
Depuis 2002, la série Mafia nous fait vivre des aventures incroyables au sein de différentes bandes criminelles pour notre plus grand plaisir. Mais en 2016, c’est le studio Hangar 13 qui reprend la série pour créer le très décrié Mafia III. S’en suivent ensuite différents remakes des premiers volets dont l’incroyable Mafia : Definitive Edition, qui m’a personnellement permis de découvrir la licence. Enfin, cet été 2025 est sorti Mafia : The Old Country. Cette préquelle est-elle le digne successeur de la série ?
Ce test a été réalisé sur une version Xbox Serie X fournie par l’Éditeur.
Casa Nostra
Ce nouvel épisode nous emmène en Sicile, le berceau de la Mafia, en 1904 plus précisément. Un retour à la maison, là où tout a commencé. Nous incarnons et suivons l’histoire d’Enzo Favara, un jeune homme que la vie n’a pas épargné, contraint de travailler dans les mines en attendant l’opportunité qu’une vie meilleure s’offre à lui. Par un concours de (mauvaises) circonstances, il se retrouve sous la protection de la famille Torrisi, l’une des familles qui règne sur la Sicile, avec à sa tête le charismatique Don Bernardo Torrisi. Enzo va devoir faire ses preuves pour monter en grade, obtenir les faveurs du Don, et avoir sa place au sein de la famille.

Sono Siciliano
Ce que l’on peut affirmer, c’est que le studio a mis l’accent sur la narration et l’immersion, et ce à travers plusieurs choix artistiques et de gameplay. Tout d’abord, le rythme général du jeu et la place laissée aux personnages. J’ai particulièrement apprécié que Mafia : The Old Country prenne son temps et plusieurs moments pour se poser dans l’intrigue, laissant la possibilité d’y aller crescendo dans l’ascension d’Enzo au sein de la Famille. Ce choix nous permet de savourer chaque échelon gravi tout au long des chapitres que l’on va parcourir. Jouer un jeu qui permet d’intégrer un gang si soudé m’a rappelé Red Dead Redemption 2 (où la vie en communauté et l’allégeance à Dutch était tout aussi importante que dans ce Mafia : The Old Country), toutes proportions gardées, bien entendu.

Les personnages secondaires très charismatiques jouant un rôle important, comme dans le jeu de Rockstar. Ainsi, nous devons fréquemment réaliser des quêtes accompagnées des membres du groupe, généralement Luca et Cesare, nos plus proches alliés. Avoir des compagnons lors des quêtes est toujours très agréable, cela permet de renforcer les liens qui unissent notre personnage à ces derniers, d’en apprendre plus sur le lore, et également de savourer les notes d’humour lors de leurs échanges. Ensuite, plusieurs automatismes permettent de parfaitement s’immerger dans le spectacle sans être distrait. Comme par exemple un HUD qui se fait discret et qui s’efface presque complètement hors combat afin de ne laisser uniquement comme information visuelle la quête en cours. Une fois en combat par contre, la jauge de vie et les différentes armes, munitions, et bandages disponibles vont réapparaître.

J’aimerais aussi faire un petit point sur les sauvegardes. Ces dernières sont automatiques et se font soit à la fin d’un chapitre, soit après chaque cinématique. Il n’y a aucune possibilité de sauvegarder manuellement. À la fois un avantage et un inconvénient selon les situations. Vient ensuite le désir d’une certaine forme de réalisme dans l’exploration des environnements. Étrangement, malgré des décors semi-ouverts (le jeu reste très linéaire dans sa structure), aucune mini-carte ne sera présente. Il faudra à chaque fois aller dans la map du menu pour visualiser son chemin. Et pointer un emplacement ne sera pas possible non plus. Cependant, des éléments intradiégétiques seront ajoutés pour simplifier nos déplacements. Mafia : Definitive Edition avait déjà proposé quelque chose de similaire avec les panneaux routiers semi-transparents qui indiquent systématiquement le trajet de la quête principale.

C’est aussi le cas dans celui-ci et c’est de nouveau très immersif, très discret et cohérent avec l’univers. Cependant, si comme moi vous êtes du genre à avoir la collectionnite aiguë, vous devrez obligatoirement passer par la map du menu pour vous rendre où vous souhaitez aller, car malgré le fait que les collectibles soient tous notés sur la carte, comme il n’est pas possible de les épingler, il faudra tracer son chemin à l’ancienne, en ouvrant et fermant la carte. Toujours en matière de gameplay, ici, pas de points de compétence à distribuer. Cependant, Enzo aura tout de même une capacité spéciale : son instinct. Ce dernier étant excessivement développé, il peut activer ce dernier pour percevoir la position des ennemis, même à travers les murs. Une sorte de sens de sorceleur (pour faire une analogie avec The Witcher 3 par exemple). Très pratique pour faire des éliminations discrètes.

