Agatha Christie – Mort sur le Nil

Après Le Crime de l’Orient Express en 2023, l’atypique mais ô combien talentueux studio Microids vient à nouveau tâter de la moustache d’Hercule Poirot avec cette fois Agatha Christie – Mort sur le Nil. Forts de leurs premières expériences dans l’univers de l’écrivaine britannique, ils étoffent cette fois les mécanismes qui ont fait leur succès et transposent la magnifique croisière égyptienne des années 30 aux années 70 pour davantage de groove et d’intrigues en tout genre. Car le détective belge partage cette fois-ci la manette non plus avec sa collègue Joanna Locke mais bien avec une jeune admiratrice du nom de Jane Royce, plus urbaine et plus crépusculaire.

Ce test a été réalisé sur une version Xbox Serie X fournie par l’Éditeur.

Cuir, Cuir, Cuir Moustache

Dans la boîte de nuit londonienne “Chez ma Tante”, Hercule Poirot fait la rencontre d’un jeune couple de tourtereaux nommés Jacqueline et Simon. La fête bat son plein sur le dancefloor quand, tout à coup, la fortunée Linnet, l’amie d’enfance de Jacqueline, également présente à la fête, se retrouve embourbée dans une affaire de vol de bague de fiançailles. Le détective belge élucide l’affaire en deux temps trois mouvements et quitte les trois jeunes sur une victoire. Mais quelque temps plus tard, quel n’est pas son étonnement de retrouver Simon lors d’une croisière sur le Nil, marié à Linnet et non à Jacqueline. En effet, Simon et Linnet semblent avoir eu le coup de foudre lors de cette soirée et ce dernier n’a pas tardé à quitter la pauvre Jacqueline afin de s’unir à la riche héritière.

Second étonnement, Jacqueline est présente également sur le bateau ! Poirot apprend alors que cette dernière, se sentant trahie et désormais rongée par la rancune, suit le couple partout contre sa volonté afin de faire peser une menace inquisitrice sur eux. Le belge, qui sent alors un drame se profiler à l’horizon, décide d’être deux fois plus vigilant qu’à son habitude. En parallèle à l’histoire classique d’Agatha Christie, Hercule Poirot, lors de cette fameuse soirée londonienne, fait la connaissance de la pétillante Jane Royce, toute jeune détective privée et fan de son travail, qui bosse elle-même sur une enquête.

Malheureusement, cette dernière semble avoir mis le nez dans une affaire trop dangereuse pour elle et voit une amie à elle se faire assassiner à la sortie de la boîte de nuit. Il est alors temps pour Jane d’élucider ce mystère et surtout de venger sa défunte amie. Et pour cela, elle s’inspirera des fabuleuses méthodes de son mentor et idole moustachu. C’est donc armée de son imper de cuir vermillon et de son look Blacksploitation qu’elle arpentera toute une série de lieux qui fleurent bon les seventies. 

Deux pour le Prix d’Un

Le studio Microids, sous ses aspects modestes, ne déçoit pourtant que très rarement. Devenu des pointures dans l’adaptation et la création de jeux vidéo qui fricotent avec le monde littéraire (on retiendra leur magnifique travail aux côté de l’auteur Benoît Sokal sur Syberia mais aussi et surtout sur le récent L’Amerzone, on attend d’ailleurs avec impatience leur mouture d’Astérix prévue pour le 30 octobre prochain), ils ont déjà travaillés plusieurs fois dans l’univers d’Agatha Christie et prouvés qu’ils étaient capables de proposer des jeux innovants et respectueux du travail de différents écrivains. Ils s’attaquent cette fois au monument de l’autrice qui voit notre détective préféré profiter du soleil et des temples antiques de la belle Egypte. Mais non content de s’inspirer du matériel original, le studio français y incorpore ses propres créations (avec une enquête parallèle à celle de Poirot) et surtout modernise le tout en transposant l’univers de Christie dans des seventies très funky.

