Metal Gear Solid Master Collection Vol.2

Après avoir réuni les fondations de la saga dans une première compilation en 2023, Konami s’attaque cette fois à une page tout aussi importante de l’épopée Metal Gear. Disponible sur PlayStation 5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch, Nintendo Switch 2 et PC, Metal Gear Solid: Master Collection Vol. 2 rassemble Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots et la version HD de Metal Gear Solid: Peace Walker. Metal Gear: Ghost Babel, longtemps prisonnier de la Game Boy Color, complète l’ensemble en guise de bonus, aux côtés de quelques suppléments assez sympathiques. Sur le papier, la sélection paraît moins abondante que celle du premier volume. Dans les faits, elle contient un événement majeur : le retour d’Old Snake hors de sa PlayStation 3.

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

L’art de la démesure dans la retenue

Il suffit parfois d’un cône de vision, d’un point d’exclamation et de quelques notes de musique pour identifier une œuvre. Depuis le premier Metal Gear, sorti sur MSX2 en 1987, Hideo Kojima n’a pas seulement popularisé l’infiltration : il a appris aux joueurs que l’évitement pouvait être plus grisant que l’affrontement. Là où l’industrie glorifiait la puissance de feu, Snake avançait courbé, observait les rondes et transformait chaque couloir en petite mécanique de précision. Mais réduire Metal Gear à son gameplay serait passer à côté de l’essentiel. La saga a très tôt brouillé les frontières entre jeu vidéo et cinéma, multiplié les ruptures du quatrième mur, interrogé la circulation de l’information, l’héritage génétique, la dissuasion nucléaire ou encore la marchandisation de la guerre.

Hideo Kojima adore parler, digresser, provoquer et parfois perdre son public en route. C’est aussi ce qui fait son génie : ses excès sont indissociables de ses fulgurances. Chaque épisode porte les obsessions de son époque tout en annonçant la suivante, jusque dans ses interfaces et ses contraintes techniques. Peu de séries ont autant influencé la mise en scène, le récit interactif et la manière de penser un héros de jeu vidéo. Ainsi, et après une Metal Gear Solid: Master Collection Vol.1 qui revisitait les débuts, ô combien essentiels, de la série, cette Metal Gear Solid: Master Collection Vol. 2 ne rassemble donc pas de simples vieilleries restaurées. Elle remet en circulation deux jalons qui racontent, chacun à sa façon, la chute de Solid Snake et la naissance de Big Boss.

Bref, de quoi se remémorer (plus que jamais) le travail de sieur Kojima, qui ces dernières années a surtout occupé l’espace médiatique avec Death Stranding et Death Stranding 2. Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de préciser que ce test va délibérément ne rien révéler (ou presque) des moments forts, des boss marquants et autres joyeusetés, parfois bien cachées, qui ponctuent les œuvres constituant cette nouvelle anthologie. Il serait criminel de vous “divulgâcher” les séquences marquantes (voire subversives et sujettes à débats) qu’elles renferment.

MGS4 : La vieillesse est un naufrage

Présenté au moment de sa sortie, en 2008, comme l’ultime mission du légendaire Solid Snake, Metal Gear Solid 4 n’a jamais bénéficié du consensus entourant le premier et le troisième volet. Plus bavard que Metal Gear Solid 2, mais aussi plus ouvert en termes de gameplay, ce baroud d’honneur a été pensé avant tout pour les fans. Ces fans que Kojima adore surprendre, mener en bateau et, in fine, régaler malgré tout avec une proposition atypique (le redondant Death Stranding 2 étant l’exception qui confirme la règle). C’est un fait : MGS4 est un blockbuster suintant le fan service, capable d’aligner les hommages les plus attendus et les prises de risque les plus folles. Une contradiction qui fait tout l’intérêt de Guns of the Patriots, le plus jusqu’au-boutiste des Metal Gear.

Le scénario de cet opus nous catapulte en 2014. La guerre est devenue une économie à part entière, alimentée par des sociétés militaires privées reliées au système SOP, Sons of the Patriots. Identité, émotions, performances et armes : tout peut être surveillé ou verrouillé. Dans ce monde qui industrialise jusqu’aux pulsations cardiaques, Solid Snake apparaît prématurément vieilli. Old Snake n’a plus qu’une poignée de mois devant lui et une dernière mission : arrêter Liquid Ocelot avant qu’il ne prenne le contrôle du système. Le point de départ est limpide. La suite l’est beaucoup moins, Kojima s’employant à refermer près de vingt ans d’intrigues et de trahisons.

