La Nébuleuse captive

Cela fait une dizaine d’années qu’un nom émerge chez les auteurs de science-fiction : Romain Benassaya. Après avoir mitonné sept romans de space opera, le romancier revient aujourd’hui avec La Nébuleuse captive, dernière pierre à son cycle des Chroniques des arches stellaires. Disponible à la vente depuis le 13 mai 2026, dans un format poche, La Nébuleuse captive nous embarque dans le sillage de la jeune Silka Kerrel, interprète de la déesse Leonis qui voit son destin basculer quand elle se retrouve protectrice d’une étrange créature qui attire bien des convoitises. Obligée d’abandonner son identité pour survivre, l’adolescente va expérimenter un monde dont elle n’avait fait qu’entendre parler. Mais l’heure des choix va bientôt sonner !

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Inconscience collective

Cernée de toute part par un nuage impénétrable de poussière et de gaz en fusion, la Nébuleuse est un endroit hostile. C’est pourtant là que vivent les humains. À l’abri de la lumière et du vide, ils peuplent les ruches, habitats vivants doués de conscience, où l’on ne manque de rien. Silka est une jeune Interprète promise à de hautes responsabilités envers l’âme de sa ruche, Léonis. Mais quand le vaisseau de son père est attaqué par des pirates qui semblent vouloir à tout prix s’emparer d’elle, sa vie bascule. Seule, elle parvient à s’échapper, et doit apprendre à survivre par elle-même dans les confins de la Nébuleuse. De cette attaque, elle n’emporte avec elle qu’un trésor, une mystérieuse créature amnésique qu’elle doit désormais protéger au péril de sa vie…  

Pocket

Dans La Nébuleuse captive, tout commence avec Silka Kerrel, fille de l’interprète en exercice Ferrik Kerrel. Dans un monde où les déesses maintiennent les habitats humains en vie et prospères, leurs interprètes sont des personnes d’importance et la jeune fille compte bien suivre les traces de son père en héritant de sa fonction. C’est avec cette idée en tête que l’adolescente se présente un beau matin au sanctuaire de la Leonis pour se dédier à la protectrice de sa ruche. Mais entre elle et l’autre prétendante convoitant cette fonction prestigieuse une seule sera choisie et pour celle qui sera écartée ce sera la mort.

Cependant, Silka réussit l’épreuve de Leonis et ressort du sanctuaire avec la marque de la déesse, attestant de son statut d’interprète. Afin de la former à ses futurs devoirs, Ferrik décide d’entamer sans attendre le rituel de formation consistant à se rendre aux confins de la nébuleuse pour y voir le voile de poussière qui en marque la limite. Voile qui ne doit jamais être franchi sous peine de réveiller les Niys, créatures de légendes et de causer la fin des humains et de la nébuleuse. Sur le chemin, Ferrik doit s’arrêter pour honorer un échange commercial avec les Syrphes, habitants d’une ruche zombie, dont les humains ont laissé mourir leur déesse faisant de leur terre un endroit désolé où la misère et les ressources sont rares.

A l’issue de la tractation, le chef de la délégation Syrphe remet un coffret doré à l’interprète en signe de bonne foi, et alors que la mallette se referme, Silka aperçoit une forme étrange qui attise sa curiosité. La nuit venue, l’adolescente décide de se rendre dans la cale pour y examiner l’objet et se rend compte qu’il s’agit d’une minuscule créature insectoïde avec laquelle elle peut communiquer par la pensée et qui s’avère être amnésique. Mais Silka n’a pas le temps de se remettre de sa surprise que son vaisseau, l’Apis Leonis, est attaqué par des pirates visiblement à la recherche de quelque chose.

Sauvée par son père qui trouve la mort de la main du capitaine des pirates, Silka atterrit alors sur la ruche zombie d’Alluvis. Après avoir été dépouillée, l’interprète s’aperçoit qu’elle est recherchée par les pirates et doit se cacher pour ne pas tomber entre leurs mains. Avec l’aide d’Erine, une adolescente habitant Alluvis et de Saphir, la créature qui ne la quitte désormais plus, Silka Kerrel va devenir Sil la Lepture avec un seul but en tête, retourner à sa ruche auprès de Leonis. Trois ans passent…  

Découvrez un extrait de La Nébuleuse captive ici !

Romain Benassaya : L’aventurier des arches perdues

Les limites de La Nébuleuse captive ont été esquissées par le romancier français Romain Benassaya, grand fan du Dune de Frank Herbert et d’Hyperion de Dan Simmons. C’est donc tout naturellement que ce détenteur d’un master en langue et professeur de français au Canada et en Ouganda s’est tourné vers son genre de prédilection : la science-fiction et plus précisément les grandes épopées de space opera. Désormais domicilié à Bangkok, l’écrivain a connu un premier succès avec Arca en 2016, adapté quelques années plus tard en BD. Suivront Pyramides (2018), Les Naufragés de Velloa (2019), La Dernière Arche (2021), Terrariums (2023), La Nébuleuse captive (2025) et Cor Serpentis (2025).