Nous allons donc dans ce nouvel opus osciller entre deux enquêtes, celle, classique, d’Hercule Poirot sur le magnifique Karnak, bâteau de croisière remontant le Nil qui nous fera visiter de magnifiques paysages millénaires, et celle, plus moderne, de Jane Royce, jeune détective embarquée dans une affaire de tueurs à gage internationale qui nous fera plutôt visiter les hauts lieux du design des années 70. On alterne ainsi entre les deux affaires à raison d’un chapitre sur deux pour chacun des deux protagonistes. Le Gameplay d’Agatha Christie – Mort sur le Nil se veut classique dans sa forme : Nous nous retrouvons face à un crime ou un délit et nous devons en trouver l’auteur. Pour cela, il nous faudra progressivement remplir une carte mentale en accumulant des faits et des témoignages, puis réaliser des liens logiques entre tous ces éléments.

La force du jeu Agatha Christie – Mort sur le Nil, à mon sens, réside dans la diversité du gameplay lorsqu’il s’agit de collecter les éléments indispensables à l’enquête. Ainsi, ils varient constamment au fur et à mesure du chapitre, entre interrogatoires des suspects, fouilles approfondies des lieux, confrontation des menteurs vis-à-vis des incohérences de leur discours, résolution de puzzles (serrures à crocheter, mécanismes à débloquer, objets à démonter, pannes à réparer…), écoute discrète, filature, et reconstitutions de faits. Une fois que nous avons accumulé suffisamment de pistes, nous les relions entre elles et tentons de reconstituer une chronologie des actes des principaux intéressés. Nous tenons alors toute l’histoire au creux de notre main (merci à nos petites cellules grises !) et pouvons aller faire avouer le ou les coupables.

Parallèlement à cela, le jeu nous demandera de compléter par nous-même la carte d’identité de chaque personnage apparaissant à l’écran au fur et à mesure que nous en apprenons plus sur eux. Cela commence évidemment par le nom et le prénom, puis par la profession, et enfin par d’éventuels secrets qu’ils cachent, ainsi que des liens qu’ils possèdent entre eux (mère de, père de, patron de…) Une mécanique bien huilée qui nous rend actifs et s’avère bien pratique pour se souvenir un peu mieux des nombreux protagonistes du jeu. Le jeu se dote de trois niveaux de difficulté, et j’ai personnellement trouvé que celui du milieu était idéal afin de se sentir avancer dans l’enquête sans trop galérer. La première étant clairement trop facile et la dernière n’étant pas impossible mais demandant davantage de temps.

Quelles que soient les mécaniques à utiliser (et elles sont assez nombreuses mine de rien), les interfaces sont toujours bien pensées et coulent de source dans leur logique d’utilisation. Je ne me suis que très rarement retrouvée bloquée face à un tableau d’enquête que je ne parvenais pas à résoudre même si cela a pu se produire ponctuellement, et non pas parce que je ne connaissais pas la réponse, mais parce que je ne comprenais pas la façon dont le jeu attendait que je la lui donne. Un peu ennuyeux mais honnêtement vite réglé. Surtout qu’en mode moyen, le jeu Agatha Christie – Mort sur le Nil n’est aucunement punitif et vous permet de vous tromper sans vous pénaliser, et de retenter la résolution autant de fois que nécessaire, les erreurs commises durant l’enquête étant simplement comptabilisées lors du récapitulatif du chapitre une fois l’affaire élucidée.

Par delà ce gameplay très bien optimisé et instinctif, il ne nous reste plus qu’à profiter de l’ambiance très réussie du jeu et de l’univers rocambolesque de l’écrivaine, Agatha Christie – Mort sur le Nil étant très respectueux du matériau d’origine. On retrouve ainsi la vivacité d’esprit, l’humour et la coquetterie de notre moustachu belge préféré, les protagonistes originaux du roman (adaptés et relookés à la sauce disco avec pattes d’eph et chemises bariolées) mais également toute la poésie macabre de l’enquête originale, l’une des rares fois où Poirot quitte son stoïcisme légendaire et devient perméable à la détresse de ses compagnons d’aventure.

