Réimp’! tome 19

Malgré sa fin prévue pour le prochain volume, Réimp’! continue son petit bonhomme de chemin, presque comme si de rien n’était. Entre la résolution des problèmes familiaux de Nakata, l’importance d’incorporer une touche d’érotisme dans une intrigue et l’obligation de mettre en place une traduction simultanée en plusieurs langues pour contrer les sites pirates, Kokoro n’a guère le temps de ralentir le rythme. Alors que le tome 19 de Réimp’! est disponible en librairie depuis le 20 mai 2026, la rédaction du magazine Vibes est plus que jamais dévouée à sa mission.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’éditeur.

Mon éditrice Kokoro

“Je veux travailler dans le manga !”

Nombreux sont ceux qui aspirent aujourd’hui à devenir mangaka ou éditeur manga. Mais saviez-vous que ce n’était pas la seule manière de travailler dans le manga ?

C’est ce que va découvrir Kokoro, embauchée dans une maison d’édition pour avoir fait une prise de judo à son président. Affectée à l’éditorial manga, elle va peu à peu faire connaissance avec l’univers qui l’entoure… À la différence de Bakuman qui présente un huis-clos entre un auteur et un éditeur souhaitant créer le prochain hit shōnen, Réimp’ ! offre une description plus réaliste et seinen, avec une multitude de personnes : commerciaux, libraires, graphistes, assistants… tous là pour porter l’œuvre jusqu’à son lecteur. Les mangakas ne sont évidemment pas en reste, avec une galerie de personnages qui nous semblent étrangement familiers : le grand auteur légendaire passé de mode, l’ex-hitmaker qui n’arrive plus à vivre de son art, la jeune autrice hésitante, le jeune prodige torturé… Avec un style brut, mais sensible, l’autrice décrit avec fougue la passion qui habite tous ses personnages.

Glénat

Dans Réimp’!, les mangas ne naissent pas uniquement du talent de leurs auteurs. Derrière chaque chapitre publié se cache une armée discrète d’éditeurs, d’assistants et de responsables de rédaction dont les décisions façonnent l’avenir des œuvres. C’est au cœur de cette mécanique complexe que Kokoro Kurosawa poursuit son apprentissage. Cette ancienne prodige du judo se reconvertit dans l’édition après qu’une blessure a mis fin à ses ambitions olympiques. Embauchée chez Kohtokan, la jeune femme gravit les échelons à une vitesse impressionnante, mais découvre vite que les combats du monde éditorial sont souvent plus complexes que ceux d’un tatami.

Sa rencontre avec Haku Nakata, brillant mangaka derrière La transition des Pivs, lui révèle également les limites de sa bonne volonté lorsqu’elle doit abandonner son rôle d’éditrice auprès de l’auteur contraint de suspendre son travail. La situation se complique davantage lorsque Wada quitte son poste de directeur éditorial de Vibes et laisse sa place à Koichi Aikawa. Derrière son apparente bienveillance, ce dernier instaure un climat délétère qui fragilise aussi bien les éditeurs que les auteurs. Lorsque ses manipulations et malversations éclatent finalement au grand jour, son départ permet à Iokibé de reprendre les rênes du magazine et d’amorcer un retour au calme.

Pour autant, la rédaction doit encore relever de nombreux défis. Entre la recherche de nouveaux talents, le lancement d’un artbook consacré à Kagero, héros du spin-off de La Princesse à cornes, et le retour tant attendu de Nakata, Kokoro ne manque pas de travail. Le mangaka reprend progressivement La transition des Pivs tandis qu’une adaptation animée du titre entre enfin en production. Mais l’enthousiasme initial laisse rapidement place à l’inquiétude lorsque Nakata réalise que le studio chargé du projet n’a pas compris l’essence même de son œuvre.

Avec l’aide de Kokoro et de ses proches, il tente alors de faire entendre sa vision. Parallèlement, l’auteur doit affronter une épreuve plus intime encore avec le décès de son père, tandis que la rédaction de Vibes continue d’innover à travers des lives de dessin organisés par ses mangakas. Les difficultés ne s’arrêtent pourtant pas là. Lorsqu’un problème de gabarit est découvert dans le logiciel Create, Kokoro se voit confier la mission de faire intégrer un modèle officiel aux dimensions du magazine.

Mais la mise à jour provoque un bug majeur qui menace le travail de nombreux auteurs. Alors que certains réalisent qu’ils ont perdu l’habitude du dessin traditionnel, un véritable compte à rebours s’enclenche pour sauver la parution de Vibes avant qu’il ne soit trop tard. Une fois le problème résolu, notre éditrice peut enfin souffler, mais pas son poulain, contacté par sa mère, qui l’a abandonné pour refaire sa vie et qui lui demande désormais l’argent nécessaire aux frais de scolarité des enfants de son second mariage. Comment Nakata va-t-il réussir à faire face à ce nouveau coup du sort ?

Découvrez notre critique de Réimp’! tome 2 et 3 ici

Mon royaume pour des … seins !