Découpé en cinq actes, MGS4 dépoussiérait en 2008 la maniabilité de la série avec une caméra libre, une visée à l’épaule et des zones plus vastes. Les deux premiers chapitres restent remarquables : Snake s’infiltre au milieu d’affrontements opposant milices locales et SMP, avec la possibilité d’aider un camp pour faciliter sa progression. L’idée est brillante, même si le jeu l’abandonne ensuite. L’OctoCamo absorbe la texture du décor et le Solid Eye combine jumelles, vision nocturne et informations tactiques. Ajoutez le magasin de Drebin, un arsenal démesuré et une jauge de psyché sensible au stress : les bonnes idées pullulent.

Les commandes ont moins de nerf que celles de Metal Gear Solid V ou du récent remake de Metal Gear Solid 3, mais l’infiltration reste souple et toujours aussi plaisante. Oui, le jeu est très, parfois trop bavard. Certaines cinématiques semblent refuser de poser un point final et l’accumulation de révélations donne parfois l’impression que Kojima tente de ranger vingt années de désordre dans une seule armoire. Le rythme est inégal, quelques retours sentent la pirouette et le troisième acte demeure moins convaincant. Mais lorsque MGS4 frappe juste, il pulvérise tout. La souffrance physique d’Old Snake et la façon dont le joueur finit par ressentir chaque pas de ce héros épuisé restent bouleversantes. Quant à son dernier chapitre, il demeure l’un des plus grands moments de l’histoire du jeu vidéo. Le véritable miracle de cette compilation est toutefois technique.

Pendant dix-huit ans, MGS4 est resté enchaîné à l’architecture si particulière de la PlayStation 3. Il fallait ressortir la console, retrouver le disque, patienter devant les installations entre les actes et composer avec des chargements d’un autre âge. Tout cela appartient au passé. Le portage est superbe : image nette, 60 images par seconde d’une très bonne stabilité sur les machines qui le permettent, chargements presque instantanés et contenu préservé. Libéré de ses contraintes, le jeu révèle la qualité de ses visages, de ses animations, de ses éclairages et de sa mise en scène. Aujourd’hui encore, il est impressionnant. C’est dire l’avance qu’il avait sur PS3. 

Konami accompagne cette résurrection de contenus pour le moins attrayants. La Metal Gear Solid 4 Database (déjà présent dans le MGS4 original) restaure l’encyclopédie officielle couvrant la saga du premier Metal Gear à Guns of the Patriots, avec chronologie, profils, récits et diagrammes relationnels. Le Livre numérique du scénario rassemble le texte des cinématiques, conversations Codec et briefings. Le Livre numérique principal revient sur l’histoire, les protagonistes, les secrets et différents conseils de jeu. Une matière passionnante pour remettre de l’ordre dans ce maelström narratif. Il ne manque que Metal Gear Online, absent de cette réédition, pour que le voyage soit réellement complet.

Peace Walker : Petit, mais (très) costaud !

Sous ses airs de spin-off nomade qui avait déboulé en 2010 sur PlayStation Portable, Metal Gear Solid: Peace Walker dissimule une richesse proprement vertigineuse. L’action se déroule cette fois-ci en 1974, dix ans après Metal Gear Solid 3 : Snake Eater. Le légendaire Big Boss, qui préfère encore être appelé simplement Snake, dirige les Militaires sans Frontières lorsqu’une force armée s’installe au Costa Rica. Une bande sur laquelle semble résonner la voix de The Boss suffit à le convaincre d’intervenir. Le récit travaille le deuil de son mentor, la dissuasion nucléaire et la construction d’une armée sans nation : les fondations d’Outer Heaven sont posées.

Pensé pour de courtes sessions sur PSP, Peace Walker fractionne l’aventure en missions principales et opérations annexes. Sur le terrain, on retrouve infiltration, affrontements, gadgets et combats de boss, avec une coopération qui donne tout son sens aux affrontements les plus massifs. Entre deux sorties, la Mother Base devient un jeu dans le jeu. Il faut extraire des soldats grâce au Fulton, puis les répartir entre les équipes de combat, médicale, renseignement, recherche et développement ou intendance. Certaines idées provenaient déjà de Metal Gear Solid: Portable Ops (paru en 2006, toujours sur PSP), mais Peace Walker les approfondit et prépare clairement Metal Gear Solid V.