De plus, l’enquête de Jane, totalement originale et imaginée par Microids, plus sombre, plus sérieuse et plus hardboiled, contraste parfaitement avec la luminosité pharaonique de la croisière anglaise. Elle s’inspire davantage des romans noirs et on parcourt alors plutôt des paysages urbains comme New-York, une superbe villa inspirée du travail d’Emile Sala, et encore d’autres environnements dont je vous garde la surprise. 

Ce travail poussé sur l’esthétique est d’ailleurs mis en valeur par ce qu’on pourrait appeler une « quête bonus » à l’intérieur du jeu, à savoir chercher, trouver et collecter des petites moustaches en or, qui elles-même nous donnent accès à des oeuvres d’art affichées dans un musée que nous pouvons visiter à tout moment via le menu. Ce musée expose également les magnifiques véhicules du jeu, ainsi qu’un joxebox où nous pouvons écouter les compositions musicales des différents chapitres à condition d’avoir dégoté les bons vinyls lors de nos fouilles.

Crime en Pattes d’Eph

Afin de sublimer tout ce travail, il fallait une direction artistique aux petits oignons. Et, bien que techniquement en retard, soyons honnête, le jeu Agatha Christie – Mort sur le Nil possède une très chouette ambiance et une recherche artistique plutôt poussée. Dans les points positifs, on retiendra le travail du détail dans l’aménagement des environnements, que ce soit chez Poirot avec la superbe décoration du bateau de croisière le Karnak, tout en boiseries et vaisselles anglaises, ou les intérieurs design que visite Jane, peuplés d’objets divers et variés, allant du tabouret tam tam de couleurs criardes aux sculptures postmodernes en marbre et granit.

Surtout que le jeu nous permet de manipuler un nombre conséquent de bibelots, enquête oblige, et ainsi apprécier le travail des graphistes à 360 degrés. Dans les points négatifs par contre, on déplorera la modélisation datée des personnages, aux visages inexpressifs et aux membres désarticulés, dont les animations frisent parfois le ridicule… Heureusement, de chouettes doublages viennent donner de la vie à tout cela et l’humour pince sans rire so british qui enrobe le tout sauve les meubles. Côté partition musicale, le jeu ne brille pas particulièrement non plus, les ambiances sonores sont redondantes et cheap, et il m’est arrivé plusieurs fois de baisser le volume de la musique afin de pouvoir mieux réfléchir lors de mon enquête. 

Pour conclure…

Microids nous livre une fois de plus un très bon jeu, à la fois respectueux du matériau d’origine mais modernisé comme il faut. Avec une enquête soignée, fluide, aux mécaniques instinctives et variées, Agatha Christie – Mort sur le Nil fait mouche. Alternant entre l’histoire classique du roman et une investigation plus moderne et urbaine, on n’a réellement pas le temps de s’ennuyer. Transposé dans des seventies au look très réussi, Poirot n’en perd pour autant sa classe et son bagou pour notre plus grand plaisir. On regrettera cependant des graphismes datés, des animations peu réalistes, ainsi qu’une ambiance musicale un peu cheap. Heureusement, cela ne gâche en rien l’expérience de jeu, pour peu que ce ne soit pas là-dessus que vous placiez toutes vos attentes. Que vous soyez déjà fan d’Agatha Christie ou que vous désiriez découvrir son univers, ce jeu peut réellement vous faire passer un très bon moment.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Respect de l’œuvre originale

Modernisation du contexte

Direction artistique

Fluidité des mécaniques de gameplay

Humour et drame bien dosés

Deux enquêtes pour le prix d’une

Les points négatifs

Graphismes datés

Bande originale cheap

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