
Death Stranding 2 : On the Beach est la suite directe du jeu de 2019 d’Hideo Kojima. Un jeu qui avait fait couler beaucoup d’encre à sa sortie de par sa nature unique en son genre. Le titre fut décrié par certains comme un simulateur de marche glorifié, mais aussi porté aux nues comme une œuvre d’art par d’autres. Est-ce que ce deuxième opus va creuser ce fossé d’opinions ? Ou s’agit-il d’une simple copie revue et corrigée ? Le jeu est disponible depuis le 26 juin dernier uniquement sur PlayStation 5.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Aurions-nous dû nous connecter ?
Death Stranding est arrivé sur le marché à une drôle de période. Son marketing obscur, la hype autour d’une production d’Hideo Kojima post Metal Gear Solid… Et les confinements ! Le postulat du jeu d’une Amérique désolée et surtout isolée semblait être un reflet morbide de la réalité. C’est dans ce contexte que j’ai découvert l’un de mes gros coups de cœur vidéoludique de la fin de la génération PS4. Death Stranding était étrange, différent, unique. Et surtout, Death Stranding était une expérience. Une expérience qui n’a pas fait l’unanimité en son temps.


Encore aujourd’hui, les critiques bon enfant sur ce “jeu par Hideo Kojima” sont légion. Si l’on se veut réducteur, Death Stranding ne serait rien de plus qu’un simulateur de livraison de colis. C’est ce que son gameplay nous demande le plus souvent après tout : livrer des marchandises d’un point A à un point B. Mais ce serait volontairement ignorer toute la partie scénaristique du jeu ! Et en bonne production Hideo Kojima, on ne ressort pas de Death Stranding sans se poser beaucoup de questions.


Qu’en est-il donc de Death Stranding 2 : On the Beach ? Après toutes ces années et hors contexte mondial particulier, est-ce que mon engouement sera le même ? Je dois avouer que l’annonce d’une suite était une réelle surprise. Le premier jeu me semblait déjà assez complet et intéressant. Mais les trailers se succédant, j’ai senti une véritable hype se former autour du projet de Kojima Productions. Avant de continuer, ce test ne contient aucun spoiler majeur sur l’intrigue du jeu.


Précédemment, aux UCA…
Pour rappel, Death Stranding 2 : On the Beach suit les aventures de Sam “Bridges” Porter, sous les traits de Norman Reedus. Sam évolue dans un monde profondément marqué par le Death Stranding, un désastre naturel d’ampleur cataclysmique. Le monde des morts, la Grève, y est régulièrement mis en contact avec celui des vivants. Le problème, c’est que tout cadavre d’humain non incinéré se nécrose très rapidement, provoquant l’apparition d’Échoués. Et si un Échoué dévore un humain, c’est la néantisation ! Imaginez l’impact d’une arme nucléaire, en bien pire.


Autant dire qu’il ne fait pas bon vivre en communauté ! Les gens se sont donc isolés dans des bunkers, et tout l’acheminement de ressources repose sur des Porteurs. Ces individus intrépides livrent toutes sortes de marchandises, que ce soit à pied, en véhicule ou même par réseau de tyrolienne. Car dans leur malheur, l’humanité a découvert une nouvelle technologie très utile : le réseau chiral. En transitant les informations par la Grève, il devient possible de les transmettre à une vitesse inégalable. Y compris des plans d’impression pour des armes, outils et autres structures utilitaires.


Notre protagoniste Sam est à l’origine de l’expansion du réseau chiral en Amérique du Nord. En reliant chaque bunker à l’aide de son Q-pidon, des zones entières du continent ont pu rejoindre le réseau des UCA. Mais les célébrations furent courtes pour notre protagoniste. Normalement, ce dernier devait incinérer son Brise-Brouillard, ou B.B., en guise de tâche finale. Mais l’attachement de Sam pour cet enfant enfermé dans une capsule lui fait trahir les UCA, et s’enfuir au Mexique. C’est donc en compagnie d’une Lou ayant bien grandi que l’intrigue de Death Stranding 2 : On the Beach se lance.


