Tandis que les aventures de notre éditrice judoka aux oreilles d’ourson s’acheminent vers leur conclusion, il est désormais évident que la voie suivie par Kokoro se fera en parallèle de celle de son génial poulain : Nakata. Alors que le tome 18 de Réimp’! est attendu en librairie le 18 février 2026, il est temps de rattraper notre retard et de découvrir ce qui se cache réellement dans les coulisses d’une adaptation animée d’un manga à succès. Avec Nakata qui fait face à des problèmes familiaux, Kokoro et l’équipe de Vibes vont devoir gérer un bug lié à la mise à jour d’un logiciel de dessin qui compromet le travail des mangaka…
Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.


Affection professionnelle
“Je veux travailler dans le manga !”
Nombreux sont ceux qui aspirent aujourd’hui à devenir mangaka ou éditeur manga. Mais saviez-vous que ce n’était pas la seule manière de travailler dans le manga ?
C’est ce que va découvrir Kokoro, embauchée dans une maison d’édition pour avoir fait une prise de judo à son président. Affectée à l’éditorial manga, elle va peu à peu faire connaissance avec l’univers qui l’entoure… À la différence de Bakuman qui présente un huis-clos entre un auteur et un éditeur souhaitant créer le prochain hit shōnen, Réimp’ ! offre une description plus réaliste et seinen, avec une multitude de personnes : commerciaux, libraires, graphistes, assistants… tous là pour porter l’œuvre jusqu’à son lecteur. Les mangakas ne sont évidemment pas en reste, avec une galerie de personnages qui nous semblent étrangement familiers : le grand auteur légendaire passé de mode, l’ex-hitmaker qui n’arrive plus à vivre de son art, la jeune autrice hésitante, le jeune prodige torturé… Avec un style brut, mais sensible, l’autrice décrit avec fougue la passion qui habite tous ses personnages.
Glénat

Dans Réimp’!, Kokoro Kurosawa avance avec la même détermination que sur un tatami. Ancienne prodige du judo, stoppée net par une blessure qui a brisé son élan olympique, elle a troqué les ippons pour les manuscrits. Chez Kohtokan, plus personne ne l’attend au tournant pour un combat physique, mais chaque réunion éditoriale a des allures de duel silencieux. Autour d’elle, les regards d’Iokibé, de Mibu et du reste de la rédaction scrutent, évaluent, jugent. Kokoro apprend vite, très vite, trop vite, peut-être. Car ici, les coups ne sont pas frontaux. Ils se glissent dans les décisions, dans les chiffres de vente, dans les non-dits.

Intervient alors sa rencontre avec Haku Nakata, jeune prodige du manga, brillant, imprévisible, mais ô combien fragile. On le voit s’user planche après planche, comme si chaque case lui coûtait un peu plus que de l’encre. Kokoro voudrait le soutenir, le protéger même. Mais elle découvre qu’on ne sauve pas quelqu’un uniquement avec de la bonne volonté et elle doit céder sa place d’éditrice auprès de lui alors que le jeune homme est contraint de prendre une pause dans son travail. Puis la porte du bureau du directeur se referme sur un changement brutal. Wada, supérieur aimé de tous, part et Koichi Aikawa s’installe à son poste. Cependant, derrière son charisme impeccable et ses sourires maîtrisés… une tension sourde s’installe. Les souvenirs de son précédent passage flottent dans l’air comme une rumeur persistante et l’ambiance se dégrade.

Mibu devient la cible de pressions insidieuses, tandis que les décisions d’Aikawa fragilisent l’équilibre déjà précaire de la rédaction. Les auteurs doutent et les éditeurs encaissent. Quand les malversations financières et autres manipulations d’Aikawa éclatent au grand jour et le contraignent à quitter son poste, ce n’est pas un triomphe, c’est une respiration reprise après une trop longue apnée. Iokibé prend la direction de Vibes et le calme revient, mais le magazine porte encore les marques des secousses. Car le vide menace. Nakata est toujours en pause, M. Murayama est en convalescence. Les pages réclament de nouvelles voix et Kokoro pense alors à une mangaka dont elle admire le travail, une autrice restée sur une fin abrupte. Elle la contacte tout de même et de l’autre côté du combiné, elle sent de l’hésitation.

