Réimp’! – Tome 11 & 12

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’au fil des tomes Réimp’! ne cesse de se réinventer alors même qu’après 12 volumes, Naoko Mazda pourrait commencer à manquer d’inspiration. Il est évident que les tomes 11 et 12 de Réimp’! ne font pas exception à la règle et nous amènent en douceur à nous interroger sur le passage du temps et sur la quête d’identité par le prisme de ses personnages toujours aussi justes. Alors que le tome 12 est disponible en librairie depuis le 2 mai 2024, nous allons vous décrypter tout ça !

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

Au fil des pages

“Je veux travailler dans le manga !”

Nombreux sont ceux qui aspirent aujourd’hui à devenir mangaka ou éditeur manga. Mais saviez-vous que ce n’était pas la seule manière de travailler dans le manga ?

C’est ce que va découvrir Kokoro, embauchée dans une maison d’édition pour avoir fait une prise de judo à son président. Affectée à l’éditorial manga, elle va peu à peu faire connaissance avec l’univers qui l’entoure… À la différence de Bakuman qui présente un huis-clos entre un auteur et un éditeur souhaitant créer le prochain hit shōnen, Réimp’ ! offre une description plus réaliste et seinen, avec une multitude de personnes : commerciaux, libraires, graphistes, assistants… tous là pour porter l’œuvre jusqu’à son lecteur. Les mangakas ne sont évidemment pas en reste, avec une galerie de personnages qui nous semblent étrangement familiers : le grand auteur légendaire passé de mode, l’ex-hitmaker qui n’arrive plus à vivre de son art, la jeune autrice hésitante, le jeune prodige torturé… Avec un style brut, mais sensible, l’autrice décrit avec fougue la passion qui habite tous ses personnages.

Glénat

C’est un sacré numéro que Kokoro Kurosawa, l’héroïne de Réimp’! ancienne judoka de haut niveau privé de participation aux jeux Olympiques à cause d’une blessure qui mit fin à son rêve. Obligée de se réorienter professionnellement, la jeune fille décide de se présenter au recrutement de la grande maison d’édition Kohtokan et se retrouve embauchée au sein de la rédaction du magazine Weekly Vibes en tant qu’éditrice. Elle va, au contact de ses collègues, apprendre son métier sur le tas et rencontrer de nombreux acteurs œuvrant dans l’ombre pour permettre aux mangas de ces auteurs de passer de la tête de ces derniers aux étals des libraires.

Bien qu’étant encore la dernière arrivée au sein de la rédaction, Kokoro prend ses marques et se retrouve en charge de plusieurs auteurs, dont le jeune et prometteur Nakata. Malheureusement, le mangaka est totalement asocial, peu ouvert sur les autres et incapable de faire preuve d’empathie, du moins jusqu’à sa rencontre avec l’ancienne judoka qui, à force de patience et de compréhension, l’aide peu à peu à s’ouvrir au monde. Mais le chemin est encore long pour l’éditrice et son poulain qui doivent installer le succès de leur série “La Transition des Pivs” dans le temps.

La vie des autres

La jeune et jolie Waka Mitsuki est invitée à visiter l’atelier du célèbre Issun Takahata, l’auteur de “La Princesse à cornes”. Malheureusement, un magazine people capture leur amitié naissante, risquant de nuire à leur carrière ! De son côté, Kurosawa devient l’éditrice de Yu Fukawa, une autrice qui peine à effectuer son retour avec un nouveau manga. Comment réussira-t-elle à toucher sa communauté ?

Glénat

Réimp’! tome 11 s’ouvre sur la visite de Waka Mitsuki à l’atelier d’Issun Takahata pour la réalisation d’un reportage mettant en scène l’auteur du manga “La Princesse à cornes” et son interprète live. Cependant, une fois la visite terminée, Waka apprend qu’elle est évincée de l’émission de télévision qu’elle co-anime avec un présentateur vedette dont elle a refusé les avances. Touché par la gentillesse, la prévenance et le respect de la jeune actrice durant cette journée, Issun la recontacte, ignorant que la jeune femme est en plein doute. Elle lui demande une entrevue en privé dans un café et s’ouvre à l’auteur sur ses peines et ses questionnements. Conscient de la solitude de Waka, le mangaka désireux de lui remonter le moral lui apporte son soutien.

Mais à la sortie du café, les deux amis sont pris en photo par un paparazzi, ce qui pourrait mettre en danger leur carrière. Peu après, Kokoro est mandaté par son collègue Mibu de prendre en charge Yu Fukawa, une autrice dont la deuxième œuvre n’a pas trouvé son public et qui peine à se lancer dans une troisième intrigue. Devant son incapacité à aider efficacement Fukawa, Mibu demande à Kokoro de l’aider et cette dernière devient l’éditrice de la mangaka en pleine remise en question et totalement déprimée par l’arrêt de sa dernière série “Animal Junction”. C’est alors que “Animal Junction” est choisi pour intégrer un catalogue de manga en ligne.

Lisez un extrait de Réimp’ ! – Tome 11 ici !

