
Les shoot’em up régnaient en maîtres dans les années 1980 et 1990, un genre largement dominé par les studios japonais, qui ne cessaient d’innover et d’élever toujours plus haut les standards de créativité et d’exigence. En Europe, l’influence de l’école nippone était omniprésente, donnant parfois naissance à de simples plagiats, mais aussi à des hybrides réussis, mêlant inspirations japonaises et touches occidentales. Paru en 1989, X-Out s’inscrivait dans la deuxième catégorie et pour le plus grand bonheur des possesseurs de micro de l’époque, le titre revient sur nos machines actuelles dans une version sublimée.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Madeleine de proue

À sa sortie, X-Out avait su conquérir le cœur des joueurs sur Commodore 64 en 1989, avant de s’étendre en 1990 sur Amiga, Atari ST, ZX Spectrum et Amstrad CPC. Ce shoot’em up sous-marin signé Rainbow Arts s’était distingué par son univers soigné et ses musiques endiablées. Parmi toutes ses déclinaisons, l’édition Amiga restait la plus aboutie sur le plan technique, et c’est sur cette mouture que s’appuie la refonte qui nous intéresse ici. Désormais disponible sur PlayStation, Xbox, Nintendo Switch et PC, X-Out : Resurfaced se présente comme un hommage fidèle à l’original. Remaster ou remake ? Le débat reste ouvert, car si pléthore d’éléments esthétiques ont été redessinés, on retrouve chaque élément à sa place, et la progression du jeu n’a pas bougé d’un iota.

Et c’est là le plus grand atout de X-Out : Resurfaced, car il correspond exactement aux souvenirs que nous en avions gardés (sur Amiga, comme pour votre serviteur). Le jeu tel que nous l’avions en mémoire et non tel qu’il était réellement. Nos souvenirs ont tendance à magnifier les graphismes des jeux rétro (nous en avions eu un bon exemple avec certains titres de Taito Milestones 3), et ce remaster joue habilement avec ce phénomène. Un petit tour de force. Grâce à une meilleure résolution, des animations plus fluides et quelques effets visuels modernes (reflets, explosions détaillées, jeux de lumière améliorés), il parvient à transcender la version Amiga tout en la respectant scrupuleusement.
Tactiques en boutique

Calquant la plupart de ses idées sur les plus grands shoot japonais de l’époque (le mythique R-Type d’Irem en tête), X-Out amenait dans sa besace, outre un environnement sous-marin dont tout le monde se souvient, un système de personnalisation très sympathique. Celui-ci vous permet avant chaque niveau (au nombre de 8) d’acheter et d’équiper son sous-marin high-tech avec diverses armes et modules. Si l’on débute le périple avec un pécule de départ, les performances durant chaque stage remplissent votre porte-monnaie et permettent de faire de plus vastes emplettes lors du passage suivant en boutique. En plus des améliorations d’équipement, il était possible d’acheter des vaisseaux supplémentaires et de les équiper à leur tour.

Un choix stratégique, car chaque appareil acquis offrait une vie en plus : lorsqu’un sous-marin était détruit, le suivant prenait aussitôt le relais. Ce système influençait grandement la progression et apportait une dimension tactique à chaque run. Et bonne nouvelle : ce plaisir reste intact, à plus forte raison que le fameux magasin a gagné en ergonomie. Avec ses différents types de tirs et modules, le classique de Rainbow Arts s’avère toujours aussi cool à pratiquer.

Notre vaisseau dispose d’une barre de vie qui fond comme neige au soleil dès que l’on se cogne contre des ennemis ou des éléments de décors. D’ailleurs, pour éviter au mieux tous ces obstacles, on peut diminuer ou augmenter la vitesse de son appareil lorsqu’on le souhaite. Les développeurs ont donc réussi un pari audacieux : ne rien dénaturer tout en sublimant chaque détail. L’ambiance, le level design et la nervosité des affrontements sont parfaitement préservés. À aucun moment, X-Out : Resurfaced ne trahit l’œuvre originale, mais il lui donne une lisibilité et un confort qui étaient impossibles à obtenir sur les machines de l’époque. Et pour améliorer encore la formule, un mode 2 joueurs (en simultané) ainsi qu’un mode miroir font leur entrée.