Changer de genre, changer de public, tout en composant avec des blessures personnelles encore à vif, la décision est difficile à prendre. Pendant ce temps, Issun Takahata propulse un spin off de La Princesse à cornes sous les projecteurs. Kagero, ninja capable d’invoquer des sabres mythiques grâce au ninjutsu, séduit les lecteurs avec une intensité inattendue. Devant l’engouement, Vibes lance un artbook dédié aux sabres et Kokoro se retrouve intégrée au projet. La fierté immédiate… vite tempérée par la réputation du responsable éditorial, connu pour son exigence inflexible. Une fois ce projet mené à bien, maintenant que Iokibé a pris la tête de la rédaction de Vibes, Kokoro se voit proposer une nouvelle chance en redevenant l’éditrice de Nakata. De son côté, le mangaka, après de nombreux efforts, peut enfin reprendre la publication de son titre : La transition des Pivs. Et comme dans Réimp’! un bonheur n’arrive jamais seul…
Découvrez notre critique de Réimp’! – Tome 2 & 3 ici !
Y’a de l’animation !
En quittant la scène, l’ancien directeur éditorial de “Vibes” Aikawa n’a pas oublié de laisser derrière lui un petit cadeau à l’attention de ses collègues : l’adaptation animée des “Pivs” ! Seulement, entre les envies artistiques du studio d’animation et les souhaits créatifs de l’auteur, le gouffre peut être immense. Comment Kokoro et Nakata parviendront-ils à dépasser ces divergences ?
Glénat

Maintenant que Iokibé a réussi à rendre une certaine sérénité à son équipe dans le tome 16 de Réimp’!, Kokoro fait son grand retour aux côtés de Nakata alors même qu’une adaptation animée de La transition des Pivs est en discussion. Ce projet, longtemps mis en suspends à la grande surprise de l’éditrice, voit le studio Yamm choisi pour sa réalisation. Son choix s’étant déjà porté sur ce studio, parmi les autres projets proposés, Nakata se réjouit de voir sa création prendre vie.

Pourtant, après une rencontre avec les artistes du studio, le mangaka s’aperçoit qu’aucun d’entre eux n’a réellement compris sa vision, malgré le soin qu’il avait mis à tenter de leur expliquer. Découragé, l’auteur peut désormais compter sur le soutien d’une Kokoro reboostée et de ses amis Ayu et Kuriyama pour l’aider à se faire entendre. Une fois le message passé auprès du studio d’animation, le travail peut commencer pour doter les Pivs de mouvements et d’une voix qui leur est propre. Malheureusement, peu de temps après, Nakata reçoit un appel de la maison de santé où est interné son père…
Découvrez un extrait de Réimp’ ! – Tome 17 ici !
Bug aux dimensions critiques
Alors que les mangaka diffusent sur Internet des vidéos d’eux-mêmes en train de dessiner, Haku Nakata décide de suivre la tendance. Seulement, les obstacles sont nombreux quand on ignore tout de l’outil informatique ! Et, pour les dessinateurs habitués au numérique, le problème inverse se pose : il suffit d’un logiciel en panne pour perturber toute la chaîne éditoriale…
Glénat

Tandis que Nakata fait face à sa façon au décès et à l’enterrement de son père qu’il a dû gérer seul, la rédaction de Vibes voit beaucoup de leurs auteurs se lancer dans des sessions de live de dessins en direct, afin de partager leur travail avec leurs lecteurs. Intrigué, Nakata voudrait tenter l’aventure et se voit aidé par la toujours volontaire Kokoro ainsi que par une de ses anciennes assistantes, Kinue Agarié, désormais sur le point de devenir maman. Quelque temps plus tard, Kokoro est contactée par Kazu Noguchi, autre autrice dont elle a la charge et qui a remarqué un problème d’échelle lors de l’impression de son manga dans Vibes.

