
Vous connaissiez le steampunk, le cyberpunk, et le solarpunk ? Eh bien, découvrez un tout nouvel univers original : le clockpunk ! Un monde où les rouages, les mécanismes et les automates en tout genre sont maîtres. Tout droit issu de l’esprit foisonnant de Benoît Sokal, auteur belge de bande dessinée, Syberia est un jeu qu’il a imaginé et conçu initialement en 2002 et qui aura droit à 4 opus au fil des années. Le premier du titre, devenu culte entre-temps, est aujourd’hui disponible dans une version remastérisée aux graphismes très léchés.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Toys Stories
Kate est une jeune avocate qui débarque dans les Alpes françaises afin de signer un acte de propriété pour sa boîte. En effet, une étrange femme d’affaires, connue dans la région pour posséder une usine de fabrication de jouets, désire vendre son entreprise avant la fin de sa vie, qu’elle sent imminente. Mais ce qui ne devait être qu’un séjour de quelques heures se transforme bien vite en longue aventure rocambolesque pour Kate. Elle va en effet devoir enquêter sur un mystérieux héritier qui empêche la vente de se conclure, et va pour cela commencer à explorer l’histoire de la famille Voralberg, les créateurs de ces magnifiques, mais aussi inquiétants, automates qui grouillent partout en ville.

Au Coeur de la Machine
Syberia Remastered porte bien son nom puisqu’il s’agit avant tout d’une rehausse graphique sans trop de changements dans le gameplay. Pourtant, ayant joué à l’opus original et m’en rappelant plutôt bien, j’ai constaté dès les premières énigmes que le studio avait réalisé quelques modifications de ce côté-là aussi. La plupart du temps afin de les rendre un chouilla plus complexe qu’avant, mais parfois aussi afin de les rendre plus directes, enlevant au passage quelques allers-retours qui pouvaient sembler inutiles dans le jeu original. Dans Syberia Remastered, nous incarnons Kate, jeune femme dynamique et téméraire, qui se retrouve en début de jeu dans une drôle de petite ville au cœur des montagnes, et nous allons explorer la plupart des bâtiments et environs du patelin.


Il s’agit avant tout d’exploration et de récupération de documents afin de mieux comprendre l’univers du jeu, puis de résoudre des énigmes, la plupart du temps “mécaniques”, c’est-à-dire liées au style clockpunk très prononcé conçu par Benoît Sokal pour le jeu. En effet, le petit village où nous enquêtons est le berceau d’une usine de création de jouets automates dont les technologies reposent essentiellement sur les mécanismes, les clefs à remonter des ressorts, ainsi que sur l’automatisation des objets du quotidien. Il faudra donc tantôt remonter un cadran, tantôt trouver le mécanisme qui ouvre une porte, ou encore dégoter la bonne carte perforée à mettre dans la bonne machine afin que celle-ci réalise la tâche pour laquelle elle a été conçue. L’enquête est réellement prenante et intrigante, et donne envie de lire l’ensemble des documents afin de mieux percer les mystères de cette drôle de famille d’inventeurs.


Les environnements sont riches et extrêmement détaillés, encore plus dans cette version remastérisée, et donnent eux aussi envie de les fouiller de fond en comble afin de découvrir les pièces de ce grand puzzle. Syberia Remastered a le bon goût de proposer un HUD très épuré, nous permettant ainsi d’apprécier à leur juste valeur les magnifiques environnements que nous parcourons, et les menus, très immersifs, se présentent sous la forme d’un gros journal que Kate annote et range au fur et à mesure de son enquête. On sent ici que tout a été pensé dans une esthétique générale aux petits oignons et que le studio a recherché une cohérence visuelle tout du long.


