelle avait tout pour séduire, mais son potentiel reste sous-exploité. L’idée était bonne, assurément, mais elle ne parvient pas à dissiper la lassitude qui s’installe peu à peu au fil de la partie.

Bye bye rendez-vous à jamais…

Dans les faits, Bye Sweet Carole n’est pas le premier jeu à rendre hommage aux vieux cartoons : l’excellent, et redoutablement exigeant, Cuphead s’y est déjà aventuré avec brio. Là où ce dernier revisitait l’esthétique des années 1930, Bye Sweet Carole mise plutôt sur la nostalgie des dessins animés disneyens popularisés dans les années 90. Enfant des années 1980, je dois avouer que son esthétique et son atmosphère, parfois teintée d’horreur, m’évoquent davantage les grandes heures des films de Don Bluth que celles de la firme aux grandes oreilles. Moi qui avais adoré Charlie, Brisby ou encore Petit Pied, j’étais impatiente de m’immerger, pour un temps, dans un pan de ma jeunesse envolée.

Hélas, si le contrat visuel est pleinement rempli, la magie s’est vite dissipée. Derrière la beauté du vernis, j’ai peiné à mener l’aventure à son terme, notamment à cause de deux bugs bloquants m’obligeant à recommencer ma partie depuis le début. La faute à une action qui refusait de s’afficher sur une manette à tirer, rendant la résolution d’un puzzle impossible. Déjà frustrante, l’expérience a tourné à l’épreuve lorsque j’ai découvert que le système de sauvegarde automatique empêchait toute création d’un second slot pour éviter de tout recommencer. Je le reconnais sans détours : sans ce test à rédiger, je n’aurais probablement jamais persévéré et encore moins relancé de partie.

La simple idée de revivre certains passages me décourageait d’avance. Si je comprends l’intention et l’hommage derrière Bye Sweet Carole, l’exécution laisse trop à désirer pour convaincre pleinement. Il en résulte une belle histoire à usage unique, où la peur ne tient guère que dans la surprise de quelques apparitions bien placées. Un petit ovni vidéoludique, certes imparfait, mais qui a le mérite d’exister et que l’on pourra découvrir, peut-être, à la faveur d’une promotion. Quant à moi, j’ai refermé ce chapitre, et j’y appose désormais un point final.

Pour conclure…

Bye Sweet Carole est une belle lettre d’intention, portée par la nostalgie des joueurs épris des films d’animation des années 90, mais qui, malheureusement, ne va pas au bout de son propos. Malgré une esthétique soignée, un scénario intrigant, une atmosphère oppressante et une bande-son qui sublime l’ensemble, le titre de Chris Darril souffre d’un manque de finition flagrant qui vient ternir l’expérience. Entre un gameplay rigide, des bugs bloquants contraignant à recommencer la partie depuis le début, l’absence d’une carte qui aurait fluidifié l’exploration et une disparité graphique perceptible entre certains personnages, le bilan est trop lourd pour qu’on puisse l’ignorer, une fois la madeleine de Proust digérée. Pourtant, les puzzles s’avèrent bien pensés (à condition d’avoir la bonne logique) et les phases de cache-cache, dignes de Clock Tower, fonctionnent sans jamais véritablement briller. Une inégalité qui fait pencher la balance du mauvais côté et laisse un arrière-goût amer au moment de dire bye à Lana et Carole. Une chose est sûre : cet adieu, lui, sera définitif.

La  note  de la  rédaction

2-5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Une direction artistique qui rend hommage aux plus grands films d’animation des années 1990

Un scénario intrigant

Une ambiance horrifique et stressante bien rendue

Une bande son et une musique qui subliment les images

Des énigmes bien trouvées

Les points négatifs

Un gameplay rigide qui manque de répondant, d’autant plus lors des phases de poursuite

Présence de bugs bloquants obligeant à reprendre une nouvelle partie de zéro

Un manque d’homogénéité dans le rendu graphique, surtout au niveau de certains ennemis

Une carte des zones n’aurait pas été superflue

La sauvegarde automatique ne donnant pas la possibilité de réaliser plusieurs slots qui permettraient d’atténuer la frustration des bugs bloquant

Peu de rejouabilité

Manque de lisibilité dans certains éléments du décors

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