C’est via un présentation de leurs nouveautés prévues pour intégrer leur catalogue en 2026, datant de septembre 2025, que Glénat a annoncé la sortie de The Regalia of the Underdog, qui nous a immédiatement interpellé par son pitch unique, autant que par la promesse d’un shonen avec de forts accents de comédie. Apparu sur les étals des libraires depuis le 4 février 2026, nous avons donc mis nos pas dans ceux de Tarte Aupoir Croqmonsieur un héros à la tête aussi enflée qu’un dirigeable et persuadé que personne ne lui arrive à la cheville. Mais plus grande est la confiance et plus dure est la désillusion, surtout quand il se fait battre à plate couture par son souffre-douleur préféré.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Oustiders on fire
Le prince des nuls
Richesse. Pouvoir. Talents. Tarte est né avec tout. Son objectif : le Test de Sélection du Roi, le Tessère, qui décide qui au monde sera l’unique élu. Mais le jour de la fin de leur scolarité, Figo, le fils d’un forgeron, le provoque en duel ! Il ne s’agit pourtant que d’un “roturier” aux yeux de Tarte. Pour le garçon pourri par la vie, voici venue l’heure du retour de bâton.
Glénat

The Regalia of the Underdog nous emmène à la découverte d’un monde où tout citoyen peut devenir roi s’il prouve être le meilleur, lors d’un tournoi qui a lieu tous les 20 ans et nommé TSR ou Tessère. Le jeune Tarte, fils chouchou d’un riche seigneur, est persuadé que ce titre lui est quasiment acquis et que la compétition n’est qu’une formalité pour lui. Formé dans ce but depuis son plus jeune âge, il a certes travaillé dur tous les jours avec les meilleurs formateurs, mais ses victoires tiennent avant tout de la peur qu’inspire son géniteur plus que de ses prouesses martiales. Alors que le prochain TSR doit se tenir dans huit mois, notre égocentré personnage principal voit se dresser une ultime fois devant lui Figo, le fils du forgeron, et souffre-douleur attitré du vaniteux Tarte.

Devant cet adversaire qui ne l’a jamais vaincu, le nobliau part au combat avec la certitude de vaincre facilement son adversaire et accepte un duel devant toute l’école après la remise des diplômes. Cependant, son camarade de classe s’est entraîné avec acharnement et a même mis au point une arme technologique capable de capitaliser sur ses points forts. Incapable de contrer la puissance destructrice de son opposant, Tarte se retrouve vaincu et humilié devant tous ses condisciples, qui, ulcérés par son comportement hautain ont pris fait et cause pour Figo. Alors que Tarte crie à la tricherie et se ridiculise d’autant plus, son professeur et arbitre du match lui assène une terrible vérité. Il ne possède rien en propre et doit absolument tout à la fortune et aux attentions de son père.

Pire encore il n’est qu’un enfant gâté qui n’a aucune chance d’obtenir la couronne tant il est incapable de se débrouiller seul. Bien décidé à ne plus s’en remettre à son géniteur, Tarte quitte alors sa demeure seul et dans le plus grand secret. Mais il n’a pas fait beaucoup de chemin avant de s’écrouler en pleine rue d’inanition. A son réveil il se retrouve en compagnie d’une des soubrettes de son père qui a reçu l’ordre de l’accompagner jusqu’au terme de son voyage, ainsi que du professeur qui l’a tancé après son combat contre Figo.

Ce dernier, engagé par le père de Tarte pour en devenir le mentor s’avère être en réalité Roméo Weavingdate, dit Roméo le chien battu, finaliste du précédent Tessère. Malgré tout, le jeune homme s’obstine il ne veut rien qui vienne de son paternel et encore moins de leur aide. C’est alors que Roméo lui fait une proposition inattendue…
Lisez un extrait de The Regalia of the Underdog – Tome 1 ici !
C’est pas de la Tarte
Shinachiku, de son vrai nom Chihiro Watanabe, est un mangaka qui a fait ses armes en tant qu’assistant de Kohei Horikoshi (l’auteur de My Hero Academia) avant de se lancer seul en 2015 avec Pygmalion, puis en 2018 avec Le Fossoyeur, deux mini séries de respectivement 3 et 4 tomes, parues en France sous l’égide de l’éditeur Komikku Editions. C’est en 2024 qu’il revient avec Kamase Inu no Ôkan, que nous découvrons aujourd’hui sous le titre The Regalia of the Underdog. Cette série toujours en cours de parution au Japon (deux tomes y sont déjà disponibles) a fait l’objet d’une pré-publication sur le site Magkan de l’éditeur MAG Garden. Le mangaka s’est ainsi livré au jeu des questions-réponses avec Glénat dans une interview où il explique plus en profondeur son mode de création de The Regalia of the Underdog.

