Après avoir vu son premier roman If We Were Villains, véritable phénomène sur BookTok, traduit chez Fibs, c’est désormais le tour du deuxième ouvrage de M. L. Rio de sortir au catalogue de l’éditeur Bragelonne. Graveyard Shift arrive donc en librairie le 20 août 2025 et nous promet une aventure macabre autour d’une tombe fraîchement creusée découverte dans un cimetière abandonné par cinq noctambules ayant pour rituel de se retrouver là. Le temps d’une nuit ils vont collaborer pour résoudre ce mystère qui semble lié aux événements étranges ayant cours en ville, pour le meilleur ou pour le pire.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

A tombeau ouvert
L’autrice de If We Were Villains, phénomène international BookTok, est de retour avec l’alliance improbable de cinq noctambules, qui se retrouvent dans le cimetière local pour déterrer les secrets qui se cachent dans une tombe ouverte.
Chaque soir, dans le vieux cimetière de l’université, le chemin de cinq travailleurs de nuit se croise : un barman, une conductrice de véhicule de covoiturage, une réceptionniste d’hôtel, le gardien de l’église délabrée qui se dresse au-dessus d’eux, et la rédactrice en chef du journal de l’université, toujours en quête d’un sujet d’article. Par une sombre nuit d’octobre, ils découvrent dans le cimetière de l’église désaffectée un nouveau trou. Une tombe fraîche et ouverte là où il ne devrait pas y en avoir.
Qui l’a creusée, et pour qui ?
Avant qu’ils ne repartent chacun de leur côté, le fossoyeur revient. En passant la nuit à le filer, ils découvrent qu’il pourrait être la clé d’une série d’événements étranges survenus en ville qui font la une des journaux depuis quelques semaines… et qu’ils sont peut-être plus proches de ce mystère qu’ils ne le pensaient.
Chargé d’une atmosphère inquiétante, Graveyard Shift est un conte gothique moderne, dans le style inimitable de M. L. Rio, qui met en scène une équipe de marginaux sur une toile de fond universitaire délicieusement familière.
Bragelonne

Graveyard Shift est la rencontre quotidienne de cinq outsider, n’ayant en commun qu’une insomnie chronique, au sein du vieux cimetière se situant derrière l’église désaffectée de Saint-Antoine-l’Anachorète. Un rituel un jour perturbé par la découverte d’une tombe vide, creusée peu avant leur arrivée. Après avoir devisés sur les théories de la mystérieuse apparition de la sépulture, Hannah l’apathique chauffeuse, Théo le barman, Tamar la bibliothécaire, Edie la rédactrice en chef du journal de l’université et Tuck l’étudiant en biologie, se séparent. C’était sans compter sur l’instinct journalistique d’Edie qui décide d’enquêter pour comprendre pourquoi un trou a dû être excavé, embarquant Tuck dans son sillage.

Tandis qu’ils fouillent dans les registres au premier étage de la vieille chapelle, le fossoyeur revient et jette quelque chose dans la tombe avant de repartir. L’occasion est trop belle et les jeunes gens décident de descendre pour aller inspecter le contenu de la fosse. A leur grand étonnement celle-ci est remplie de … rats ! Mais ils n’ont pas le temps de s’interroger plus avant, le fossoyeur étant de retour pour remblayer le caveau. Déterminée à connaître le fin mot de l’histoire, Edie va faire appel aux autres membres du groupe pour une traque qui va les mener au bout de la nuit. Car ce qu’ils vont découvrir pourrait bien lever le secret sur les étranges “Incidents Hostiles” dont la ville est victime depuis quelque temps.
Des rats et des Hommes

Véritable phénomène littéraire sur BookTok, avec sa première histoire If We Were Villains, désormais succès international, M. L. Rio est le genre de touche à tout que j’affectionne particulièrement. Tour à tour actrice, libraire, universitaire et critique musicale, elle est aussi titulaire d’une maîtrise en études shakespeariennes et d’un doctorat en littérature anglaise, ce qui explique sûrement que son premier roman se déroule au sein d’une troupe de théâtre où les références à Shakespeare sont légion. Toute personne ayant un jour voulu transposer un scénario sur papier sera d’accord, on écrit toujours mieux sur ce que l’on connaît. Et pour Graveyard Shift l’autrice s’est penché sur un trouble dont elle souffre depuis de nombreuses années : l’insomnie chronique.

Dans une note édifiante en début d’ouvrage, elle nous raconte son rapport au manque de sommeil et c’est cette part de vécu qui rend Graveyard Shift terriblement cohérente. Qui plus est, ayant elle-même mené des recherches sur les représentations de la folie et des troubles de l’humeur dans le théâtre élisabéthain, M. L. Rio a pu inclure des détails plus que cohérents sur les méthodes de recherches de ses personnages, ce qui renforce encore le côté réaliste de cette fable. Ajoutez à cela un style d’écriture efficace et une capacité à susciter le suspens et vous aurez une bonne vision de ce qui vous attend tout au long des pages de Graveyard Shift. Cependant, si les qualités de l’ouvrage sont nombreuses, il existe malgré tout quelques écueils qui m’empêchent malgré tout de l’encenser.

Le conte de la crypte
Cela faisait un petit moment que je n’avais pas traité de roman depuis ma découverte de la série Les Enquêtes de Joseph Laflamme (Tome 1 : Jack, Tome 2 : Jeremiah et Tome 3 : Maria) et bien avant encore Time Salvager. Cela faisait donc un bon moment que je n’avais pas lu de synopsis à même de s’enthousiasmer comme à su le faire Graveyard Shift. Je dois le reconnaître, je ne suis pas les tendances sur Booktok et le nom de M. L. Rio ne m’évoquait absolument rien, par contre le résumé de l’intrigue me promettait monts et merveilles avec sa plongée dans un cimetière et une mystérieuse tombe creusée.

Malheureusement, si le cimetière et la chapelle désaffectée attenante sont le point de rendez-vous des cinq héros noctambules et lieux où va débuter l’intrigue, il est bien vite abandonné pour d’autres endroits de l’université ou prend place la nouvelle de M. L. Rio. En cela je suis un peu déçu, moi qui m’attendait à un roman ésotérique et horrifique se déroulant dans une nécropole en pleine nuit, je me suis retrouvée avec une nouvelle moderne, dans une fac de médecine et sans aucune trace de surnaturel. Pour le conte gothique à l’atmosphère inquiétante on repassera en ce qui me concerne. Cela étant, j’ai beaucoup aimé me retrouver plongée dans la tête des personnages, chaque chapitre étant écrit du point de vue d’un des cinq noctambules.

Ainsi il était facile de comprendre les motivations et les problèmes de chacun, même si, à cause du nombre de pages et de la durée de temps réduite (une nuit) dans laquelle se déroule l’intrigue, on peine un peu à s’attacher au personnages. Je les ai donc regardés évoluer de loin, uniquement focalisé sur leur enquête. C’est sans doute pour cela que je n’ai pas ressenti la moindre tension au cours de ma lecture, seulement préoccupée par la compréhension des tenants et des aboutissants concernant les découvertes des insomniaques. Je ne dirais pas que je n’ai pas ressenti d’empathie pour ce quintet hétéroclite, juste qu’elle était bien trop ténue pour que je m’inquiète réellement de leur sort.

Bien entendu j’ai réalisé deux lectures de Graveyard Shift, une normale et une avec la playlist de l’autrice que j’ai trouvé sur Deezer. Pour une fois, j’ai préféré la lecture sans artifices, les morceaux rock choisis par Mme Rio étant à l’opposé de la musique lente et sombre que j’avais en tête. Malheureusement, j’ignore encore quoi penser de Graveyard Shift, que je suis très loin d’avoir détesté, mais que je ne porterais pas aux nues non plus. Je peux toutefois comprendre le succès de l’écrivain, dont les qualités littéraires sont indéniables et le propos parfaitement construit et amené. Je m’attendais à autre chose voilà tout.
Graveyard Shift est une nouvelle qui a de beaux arguments à faire valoir, mais qui peine à convaincre du fait de son format resserré. Une nuit pour l’enquête et 144 pages pour suivre cinq personnages, cela fait peu pour vraiment s’y attacher, d’autant plus si on espère s’immerger dans un récit avec des relents de surnaturel et d’ésotérisme se déroulant pour la majeure partie entre les tombes. Malgré tout, M. L. Rio arrive tout de même à nous retenir jusqu’à la fin, grâce à un suspens savamment dosé et un style littéraire clair et concis qui fait mouche. Bien que pas convaincu, il serait dommage de ne pas vous conseiller de tenter l’expérience, car après tout, le voyage vous plaira peut-être ?