On prend les mêmes, et on recommence
C’était un petit challenge de faire rentrer les concepts essentiels de Death Stranding dans le paragraphe précédent ! En vérité, l’histoire et ses développements sont bien plus techniques. En bon jeu Hideo Kojima, les plus intéressés pourront s’épancher de lore pendant des heures. Les fans auront d’ores et déjà tiqué sur le nombre de détails cruciaux que j’ai volontairement laissé de côté ! Death Stranding 2 : On the Beach propose d’ailleurs dès son écran titre un récapitulatif sommaire des événements du premier jeu. Soyez donc rassurés : il est tout à fait possible de commencer l’aventure par ce deuxième opus.


Revenons donc à Sam et Lou. Nous les retrouvons donc au Mexique sur une mélodie entraînante de Woodkid. L’artiste français est impliqué dans la bande sonore du jeu pour mon plus grand plaisir. Les jours de porteur de notre héros sont derrière lui, au profit de l’éducation de Lou. Jusqu’à ce qu’une vieille connaissance se présente à la porte de son abri caché. Ce n’est autre que Fragile, anciennement cheffe de Fragile Express, la compagnie de livraison affiliée des UCA.


En l’absence de Sam, le président des UCA a démissionné et disparu. Le gouvernement est désormais assuré par l’APAS, qui gère les livraisons sur le continent avec des drones autonomes. En échange d’un pardon pour avoir désobéi aux UCA, Sam accepte de reconnecter le Mexique au réseau chiral. Lou reste avec Fragile le temps de cette mission, pendant que notre porteur de légende reprend du service. Mais la mission ne se passe pas comme prévu, et la tragédie frappe au pire moment. Impuissant et incapable de mettre fin à ses souffrances de par sa condition de Rapatrié, la dépression submerge notre protagoniste.


Objectif Australie
Un mois s’écoule avant que Fragile ne reprenne contact avec Sam. Elle a quelque chose à nous montrer : le DHV Magellan, un formidable vaisseau capable de voyager dans la poix. Le travail de Sam au Mexique a permis d’activer un portail intercontinental, reliant l’Amérique du Nord à l’Australie. Les perspectives que cela implique sont folles : peut-être qu’en reliant toute l’Australie au réseau chiral, il sera possible de voyager vers d’autres continents ! Fragile demande de nouveau son aide à un Sam en quête de raisons d’être.


Death Stranding 2 : On the Beach nous emmène donc sur le continent australien pour une nouvelle mission de connexion. Comme dans le jeu original, nos livraisons nous emmènent d’abri en abri. Armé de son Q-pidon dernier cri, notre protagoniste a donc de nouveau le futur de l’humanité sur ses épaules. Ainsi que beaucoup, beaucoup de colis. Marchandises perdues, matériaux de construction, commodités, et même pizzas chaudes : Sam est plus que jamais le livreur de la situation.


On retrouve vite les mécaniques familières du premier jeu. Il faudra planifier ses trajets avec soin pour éviter les dangers, environnementaux comme ennemis, mais également prévoir comment transporter au mieux sa cargaison ! Le sac à dos de Sam se remplit vite, et sa charge peut rapidement devenir un désavantage. Il faudra parfois jouer des gâchettes R2 et L2 pour garder l’équilibre. Heureusement, le porteur pourra compter sur des véhicules nettement plus performants, ainsi que sur un tas d’options de transport alternatives. Death Stranding 2 : On the Beach est un de ces jeux en monde ouvert qui sourit aux plus prévoyants.


Aux prises avec dame Nature
Pour autant, il faudra aussi parfois faire avec les imprévus. Comme dans le premier opus, les précipitations de Death Stranding 2 : On the Beach viennent endommager nos marchandises. Mais il faudra aussi compter sur la crue des cours d’eau ! Le trajet parfait par une simple rivière peut vite tomber littéralement à l’eau. L’Australie est également sujette à des tempêtes de sable, des séismes, et même des incendies. Autant de dangers qui guettent Sam et ses cargaisons à chaque instant.


Heureusement, Sam n’est pas seul dans sa quête. Dès qu’une zone est reliée au réseau chiral, il devient possible d’utiliser les structures et véhicules laissés par d’autres joueurs. Pas d’échelle pour franchir un gouffre ? Peut-être qu’un autre joueur en aura laissé une exprès. Il n’y a parfois rien de plus satisfaisant que de voir le pont d’un autre porteur nous éviter un long détour. Même si le terrain australien est vaste et dangereux, on ne s’y sent finalement jamais complètement seul.


