
Afin de célébrer le vingtième anniversaire de Yakuza/ Ryū ga Gotoku, Sega propose ce Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties, un pack « 2-en-1 » qui s’attaque au chantier le plus périlleux de la franchise : réhabiliter l’épisode de 2009, souvent considéré comme le vilain petit canard de la saga. Plus qu’un simple portage technique, cette version Kiwami ambitionne de transformer en profondeur l’expérience originale pour la mettre au niveau des derniers opus. Reste à savoir si cette modernisation parvient à corriger les défauts du titre initial sans en trahir l’identité.
Ce test a été réalisé sur une version PC fournie par l’Éditeur.
Viva Okinawa !


Sur le plan narratif, il convient de rappeler que ce troisième volet s’inscrit dans la continuité directe de Kiwami 1 et Kiwami 2, et dont les enjeux majeurs sont d’ailleurs résumés via un segment optionnel en début de partie. Le récit suit à nouveau le charismatique Kazuma Kiryu qui, après avoir pris ses distances avec le milieu du crime organisé, tente de mener une vie paisible à Okinawa. Désormais responsable d’un orphelinat aux côtés de sa fille adoptive Haruka, l’ex-yakuza voit cependant son quotidien rattrapé par les intrigues de son ancienne vie.

Un basculement qui l’oblige à retrouver l’effervescence de Kamurocho, le quartier chaud de Tokyo. L’un des principaux points de progression de cette version Kiwami réside dans son équilibre structurel. Dans l’œuvre originale, la longue introduction située à l’orphelinat Morning Glory était régulièrement pointée du doigt pour sa lenteur, constituant un frein majeur pour une partie du public. Ce rythme singulier avait d’ailleurs contribué à faire de l’épisode de 2009 l’un des moins appréciés de la franchise. Pour ce cru 2026, les développeurs ont manifestement revu leur copie afin de dynamiser cette phase de jeu et d’en gommer les longueurs initiales.


C’est l’un des premiers changements majeurs de cette mouture : la séquence introductive à Okinawa, autrefois longue comme un jour sans pain, gagne considérablement en nervosité. Ce qui s’avère particulièrement pertinent, c’est que ce gain de rythme ne se fait pas au détriment de l’immersion émotionnelle. Au contraire, le « lore » entourant les orphelins gagne en épaisseur, notamment via des activités annexes et mini-jeux inédits. Ces interactions sont désormais facultatives, laissant le joueur libre de creuser l’intimité de la « famille » de Kiryu à sa guise. On s’attache d’autant plus aux enfants que chaque moment passé à leurs côtés résulte d’un choix délibéré et non d’un passage obligé. Pour couronner le tout, l’archipel d’Okinawa ne fait plus figure de parent pauvre : les activités locales ont été largement étoffées, offrant enfin un terrain de jeu à la hauteur des gamers en quête de contenu.


Kiwami Universe
Pour revenir sur le scénario, dans les grandes lignes (et sans vous spoiler), celui-ci nous plonge dans cet imbroglio géopolitique mêlant la CIA et les factions locales pour le contrôle d’Okinawa. Si la trame reste fidèle à l’œuvre d’origine, le casting a bénéficié d’une cure de jouvence. On notera notamment l’arrivée de l’acteur Show Kasamatsu pour prêter ses traits et sa voix à Rikiya, apportant un second souffle bienvenu au personnage. Cette modernisation est portée par un moteur graphique toujours aussi flamboyant, qui permet une mise en scène bien plus organique. Le réalisme accru des visages et la précision des expressions renforcent forcément l’impact dramatique des cinématiques, rendant les enjeux de ce conflit de territoire autrement plus palpables que sur PlayStation 3.



Ainsi, bien plus qu’une simple mise à jour technique, ce Kiwami 3 s’autorise une réorganisation de ses enjeux narratifs, au point d’esquisser les contours d’une véritable “timeline Kiwami” parallèle aux opus originaux. Le récit accorde désormais une importance renforcée à certaines forces de l’ombre, autrefois périphériques, qui deviennent ici de véritables moteurs du scénario Ce repositionnement discret, mais stratégique, de plusieurs figures clés interroge : en modifiant ainsi la portée de certains actes, Ryū ga Gotoku Studio semble préparer le terrain pour une relecture globale des épisodes suivants.

