Herdling

Qui n’a jamais rêvé de tout plaquer pour aller élever des moutons dans le Larzac ou des chèvres dans le Jura ? C’est désormais possible, et sans même quitter son canap’ ! Le studio suisse Okomotive, créateur de Far : Changing Tides, ainsi que l’éditeur Panic qui, lui, nous avait déjà permis par le passé de sauter dans les bottes d’un garde forestier avec Firewatch, nous invitent aujourd’hui à devenir le berger de drôles de créatures s’apparentant à un mélange de bison et de tauntaun, plus mignonnes les unes que les autres.

Ce test a été réalisé sur une version Xbox Serie X fournie par l’Éditeur.

Jean-Michel Berger

La grande ville, un quartier pauvre, une rue jonchée de déchets. Qui n’aimerait pas quitter ce genre d’endroit ? Pourtant, c’est bien dans cet endroit lugubre que nous nous réveillons en tant que jeune garçon. Soudain, nous entendons un bruit au loin, comme le cri d’un animal blessé. Nous nous précipitons et tombons nez à nez avec un Calicorne, dont la tête est prise dans une poubelle. Heureusement, l’énorme créature, poilue, cornue et massive à souhait, ne semble pas méchante pour un sou. Nous décidons de la secourir, et envisageons alors de quitter cette ville afin de l’aider à retrouver son habitat naturel, une montagne au loin, très loin. Nous devenons vite indispensables, car la créature a besoin d’être guidée, sinon elle se met trop vite en danger. Il est temps de partir à l’aventure et de rencontrer d’autres membres poilus de notre future harde.

Rester Groupir !

Bienvenue dans Herdling, où nous incarnons un berger qui, armé d’un bâton, guide ses Calicornes vers un avenir meilleur, tout en leur évitant bon nombre de dangers. Ici, le gameplay est simplissime. Nous nous plaçons derrière les créatures, choisissons une direction, et les invitons à avancer dans cette direction. Rien de bien compliqué, et même plutôt reposant comme technique. Tout commence par la rencontre du jeune berger (que nous incarnons) et de la première créature de sa harde. Nous aidons le Calicorne et nous procédons à son dressage, par un simple appui long sur une touche. Une fois la bête en confiance, le jeu nous propose de la nommer (une des très bonnes idées du jeu car elle permet de personnaliser chaque membre du troupeau).

Il est temps de quitter cet endroit mal famé et de rejoindre les verts pâturages. Pour cela, il faut guider la créature, car elle a tendance à foncer droit devant sans s’encombrer des obstacles. Il faut lui indiquer les directions à prendre, ainsi que la vitesse à laquelle avancer, et parfois la faire s’arrêter à temps, au risque de se blesser. Et voilà pour la (très) grande majorité du gameplay. Quelques touches seulement suffisent à parcourir ce petit jeu ma foi très sympathique. Enfin, Herdling est un jeu en couloir, donc pas de soucis d’orientation, malgré ses faux airs de monde semi-ouvert. Certains verront cela d’un bon œil, d’autres trouveront cela ennuyant, j’avoue me situer entre les deux.

Au fil de notre parcours, nous rencontrerons et secourrons d’autres Calicornes, des adultes, des enfants, peut-être des vieillards, nous les nommerons, et nous pourrons même les “personnaliser” en leur accrochant des babioles aux cornes que nous trouverons çà et là dans les plaines et les montagnes que nous parcourrons.

Au fil de nos pérégrinations, certaines bêtes acquerront par elles-mêmes des traits de personnalité et cela se notera sous leur nom dans le menu de la harde. Certaines seront alors présentées comme téméraires, canailles ou sensibles, mais je n’ai malheureusement pas constaté de changements drastiques de leur comportement in-game. Dommage, il aurait peut-être fallu accentuer un peu plus cet aspect du jeu avec, par exemple, un Calicorne qui court partout qu’il faut réfréner, un Calicorne plus peureux qu’il faut “forcer” à avancer, ou encore un Calicorne affectueux qu’il faudrait caresser plus souvent que les autres (car oui, nous pouvons les caresser à loisir !), les idées ne manquent pas…

La boucle de gameplay est donc très simple, et se voit heureusement ponctuée par quelques défis où l’entraide Homme / Bête sera de mise. Parfois, ce seront nos amis à poils qui nous aideront à déplacer de gros obstacles ou à monter sur une hauteur, parfois ce sera à notre tour de les guider précisément afin qu’ils ne meurent pas. Car oui, c’est une des vraies originalités dans Herdling, nos Calicornes peuvent mourir. Et c’est triste quand ça arrive, croyez-moi. La bête disparaît alors de la harde, et revient parfois sous la forme d’un spectre gambadant à nos côtés afin de se rappeler à notre bon souvenir. Heureusement, une option dans le menu permet de demander au jeu de ne pas faire mourir nos amis, même lorsqu’ils le devraient. Une façon d’éviter certaines émotions que nous n’avons pas forcément envie de vivre en jouant à des jeux cosy comme celui-ci.

