Ninja Gaiden 4

Treize ans après Ninja Gaiden 3 : Razor’s Edge, la série culte de Team Ninja fait son grand retour avec un quatrième opus canonique. La pression qui pèse sur Ninja Gaiden 4 est colossale. Développé conjointement par Team Ninja et PlatinumGames, ce titre très attendu débarque sur PlayStation 5, Xbox Series et PC, suscitant l’enthousiasme des fans de longue date comme celui des nouveaux venus séduits par les trailers et previews. Deux générations de joueurs retiennent leur souffle, à l’image des deux protagonistes du jeu, eux aussi de deux époques différentes : le légendaire Ryu Hayabusa et Yakumo, jeune ninja débordant de rage et d’énergie.

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

Un projet ambitieux

Le développement de Ninja Gaiden 4 est né d’une initiative commune entre Microsoft et Koei Tecmo. Après plus d’une décennie de sommeil, c’est la firme de Redmond qui a rallumé la flamme, en proposant à Koei Tecmo de relancer la licence. Fumihiko Yasuda, producteur général chez Team Ninja, a confirmé que le financement de Xbox Game Studios avait été décisif. L’équipe japonaise a alors approché PlatinumGames, studio expert des jeux d’action stylisés (Bayonetta, NieR : Automata), pour donner naissance à ce nouveau bébé. Ainsi, le développement a officiellement démarré il y a cinq ans, sous la supervision de Masakazu Hirayama (Team Ninja) et Yūji Nakao (PlatinumGames).

Leur ambition : célébrer l’année 2025 comme le “Year of the Ninja”, avec un jeu qui incarne à la fois le respect du passé et l’audace du futur. Et il faut dire qu’avec les récents, et excellents, Ninja Gaiden : Ragebound et Shinobi: Art of Vengeance, 2025 est effectivement une grande année pour les mordus de cette figure incontournable de la culture japonaise et de la pop culture en général. A noter que la sortie de Ninja Gaiden 4 intervient quelques jours après l’annonce du décès de Tomonobu Itagaki (emporté par la maladie à seulement 58 ans), le réalisateur et le producteur des premiers Dead or Alive mais aussi, et surtout, des premiers Ninja Gaiden en 3D. 

Sous le signe du dragon

L’histoire se déroule ici dans un Tokyo futuriste, baigné de néons et d’accents cyberpunk. Un Japon alternatif rongé par une nouvelle menace : le Dragon Noir. Cette force obscure, déjà scellée autrefois par Ryu Hayabusa, refait surface. Désormais, c’est Yakumo, jeune ninja équipé d’armes forgées dans le sang, qui doit la détruire. Mais le destin sait se montrer taquin : Hayabusa, celui-là même qui avait scellé le monstre, est désormais en opposition frontale avec Yakumo. Ce conflit de génération est l’un des ressorts intéressants du script. Si c’est Yakumo qui est la véritable star de Ninja Gaiden 4 (on l’incarne 90% de l’aventure), il sera quand même possible de contrôler le sensei Ryu Hayabusa le temps de quelques stages.

Une fois le premier run bouclé, le joueur pourra librement choisir entre les deux ninjas avant chaque mission, une option de rejouabilité particulièrement appréciable. Si l’univers cyberpunk peut surprendre, il n’empêche pas quelques escapades plus classiques (forêts, souterrains, temples) qui rendent hommage à l’ADN de la franchise. Et pour les aficionados de toujours, le scénario réserve plusieurs clins d’œil et rebondissements assez savoureux. En outre, les jeux de miroir entre Yakumo et Hayabusa sont assez plaisants, sans parler d’apparitions de figures également populaires, qui ne manqueront pas de faire leur petit effet. Sans trop en dire, les trahisons, alliances et confrontations sont également de la partie. 

Frénétique, jusqu’à l’épuisement

Les Ninja Gaiden 3D sont réputés pour leur gameplay exigeant et hautement satisfaisant. Cela tombe bien, Ninja Gaiden 4 s’inscrit totalement dans cette philosophie. Mais avec un petit twist : celui de la nervosité à tout prix ! Dès les premières secondes, le jeu frappe fort. Les enchaînements sont fulgurants, fluides, hyper permissifs. La signature de Platinum explose à chaque coup porté : changements d’armes en plein combo, impacts d’une brutalité folle, animations léchées, on en prend plein les yeux. Le tout dans un déluge de sang, qui coulera à flot tout au long du chemin.

On retrouve les codes de la saga (course sur les murs, glissades, finish de maboule apparus avec Ninja Gaiden II, etc.) mais revisités avec une intensité décuplée. Tout fuse à une vitesse ahurissante, au point qu’il faut une vue bien aiguisée pour suivre ce ballet sanglant et hypnotique (âmes sensibles et personnes à la vue de taupes, abstenez-vous !). Cette débauche d’énergie est grisante, viscérale même, mais aussi éprouvante. Le jeu ne relâche jamais la pression, ne laisse quasiment aucun répit. Quelques respirations plus profondes auraient sans doute été bienvenues tant la tension reste à son paroxysme du début à la fin. Mais comment reprocher à Ninja Gaiden 4 une telle rage de briller, une telle volonté de nous en mettre plein la vue ? 