Après recherches il s’avère que la mangaka n’avait pas les bons gabarits, le logiciel de dessin Create, quasi unanimement utilisé par les auteurs, ne disposant pas d’un modèle Vibes aux dimensions préétablies du magazine. Devant cette absence, Kokoro est chargée par Iokibé de contacter les créateurs du logiciel afin de créer un modèle au gabarit du magazine. Aussitôt dit, aussitôt fait, mais alors que la nouvelle mise à jour est lancée certains mangakas voient le logiciel planter leur ordinateur à cause d’un bug. Et lorsque plane le fantôme d’un retour au dessin sur papier, ils s’aperçoivent qu’ils ne savent plus dessiner. Le compte à rebours est enclenché dans Réimp’! pour trouver une solution afin que tous puissent rendre leur travail à temps sans risquer de compromettre la sortie de Vibes.
Lisez un extrait de Réimp’ ! – Tome 18 ici !
Désamour filiale
Cela fait maintenant quelques années que je suis Réimp’! avec assiduité et par là même les péripéties de cette chère Kokoro dans le monde de l’édition et j’avoue que je ne m’attendais pas à apprendre que la série avait pris fin avec son tome 20. A la lueur de cette information, je me suis un peu penchée sur la trajectoire de notre héroïne et il semblerait qu’elle soit indissociable de celle d’Ayu et de son génial, mais asocial, poulain Nakata. Après une période d’amitié entre les deux jeunes gens, il semblerait que les sentiments se développent enfin tant d’un côté que de l’autre, même si vu le caractère et les réactions de Nakata il est à craindre qu’une déclaration ne soit compliquée.

Pour autant je reste convaincue que c’est au contact de la jeune fille, et de sa solaire éditrice, que le taciturne mangaka a pu évoluer jusqu’à réussir à faire face seul à la mort de son père dément. Quand on se souvient à quel point le revoir dans le tome 13 de Réimp’! avait plongé l’auteur à la limite de la folie, je craignais une rechute, mais il semble que Nakata, fort de s’être enfin ouvert aux autres, arrive à tenir bon malgré tout. Pour autant, le retour dans sa vie de sa mère qui l’a abandonné pour refaire sa vie avec un autre homme et qui lui demande à présent de l’argent pour payer l’école de ses deux autres enfants (que le mangaka ne connaît même pas), rajoute une nouvelle blessure sur celle encore béante de l’abandon.

Le coup de grâce étant que sa propre mère ne se souvient absolument pas de son anniversaire. Je dois bien le reconnaître, quand Naoko Mazda décide d’inclure des antagonistes dans Réimp’!, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère. Après un père violent qui finit, dément, par se prendre pour son fils et mère qui l’a abandonné et ne se souvient de son existence que lorsqu’elle a besoin d’argent, je revoit ma copie en ce qui concerne les réactions de Nakata qui ont pu me paraître incompréhensibles et me rendre le personnage assez antipathique au début. Cela étant, en développant son contexte familial, Naoko Mazda amène petit à petit ses lecteurs à comprendre le pourquoi de ces réactions et même à prendre fait et cause pour lui.

Une dernière étape donc à franchir pour Haru, qui heureusement peut compter sur Ayu et Kokoro pour le soutenir, avant de s’affranchir définitivement de sa famille, qui, paradoxalement est à la base de son succès en tant que mangaka (puisque ce sont leurs mauvais traitements qui ont matérialisé les Pivs dans sa psychée). Bien qu’un peu triste d’avoir appris qu’il ne me reste que deux tomes avant de devoir dire au revoir à Kokoro et à la rédaction de Vibes, j’attends avec impatience de voir comment va se conclure la romance naissante de Nakata et d’Ayu et pour cela je vais devoir attendre le prochain tome de Réimp’! d’ores et déjà prévu pour le 2 mai 2026.
Dans ces tomes 17 et 18, Naoko Mazda continue de tisser avec finesse les fils qui relient ses personnages, révélant peu à peu à quel point la trajectoire de Nakata est indissociable de celles d’Ayu et de Kokoro. En levant davantage le voile sur son passé familial, l’autrice offre un nouvel éclairage sur ce mangaka longtemps difficile à cerner. Derrière son attitude froide et ses réactions parfois déroutantes se dessine désormais un jeune homme marqué par l’abandon et la violence, dont le talent est né d’une douleur qu’il tente encore d’apprivoiser. Heureusement, entouré d’Ayu et de la toujours solaire Kokoro, le mangaka semble enfin avancer vers une forme d’émancipation. À l’approche de la conclusion de la série, il ne reste plus qu’à voir si ces liens tissés au fil des tomes permettront à chacun de trouver sa place, tant sur le plan professionnel que personnel. Une chose est sûre : avec seulement deux volumes restants, dire au revoir à la rédaction de Vibes s’annonce déjà comme un moment aussi doux-amer qu’inévitable.