Une audace scénaristique qui, si elle pourrait faire grincer les dents de certains puristes, offre une cohérence nouvelle à la fresque criminelle de Kiryu. Pour ma part, le contenu de ce Kiwami 3 m’a à tel point ravi que je ne suis pas dérangé par cette décision du studio japonais. Et puis, reconnaissons que l’ADN de Yakuza est toujours présent : drame, action et humour perché cohabitent avec panache, plus que jamais.
Les rois de la castagnes

On retrouve avec plaisir ce savant mélange de bastons, d’exploration, de quêtes annexes (à nouveau extrêmement nombreuses) et de mini-jeux hétéroclites qui font le sel de la licence. Côté combat, Kiwami 3 apporte son lot de changements. Nous avons tout d’abord le Style du Dragon de Dojima, qui demeure le socle classique de l’expérience, incarnant l’essence même des chorégraphies martiales de Kiryu. Ensuite, et c’est la véritable nouveauté, nous avons le Style Ryukyu qui est dédié au maniement des armes blanches (tonfas, nunchakus, lames et autres joyeusetés).



Ici, chaque outil est attribué à un bouton de la manette, offrant une souplesse tactique jouissive et qui transforme chaque rixe en un ballet particulièrement grisant. Cette double approche s’appuie sur un arbre de compétences unifié, généreux en termes de techniques et d’améliorations. Que l’on privilégie la force brute ou la finesse des lames, chaque yen durement gagné (au combat ou via des quêtes) permet de débloquer un arsenal de mouvements toujours plus dévastateurs. Une fois couplées aux célèbres Heat Actions, ces capacités forment un système d’une efficacité redoutable. Le plaisir de jeu est tel que l’on se surprend à chercher volontairement la confrontation avec les voyous de passage : la variété des situations et la montée en puissance constante balayent toute forme de lassitude.

Gangs of girls
S’il est un ajout qui justifie à lui seul l’appellation Kiwami, c’est bien le mode dédié aux gangs de motards. Cette activité annexe, addictive en diable, voit Kiryu prendre la tête des Haisai Girls pour pacifier les routes d’Okinawa face aux clans rivaux. Le système surprend par une profondeur étonnante, s’articulant d’abord autour d’une phase de recrutement et de gestion où il faut parcourir la ville pour dénicher de nouveaux membres aux statistiques variées.



L’aspect stratégique se poursuit avec une section entraînement poussée, imposant de coacher ses pilotes pour optimiser leur niveau et leur équipement. Enfin, le point d’orgue réside dans différents types de batailles de gangs : loin d’être de simples courses de rue, ces affrontements se muent en véritables escarmouches tactiques à grande échelle. Ce mode s’impose comme l’une des parties les plus massives et les plus probantes de ce remake, offrant un cycle de progression ultra futé qui s’insère avec pertinence aux autres strates du gameplay.

Mine-strong

Malgré quelques craintes, l’extension Dark Ties s’impose comme un argument de poids, même si la durée de vie est relativement courte (comptez 7 à 10 heures selon votre investissement). Ce segment inédit se concentre sur Yoshitaka Mine, l’antagoniste de Kiwami 3. Si l’aventure principale brille par sa charge dramatique, ce prologue (ou chapitre annexe) se montre tout aussi poignant en nous dépeignant l’ascension fulgurante de Mine au sein du Clan Tojo.


Manette en main, Mine se distingue de Kiryu quand il s’agit de se mettre sur la tronche. Son style, inspiré du Shoot-Boxing, se révèle bien plus aérien et nerveux, évoquant par moments la vivacité d’un Shun Akiyama (Yakuza 4), tout en conservant une certaine brutalité technique. L’expérience est sublimée par une mécanique exclusive : le Dark Awakening. Une fois sa jauge de “Cœurs Enchaînés” portée à ébullition, Mine libère une fureur dévastatrice capable de renverser n’importe quel affrontement.



En marge du scénario, le petit nouveau du clan Tojo peut mettre ses talents à l’épreuve dans un club de combat clandestin. Ce lieu propose des tournois en arène ainsi qu’un mode survie à travers des dédales truffés d’ennemis et de mini-boss. Les trésors que l’on y déniche permettent d’affiner son arbre de compétences, rendant la progression pour le moins gratifiante. Mine de rien (humour !), Dark Ties se montre passablement costaud pour un contenu bonus.
Une générosité sans limites ?

