
Issu des studios Sad Owl, Viewfinder est un jeu innovant et réellement particulier, initialement sorti en 2003 sur PS5 et PC, il est porté sur Xbox et Switch cet été 2025. Une occasion en or pour découvrir ou redécouvrir cette véritable pépite de l’industrie, proposant un alliage très réussi de puzzles, jeux de perspectives, et esthétique particulièrement léchée.
Ce test a été réalisé sur une version Xbox Serie X fournie par l’Éditeur.
Un Nouveau Point de Vue
Et si une simulation de mondes virtuels vous permettait de visiter les œuvres rocambolesques de l’artiste M.C.Escher ? Vous savez, ces images en noir et blanc jouant avec notre perception visuelle des espaces tridimentionnels. Eh bien, c’est aujourd’hui possible avec Viewfinder ! Bien que le nom de l’artiste ne soit jamais cité, il est certain qu’il a été une source d’inspiration dans la mécanique de gameplay principale du jeu qui consiste à utiliser les illusions de perspectives que permettent les images en 2D dans un environnement 3D, le tout sous la forme de puzzles et énigmes à résoudre, afin de s’échapper de chaque niveau. Le tout en évitant tout côté anxiogène, en nous proposant des environnements à l’air libre et ensoleillés, à l’architecture organique et à l’esthétique naturaliste hyper cosy.

Photo-Expression
Imaginez, vous vous réveillez dans une paisible hacienda ensoleillée, à la première personne, où tout semble calme mais quelque peu abandonné, quelle serait votre réaction ? Peu à peu, vous marchez dans cet environnement et découvrez çà et là des documents de travail délaissés, des objets un peu cocasses bien que très décoratifs, et surtout des modules sonores que vous pouvez actionner. Une voix féminine, un peu anxieuse mais éminemment sympathique, vous explique alors, de manière plutôt cryptique, qu’il va falloir faire preuve de créativité et d’imagination afin de pouvoir vous déplacer dans cet environnement étrange. Petit à petit, vous découvrez alors que cet univers ne répond pas aux mêmes règles que le nôtre et qu’il est possible de transformer une photo 2D en véritable environnement 3D.



Voyez plutôt : Il vous suffit de placer une image en perspective devant vous pour que cette dernière se matérialise dans l’environnement et vous permette d’y entrer comme dans un espace en volume. Vous pouvez dès lors utiliser cette capacité afin de matérialiser un pont à la place d’un gouffre, une porte à la place d’un mur, ou encore des escaliers à la place d’un obstacle infranchissable, et bien d’autres choses encore. Mieux, vous pouvez pivoter cette image et ainsi inverser les lois de la physique. Pour qu’un sol horizontal devienne une pente ascendante par exemple, ou qu’un objet accroché au plafond devienne un item accessible car posé au sol, ou encore que le ciel au loin devienne simplement une fenêtre dans une matière opaque. Vous l’aurez compris, Viewfinder offre dès lors une infinité de possibilités et une approche très libre et personnelle dans la recherche de solution face aux énigmes.


Mais pourtant, il faut bien que le challenge s’installe, sinon où serait le fun ? Eh bien, c’est très simple, que se passe-t-il si vous n’avez pas de photo sur vous ? Vous devez alors vous débrouiller pour en trouver, ou mieux encore, pour en produire. Elles seront parfois dissimulées dans l’environnement, parfois accrochées à des tableaux de travail. Il arrivera aussi que vous deviez produire vos propres images à l’aide d’un appareil photo instantané, il faudra alors faire preuve de perspicacité en multipliant des images de l’environnement déjà existant, etc. On s’immerge rapidement dans le concept et on accepte, au fur et à mesure de l’avancée, les règles que le jeu nous impose. Tout est bien ficelé et organique.


Et c’est ainsi que Viewfinder vous guide progressivement à travers un nombre conséquent de tableaux, vous révélant les éléments de l’intrigue petit à petit, vous peignant un univers riche et chaleureux par petites touches, et vous amenant finalement vers une révélation philosophique et plutôt touchante. Le gameplay et les mécaniques de jeu sont vraiment pensés intelligemment et il y a très peu de frustration dans le jeu. On se sent particulièrement libre de ses mouvements et le jeu m’a semblé assez permissif dans l’audace et l’originalité des solutions que le joueur peut proposer.


Ici, en termes d’énigmes, il ne s’agit pas de parvenir à faire rentrer un carré ou un rond dans le bon trou, mais plutôt de s’amuser à déformer le moule afin d’obtenir la forme que l’on désire, pour peu que l’on se fabrique soi-même les bon outils, et, mine de rien, c’est vraiment une bouffée d’air frais dans le monde du jeu vidéo. On retrouve le plaisir que l’on a à tester des solutions abracadabrantes comme dans Zelda : Tears of The Kingdom par exemple, avec un travail très réussi ici aussi sur la physicalité des choses, sur la gravité, ainsi que sur la perspective évidemment.

L’Art du Trompe-l’Oeil
Avant même de découvrir que le jeu est magnifiquement bien conçu dans son gameplay, c’est l’esthétique qui nous saute aux yeux en premier. Viewfinder est réellement beau, tant dans sa modélisation que dans sa direction artistique. Riche d’environnements ensoleillés très bien rendus, l’esthétique générale des niveaux s’inspire très fortement des haciendas du sud de l’Europe, avec ses formes angulaires d’un ocre très lumineux, tantôt rehaussées de magnifiques azulejos (vous savez, ces faïences portugaises blanches et bleues), tantôt recouvertes de tapisseries tendances nazca. Une chose est sûre, le monde latin est mis à l’honneur. L’art en général également, avec des clins d’œil disséminés çà et là, que ce soit à travers des œuvres, ou même des règles, comme celle de la division de la lumière, par exemple.



Les architectures dans lesquelles nous évoluons se présentent sous forme de structures à niveaux, rappelant les environnements du type “conversation pits” du mouvement Mid-century Modern des années 60-70, dans des espaces toujours très ouverts sur l’extérieur, sans jamais de toiture pour mieux profiter des puits de lumières, un peu comme si les bâtiments n’étaient conçus que de terrasses imbriquées les unes dans les autres. On se doute que l’équipe derrière Viewfinder est amatrice d’architecture, ayant conçu un jeu jouant avec la perspective, et cela se ressent dans la conception et l’aménagement des environnements. Et c’est une réussite, car, bien qu’il nous faille avancer dans les niveaux et se creuser les méninges afin de trouver des solutions, il n’est pas rare que l’on se prête à flâner un peu dans ces sublimes bâtiments richement décorés.



Pourtant, tout n’est pas rose. Quelque chose s’est passé ici. Les environnements de Viewfinder sont vides, les occupants semblent avoir disparu en pleine action, ou ils ont dû quitter les lieux précipitamment. Il n’est alors pas rare de croiser, entre deux objets design, un mug de café encore chaud, des documents de travail énigmatiques, des tableaux blancs occupés par des schémas abscons, comme si quelque chose restait à faire et qu’il était de notre devoir de terminer ce qu’ils ont commencé.
C’est une réussite totale que ce Viewfinder ! En alliant des énigmes intelligentes et permissives, un lore intriguant et philosophique, et une esthétique soignée et chaleureuse, le studio Sad Owl nous offre un jeu extrêmement agréable et créatif. Un jeu pour faire marcher ses neurones tout en prenant soin de ses nerfs, un jeu entre challenge et contemplation, un jeu où l’on peut alterner entre activité cérébrale et repos des sens.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Créativité des énigmes
Permissivité des solutions
Esthétique aux petits oignons
Lore intéressant
Les points négatifs
Trop court ! On en redemande !