La Sicile étant une région très pieuse et religieuse, Enzo portera un chapelet duquel il pourra modifier le médaillon et certaines perles qui vont lui conférer divers atouts, que ce soit en combat, loot, ou autre. Ces breloques, comme elles sont appelées, seront trouvables sur toute la map et intègrent ainsi les capacités du personnage dans le lore très terre à terre du jeu, en plus d’être une jolie trouvaille visuelle. Le réalisme se poursuit avec les collectibles. Ce sera le cas des coupures de journaux ou des “Trinacria” (artefacts qui témoignent du passé de la Sicile) qu’il est possible de vendre contre des dinars (monnaie issue du vol et des délits), et qui servent à acheter des armes, des tenues ou des véhicules. Mais nous pourrons également dénicher des icônes de Saints et de Saintes qu’il sera possible de trouver à diverses chapelles.



Pour compléter vos collections et faire vos achats à votre aise, un mode exploration est disponible dans le menu de chapitrage. Cet ajout, bien qu’il soit une bonne idée, montre également les limites d’un jeu peut-être un peu trop linéaire, car être contraint de sortir de la partie en cours pour aller dans une boutique est contre-productif à mon sens. C’est aussi, et uniquement dans ce mode-là, que le voyage rapide sera disponible. Concernant les combats, en plus des habituelles séquences de fusillades, cet opus ajoute un nouvel élément : les combats au couteau. L’utilisation de stiletto, couteau sicilien de combat, était monnaie courante parmi les clans siciliens de cette époque, c’est donc naturellement qu’ils ont été ajoutés dans le jeu. Au même titre que les combats à l’épée, les combats au stiletto seront ceux qui seront usités afin d’affronter les différents boss du jeu (agrémentés de quelques QTE au passage), mais également pour briser des verrous de coffres ou crocheter les serrures.


Nous aurons heureusement la possibilité d’aiguiser nos couteaux à n’importe quel moment. En effet, chaque stiletto contient un nombre limite d’utilisations, variable selon le modèle. Tuer ou briser un verrou va les user, il convient dès lors d’utiliser les pierres à aiguiser pour leur rendre leur coupant de départ. Leur utilisation reste jouissive et très agréable. J’ai personnellement beaucoup apprécié. Parlons de la conduite maintenant. Comme dans chaque titre de Mafia, nous aurons divers véhicules à piloter. Dans cette version, les chevaux sont évidemment de la partie, l’époque aidant. Mais également plusieurs voitures d’époque…


Et je dois bien avouer que j’avais un peu peur, étant encore traumatisée par la course de voitures de Mafia : Definitive Edition. Mais la conduite s’est heureusement nettement améliorée, ou facilitée (qui sait ?), dans ce Mafia : The Old Country. Les véhicules sont fluides, agréables, et réactifs (avec le son du moteur aux petits oignons !). C’est un réel plaisir de se balader d’une zone à l’autre avec les différentes voitures (customisables !) et chevaux mis à notre disposition. Et enfin, les tenues de notre protagoniste. Ce n’est pas nouveau, les jeux Mafia sont classieux à souhait ! Costumes trois pièces, chapeaux, chaussures vernies, etc.

Tout est stylé dans cette licence. Mafia : The Old Country ne fera pas exception à la règle et proposera son lot de costumes divers et variés qu’Enzo pourra porter, bien que son style ne soit pas à la hauteur de celui de Tommy Angelo, le protagoniste de Mafia 1. Sa coiffure pourra également être modifiée. Attention cependant car, le jeu étant scripté, il faudra activer une option pour qu’il tienne compte de nos préférences personnelles au lieu d’afficher les tenues initiales prévues par le mode histoire.
Arte Sofisticata
Passons à la direction artistique du jeu. Vous avez peut-être regardé les différents petits reportages qui ont précédé la sortie du jeu, nous expliquant comment les développeurs avaient travaillé sur les divers aspects de cet opus, mettant en avant des recherches poussées et un sens du détail important. Si pas, je vous les conseille, c’est très intéressant. Manette en main, cela se ressent en effet, dans les milliers de détails visuels qui ponctuent les environnements, la qualité des dialogues en sicilien, ou encore la cohérence des collectibles…


On ressent vraiment le travail de documentation qui a été fait par l’équipe pour rendre cette Sicile tangible et réaliste. Le travail sur les personnages est également impressionnant, notamment sur les visages, les expressions, ainsi que les interprétations des acteurs (nous ne sommes pas encore à la hauteur d’un Red Dead Redemption 2 en termes de réalisme évidemment, mais il n’empêche que les expressions faciales et le charisme de certains personnages sont indéniablement de très haut niveau). Don Torrisi tout particulièrement est extrêmement bien traité, tout comme Cesare, le compagnon d’aventures d’Enzo. Mafia : The Old Country est d’ailleurs une vraie réussite visuelle en général.