Vous l’aurez compris, dans Herdling, il faut donc prendre soin de vos bêtes, les protéger de leur propre ardeur à avancer tout droit, parfois les nourrir (pour les soigner), parfois les nettoyer, et parfois se reposer (même si, de nouveau, ces mécaniques de gameplay sont complètement accessoires et auraient pu faire l’objet d’un aspect de “gestion” dans le jeu, ce qui l’aurait un peu pimenté). Notons tout de même que le jeu nous demandera parfois de “débloquer” certains passages en révélant des fresques antiques. Pour cela, il faudra faire traverser des champs de fleurs de la bonne couleur à notre troupeau afin de pouvoir redonner son intensité perdue à la peinture en question. En résumé, Herdling est un jeu très simple et très reposant avec un petit aspect puzzle.

Le studio a fait le choix de nous épargner la gestion du troupeau sous bien des aspects (repos, nettoyage, nutrition, accessoirisation) tout en nous offrant la possibilité de le faire par pur plaisir, très facilement pour que cela ne soit pas contraignant. Un choix qui se respecte même si, personnellement, je trouve que cela rend le jeu un peu monotone et planplan. De même, l’idée de faire émerger des personnalités à nos créatures ou de pouvoir leur donner un look en les décorant est hyper sympathique mais n’entre à aucun moment dans la mécanique du jeu et n’est encore une fois qu’accessoire. Reste le gameplay principal, fluide et agréable, qui permet d’admirer le chouette travail artistique réalisé par le studio.

Bisons Feutrés

Graphiquement, Herdling est joli sans être une claque. On reconnaît parfaitement le style du studio Okomotive et de son précédent jeu Far : Changing Tides, avec des tonalités assez grises et ternes, des jeux de brumes, et des structures simples, à tendances géométriques. Cette fois, les plaines verdoyantes et les sommets enneigés sont tout de même plus colorés, et ponctués d’architectures primitives très bien rendues. Plusieurs touches de couleurs ponctuent le paysage afin de nous aider à repérer notre chemin, comme des fanions, les fameuses babioles décoratives, ou encore les champs de fleurs dans les vallées, qui teinteront agréablement nos Calicornes lors de leur passage dans ces derniers. Un mode photo, bien que très basique, vous permettra alors d’immortaliser ces beaux paysages.

Les créatures sont plutôt réussies dans leur design, même si je leur trouve deux défauts majeurs. Le premier étant leur regard un peu vide qui ne croise jamais le nôtre, même lors des moments d’interaction. Cela leur donne un aspect “peluche” inanimée, tout cela manque cruellement de vie et d’âme. Le deuxième défaut étant que toutes les Calicornes se ressemblent un peu trop. Bien sûr, certaines sont plus grandes, d’autres plus petites, certaines ont un pelage plus foncé et d’autres un pelage plus clair, mais leurs morphologies sont trop proches les unes des autres (le travail de différenciation est surtout fait sur les cornes), les animations sont également identiques, et il faudra attendre de trouver assez d’accessoires afin de commencer à bien les différencier, et même comme cela, ce ne sera toujours pas efficient car les accessoires se ressemblent un peu tous également.

Dommage quand on pense aux possibilités qui s’offraient à l’équipe artistique, on constate ici un choix qui pourrait malheureusement passer pour de la fainéantise ou un manque de créativité. Surtout que, lorsque l’on regarde notre harde dans le menu, ces derniers, alors représentés dans une forme plus cartoon, se distinguent bien les uns des autres, mais une fois modélisés in-game, ces détails se fondent dans l’aspect un peu terne et géométrique du jeu.

Le design sonore est quant à lui plus intéressant. Même si les partitions musicales ne sont pas des vers d’oreille, elles restent très immersives et contemplatives, et très belles tout simplement. De plus, l’équipe a travaillé l’aspect dynamique de la musique et sa cohérence générale. Ainsi, selon nos interactions avec le troupeau, la partie sonore s’adaptera. Par exemple, lorsque nous domptons un nouveau Calicorne, de petites touches musicales enfantines viennent se superposer en harmonie avec la plage sonore en arrière-plan, ou lorsque nous décidons d’accélérer la cadence du troupeau et de les faire galoper à pleine vitesse, la musique environnante s’accélérera, donnant un aspect épique ponctué de percussions à notre cavalcade.

Pour conclure…

Herdling est un jeu simple et reposant. Avec son gameplay minimaliste, il vous fera voyager dans de beaux décors sans vous saturer d’informations. Certaines mécaniques amusantes viendront ponctuer votre aventure en bonus, mais seront accessoires et jamais obligatoires. Certains moments seront par contre difficiles émotionnellement, même si le jeu vous donne la possibilité de les éviter à tout moment. Un petit jeu indépendant comme on les aime, arborant une direction artistique agréable, bien qu’un peu ronflante sous certains aspects. Si vous cherchez un jeu sans défis particuliers, où l’humain et l’animal cheminent ensemble et s’entraident, Herdling est fait pour vous.

La  note  de la  rédaction

3-5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Un concept cosy

Gameplay simplissime

Mécaniques bonus

Contemplatif

D.A. sympathique

N’évite pas les décès

Les points négatifs

Gameplay un peu répétitif

D.A. qui manque de diversité

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