Les Rouages du Monde
Qui dit remaster dit graphismes, et qu’en est-il de ce côté-là ? Eh bien, le jeu est vraiment très beau. Bien qu’il puisse sembler un peu rigide à certains moments, et que certains graphismes soient encore un peu géométriques, on ne saurait nier le travail incroyable réalisé sur la remodélisation et le texturage réalisé par les équipes de production. Un monde où le métal et les mécanismes sont rois se devait d’avoir de beaux effets de matière, et c’est ici parfaitement le cas. Mention spéciale également au travail sur les lumières qui est tout bonnement enchanteur, que ce soit en intérieur ou en extérieur.



Bien que se basant sur les designs du jeu original, ce Syberia Remastered parvient à sublimer chaque décor, chaque pièce et chaque objet de la plus belle des manières. Que ce soit les habitations cossues de style art nouveau de la petite ville de Valadilène, l’inquiétante structure industrielle de l’usine de jouets, ou encore la magnifique locomotive du train, nos mirettes sont ravies. Une décision de l’équipe me laisse cependant dubitative, celle de ne pas avoir remastérisé les cinématiques du jeu original. Ainsi, plusieurs vidéos ponctuent le jeu dans leur style du début des années 2000 et cela choque évidemment en comparaison aux graphismes modernes du reste du jeu. Cela nous sort un peu de l’immersion tant la différence graphique est forte.

C’est un choix étrange, sans doute lié à un manque de budget sur le projet. On peut cependant également y voir un gimmick amusant, celui d’avoir ainsi un comparatif direct entre le jeu original et ce Syberia Remastered, la nouvelle version prenant encore davantage de superbe en comparaison aux graphismes datés du jeu original, encore un peu présents malgré tout, comme un témoignage du passé ou comme une trace du moule original ayant donné vie à ce bel objet tout nouveau tout beau.
Mécanique Orchestrale
La partie audio du jeu est également très plaisante. Reprenant les dialogues originaux (Kate a toujours la voix de Françoise Cadol, notre Lara Croft francophone de cœur), on sent que les acteurs de doublage se sont investis dans leurs rôles. Syberia Remastered possède même quelques gimmicks très sympathiques comme par exemple l’utilisation de la manette en guise de téléphone. Ainsi, c’est à travers la manette que votre téléphone sonnera et que vos interlocuteurs vous parleront. Se crée alors un dialogue très réaliste entre Kate parlant sur votre écran et son contact lui répondant dans la manette, comme si vous teniez réellement votre téléphone sur haut-parleur dans votre main.


J’ai personnellement trouvé cela très malin et bien plus immersif que de simplement ajouter des bruits aléatoires dans la manette sans recherche de cohérence, comme le font beaucoup d’autres jeux. Les compositions musicales sont également celles du jeu original, avec ses magnifiques musiques orchestrales teintées de valses autrichiennes qui nous bercent pendant notre exploration. Cette bande originale, à la fois discrète mais très belle, matche parfaitement à l’univers du jeu, à la fois moderne et rétro. Elles sont en outre l’œuvre de l’artiste français Dimitri Bodiansky, qui avait déjà travaillé pour Benoît Sokal sur la partie sonore de l’incroyable Amerzone, autre jeu culte du créateur également remastérisé récemment et que j’avais adoré.


Syberia Remastered est à la hauteur de nos attentes. Non content d’une magnifique refonte graphique, le studio nous propose quelques aménagements de gameplay bienvenus ainsi que quelques gimmicks très sympathiques, et qui participent à l’immersion. L’univers de Benoît Sokal est un ensemble de pépites qu’il serait dommage de rater, et ces remasters sont de parfaites occasions de s’y immerger. L’Amerzone nous avait déjà régalés voici quelques mois, c’est au tour cette fois à Syberia de proposer son univers original et détaillé à un nouveau public, ou à d’anciens amateurs voulant profiter de graphismes modernes.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Graphiquement à la hauteur
Un univers passionnant et détaillé
Une partie sonore très soignée
Un respect de l’œuvre originale
Les points négatifs
Un gameplay qui reste un peu rugueux




