Assassin’s Creed – La Conspiration du Mage

Dans ce nouveau roman officiel Ubisoft tiré de la saga de jeux vidéo Assassin’s Creed, que l’on ne présente plus, les Assassins vont de nouveau être en confrontation avec les Templiers. Dans l’Europe du XIXe siècle, et plus précisément à Londres, nous allons suivre le récit initiatique de Simeon, un déserteur. En parallèle, nous allons suivre Paulette, une acrobate qui rêve de gloire, et qui va devoir rechercher Simeon, à la demande d’une amie commune, demande formulée sur son lit de mort. Ensemble, ils tenteront de déjouer un complot… explosif.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Un nouveau chapitre du conflit en Assassins et Templiers s’ouvre…

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Assassin’s Cree-déjà-vu

Une première mise en garde s’impose, la structure du roman ne brille pas par son originalité. En effet, les 100 premières pages enfilent les clichés du genre. Vous n’échapperez donc pas aux tropes du jeune fantassin un peu torturé qui profite d’un événement providentiel afin de se lancer dans une nouvelle vie, loin des champs de bataille, en revêtant une nouvelle identité, de la jeune première pleine de rêves et d’ambition qui devra user de son audace et de son énergie débordante lorsqu’elle se verra embarquée dans une intrigue qui la dépasse quelque peu, ainsi que les imaginaires bien ancrés dans notre inconscient collectif comme le cirque de la fin de siècle avec ses prestidigitateurs mystérieux ou encore les complots royalistes usant de technologies “modernes” de l’époque.

Je n’en divulgue pas trop bien évidemment mais vous aurez cerné, je pense, les chaussons dans lesquels l’auteure a décidé de se glisser afin de développer son intrigue. La suite de l’histoire se déploie bonant malant, toujours à cheval entre de (très rares) idées originales et du déjà-vu à foison. Ainsi nous n’échapperons pas à la mise en avant du conflit de personnalité entre nos deux protagonistes, à la semi-révélation d’une mourante qui lance la jeune héroïne dans l’aventure ou encore à la figure mystérieuse qui semble comploter dans l’ombre, au hasard, un Mage, par exemple…

Toutes ces logiques narratives ne sont pas un défaut en soi, pour autant que l’on parvienne à les triturer, les tordre, voire les retourner afin de conter une fable intéressante. Ce n’est malheureusement pas le cas ici et je dois bien avouer que La Conspiration du Mage m’a bien souvent ennuyée… Mais tout n’est pas que négatif, j’ai par exemple trouvé que Pierrette opère une chouette évolution psychologique tout au long du récit, devant peu à peu renoncer à ses rêves de gloire et de prestige pour l’ombre et la discrétion.

Londres, Exposition Universelle, 1851. Lorsque Pierrette, une acrobate intrépide, sauve la mathématicienne Ada Lovelace d’une bande de malfrats, elle se retrouve plongée dans la lutte séculaire opposant Assassins et Templiers. Mais Ada tombe gravement malade et dès lors, le temps est compté. Pierrette est envoyée à la recherche d’une machine redoutable mise au point par Ada pour le compte d’un mystérieux individu, le « Mage ».

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Un Saut dans le Temps Bien Trop Lent

Ce roman estampillé Assassin’s Creed est clairement orienté jeunesse, dans un style simple, épuré, bien que souvent pesant, sans aucune aspérité particulière. Ainsi, l’histoire se déroule “sans accrocs” mais également sans génie, alternant de (trop) nombreuses lignes de dialogues purement fonctionnelles, et des pages de description immersives mais lancinantes. Entendons-nous bien, lorsque l’on se lance dans un roman prenant place dans cette licence dynamique et haletante, nous nous attendons à plus d’action et de nombreux rebondissements. Cela est d’autant plus dommage que l’époque dans laquelle le roman s’ancre pourrait offrir de chouettes possibilités en la matière. Ne serait-ce que la rencontre entre Pierrette et Simeon qui ne se fait pas avant 150 pages alors qu’elle est annoncée comme élément presque déclencheur dans le résumé.

Une intrigue qui prend définitivement trop de temps à se lancer, pour peu qu’elle se lance réellement à un moment… Le roman semble également se perdre dans une absence de choix de style bien marqué, grappillant des morceaux littéraires dans plusieurs genres sans jamais les épouser totalement. La Conspiration du Mage vogue ainsi entre récit initiatique qui n’aboutit jamais réellement, roman policier sans une vraie enquête mais plutôt la visite de plusieurs lieux espacés par des ellipses, et enfin, le plus frustrant, le récit historique, qui pour moi fait le sel des jeux, qui ne sert ici que de décor en arrière-plan sans m’avoir presque rien appris sur l’Europe du XIXe siècle. Un véritable acte manqué. Malgré un twist narratif vers la fin, qui va bousculer le rythme et donner un petit air de thriller au roman, il faudra définitivement s’armer de patience pour un final pas si grandiose.