Comme à son habitude, RGG Studio a inondé les quartiers explorables de mini-jeux en pagaille. Si l’on retrouve les classiques de la licence, souvent optimisés pour s’insérer naturellement dans l’écosystème de Kiwami 3, les bornes d’arcade ne sont pas en reste. Outre l’indétrônable Virtua Fighter 2, le studio a exhumé des pépites de l’histoire de Sega, offrant aux passionnés un accès à des titres rares comme Slash Out, Magical Truck Adventure ou encore Emergency Call Ambulance. Un vrai bonheur pour les amoureux de l’histoire du jeu vidéo.


Aussi, et pour la première fois dans la saga, une Game Gear entièrement fonctionnelle est à disposition dans les différentes planques de nos héros. Le joueur est invité à collectionner des cartouches à travers Okinawa et Kamurocho pour profiter d’une ludothèque de 12 titres emblématiques, allant de Sonic Drift et Streets of Rage à des classiques comme Galaga 2 ou Fantasy Zone Gear. A noter que Kiryu dispose désormais d’un choix encore plus vaste de tenues et d’accessoires. Il a la possibilité de personnaliser son apparence, y compris sa coiffure et les traits de son visage, ainsi que son téléphone portable pour bénéficier de divers bonus passifs. Par ailleurs, le catalogue de karaoké s’enrichit de nouveaux titres tirés des épisodes récents de la série.

Dragon rutilant
Visuellement, ce Yakuza Kiwami 3 est à l’image des mandales distribuées par ses protagonistes : ça envoie du lourd ! Profitant des dernières itérations du moteur maison, le titre livre des modélisations faciales souvent superbes (à quelques exceptions près). Cette plastique est portée par une mise en scène cinématographique de haute volée, magnifiée par une bande-son qui capture avec justesse l’opposition entre la quiétude tropicale d’Okinawa et l’énergie électrique du bitume de Kamurocho.


Nul doute que si vous aviez été séduit par les graphismes drapant Like a Dragon Gaiden : The Man Who Erased His Name, Like a Dragon : Infinite Wealth ou Like a Dragon : Pirate Yakuza in Hawaii, vous serez d’autant plus charmé par ce millésime 2026. Certes, le studio n’échappe pas à son habituel recyclage (environnements, canevas de missions, etc.), mais le procédé est exécuté avec un tel brio qu’il ne parasite jamais l’expérience.

On a davantage le sentiment de parcourir une « compilation ultime », regroupant le meilleur du savoir-faire de RGG Studio ces dernières années. Le volet sonore, et par extension le sound design, parachève ce tableau : bien que s’appuyant sur des thèmes familiers pour les vétérans, leur intégration est, comme à chaque fois, d’une efficacité redoutable.

En définitive, Yakuza Kiwami 3 & Dark Ties dépasse de loin le cadre du simple lissage technique. Il s’agit d’une réinvention structurelle qui réussit l’exploit de transformer l’ancien « maillon faible » de la franchise en l’un de ses épisodes les plus denses et les plus aboutis. Si les libertés prises avec la narration originale ou l’élagage de certaines activités secondaires pourraient faire l’objet de débats chez les puristes, le résultat global force le respect. Le titre gagne en rythme et en émotion, s’imposant comme l’une des expériences les plus équilibrées de la saga. Que vous soyez un habitué de la première heure ou un néophyte, ce voyage entre le sable d’Okinawa et les néons de Tokyo est une étape désormais indispensable. Le vilain petit canard a définitivement laissé place à un dragon majestueux.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Le raccourcissement intelligent de la partie à l’orphelinat transforme un début autrefois laborieux en une introduction dynamique et touchante
Le mode Gang de Motards est juste génial !
La variété des systèmes de combat
L’ajout Dark Ties est une très bonne surprise
Textes intégralement en français
Plusieurs niveaux de difficultés disponibles
Les points négatifs
Dommage que Dark Ties soit si court
Des coupes du Yakuza 3 original qui feront raler
Une nouvelle voie scénaristique qui ne sera pas du goût de tout le monde