Il est ainsi intéressant de constater que l’auteur a élevé Kohei Horikoshi au rang de héros et de modèle, qu’il n’espère même pas surpasser un jour. C’est de ce sentiment d’infériorité qu’est né The Regalia of the Underdog et qui explique ce parti pris de prendre un personnage détestable comme protagoniste principal, ceci afin de montrer son chemin et ses difficultés pour devenir digne du titre de roi. Une série influencée par l’expérience de son dessinateur dans le milieu du manga et qui porte une réflexion sur l’héroïsme, l’effort et la valeur personnelle de chacun.

Bien que peu passionné par son métier, Shinachiku peut tout de même se targuer d’un trait sûr et précis, qui, même s’il est assez typique du genre shonen arrive à faire son petit effet, d’autant que les combats sont très dynamiques dans leur mise en scène. Un condensé d’action qui comporte un humour mordant, mais non dénué d’une réflexion sous-jacente, il n’en fallait pas plus pour m’intriguer.
Le héros est un zéro !
Nous sommes d’accord, la littérature regorge d’anti-héros tous plus charismatiques les uns que les autres et le manga ne fait pas exception à la règle, qu’ils soient motivés par la vengeance (Brave Bell) ou juste par le fait de survivre (Too Beat) il n’en reste pas moins sympathiques au lecteur qui peut par la suite suivre leur évolution avec plaisir. Et c’est là que The Regalia of the Underdog tire son épingle du jeu. Alors que cette saga aurait pu être un énième parcours initiatique afin que le personnage principal devienne un héros, Tarte est détestable au plus haut point, imbu de sa personne, suffisant et prenant plaisir à écraser les autres sans aucune retenue. Faisant partie de la haute société, il n’appelle ses camarades de classe que par leur rang (“roturiers”), sans se rendre compte que la seule peur qu’il inspire n’est dûe qu’à la puissance de sa famille.

Par certains aspects, avec ses condisciples qu’il prend pour des laquais, il m’a tout d’abord évoqué Damian Desmond dans Spy X Family sans le côté maladroit et attachant. Car il faut bien le reconnaître, il est difficile de s’identifier à Tarte, dont le patronyme même impose un certain ridicule. Toutefois, et c’est bien ce qui rend le manga si passionnant, je me demande bien comment Shinachiku va bien pouvoir faire pour rendre l’apprenti roi sympathique aux yeux des lecteurs. Pour l’instant, j’avoue plus être ravie de le voir se prendre déculottée sur déculottée qu’autre chose, mais, et ce sera là la marque d’un grand mangaka, j’attends avec impatience de voir arriver le point de bascule où je vais me mettre à soutenir de façon inconditionnelle ce gamin pourri gâté totalement imbuvable.

En tout état de cause, je trouve les personnages secondaires bien plus intéressants, du moins pour l’instant, à commencer par l’ancien finaliste du Tessère dont je ne comprends toujours pas pourquoi il se retrouve affublé du surnom de “chien battu” alors qu’il a bien failli être roi, laissant tous les autres prétendants loin derrière. S’il n’a pas concrétisé ses ambitions, il a tout de même fait montre de sa puissance et de sa vaillance dans la course au trône, cela doit donc cacher autre chose et j’espère en apprendre plus par la suite.

Cela étant, l’auteur nous a habitué à des séries assez courtes et la finalité des huit mois restant avant la royale compétition semble confirmer que The Regalia of the Underdog n’excédera pas une dizaine de volumes. Bien entendu je peux me tromper et cela reste à confirmer au fil des tomes à venir. En attendant je suis sur le pied de guerre pour la sortie du tome 2 de The Regalia of the Underdog dont la date de sortie n’est pas encore connue.
The Regalia of the Underdog fait le pari audacieux de placer au centre de son récit un protagoniste que l’on prend presque plaisir à détester. Là où d’autres œuvres misent sur l’empathie immédiate, Shinachiku choisit la friction, l’agacement, voire le rejet, pour mieux préparer la transformation. Et c’est précisément ce qui rend ce premier tome aussi intrigant. Car derrière les humiliations de Tarte et son orgueil mal placé se dessine peut-être l’itinéraire le plus exigeant qui soit : celui d’un enfant gâté contraint d’apprendre seul ce que signifie mériter sa place. Si, pour l’instant, on savoure davantage ses défaites que ses ambitions, je reste convaincue que la véritable réussite de la série dépendra de ce fameux point de bascule, celui où l’on cessera de vouloir le voir trébucher pour enfin avoir envie de le voir se relever. Et si Shinachiku parvient à opérer cette alchimie, alors The Regalia of the Underdog pourrait bien devenir bien plus qu’un simple parcours initiatique : une réflexion mordante et subtile sur ce que signifie réellement devenir roi. Une chose est sûre : je serai au rendez-vous pour le tome 2, prêt à voir si la « déculottée » laisse enfin place à la destinée.