Comme dans le premier Death Stranding, l’environnement est donc notre adversaire principal. Ses reliefs et aspérités peuvent faire trébucher notre porteur, voire l’envoyer dévaler une pente en catastrophe. Autant dire que les marchandises sur notre dos n’en ressortiront pas indemnes… Et ce qui impacte directement la note finale de notre livraison. Les porteurs les plus aguerris ne jurent que par des rangs Legend of Legends ! Surtout que la qualité de livraison impacte le niveau de lien avec le destinataire, avec de belles récompenses à la clé.


Je vois des choses qui sont mortes
Il faudra néanmoins être aux aguets pour l’autre danger majeur de Death Stranding 2 : On the Beach, les Échoués. Ces créatures fantomatiques errent en quête d’humains à contacter. Mais comme évoqué plus haut, une telle situation peut avoir des conséquences dramatiques. Sam a beau être immortel de par sa condition de Rapatrié, les Échoués comptent bien tenter de l’absorber ! Les rencontres avec ces fantômes se déroulent en trois phases : avant détection, pendant la détection, et le dernier recours.


Il existe plusieurs types d’Échoués ne servant que de simples guetteurs. La plupart sont aveugles, se repérant aux sons que Sam génère. Les esquiver nécessite donc des déplacements mesurés, et parfois de retenir son souffle à leur proximité. Mais en Australie, un autre type d’Échoué gigantesque et doté de vision vient complexifier les choses. Si Sam est repéré, les Échoués feront tout leur possible pour le faire chuter dans une flaque de poix.


S’il est encore possible de lutter et d’éliminer les fantômes dans cette phase, tout échec nous entraînera directement face à un Échoué géant. Ces affrontements sont à apparenter à des combats de boss. Ainsi, si notre Sam n’est pas équipé pour la situation… Triompher de cet Échoué mettra fin à la rencontre. En revanche, s’il mange Sam, c’est une néantisation. Selon sa proximité avec un abri ou une ville, c’est donc soit un game over, soit un énorme cratère dans le monde ouvert. De quoi rendre les futurs déplacements potentiellement plus ardus.


Sam “Snake” Porter
Bien entendu, tous les êtres humains n’ont pas subitement décidé de coopérer face à la menace des Échoués dans Death Stranding 2 : On the Beach. De nombreux brigands et survivalistes n’hésitent pas à attaquer quiconque traverse leurs camps. Autant dire que notre Sam est une cible de choix. Le choix de la manière de gérer ces camps nous revient entièrement. Neutraliser chaque bandit individuellement et en silence ? Un assaut frontal à couteaux tirés ? Les ignorer complètement, quitte à faire un détour ? Ce sera à vous de décider quelle est la meilleure solution. Mais un camp de bandit ignoré continuera de gagner en puissance au plus ils pourront sévir en toute impunité…


Si vous préférez la voie infiltration, Death Stranding 2 : On the Beach propose une pléthore d’options intéressantes. On peut par exemple équiper notre Sam de bottes silencieuses, et favoriser des équipements électriques inaudibles. En bon fantôme, j’ai pu ainsi nettoyer des camps entiers sans déclencher la moindre suspicion. Bien sûr, porter trop de marchandises sur notre dos risque d’attirer l’attention des ennemis. Heureusement, Sam peut laisser son sac temporairement au sol. Parfait pour attirer l’attention des ennemis avant de fondre sur eux depuis les hautes herbes. Un certain espion de légende aurait de quoi être fier !


Et pour les plus belliqueux d’entre vous, Death Stranding 2 : On the Beach est un vrai plaisir. Le jeu est truffé de techniques de combat situationnelles. Maintenir son équilibre avec les gâchettes R2 ou L2 juste avant de recevoir un coup permet ainsi de parer les assauts ennemis, par exemple. Si Sam est dans les airs, notre combo de corps-à-corps classique changera également. Rencontrer un certain maître des arts martiaux est aussi l’occasion pour Sam de maîtriser le karaté… version pizzaïolo. Nous restons, après tout, dans un jeu Hideo Kojima. Tout est donc permis.


Un jeu Hideo Kojima
Et quand je dis que tout est permis, je ne pense pas exagérer. Le réalisateur japonais est connu pour son excentricité et son obsession du détail. Death Stranding 2 : On the Beach ne fait pas exception à ces aspects ! La modélisation des personnages est plus impressionnante que jamais, avec un travail exceptionnel sur les expressions faciales. Le Decima Engine au cœur du jeu montre ses muscles sans que l’on ne subisse jamais de ralentissement notable, en mode qualité comme performances. J’ai joué au jeu sur PS5 classique, mais une optimisation pour le modèle Pro est au rendez-vous.