Si tous les romans de M. Benassaya semblent cohabiter au sein d’un même univers, seuls Pyramides, La Dernière Arche et Terrariums constituent les Chroniques des arches stellaires dont La nébuleuse captive est le dernier maillon en date. Pour autant, La Nébuleuse captive n’est absolument pas indissociable des autres écrits composant les Chroniques, Romain Benassaya ayant privilégié des époques différentes et des facettes variées d’un même univers, ce qui implique que chaque aventure se suffit à elle-même. Par ailleurs, le roman qui nous occupe ici est le premier explicitement conçu pour un public plus jeune, contrairement aux autres tomes du cycle, peut-être est-ce pour cela qu’il m’a autant plu…

Happy cult her

Vous le savez depuis un moment, moi et la science-fiction c’est loin d’être une grande histoire d’amour. Parlez-moi de Fantasy autant que vous le voulez, de The City of Stardust à The Witcher, je prends tout, cependant dès qu’il s’agit d’anticipation et autre mondes futuristes, cela cesse de me parler. J’essaye pourtant régulièrement de m’intéresser à ce qui se fait dans le genre, mais je dois dire que ma dernière expérience, pourtant lointaine, avec Time Salvager, m’a amenée à me désintéresser de ce genre de roman. Je vous fais grâce de ma première réaction quand j’ai reçu par surprise le roman de Romain Benassaya et j’ai entamé ma lecture un peu contrainte et forcée. A mon grand étonnement, j’ai dévoré les 442 pages de la Nébuleuse captive en deux jours, tant les aventures de Silka se sont révélées faciles d’accès.

Je m’explique : l’un des grands défauts que je trouve aux récits de science-fiction est la complexité et le style parfois assez ampoulé de leurs auteurs. Les mondes décrits possèdent des règles nombreuses et obscures, impliquant de nombreuses pages de descriptions pour que le lecteur puisse avoir assez de contexte pour appréhender les enjeux des événements. Difficulté souvent majorée par un style d’écriture souvent lourd, qui a le don de me faire fuir. Si j’adore Tolkien et son univers, je dois dire que je déteste sa prose bien trop détaillée à mon goût. J’ignore si c’est parce que La Nébuleuse captive est à destination d’un public plus jeune, mais les pages s’enchaînent avec une facilité déconcertante, l’action commençant instantanément, les règles de la nébuleuse étant disséminées au fil des chapitres sans que cela nuise à la compréhension de l’intrigue.

Pour autant, le roman reprend les thématiques chères à son écrivain et qu’il développe également dans ses autres œuvres comme l’évolution des sociétés humaines dans un univers qui les dépasse, la dynamique entre religion, pouvoir et technologie, ainsi que l’organisation des habitats humains en structures sociales très hiérarchisées. Les personnages, au premier rang desquels Silka, sont souvent très justes dans leurs réactions et même si certains développements du récit me sont apparus assez prévisibles, je n’ai à aucun moment envisagé de reposer le livre, preuve s’il en était qu’il était impensable que je n’en connaisse pas le dénouement. De plus, le fait que cette dernière soit très jeune au début du scénario, permet de transformer sa fuite en un chemin initiatique où elle est amenée à remettre en cause tout le système de valeurs qui lui a été inculqué depuis son enfance.

Dans un monde où les interprètes n’ont au final qu’un libre arbitre très limité, il lui faudra expérimenter les bas-fond d’Alluville et sa misère crasse, puis la vie sur d’autres ruches encore plus aliénées à leur déesse, pour grandir et comprendre l’effet pervers de dépendre entièrement d’une entité pour vivre. La religion et l’asservissement à une déité deviennent alors le seul moyen d’atteindre la prospérité, là où la liberté acquise par les ruches zombie en ont fait des terres stériles et pauvres. Bien entendu, chaque protagoniste se révèle intéressant, chacun étant doté de failles et d’un background savamment étudié et j’avoue que j’aurais également eu du mal à accorder ma confiance aux bonnes personnes à la place de l’héroïne.

La relation entre Silka et Saphir est touchante, l’un et l’autre trouvant la force de braver les difficultés grâce à leur symbiose. Vous l’aurez compris, au-delà d’être un excellent récit, La Nébuleuse captive est également une excellente façon d’appréhender pour la première fois le genre science-fiction et celui du space opera plus particulièrement. Cerise sur le gâteau, ce roman plaira autant aux adolescents qu’à leurs parents. Un bon moyen de se retrouver autour d’une lecture commune. Si j’hésite à me lancer dans les autres tomes des Chroniques des arches stellaires, je pense tout de même leur laisser une chance, en espérant que Romain Benassaya n’ait pas trop changé de style d’écriture en s’adressant à un public adulte.

Pour conclure…

Bien qu’il constitue le dernier maillon en date des Chroniques des arches stellaires, La Nébuleuse captive n’a nul besoin de s’appuyer sur les précédents romans de Romain Benassaya pour briller. Accessible, rythmé et porté par une héroïne attachante dont le parcours initiatique ne laisse jamais indifférent, le roman réussit l’exploit de rendre le space opera accueillant même pour les lecteurs les plus réfractaires au genre. Entre réflexion sur la liberté, la religion et les dérives du pouvoir, l’auteur livre un récit aussi dépaysant que captivant, sans jamais sacrifier la fluidité de sa narration. Une excellente porte d’entrée dans l’univers des arches stellaires et, dans mon cas, une expérience suffisamment convaincante pour me donner envie d’explorer le reste de cette vaste fresque galactique.

Vous devriez Lire aussi
L'Amour est dans le Thé - Tome 5 & 6

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture