Réimp’! – Tome 15

C’est un grand chambardement qui attend notre éditrice, avec le remplacement du directeur Wada à la tête de Vibes par un nouveau venu aussi talentueux que sans scrupules. Sorti le 19 février 2025, le tome 15 de Réimp’!, toujours disponible aux éditions Glénat, nous brosse donc le portrait de Kyoichi Aikawa, un dirigeant pétri d’orgueil et d’ambitions prêt à tout pour arriver à ses fins, même aux plus basses manœuvres. Comment notre héroïne réagira-t-elle dans l’adversité ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Manga gaga

“Je veux travailler dans le manga !”

Nombreux sont ceux qui aspirent aujourd’hui à devenir mangaka ou éditeur manga. Mais saviez-vous que ce n’était pas la seule manière de travailler dans le manga ?

C’est ce que va découvrir Kokoro, embauchée dans une maison d’édition pour avoir fait une prise de judo à son président. Affectée à l’éditorial manga, elle va peu à peu faire connaissance avec l’univers qui l’entoure… À la différence de Bakuman qui présente un huis-clos entre un auteur et un éditeur souhaitant créer le prochain hit shōnen, Réimp’ ! offre une description plus réaliste et seinen, avec une multitude de personnes : commerciaux, libraires, graphistes, assistants… tous là pour porter l’œuvre jusqu’à son lecteur. Les mangakas ne sont évidemment pas en reste, avec une galerie de personnages qui nous semblent étrangement familiers : le grand auteur légendaire passé de mode, l’ex-hitmaker qui n’arrive plus à vivre de son art, la jeune autrice hésitante, le jeune prodige torturé… Avec un style brut, mais sensible, l’autrice décrit avec fougue la passion qui habite tous ses personnages.

Glénat

Réimp’! suit le destin professionnel de Kokoro Kurosawa, une ancienne judoka de haut niveau, obligée de se reconvertir après une blessure qui lui a coûté sa participation aux jeux olympiques. Passionnée de mangas, la jeune femme réussit à se faire engager chez Kohtokan, une grande maison d’édition, au terme d’un entretien “musclé”. C’est donc en tant qu’éditrice que notre héroïne aux oreilles d’oursons fait son entrée au magazine Vibes.

Là, elle va progressivement apprendre toutes les facettes de son métier sous le regard formateur de Iokibé, Mibu et du reste de la rédaction. Entre le travail avec les auteurs confirmés et la prise en charge de petits nouveaux comme le génial Nakata, Kokoro s’installe dans une routine et apprécie chaque jour de plus en plus son métier et les rencontres qu’elle fait dans le cadre de ce dernier. Mais alors qu’elle échoue à venir en aide à Nakata, victime de troubles psychologiques, le directeur Wada annonce sa mutation dans un autre service. Quels autres coups du sort attendent encore Kurosawa ?

Partiellement Moral

Kyoichi Aikawa, le nouveau directeur éditorial qui remplace monsieur Wada, possède un caractère bien trempé. À peine arrivé à son poste, il s’en prend déjà au pauvre Mibu, qu’il a toujours aimé martyriser. Mais, s’il consacre toute son attention sur la capacité d’un manga à se vendre, c’est aussi pour une raison plus inavouable que le seul bien de l’entreprise. De son côté, Nakata souhaite reprendre son travail sur les “Pivs”, mais c’est sans compter sur son responsable éditorial Iokibé et sa crainte de le voir rechuter…

Glénat

Le tome 15 de Réimp’! s’ouvre sur la présentation du remplaçant de M. Wada, Koyichi Aikawa, figure bien connue des collègues de Kokoro qui ont déjà travaillé avec lui et à qui il n’a pas spécialement laissé de bons souvenirs. Tandis que le nouveau directeur retrouve sa tête de turc favorite en la personne de Mibu, Kurosawa est mandatée pour s’occuper d’un auteur, Sota Takemi, qui a suivi le directeur pour lancer sa nouvelle histoire dans Vibes.

Cependant, Takemi n’accepte pas les critiques pourtant constructives de Kurosawa, préférant la manipulation mentale d’Aikawa consistant à ne lui dire que ce qu’il veut entendre pour mieux le contrôler. Une pression au quotidien difficile à gérer pour la jeune femme qui en perd littéralement ses cheveux. Toutefois, à force d’interagir avec Kokoro, même le docile Sota en vient à se questionner sur la façon de faire de celui en qui il a toute confiance. C’est alors qu’Aikawa décide de relancer La transition des Pivs, sans aucun égard pour l’état de santé mental de Nakata. Ce dernier est ravi, moins son responsable éditorial qui craint une rechute qui pourrait lui être fatale…

Découvrez un extrait de Réimp’ ! – Tome 15 ici !

Si t’as pas une Rolex, t’as raté ta vie…

Décidément, rien ne va plus pour notre éditrice aux oreilles d’oursonne. Après son échec auprès du jeune Nakata dans le tome 14 de Réimp’!, Kurosawa fait face à la nomination d’un nouveau directeur éditorial, qui, il faut bien le dire, est on ne peut plus détestable. C’est donc la face sombre de certaines personnalités toxiques que Naoko Mazda a choisi de mettre en lumière dans ce dernier volume avec l’introduction de Kyoichi Aikawa. En voilà un personnage que j’ai adoré détester, bien plus même que Yasui que je trouvais déjà très limite dans ses interactions avec ses auteurs, comme avec la jeune Kinu Agarié qui s’est affranchie de son ancien éditeur dans le tome 12 de Réimp’!.

Pour autant, ce dernier avait fait amende honorable et finit par reconnaître que sa vision parfois biaisée de son métier pouvait porter préjudice aux autres. En introduisant un protagoniste totalement mauvais au sein de la rédaction de Vibes, la mangaka dépeint avec beaucoup de justesse un management qui a tout du harcèlement moral et dont le pauvre Mibu fait les frais en premier, uniquement parce qu’il est issu d’une famille aisée. Pour ce nouveau chef, dont le passe-temps est de collectionner les montres de luxe, peu importe les personnes qui travaillent avec ou pour lui, du moment qu’ils obéissent aveuglément à ses ordres pour faire du chiffre et du profit. Je trouve que sur ce coup-là, l’auteur tombe dans une certaine facilité, allant dans la surenchère pour justifier à quel point cet homme est mauvais.

Je suis persuadée que si Aikawa en était resté à ses méthodes de manipulations, sans lui adjoindre en plus les malversations financières, il n’en aurait été que plus impactant, dénonçant un fléau pernicieux et invisible, même par ceux qui en sont victimes. Pour le coup, ce qui est assez paradoxal, je fais désormais à la dessinatrice le reproche inverse de celui que j’avais pu lui faire lors de ma critique du tome 10 de Réimp’!, à savoir nous livrer une version édulcorée du métier, loin des vicissitudes que peuvent y rencontrer ceux qui y travaillent. Par ailleurs, j’ai trouvé que Kurosawa baissait bien vite pavillon face à ce nouvel “ennemi”, elle qui nous a prouvé au fil des tomes son mental d’acier hérité de son passé de judoka. Que cela l’atteigne, je le comprends aisément, mais aussi vite et sans aucun combat de sa part ?

Voilà qui m’a beaucoup étonné de notre héroïne qui nous a prouvé plus d’une fois qu’elle n’était pas femme à se laisser faire. De son côté, Nakata, dont la série est toujours en pause, suite à ses problèmes psychologiques, commence petit à petit à se rapprocher de la jeune Ayu qui travaille dans un fast-food depuis le volume 13 de Réimp’!. Je souhaite vraiment que le mangaka ne replonge pas, alors qu’Aikawa a décidé de façon unilatérale de le relancer dans le dessin des Pivs sans aucune considération sur l’impact que cela pourrait avoir sur sa santé et qu’il ne fasse pas de nouveau l’objet d’un nouveau rejet de la part d’Ayu.

S’il semble toutefois que tout espoir de rédemption ne soit pas perdu pour Aikawa, la parenthèse de son passage par Vibes paraît elle totalement close à mon grand soulagement. Nous allons pouvoir repartir explorer de nouveaux horizons avec Kokoro dès le prochain volume de Réimp’!, dont la date de sortie n’a pas été communiquée pour le moment.

Pour conclure…

Si Naoko Mazda nous a toujours habitués à jouer avec différents registres depuis les débuts de Réimp’!, jamais encore elle ne nous avait présenté un protagoniste aussi malveillant que le nouveau directeur éditorial de Vibes : Kyoichi Aikawa. Par son prisme, l’auteur peut ainsi évoquer le fléau du management toxique et du harcèlement moral, voir de la manipulation dont souffrent tous ses collaborateurs, ainsi que les mangakas du magazine. Cela étant, en choisissant de noircir trop le trait, l’auteure tombe dans la surenchère et son personnage perd en impacte dans ce qu’il dénonce, ce qui est vraiment dommage. Cependant, comme sa présence au sein de la rédaction n’aura pas duré au-delà d’un tome, c’est un écueil que nous lui passerons volontiers, prêts à repartir de plus belle pour de nouvelles aventures avec Kokoro. Mais pour cela, il nous faudra attendre le tome 16 dont la date de parution n’est pour l’instant toujours pas connue.

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