007 First Light

S’attaquer au mythe James Bond relève presque du saut dans le vide sans parachute, tant l’héritage de GoldenEye 64 pèse encore lourdement sur la licence. C’est dans ce contexte qu’IO Interactive, orfèvre de l’infiltration avec Hitman, livre sa partition avec 007 First Light. Loin de recycler bêtement une figure établie, le studio danois opte pour une genèse inédite explorant la jeunesse de l’agent secret de Sa Majesté. Le résultat est-il à la hauteur des attentes ? Notre verdict.

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

Quand la lumière vient du Danemark

L’engouement suscité par l’annonce de 007 First Light trouve ses racines fin 2020, lorsque IO Interactive a révélé le développement de Project 007, s’attaquant ainsi à l’œuvre emblématique de Ian Fleming. Le choix des responsables de la franchise Hitman pour redynamiser l’image de l’agent secret semblait alors une évidence. Pourtant, la patience des amateurs de la franchise a été mise à rude épreuve, tant il est vrai que peu de propositions ont su égaler le brio du mythique GoldenEye de Rare sur Nintendo 64.

Pour l’anecdote, Hakan Abrak, le PDG d’IO Interactive, avait précisé lors d’une interview pour le site IGN que 007 First Light est indéniablement le produit de divertissement le plus cher jamais conçu au Danemark. Rien que ça ! Sorti mondialement à la fin du mois de mai 2026, First Light a immédiatement dissipé les incertitudes en battant les records du studio : 1,5 million d’unités vendues en seulement 24 heures, avant de franchir le seuil des 3 millions. Un succès retentissant qui confirme la pertinence de cette nouvelle proposition. Cette dernière nous ayant aussi charmé, et ce pour plusieurs raisons.

Bébé Bond

S’affranchissant du lourd héritage cinématographique de la franchise, 007 First Light mise avec pertinence sur une ”origin story”. En effet, nous sommes ici en présence d’un James Bond âgé de seulement 26 ans, parfaitement campé par l’acteur britannique Patrick Gibson. Bien loin du tueur froid, mondain et cynique que la culture populaire a érigé en icône, ce jeune Bond nous apparaît sous les traits d’un ancien membre de l’aéronavale jeté sans ménagement dans l’arène de l’espionnage international. A la fois expérimenté et diablement doué, il se révèle suffisant, arrogant, têtu et sujet aux erreurs de jugement. Ce parti pris scénaristique, particulièrement rafraîchissant, permet au joueur de s’attacher instantanément au personnage et d’épouser son douloureux apprentissage.

C’est d’ailleurs, à mon sens, l’un des points forts du dernier bébé de IO : il prend véritablement le temps de nous faire vivre cette phase de formation, tout en nous familiarisant aux principales mécaniques. L’un des tutos les plus futés que j’ai pu observer. Recruté au sein d’un programme “Double 0” fraîchement réactivé par le MI6, James doit donc faire ses preuves au cours d’une première mission à haut risque. L’intrigue tisse alors une toile machiavélique où s’entremêlent un ancien agent 009 devenu paria et une mystérieuse organisation de mercenaires.

Le scénario s’empare en outre à bras-le-corps de la question brûlante de l’Intelligence Artificielle et de ses dérives éthiques. En égratignant sans concession les failles de la tech de pointe, le script livre un commentaire acerbe, évitant globalement les clichés sur l’IA qui plombent trop souvent les fictions actuelles. L’écriture se montre souvent de grande qualité, à l’image des échanges que peut avoir Bond avec ses alliés et ses ennemis. La performance capture, de haute volée, renforce le tout et on ne s’ennuie jamais. Précisons qu’il faudra composer uniquement avec la VO, le jeu faisant l’impasse sur un doublage en français.

Quoi qu’il en soit, la relation électrique entre ce Bond débutant et son superviseur, le taciturne John Greenway (campé par Lennie James), est l’un des gros points forts de cette production. Ce duo de choc, où le mentor blasé a un mal fou à supporter l’arrogance du bleu, fait de vraies étincelles. On retrouve évidemment les figures mythiques de la série (M, Q, Moneypenny), mais aussi de nouvelles têtes marquantes : l’experte en psychologie Selina Tan (Gemma Chan) et la redoutable voleuse Isola Vale (Noémie Nakai). Les bad guys ont aussi droit à leur moment de gloire, notamment l’excentrique trafiquant d’armes Bawma, incarné par un Lenny Krawitz impeccable. Petit bémol à signaler :  lors des phases de balade dans les zones les plus ouvertes : certains PNJ parlent sans que leurs dialogues ne soient sous-titrés. En espérant que cela soit réglé dans une future mise à jour.