Tadashi Niimura voue une véritable passion aux fortes poitrines, mais il n’ose pas l’avouer à sa responsable éditoriale par peur de s’attirer ses foudres… Nakata de son côté semble vouloir tirer un trait sur son passé. Quant à Kurosawa, elle se retrouve face à des traductions pirates des “pivs” et doit mettre au point une stratégie de diffusion internationale si elle ne veut pas priver les auteurs et ayants droit de revenus conséquents…

Glénat

Tandis que Nakata a dû faire face au retour de sa mère et à sa demande d’argent dans le tome 18 de Réimp’!, Kokoro doit, de son côté, tenter de sauver le Détective gourmet, Hailey Hara et son auteur Tadashi Niimura, en perte de vitesse chez les lecteurs. Bien que le concept de la série soit accrocheur, l’absence d’une petite touche d’érotisme empêche le manga de plaire au plus grand nombre et Kokoro va devoir y remédier au plus vite. En réalité, Niimura aimerait avoir des personnages féminins à forte poitrine, mais craint d’être sermonné par sa responsable éditoriale s’il lui en parle.

Pendant ce temps, le studio Yamm est en passe de finaliser le premier épisode des Pivs et Nakata accepte d’apporter une contribution financière à sa mère à la condition que celle-ci coupe désormais totalement les ponts avec lui. Une nouvelle fois Kokoro sera appelée à la rescousse, pour s’assurer que tout se passe au mieux pour le dessinateur. Alors que le premier épisode des Pivs est enfin disponible, Kokoro invite Nakata pour une diffusion en avant-première en compagnie de toute la rédaction du magazine. Mais le lancement de la série animée a un effet pervers, celui de voir les traductions illégales fleurir sur le net. Pour contourner le problème, toute l’équipe de Vibes se retrousse les manches pour tenter de mettre en place une traduction simultanée dans sept langues différentes. Un casse-tête logistique pour Kokoro qui est pourtant plus motivée que jamais à réussir un miracle.

Lisez un extrait de Réimp’ ! Tome 19 ici

Les pirates de la trad’

Je dois bien le reconnaître, si je ne savais pas que Réimp’! en était à son avant dernier tome, je n’aurais jamais soupçonné que le manga de Naoko Mazda s’apprêtait à tirer sa révérence, tant les intrigues de ce volume sont dans la même lignée que celles qui ont jalonné le parcours de notre éditrice préférée. Et ce n’est finalement pas si étonnant, le scénario de Réimp’! se calquant sur la vie des personnages, il aurait été déroutant d’observer brusquement un changement de rythme en vue de la ligne d’arrivée qui aurait été en totale contradiction avec l’envie d’ancrer le récit dans une réalité tangible.

En ce qui concerne les problèmes personnels de Nakata, si je comprends son désir de donner à sa mère ce qu’elle demande afin de la rayer définitivement de sa vie, je trouve le fait d’accéder à sa requête parfaitement injuste, tout comme le discours de Iokibé impliquant compréhension et empathie. Ce n’est qu’un ressenti personnel, mais au vu du passif de Nakata avec ses parents, il est très malvenu de la part de ces derniers d’attendre encore quelque chose de leur fils. Heureusement, le mangaka peut compter sur le soutien de Kokoro, dont j’ignorais que le travail d’éditrice allait aussi loin, allant même jusqu’à aider ses auteurs dans leur vie personnelle.

Toutefois, tout n’est pas noir et sombre au royaume de Vibes et la parenthèse Niimura et ses problèmes de grosses poitrines, ainsi que la cérémonie de remerciement commune de Kohtokan permettent d’apporter de la légèreté à ce tome de la série qui aurait été bien dramatique autrement. Par ailleurs, il aura été prouvé que Réimp’! m’aura appris des choses tout au long des tomes, que l’on parle de la typographie des dialogues, ou de la création d’une librairie / café. Ici, c’est avec le problème des traductions simultanées que j’ai pu étoffer mes connaissances.

En effet, j’ignorais totalement qu’une traduction de manga passait aussi par une modification de l’intrigue pour éviter tout tabou culturel. J’ai d’ailleurs eu confirmation, grâce à l’interview d’un traducteur de chez Glénat en fin de volume, que cela ne se faisait absolument pas en France où l’œuvre n’est absolument jamais modifiée, ce qui permet entre autres d’apprécier les différences culturelles entre les lecteurs français et les auteurs japonais. C’est donc à l’horizon du 26 août 2026, que Réimp’! va enfin trouver sa conclusion et je suis très curieuse de voir comment Naoko Mazda compte refermer ce petit bout de chemin professionnel que nous avons arpenté en compagnie de la pétillante Kokoro.

Pour conclure…

Réimp’! a cette qualité rare de ne jamais tricher avec ses lecteurs. Jusqu’au bout, Naoko Mazda refuse l’esbroufe du grand final annoncé, préférant laisser ses personnages vivre à leur rythme, quitte à ce que l’on oublie presque qu’un dénouement approche. C’est à la fois sa force et sa marque de fabrique. Ce dix-neuvième tome ne déroge pas à la règle : entre les démêlés familiaux de Nakata, les aventures mammaires de Niimura et les casse-têtes logistiques des traductions simultanées, la rédaction de Vibes continue de nous offrir une plongée dans les coulisses de l’édition manga aussi instructive que divertissante. Et si ce volume confirme une nouvelle fois que Réimp’! m’aura appris autant que ses personnages, il me laisse aussi avec une impatience bien réelle à l’idée de retrouver Kokoro une dernière fois le 26 août prochain, ne serait-ce que pour voir comment cette pétillante éditrice tire enfin sa révérence.

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