Structure en missions, recrutement et gestion de la base : tout est déjà là, sous une forme compacte mais diablement addictive. Cette version reprend le portage HD réalisé en 2011 pour PlayStation 3 et Xbox 360. Ce n’est donc pas la première fois que Peace Walker quitte la première console portable de Sony, mais c’est la meilleure manière d’en profiter : affichage propre, fluidité stable, commandes adaptées aux deux sticks et illustrations cinématiques d’Ashley Wood proposées dans une qualité supérieure. Les limites de l’origine portable restent visibles, tout comme des boss mécaniques parfois interminables en solo, mais la générosité emporte tout. Le Livre numérique du scénario permet de relire scènes, dialogues et briefings, tandis que le Livre numérique principal détaille l’intrigue, les personnages, les systèmes et les secrets. Longtemps sous-estimé, Peace Walker retrouve la place qui lui revient : celle d’un épisode canonique et indispensable.

Ghost Babel : Le petit bonbon acidulé comme il faut

Metal Gear Solid: Master Collection Vol. 2 comprend également Metal Gear: Ghost Babel. Sorti en 2000 sur Game Boy Color sous le titre Metal Gear Solid en Occident, ce récit non canonique imagine une continuité alternative située sept ans après le premier Metal Gear. Ses treize stages, son infiltration en vue du dessus et ses idées héritées de l’épisode PlayStation en font encore aujourd’hui un petit bijou de précision. Il s’agit surtout de la toute première réédition officielle de ce petit MGS de poche qui, malgré son aspect fatalement rudimentaire, est sacrément bien pensé, surtout au regard des limitations techniques de la machine de Nintendo et du peu de boutons qui étaient disponibles sur la console.

Certes, il faut parfois un peu de gymnastique mentale pour s’équiper correctement et utiliser les items et autres équipements sans se tromper de manipulation, mais globalement c’est une belle réussite. Et c’est aussi le seul titre de la collection qui bénéficie d’une option “rewind”. Toujours appréciable ! Parmi les bonus compris dans cette Metal Gear Solid: Master Collection Vol. 2, n’oublions pas non plus le Metal Gear Solid Digital Soundtrack Vol. 2, un joli petit musée musical comprenant 16 pistes, de Old Snake à Heavens Divide, en passant par Guns of the Patriots, Metal Gear Saga et deux nouveaux arrangements. Une sélection courte, mais redoutablement évocatrice.

Pour conclure…

Metal Gear Solid: Master Collection Vol. 2 est un indispensable, que vous soyez un fan d’Hideo Kojima ou, plus largement, de l’histoire du jeu vidéo dans son ensemble.  Peace Walker, qui n’a rien perdu de sa profondeur, et l’attachant Ghost Babel sont déjà de sacrés beaux morceaux à déguster. Mais c’est surtout la présence de Metal Gear Solid 4 qui impose de facto cette compilation comme un incontournable. Un volet angulaire, qui divise autant qu’il fascine, et que l’on retrouve ici dans des conditions dignes de ses ambitions, sans avoir besoin de réveiller sa PS3, ni de regarder Old Snake fumer pendant les interminables phases d’installation. Il subsiste néanmoins un défaut global : chaque jeu s’installe et se lance indépendamment, comme si Konami avait rassemblé les pièces du musée sans construire son hall d’entrée. Un menu central pour sélectionner MGS4, Peace Walker, Ghost Babel et les bonus aurait octroyé à l’ensemble une cohérence plus marquée. Cela n’enlève rien à la qualité des œuvres ni à celle des portages. Quand une compilation rend sa liberté à l’un des monuments les plus inaccessibles de l’histoire du jeu vidéo, difficile de faire la fine bouche.

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Metal Gear Solid 4 enfin libéré de la PS3, dans une version flamboyante

Des chargements considérablement réduits pour MGS4 et la disparition des installations entre les actes

Peace Walker toujours aussi riche et captivant, avec sa coopération et sa gestion de la Mother Base

La toute première réédition officielle de Ghost Babel

Des archives numériques généreuses : Database, scénarios, Master Books et 16 morceaux

Les points négatifs

Des jeux et bonus installés comme des applications séparées, sans véritable hub central

L’absence de Metal Gear Online et de crossplay pour Peace Walker

Une modernisation très prudente : accessibilité limitée et certaines cinématiques toujours impossibles à passer

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