Mais Death Stranding 2 : On the Beach n’est pas qu’une collection de jolis graphismes et de sons soignés. Si les gameplays de combat, d’infiltration et de transport sont aux oignons, c’est aussi le cas des innombrables animations de Sam. Tout est prétexte à le placer dans des situations déroutantes. Sans parler des commentaires fournis par Dollman, cet incroyable compagnon animé en 30 ips accroché à notre ceinture. Un humour japonais assumé, qui vient dédramatiser les enjeux parfois bien plus sombres de l’intrigue.


Tout n’est pas juste absurde dans Death Stranding 2 : On the Beach, comme mentionné dans les paragraphes plus haut. Il y a aussi des thématiques fortes sur le deuil, la discrimination, le sentiment d’appartenance. D’où l’importance capitale de varier les ambiances, afin de ne pas sombrer dans la morosité. Hideo Kojima parvient toujours à nous faire réfléchir et ressentir énormément de choses à travers des cinématiques d’excellente facture. Mais heureusement, le jeu évite l’écueil d’être un simple discours hyper intellectuel constant et indigeste.


Mon avis sur Death Stranding 2 : On the Beach
Plus que jamais, Death Stranding 2 : On the Beach est un de ces jeux qui happe complètement son joueur. Les mécaniques de gameplay se superposent inlassablement. On finit par se retrouver dans un état de plénitude très vite. Impossible de se lasser trop vite non plus car il suffit finalement de changer d’objectif pour expérimenter de toutes nouvelles choses. Si la quête principale du jeu se veut assez dirigiste, on se rend très vite compte qu’elle est nettement plus facile à entreprendre en prenant le temps de développer correctement le réseau chiral.


En réparant le premier réseau de monorail de Death Stranding 2 : On the Beach, je ne m’attendais pas à m’en servir autant. Pour le contexte, j’ai essayé de ne pas trop me dissiper pour ce test. Le but étant de voir le plus de choses possible du jeu avant de rendre ma copie. J’ai misérablement échoué dès que j’ai croisé ce monorail. Sa réparation m’a permis de remplir tellement de livraisons annexes que j’ai dû y passer une soirée entière. Sans parler de cette mission principale qui consistait à livrer beaucoup de matériaux lourds que j’ai rendus triviale. Mais pas le genre de trivialité qui dérange, plutôt celui qui nous félicite d’avoir pris le temps de faire les choses bien.


C’est ce genre de moment qui peut déclencher le fameux déclic. Ce déclic qui fait que, d’un seul coup, Death Stranding n’est pas juste une énorme plaisanterie se prenant trop au sérieux d’Hideo Kojima. Le déclic qui fait que l’on a envie de rénover les routes du jeu pour nos collègues porteurs et nous-même. Le même déclic qui crée cette joie indescriptible quand une falaise pénible est équipée d’une rampe de saut, et que l’on se sent connecté(e) à ce joueur ou cette joueuse qui a aussi eu la flemme de redescendre cette même falaise. Plus que jamais, Death Stranding 2 : On the Beach est un jeu qui met en avant la nature précieuse de ces connexions. Ou leurs dangers ? Le scénario du jeu s’occupera de clarifier tout cela.


Difficile de rédiger une conclusion synthétique à ce test. Death Stranding 2 : On the Beach mérite une reconnaissance bien plus large que son prédécesseur. Les angles les plus polarisants ont été suffisamment arrondis pour que l’expérience finale soit accessible à presque tous. Je continue de penser que tous les jeux ne peuvent pas plaire à tout le monde et, par extension, ce deuxième Death Stranding ne sera peut-être toujours pas à votre goût. Mais je pense sincèrement qu’il s’agit d’une des meilleures expériences de jeu vidéo de ces dernières années.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une suite dans les règles de l’art
Visuellement à couper le souffle
La BO et les titres musicaux choisis
Un gameplay moins adversaire au joueur
La dimension multijoueurs asynchrone
Les personnages et leurs histoires
Les enjeux du scénario, construisant sur les bases du premier jeu
Les points négatifs
Certaines séquences redondantes restent trop longues à passer
Le jeu semble parfois avoir peur d’être trop exigeant