Avec l’aide de Simeon Price, membre de la Confrérie des Assassins et ami d’enfance de Lovelace, les deux acolytes mettront au jour un tentaculaire réseau d’assassinats politiques qui menacent d’ébranler l’Europe tout entière.

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Vague à Lame

Comme mentionné plus haut, La Conspiration du Mage semble vouloir se calquer sur les jeux, entre intrigues politiques, scènes d’action et références historiques, sans jamais y arriver. Beaucoup d’allusions à des moments historiques (tels que la famine d’Irlande, l’exposition universelle de 1851, pour ne citer que deux exemples) ne sont là qu’en guise de décorums sans jamais réellement être utilisés pertinemment. Prenons le Cristal Palace par exemple, évoqué dans le livre mais ne servant jamais de lieu d’action, là où les jeux ne s’en seraient pas privés. Et c’est peut-être ça le seul vrai problème finalement : l’auteure a-t-elle compris la “philosophie” de la licence ?

Des visuels forts utilisant intelligemment le génie architectural humain et des personnalités historiques souvent mystérieuses et/ou cocasses. Ici, nous ferons par exemple la rencontre, directe ou indirecte, de personnages réels tels que l’empereur autrichien François-Joseph, de Napoléon III, ou encore Charles Babbage, un mathématicien précurseur de l’informatique, des personnalités pourtant attractives et intriguantes que le récit ne prend pas le temps de développer… On retrouve également des allusions au lore d’Assassin’s Creed, des petits clins d’œil, comme le trophée en prenant le sang de la victime que l’on va assassiner, la provenance de la confrérie,… Par contre, l’absence de l’Animus se fait grandement sentir car, finalement, sans ce gimmick des jeux constants entre présent et passé, La Conspiration du Mage semble n’être qu’un énième roman d’aventure historique, bien plus qu’un réel épisode d’Assassin’s Creed.

Je finirai par mentionner le fait que l’assassinat même, n’arrive qu’à bien peu de moments, et n’est finalement pas exploité à son plein potentiel, alors qu’il aurait été intéressant d’en expliquer la planification, la préparation et le déroulement avec plus de détails, à la façon des grands romans policiers de l’époque (je pense notamment au travail de Conan Doyle ou Agatha Christie, les maître.sses en la matière). Enfin, même si je reconnais que c’est une facilité, je déplore l’absence du saut de la foi, moment fort s’il en est de la totalité des jeux

Tandis qu’ils s’efforcent de déjouer le complot mortel des Templiers, bombes et meurtres sont omniprésents. Tout espoir est-il vraiment perdu ?

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Bel Écrin pour Assassin

La couverture de La Conspiration du Mage, en plus d’être très agréable au toucher, est assez superbe visuellement. Nous y retrouvons un assassin cagoulé entouré des éléments clés de l’intrigue comme ce qui semble être le Crystal Palace ainsi que les protagonistes du récit. L’ensemble est encadré d’un très beau liseré doré composé de plusieurs clins d’œil comme la fleur de lys, la croix des templiers ainsi que les rouages d’une machine mécanique.

Dans le bas, le navire de Simeon s’échoue à l’intérieur d’un sceau, tout d’or également. Le rouge et l’or attirent définitivement l’œil et je tenais donc à saluer l’art du créateur : Bastien Jez, dont l’ensemble de l’Instagram est à la hauteur de ce travail. Le papier est également bien épais, ce qui est toujours agréable pour les grands formats. La traduction enfin, est réellement bonne et prend le parti par exemple de garder les noms anglais, quitte à mettre une note en bas de page pour expliquer un trait d’humour (Paulette va charier Simeon et l’appeler Mr Hay, qui signifie foin, au lieu de Mr Straw, qui signifie paille par exemple).

Pour conclure…

La Conspiration du Mage est n roman qui se lit vite, mais que l’on risque d’oublier bien vite aussi. L’auteure, de mon point de vue, n’est pas parvenue à s’installer dans ce qui fait le sel de la licence, délaissant des éléments iconiques du gameplay des jeux et sous-exploitant l’aspect historique de son intrigue. Le style général est très convenu, et manque cruellement de dynamisme. Plusieurs clichés beaucoup trop vus et revus viennent encore alourdir ce livre déjà peu digeste. Quelques points positifs comme une édition particulièrement soignée, une traduction très correcte et quelques traits psychologiques pas inintéressants ne sauvent malheureusement pas cet acte manqué.

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