C’est bon, c’est bon, c’est Bond

Manette en main, 007 First Light surprend par la richesse de son contenu. IO Interactive réussit le pari osé de fusionner la liberté d’action et l’infiltration d’un Hitman avec le rythme effréné et chorégraphié d’un Uncharted ou d’un Batman: Arkham. Une formule qui brille par la variété grisante des approches possibles. Beaucoup de missions nous parachutent dans de grandes zones luxueuses et fourmillant de personnages où il faut impérativement observer, ruser et avancer à pas de loup. Surtout, le studio danois a parfaitement adapté sa recette au style de l’espion britannique.

Oubliez les fameux changements de costumes, à la place, on découvre ici le système de “Bluff”. En utilisant des points de bagout, vous pouvez vous sortir d’un mauvais pas grâce au charme et à l’assurance de Bond. On peut ainsi embobiner un garde après une intrusion pour qu’il détourne le regard, ou faire semblant de se rendre les mains en l’air pour mieux le cueillir avec un combo dévastateur au corps à corps. Qui dit agent secret dit forcément gadgets high-tech en pagaille. La star incontestable de votre équipement, c’est la Q-Watch. Cette montre multifonction ultra-pratique permet de hacker à distance les appareils électroniques pour improviser des pièges mortels : allumer des radios pour balader une patrouille, faire sauter des écrans pour électrocuter les gardes, ou saturer une pièce avec la fumée du système de climatisation.

Le reste de la panoplie ne démérite pas avec la Q-Lens, un mode « vision détective » très efficace pour scanner le décor et marquer les ennemis, un faux smartphone qui tire des fléchettes empoisonnées pour donner d’affreuses nausées à vos cibles, et le célèbre stylo explosif. De nouveaux gadgets sont à débloquer constamment, mais il ne faut pas se montrer trop gourmand car seul un nombre défini d’équipement est à emporter avant chaque mission. De quoi accentuer l’aspect tactique de la chose. Mais quand l’infiltration dérape et que les balles fusent, First Light dégaine une mécanique baptisée “Permis de tuer”, qui limite l’utilisation abusive des armes à feu. En clair, impossible de descendre un ennemi s’il n’a pas clairement ouvert le feu ou brandi une menace mortelle contre vous. C’est assez finaud comme concept, il faut bien le reconnaître.

Cette règle vous force à privilégier le corps à corps, et autant dire que côté baston c’est la grande régalade ! Bond pare, contre-attaque de façon spectaculaire et esquive les coups avec une fluidité digne des meilleurs films d’action. Le décor devient un partenaire de castagne : vous pouvez attraper un garde pour le fracasser sur un bureau, faisant voler les ordinateurs sous la violence du choc, ou l’expédier d’un coup sec par-dessus une rambarde. Les actions contextuelles pullulent et rappellent les meilleures empoignades de la saga Uncharted. Les célèbres courses-poursuites en Aston Martin ou en hors-bord sont également de la fête. 

Bond comme un camion tout neuf

Côté technique, IO Interactive sort le grand jeu et on en prend plein les yeux. La direction artistique est sublime de bout en bout, portée par un moteur graphique qui se montre solide en toute circonstance, même sur une PS5 classique. L’ambiance sonore est du même calibre et respecte totalement le mythe James Bond. Entre le générique d’ouverture, porté par la voix de Lana Del Rey et qui embrasse tous les codes de la sagas, les bruitages et tout ce qui touche de près ou de loin au sound design, on frise le sans faute. En dehors de quelques micro-bugs de collision, des temps chargement étonnamment longs pour une production de 2026 ou de rares trajectoires bizarres de l’IA, l’ensemble est d’un niveau de finition exemplaire. Le studio danois maîtrise son sujet sur le bout des doigts.

Pour conclure…

Quelle belle surprise que ce First Light ! Enfant de Hitman et d’Uncharted, il s’impose comme un jeu d’action-aventure généreux et d’une élégance rare. Sa parfaite symbiose entre discrétion, arsenal de gadgets et brutalité des corps-à-corps nous offre un cocktail dont les ingrédients sont certes connus, mais agencés avec un tel talent qu’il est impossible de décrocher durant la vingtaine d’heures qui composent le périple. Il s’agit indubitablement du titre le plus mémorable de la franchise de l’espion britannique depuis l’ère de la Nintendo 64. Vite, une suite !

La  note  de la  rédaction

4/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Un mélange des genres parfaitement maîtrisé

Ce nouveau James Bond est irrésistible

Réalisation en or massif

Les gadgets, tous plus fun les uns que les autres

Le level-design, permissif et bien ficelé

Les points négatifs

Pas de doublage en français

Les dialogues des PNJ ne sont pas tous traduits

Temps de chargement étonnamment longs

Vous devriez Lire aussi
Arietta of Spirits

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture