The Marshal King – Tome 1

L’éditeur Doki Doki compte bien fêter ses 20 ans d’existence comme il se doit et enchaîne les cadeaux grandioses à destination de ses lecteurs. Le dernier en date, annoncé lors du live anniversaire tenu au mois d’avril 2026, concerne le retour de Boichi au catalogue de l’éditeur avec sa toute nouvelle série : The Marshal King. C’est en publiant Sun-Ken Rock en 2008 que Doki Doki a permis à Boichi de se faire connaître du public francophone et l’auteur revient désormais, tant au dessin qu’au scénario, avec un western totalement déjanté suivant les pas du fils du plus grand des desperados et qui rêve de devenir… marshal fédéral. Un shonen comme on les aime qui a débarqué avec armes et bagages en librairie le 1er juillet 2026, avec pour l’occasion une édition collector du premier en exclusivité mondiale, avec une jaquette à effet métallisé. Et ça, c’est vraiment de la balle !

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Règlement de comptes à l’académie des marshals

Le western sublimement revisité par Boichi ! 

Dans une ère de désolation où les desperados sèment le chaos, un homme traverse seul le désert, traînant derrière lui le cercueil de M. Godspeed, l’invincible hors-la-loi. Son nom est Jim Godspeed, le fils de « M ». Venu offrir la dépouille de son père, qu’il aurait lui-même tué, Jim proclame qu’il veut devenir marshal ! Mais que renferme le cœur de ce fils de bandit notoire ? La justice ou bien… le mal ?

Ne manquez surtout pas cette nouvelle aventure spectaculaire, mêlant steampunk et western, et magistralement dessinée par Boichi !

Doki Doki

The Marshal King se déroule sur une terre dévastée où les bandits de tout poil font la loi. Le plus terrible de ces bandits est le célèbre M. Godspeed et c’est avec lui que tout commence, le jour où il demande à l’un de ses partenaires, un dénommé Wrangler, d’aider son fils qui va arriver d’une minute à l’autre pour le tuer. M. se met alors en route pour réaliser un dernier braquage sur un train de transport de la Banque Fédérale. Mais son rejeton le rattrape à ce moment-là et le vol se transforme en duel.

Quelque temps plus tard, c’est sous le regard incrédule d’un marshal local et de ses hommes, qu’un jeune homme nu et couvert de crasse s’avance, tirant derrière lui un gigantesque cercueil en fer. À moitié mort de soif, l’inconnu apprend aux hommes de loi qu’il est Jim Godspeed, fils du dénommé M. et que le cercueil qu’il tire est celui de son géniteur qu’il a abattu. Après vérification, le marshal doit se rendre à l’évidence, le cadavre possède bien les deux bras d’or du légendaire bandit et le nouveau venu dit la vérité. Mais l’appât du gain est le plus fort. Trompés par son apparence décharnée, les représentants de la justice décident de se débarrasser de Jim pour empocher la récompense de 10 millions de dollars sur la tête du desperado et faire main basse par la même occasion sur ses bras cybernétiques.

Ils sont cependant coiffés au poteau par un gang de malfrats qui attaque sans sommation. N’ayant aucune envie de se faire rafler sa proie, Jim achève les malfrats à lui seul devant un marshal médusé et seul survivant de la tuerie. Mais Jim n’est pas là par hasard, il cherche l’Académie de Formation des Marshals Fédéraux de l’Ouest, qu’il compte bien intégrer grâce au cadavre de son père qu’il a lui-même exécuté. Un passe-droit spécial qui lui ouvre les portes de l’institut et lui permet de faire un pas de plus vers son rêve de devenir le plus grand Marshal de tous les temps, l’égal du Marshal King, légendaire marshal originel. Mais son pedigree a précédé le nouvel étudiant qui est loin de faire l’unanimité parmi ses condisciples. Les cours commencent pour Jim qui est loin d’avoir brûlé ses dernières cartouches…

Découvrez un extrait de The Marshal King – Tome 1 ici !

L’Homme aux mains d’or

Surtout célèbre pour la série Dr Stone, dont il n’est que le dessinateur, Boichi, de son vrai nom Park Mu-jik, est un mangaka sud-coréen installé au Japon depuis les années 2000. Né à Séoul en 1973, il s’oriente dans un premier temps vers l’étude de la Physique et des technologies de l’image avant de se consacrer entièrement à son art. Passionné par les sciences, son parcours peut paraître atypique, mais il n’en est rien puisque Boichi admet avoir voulu suivre un cursus scientifique afin de crédibiliser les technologies qu’il mettra plus tard en scène dans ses histoires et qui ont fait des merveilles dans Dr Stone.

C’est donc en 2008 et par le biais de Sun-Ken Rock, publié chez Doki Doki, que Boichi se fait un nom dans l’hexagone. S’ensuivront Space Chef Caisar (2010) chez le même éditeur, Hotel (2011), Wallman (2014), Origin (2018) et enfin Dr. Stone (2018) qui lui permet d’accéder à la célébrité. Bien qu’ayant par la suite réalisé un Spin-off sur Byakuya (Dr. Stone Reboot: Byakuya) et sur Ace (One Piece épisode A) ainsi qu’un One shot de science fiction (Boichi SF Short Stories), The Marshal King marque un retour de Boichi en tant qu’auteur complet sur une nouvelle série longue et totalement originale.

Prépublié sur la plateforme Shonen Jump + de l’éditeur Shueisha depuis l’année dernière la série compte pour l’instant trois tomes reliés au Japon. Si l’on retrouve le trait si particulier du dessinateur qui aime mettre en scène des personnages à l’anatomie réaliste, des décors extrêmement fouillés et des mises en scène cinématographiques, The Marshal King s’apparente plus au Boichi de Hotel et Origin qu’à celui de Dr Stone. Un retour aux sources mais qui ne tourne pas le dos aux thématiques que l’auteur affectionne tant : une fascination pour les inventions futuristes, une réflexion sur l’évolution humaine et sur le progrès scientifique. En choisissant de s’attaquer au western, Boichi y évoque également la difficulté à s’affranchir d’un héritage, la frontière ténue entre violence et justice et les mécanismes de naissance d’une légende. Un mélange des genres entre post-apo, steampunk et far west qui promet un récit d’un calibre exceptionnel.

Le mystère de l’Ouest

Comme toute enfant des années 1980, j’ai été biberonnée par les œuvres cinématiques visionnées par mes parents, mon père plus précisément, ce dernier ayant une grande appétence pour les films d’action, de guerre et, évidemment, les westerns. J’ai donc visionné bon nombre de classiques du genre et j’avoue que, quand j’ai la possibilité de retrouver les grandes plaines sauvages de l’Ouest, je saute à pieds joints sur l’occasion. Pour autant, je ne suis pas élitiste sur le format et j’adore retrouver les cowboys tant en jeux vidéo (Red Dead Redemption II, Evil West) qu’en roman (Overwatch : Deadlock Rebels), voire en manga bien entendu.

Avec The Marshal King et son casting fascinant, j’en ai eu pour mon argent, à commencer par son héros, Jim Godspeed, dont les origines, à la suite de ce premier tome, sont pour le moins incertaines. Ne serait-ce que par ses motivations, lui qui cherche à devenir le symbole même de la justice alors que son nom évoque partout le plus célèbre criminel de l’Ouest. Il aurait pu prendre un pseudonyme ou cacher son affiliation, mais au lieu de ça, il l’affiche partout fièrement, semblant se délecter de l’opposition que son héritage lui vaut. Une immense zone d’ombre entoure donc le jeune tireur, qui ne serait pas celui qu’on croit.

J’ai d’ailleurs déjà une théorie quant à sa réelle identité, basée sur le fait que, lors de sa première et dernière, pour le coup, confrontation avec M., on ne voit jamais Jim, ni de près ni de loin, dans aucune des cases. Un choix qui m’a paru curieux de prime abord, tant il y avait matière à rendre la scène poignante et épique en opposant frontalement le père et le fils. Pourtant, connaissant un peu le travail de Boichi, je suis certaine que cette absence a une importance toute particulière. Par ailleurs, Jim se plaît à brouiller les pistes quant à sa personnalité. Si je reste persuadée qu’il est un justicier dans l’âme, je suis toujours surprise par ses actions confinant parfois à la crétinerie.

J’oscille alternativement entre l’impression qu’il serait un imbécile naïf et un peu déjanté, puis celle, au contraire, d’un cerveau brillant et d’un froid calculateur capable de se fondre dans la masse. Un excellent moyen d’injecter de l’humour et de la légèreté dans un récit à la violence exacerbée, sans pour autant en alléger le propos. D’ailleurs, malgré des scènes de combat très fournies en détail et faisant intervenir aussi bien des pistoleros que des machines complexes, la lisibilité de chaque planche reste optimale. C’est un véritable régal pour les yeux d’un bout à l’autre du volume.

Dans un univers où les adultes presque aussi âgés que moi ressemblent à des enfants, j’ai énormément de mal à donner un âge à Jim, que j’aurais placé dans l’adolescence. Mais quand je vois que Mira, sa camarade de classe, en a déjà 29 et Agera 36, je ne suis vraiment plus certaine de rien. Et voilà justement ce qui fait tout son charme : ne plus être sûre de rien en bouclant ce premier tome de The Marshal King, si ce n’est qu’il est impensable de ne pas vouloir connaître la suite.

Ayant par hasard appris que la plateforme Shonen Jump+ proposait en simultané une traduction anglaise couplée à la publication japonaise, ce qui m’a rappelé le tome 19 de Réimp’! où c’était l’un des sujets centraux, je me tâte sérieusement à assouvir ma curiosité en attendant la sortie du tome 2 de The Marshal King, toujours non programmé pour l’instant.

Pour conclure…

Au-delà de ses fusillades spectaculaires, de son univers mêlant western, steampunk et post-apocalyptique ou encore de la virtuosité graphique de Boichi, c’est surtout son sens du mystère qui m’a conquise. Derrière chaque révélation semble se cacher une nouvelle énigme, au point que le lecteur referme ce premier tome avec davantage de questions que de réponses. Une frustration délicieuse tant elle nourrit l’envie de poursuivre l’aventure et d’en apprendre plus sur Jim Godspeed, personnage aussi fascinant qu’insaisissable. Si The Marshal King parvient à entretenir cette part d’incertitude tout en développant son univers et ses personnages avec la même maîtrise, alors Boichi pourrait bien tenir là l’un de ses récits les plus captivants.

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