Crise identitaire

Yasui prend les rênes de “Flow”, le nouveau magazine manga en ligne de Kohtokan. Après avoir choisi ce nom pour conjurer l’échec éditorial passé, il met tout le monde à contribution. Kurosawa, de son côté, compte bien saisir cette occasion pour devenir la responsable éditoriale de Kinu Agarié. Elle ne doit toutefois pas non plus oublier d’assurer le suivi de Haku Nakata, qui bloque sur un personnage de “La transition des Pivs”. Le temps est venu pour le jeune mangaka d’affronter les fantômes de son passé…

Glénat

Dans le tome 12 de Réimp’! Yasui toujours amer de l’échec éditorial du magazine Flow des années auparavant (cf. Réimp’! tome 5), décide qu’il est temps de passer au niveau supérieur en proposant un magazine de mangas en ligne entièrement dématérialisé qui en reprendrait le nom. Afin de se débarrasser de l’obstacle que représente le rétrograde Directeur Général de Kohtokan, il demande à Kurosawa, qui n’est pas franchement apprécié du vieil homme, de l’accompagner. Devant la réussite du plan de Yasui, toute la rédaction se lance dans ce projet ambitieux en cherchant de nouveaux auteurs pour Flow. C’est dans ce contexte que Kinu Agarié, envoie une toute nouvelle histoire qui attire l’attention des lecteurs.

Mais échaudée par sa collaboration précédente avec Yasui, elle refuse qu’il redevienne son éditeur et demande à travailler avec Kokoro. Devant l’entêtement de celui qui est désormais le responsable de la plateforme, les deux femmes vont devoir se battre pour que leur collaboration voit le jour. Du côté de chez Nakata, malgré le succès de “La Transition des Pivs”, le jeune homme butte sur un personnage de méchant qui manque de profondeur. Handicapé par son manque d’intérêt pour les autres, il décide de se confronter à son père qui lui a inspiré ce protagoniste. Mais cette visite, en compagnie de son éditrice, qui va le confronter à son passé et à ce qu’il est aujourd’hui, risque bien de déboucher sur une grave crise existentielle.

Lisez un extrait de Réimp’ ! – Tome 12 ici !

L’âge de raison

Au fil des tomes de Réimp’!, comme dans le tome 10 il est indéniable qu’on en apprend énormément sur la fabrication et la publication de nos séries préférées au Japon, mais on passe également par toute une gamme de sentiments, via les sujets parfois graves abordés par Naoko Mazda. Si le tome 11 s’axe sur la solitude, le thème du tome 12 est sans conteste le vieillissement. Ainsi Issun Takahata, qui est un personnage récurrent, mais pourtant pas encore très développé de l’intrigue, nous offre une belle réflexion sur la solitude affective par laquelle passent parfois certains mangakas qui ne font que travailler en flux tendus.

Par sa rencontre et ses interactions avec la jeune Waka, il prend conscience de ce vide, mais choisit néanmoins de rompre ce lien qui comptait tant pour lui afin de permettre à l’actrice d’évoluer au mieux dans sa carrière. Il en est de même pour Yu Fukawa qui, suite à l’échec de sa deuxième série, s’isole dans une dépression qui la bloque dans son processus d’écriture. Ce n’est qu’en prenant conscience qu’elle n’est pas seule et que tous ses lecteurs attendent sa nouvelle œuvre qu’elle pourra aller de l’avant. En ce qui concerne le tome 12, on y voit le retour de Kinu Agarié, qui avait eu une mauvaise expérience avec Yasui dans le volume 3 de Réimp’!, et qui compte bien passer outre l’éditeur pour enfin collaborer avec Kokoro.

Si Yasui s’était fait discret dans les derniers Réimp’! il prend ici une place de choix, mais malgré les justifications de ses actes et de sa façon d’être, il m’apparaît toujours aussi antipathique, même si j’avoue que la confrontation des générations illustrée par la lutte entre Kokoro et Kinu et Yasui m’a donné à réfléchir. D’autant plus que le propos est entériné par Nakata qui décide de revoir son père, qui l’a frappé enfant (Cf. le tome 6 de Réimp’!), et se retrouve face à face avec un vieil homme dément qui lui nie son droit d’exister en s’appropriant jusqu’à son identité. Ce sont donc deux volumes de Réimp’! qui ont particulièrement résonné en moi, me rendant curieuse de savoir comment le protégé de notre chère Kokoro va réussir à surmonter ce nouveau traumatisme. Réponse dans le tome 13 de Réimp’! prévu pour une sortie le 21 août 2024.

Pour conclure…

Avec les deux derniers tomes de Réimp’!, Naoko Mazda, au travers de son héroïne, nous donne matière à réflexion en abordant des thèmes forts comme la solitude et le vieillissement qui nous amène progressivement à être déconnectés des jeunes générations. Des sujets un peu plus lourds, pourtant traités avec beaucoup de justesse par la mangaka qui arrive à toucher son lectorat via les crises et les prises de conscience de ses protagonistes dont la profondeur n’est plus à démontrer. On passe encore un excellent moment aux côtés de Kokoro et nous serons fidèles au poste pour la sortie du tome 13 de Réimp’! le 21 août 2024.

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