Que ce soit au niveau des ambiances, des lumières ou du son (nous y reviendrons plus bas), le travail effectué est spectaculaire. Lors des cinématiques par exemple, où le fondu entre la vidéo et la reprise du gameplay se fait de façon naturelle et fluide sans presque aucune perte de qualité. Cependant, en contrepoint à cette prouesse visuelle, les temps de chargement qui restent un peu longs, ainsi que des textures (surtout celles des visages) qui ont systématiquement un retard dans le chargement, ce qui fait un peu défaut à la qualité visuelle de la cinématique qui précède ainsi qu’à l’immersion générale.

Peu de défauts en dehors de ça, même si j’ai malheureusement fait les frais d’un bug de modélisation lors de la recherche d’un collectible, une seule fois heureusement, l’intérieur d’un bâtiment n’étant pas modélisé, en entrant dedans, j’ai fait une chute qui m’a fait mourir, ainsi que du clipping assez fréquent dans les environnements naturels. Autre petit bémol : avec un jeu qui possède autant de détails, il est dommage de n’avoir aucun mode photo. Il m’a pris l’envie de réaliser des clichés in-game à de nombreux moments, tant des personnages que des mises en scène d’objets, mais la caméra directionnelle ne le permettait évidemment pas aussi facilement qu’un mode photo.


Cependant, nous allons à un moment du jeu acquérir un appareil photo qui nous permettra de prendre des clichés d’endroits précis (notés sur la carte). Cette prise de photo sera agrémentée d’un mini-jeu très simple, où il faudra bien placer les différents repères pour modifier la netteté de l’image, ainsi que l’exposition. C’est le genre de tâches que j’aime faire, mais j’avoue qu’un mode photo intégré aurait été encore mieux.
Il Suono e la Furia
Inaugurons cette partie dédiée au son pour évoquer les doublages. Vous le savez, l’immersion est importante dans un jeu de la pointure de Mafia. C’est donc avec cette optique que j’ai décidé de jouer au jeu en sicilien (sous-titré en français). Et j’ai tellement bien fait ! Mafia : The Old Country se déguste d’une tout autre façon de cette manière. D’autant que les comédiens de doublages sont excellents ! Cependant, libre à vous d’y jouer de cette manière ou de choisir d’y jouer en français. De plus, le sound design général du jeu est excessivement bien géré et renforce l’immersion et le réalisme de l’environnement.


Pour cet opus “retour aux sources”, la musique n’est pas en reste et est elle aussi mise en avant. Ici, les instruments utilisés sont traditionnels et les chants et mélodies le sont tout autant. La musique est omniprésente, surtout dans la ville de San Celeste, où au détour d’une ruelle on peut croiser un musicien. Nous retrouvons ainsi les instruments traditionnels de la Sicile, avec quelques cuivres assez discrets dissimulés par-ci par-là. Lors des scènes de tensions, les compositions s’emballent juste comme il faut avec des partitions davantage orchestrales où les percussions et les cors rythment parfaitement les affrontements et autres règlements de comptes. Malheureusement, la musique ainsi que les sons ambiants se coupent net dès que l’on entre dans le menu du jeu ou que l’on fait une capture d’écran, un choix très étrange de la part des développeurs.
La Nostra Storia
En ce qui concerne l’histoire enfin, j’ai trouvé qu’elle était particulièrement classique pour ce genre d’œuvre : un quidam qui se retrouve malgré lui dans la mafia, qui a des vues sur la fille du chef, et tente de faire ses preuves au sein du gang. Pour le reste, il s’agit d’histoire de vengeance, de règlements de compte entre diverses familles. L’histoire d’amour est ce qui m’a malheureusement le moins intéressé, alors que c’est pourtant le point central du récit.

Heureusement, comme je l’ai dit plus haut, la plupart des personnages sont très charismatiques et attachants, ce qui m’a permis de ne pas décrocher. J’ajouterais que la fin est assez intéressante, bien que prévisible sous certains aspects. De plus, le jeu est assez court (il m’a fallu 16 heures pour le finir à mon aise) et le monde est agréable à parcourir. Cependant, je ne vous cacherai pas une certaine déception tant j’avais des attentes hautes pour ce nouveau titre.
Bien qu’imparfait, j’ai personnellement trouvé que Mafia : The Old Country était malgré tout une très belle réussite. La recherche historique et la modélisation du monde sont impressionnantes et rendent le tout authentique et vivant. L’ajout de combats au couteau donne une dynamique et une belle personnalité au titre, tout comme le charisme des personnages qui est incroyable. Il est cependant dommage que le jeu ne soit pas doté d’un mode photo, et que certaines coquilles soient encore présentes (bugs de son, clipping et chargement des textures…), et que certaines phases scénaristiques soient cousues de fil blanc. Passé ces quelques défauts, la musique à elle seule nous fait déjà voyager, et si, comme moi, vous mettez le jeu en version sicilienne, le voyage sera d’autant plus plaisant.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Musique et sound design
Combats au stiletto
Charisme des personnages
Ambiance et recherche historique
Les points négatifs
Problème de chargement de textures
Temps de chargement un peu longs
Histoire fréquemment prévisible