Petit mais Cousteau
L’univers graphique de X-Out avait frappé les esprits avec ses milieux marins hostiles, peuplés de créatures hybrides mi-mécaniques mi-organismes vivants, et les effets lumineux simulant la pression sous-marine. Tout cela créaient une atmosphère unique, même si là encore, les japonais avaient déjà opté pour ce type d’environnements dans leurs productions. Grâce à l’approche conservatrice et très réussie dont nous avons parlé un peu plus haut, on retrouve donc toutes ses qualités avec bonheur. À noter qu’Ogan Kandemiroglu, frère et collaborateur du regretté Celal Kandemiroglu – à qui l’on doit les graphismes emblématiques de X-Out – a repris ce rôle dans ce remake en hommage à son frère.

Impossible d’évoquer X-Out sans mettre en avant les superbes compositions de Chris Hülsbeck, figure emblématique de la game music. Son travail sur la saga Turrican reste son chef-d’œuvre absolu, et on retrouve ici toute la patte du compositeur. Petite anecdote : le thème du niveau 3-1 du premier Turrican (issu de la fameuse séquence en shoot’em up à défilement vertical) est également présent dans X-Out, un recyclage déjà assumé dans le titre original et dont on ne se plaindra certainement pas ! Dans X-Out : Resurfaced, ces mélodies légendaires sont de retour, disponibles en versions d’époque (Amiga et autres micro-ordinateurs), mais aussi dans de superbes réorchestrations, sans oublier des morceaux inédits (et très réussis) spécialement composées par Mister Hülsbeck lui-même.

Tricherie et piraterie
L’un des ajouts les plus surprenants de ce remaster réside dans son système d’aide et de cheat codes. Pour rendre l’expérience plus accessible aux nouveaux joueurs, les développeurs ont intégré une mécanique inédite : au fil des Game Over, un menu spécial apparaît, débloquant progressivement des options d’assistance (résistances accrues, plus d’argent, ennemis plus faibles, etc.).

Mais ce qui frappe, c’est la présentation de ce menu qui reprend l’esthétique des écrans animés ajoutés par les groupes de crackers lorsqu’ils pirataient des jeux Amiga et Atari ST. Ces célèbres séquences, avec leurs musiques chiptunes envoûtantes, leurs polices stylisées et leurs messages défiant les éditeurs, faisaient partie de la culture underground du jeu vidéo de l’époque.

Faire référence à cette période est un choix audacieux de la part des développeurs, car si le piratage est évidemment une pratique condamnable, il est indissociable de l’histoire du jeu vidéo sur micro-ordinateurs. Pour beaucoup de joueurs de l’époque, ces écrans de présentation faisaient partie intégrante de l’expérience de jeu. En intégrant cette référence sous forme d’hommage subtil et amusant, X-Out : Resurfaced assume une certaine nostalgie tout en modernisant intelligemment son approche du Game Over.
Baignade pour tous

X-Out : Resurfaced est bien plus qu’un simple portage HD. Il s’agit d’un travail de restauration minutieux, pensé pour les puristes comme pour les nouveaux joueurs. En respectant scrupuleusement le matériel d’origine tout en lui apportant les améliorations nécessaires, il ne réécrit pas l’histoire, il la perfectionne. Pour les vétérans, c’est l’occasion de replonger joyeusement dans un jeu culte et pour les nouveaux venus, c’est une belle porte pour découvrir l’un des meilleurs shoot micro. Un grand bravo à l’équipe de KRITZELKRATZ 3000 et à l’éditeur ININ pour cette belle opération.
X-Out n’a jamais été aussi beau, aussi fluide et aussi agréable à jouer. Cette refonte nous permet de redécouvrir un classique dans les meilleures conditions possibles, sans trahir ce qui faisait son essence. Un modèle du genre, qui prouve que le respect du passé et l’innovation peuvent aller de pair. Quel dommage que sa suite, Z-Out, n’ait pas été intégrée également, car pour 20 euros, cela reste un peu cher si l’aspect nostalgie ne vient pas adoucir la douloureuse. Reste néanmoins une démarche des plus appréciables et qui ne trahit aucunement les gamers ayant connu cette époque si particulière.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une refonte respectueuse et qui sublime jeu original
Une bande-son de maboule signée Chris Hülsbeck, en versions originales et réorchestrées
Un gameplay toujours aussi plaisant
Des ajouts bienvenus comme le mode 2 joueurs en simultané, le mode miroir et le système d’aide progressive
Les points négatifs
Un prix un peu élevé
L’absence de Z-Out