Le combat dans la peau

Le jeune Yakumo incarne à merveille la démesure propre à la patte PlatinumGames. Avec ses allures de héros de shonen stylisé à l’extrême, il personnifie cette offensive permanente que le joueur doit adopter : dévier les balles en pleine course, enchaîner les attaques éclairs et se mouvoir avec une aisance presque surnaturelle. Le gameplay déroule des mécaniques bien huilées : attaque légère et lourde, mises à mort spectaculaires, moult attaques spéciales, lancées de shurikens, etc. S’ajoutent à tous ces mouvements une surcouche de puissance supplémentaire liées aux techniques du Clan du Corbeau dont fait partie Yakumo. N’oublions pas non plus la garde, l’esquive emblématique à la Platinum façon Witch Time de Bayonetta, etc.

Entre les différentes armes et les multiples mouvements et attaques mis à dispositions du joueur, les possibilités d’enchaînements sont presque infinies. De quoi faire péter le compteur de combos ! De nouvelles techniques sont à apprendre via des boutiques (que l’on croise à certains endroits dans les niveaux), tout comme de nouvelles caractéristiques pour ses armes. A ce propos, deux types de monnaies sont à utiliser, selon ce que Yakumo compte acquérir. Il y a vraiment de quoi faire et on peut passer de très longues minutes à parfaire son “build”. Parmi les nombreux outils mis à disposition — et que l’on débloque au fil des affrontements —, le grappin s’impose comme une véritable réussite : ergonomique, fun et diaboliquement efficace. Quant au surf sur l’eau et aux séquences sur rails, dignes d’un Sonic 3D ou d’un Ratchet & Clank sous adrénaline, ils se révèlent aussi grisants que spectaculaires.

Seule ombre au tableau : les phases de vol plané dans les couloirs venteux manquent de précision, provoquant parfois des chutes frustrantes sans raison claire. Un petit accroc étonnant au regard des autres strates du gameplay. Et l’accessibilité dans tout ça ? Longtemps réputée pour sa difficulté impitoyable, la série Ninja Gaiden a souvent fait trembler les joueurs les moins aguerris. Ninja Gaiden 4 ne renie pas cet héritage : même en mode Normal, la moindre erreur se paie cash. Les plus téméraires pourront encore se mesurer aux modes Difficile et Maître Ninja, véritables enfers d’exigence.

Mais, grande nouvelle, à l’instar d’un NieR Automata, on peut opter pour un mode facile (intitulé Héros) qui s’accompagne d’une panoplie d’options de confort (esquive ou blocage automatiques, combat assisté, réglages en tout genre). Ainsi, tous les types de joueurs pourront profiter de l’intégralité de ce que le jeu a sous le capot. C’est une philosophie à saluer et qui rend cet épisode, de facto, comme le plus accessible de tous.

Un feu d’artifice permanent

Sur le plan technique, Ninja Gaiden 4 tient bien la route sans viser le photoréalisme des AAA. Le 60 fps constant en mode performance assure une fluidité parfaite sur PS5, et la direction artistique compense les limites techniques par une identité forte. C’est clinquant, les néons éclatent, les reflets explosent, les particules envahissent l’écran. Un véritable feu d’artifice cyberpunk. Les fans d’anime SF des années 1990 seront aux anges : Ninja Gaiden 4 assume cette patte visuelle sans concession. Sur une dizaine d’heures de jeu pour une première partie, les décors varient autant que possible, mais les teintes saturées sont toujours reines.

A l’instar de l’action de folie du titre, cette surenchère visuelle peut fatiguer les yeux par moment. Mais sur ce point, c’est à la discrétion de chacun. Et pour encore faire un parallèle avec NieR Automata, le design de l’interface, résolument “high tech”, s’affiche comme une version rouge sang des menus du jeu mettant en scène 2B et ses compagnons. Le level design, sans révolutionner la formule, reste solide et lisible. L’aventure se déploie le long d’un itinéraire principal, ponctué de quelques embranchements menant à des coffres cachés ou à des ennemis spéciaux liés à des missions annexes.

Rien de bouleversant, mais l’efficacité prime : on avance, on combat, on progresse avec une précision quasi mécanique. Le bestiaire, lui, se montre suffisamment varié (même s’il faut attendre quelques niveaux pour s’en rendre compte), tandis que les boss offrent des affrontements épiques à souhait, portés par des patterns bien pensés. Côté son, c’est une véritable déflagration sensorielle : les bruitages de lame et de chair sont incroyablement percutants, les musiques oscillent entre techno, rock nerveux et nappes orchestrales. Bref, c’est bruyant, mais jubilatoire.

Pour conclure…

Sans renier son héritage, Ninja Gaiden 4 propose une approche plus frénétique et nerveuse que jamais. Cette évolution ne séduira peut-être pas l’unanimité des puristes des premiers épisodes (surtout avec une telle frénésie qui confine parfois à la surenchère), mais tous s’accorderont à reconnaître que le titre ne manque pas de qualités, ni de panache. Quoi qu’il en soit, la réussite est indéniable : cette collaboration entre Xbox Game Studios, Team Ninja et PlatinumGames a donné naissance à l’un des jeux d’action les plus flamboyants de cette génération.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Un système de combat génial

Une nervosité à toute épreuve

Yakumo suinte le charisme en permanence

L’ADN de la série est respectée, tout en étant bousculé

Ryu Hayabusa, de par sa discrétion, appuie d’autant plus son statut de légende

Les points négatifs

Peut-être trop frénétique pour son propre bien

Les phases de vol, souvent très pénibles

La directions artistique hyper flashy ne fera pas l’unanimité

Un jeu parfois épuisant

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