Le dernier écrivain – Tome 1

Depuis le début de l’année 2026, les éditions Glénat misent aussi bien sur les licences d’auteurs très connus que sur les histoires courtes de mangakas plus confidentiels, avec un certain talent pour dénicher de petits trésors et des auteurs à suivre. C’est encore une fois le cas avec Le dernier écrivain, série complète en 4 tomes et qui a vu son premier volume apparaître chez les libraires le 22 avril 2026. Dans ce récit d’anticipation, nous allons calquer nos pas dans ceux de Yagura Sugai, écrivain sans succès, qui, condamné par un mal incurable, accepte de participer à un protocole expérimental de cryogénisation. Réveillé 100 ans plus tard, Sugai découvre un monde qui lui est désormais totalement inconnu et où la création littéraire n’existe plus en dehors de l’IA Turret. Un pitch intriguant qui est loin de nous laisser de glace !

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Correspondance post-mortem ?

Futur et authenticité sont-ils compatibles ?

Dans un futur où l’IA générative est devenue la norme, Yagura Sugai, un écrivain autrefois inconnu, se réveille après un sommeil cryogénique de cent ans. À sa grande surprise, il découvre qu’il est désormais considéré comme un écrivain nationalement célèbre. Une lettre inattendue lui parvient : elle provient de son ancienne petite amie, supposée décédée depuis longtemps. Serait-il possible que cette dernière soit toujours en vie ? Il décide alors de se consacrer à une nouvelle mission : écrire personnellement un roman qui la toucherait à nouveau.

Glénat

Le dernier écrivain nous raconte le destin de Yagura Sugai, 27 ans, auteur de romans sans grand succès qui apprend un beau jour être atteint d’une maladie incurable qui le condamne à brève échéance. Devant ce coup du sort, le jeune homme décide alors de stopper sa carrière de romancier pour profiter pleinement du temps qui lui reste à vivre. Malheureusement, il se retrouve vite sans ressources et seul face à son désespoir. C’est alors qu’il reçoit un message de Yui Sarashina, une fan de son œuvre qu’il accepte de rencontrer. A son contact, Sugai va trouver une nouvelle raison de se battre pour prolonger le temps qu’il passe avec sa bien aimée, tout en lui écrivant des romans et autres nouvelles destinés à la réconforter après sa disparition.

Cependant, afin de pouvoir bénéficier d’un suivi et de pouvoir tenir sa promesse à Yui un peu plus longtemps, Sugai décide d’accepter de prendre part à un protocole expérimental de cryogénisation, et ce jusqu’à ce qu’un remède à sa maladie soit trouvé. Laissant Yui dans l’ignorance afin de lui permettre de vivre pleinement sa vie, le jeune homme s’endort un beau jour de 2016. 104 années plus tard, le voilà de retour, guéri, dans un monde qu’il ne reconnaît pas et dans lequel la femme de sa vie n’existe plus. Cherchant à s’adapter à son nouvel environnement, il constate abasourdi être devenu très célèbre durant son sommeil. Mais ce n’est pas la seule surprise qui attend le convalescent puisqu’il reçoit une lettre signée… Yui Sarashina.

Découvrez un extrait de Le dernier écrivain – Tome 1 ici !

The Ghost Writer

Cela fait quelque temps que Glénat mise sur des mangakas émergents pour les faire découvrir au public français avec parfois de petites pépites qui se transforment en lingots d’or, comme Sakamoto Days, première intrigue de Yuto Suzuki, Smother Me d’Hiroshi Shimomoto, ou encore Idol Escape de Kira Ito. Le dernier écrivain, 100-nen no Tateito de son titre original est donc la deuxième histoire de Chitose Akai et la première à dépasser les frontières du Japon. Si l’on ne sait quasiment rien sur son auteur, si ce n’est que sa carrière a débuté en 2020 avec une intrigue en deux tomes, nommée Vampire Joshi no Himitsu, où une infirmière scolaire, vampire de son état, essaie de devenir l’enseignante la plus respectée de son lycée sans dévoiler sa véritable identité, nous avons un peu plus d’informations sur son deuxième récit.

Mis en planches entre 2023 et 2025, Le dernier écrivain a été prépublié dans les pages de l’hebdomadaire Big Comic Spirits des éditions Shôgakukan. La première chose qui saute aux yeux avec Le dernier écrivain, c’est son graphisme. Bien que ce dernier puisse paraître un poil classique de prime abord, les traits fins des personnages leur donnent un supplément d’âme qui fait mouche et permet au lecteur de comprendre instantanément les émotions qui les traversent. Par ailleurs, Chitose Akai, malgré des cases souvent très fournies en détails reste toujours parfaitement claire et lisible, le monde s’étalant devant nos yeux n’en prenant qu’une dimension plus réelle et tangible. Et ce sont loin d’être ses seules qualités…

La romance du romancier

J’ai énormément réfléchi à comment exprimer mon avis sur Le dernier écrivain et à l’angle que j’allais adopter dans ce paragraphe. En effet, dès lors qu’une intrigue éveille en moi une réflexion, j’ai un mal fou à formater correctement ma pensée afin de rester intelligible et limpide dans mes propos. Après avoir réécrit une bonne douzaine de fois ce paragraphe dans ma tête, j’ai décidé de suivre l’ordre des différents scénarios qui s’entremêlent au sein du manga. Car Le dernier écrivain est définitivement inclassable, associant récit d’anticipation, romance, mystères et critique d’une société régie par l’IA. Ici tout commence avec un écrivain inconnu du nom de Yagura Sugai. Bien qu’aimant écrire, confronté à son décès prochain, il désespère à cause de la lucidité cynique qu’il porte sur ses écrits et décide d’arrêter de coucher ses mots sur papier.

Seuls deux personnes croient en son talent, son éditeur et Yui Sarashina une fan qu’il accepte de rencontrer après avoir reçu un message de sa part. Commence entre la fan et l’auteur une idylle aussi touchante qu’elle entrevoit déjà sa fin prochaine. A mon sens, Yui est le miroir inversé de Sugai qui lui permet de changer d’angle de vue quand sa vision est entièrement envahie par son destin. Un amour intense, véritable qui trouve son paroxysme dans l’abnégation du jeune homme laissant sa belle dans l’ignorance de son sort afin de ne pas l’enchaîner à l’espoir de son réveil. Cependant, une question se pose : d’où provient la lettre qu’il trouve à son réveil et signée de la main de sa dulcinée ? Est-elle toujours en vie ?

Pour autant, il serait réducteur de croire que Le dernier écrivain n’est qu’une banale histoire d’un amour perdu que l’auteur essaye de retrouver après son sommeil cryogénique d’une centaine d’années. Une fois la deuxième partie du tome 1 atteinte, et les bases posées, la trame imaginée par Chitose Akai ouvre ses ailes pour prendre son envol. A la suite de Sugai, complètement étranger à ce nouveau siècle, j’ai découvert cette société où l’attrait de l’hyperproductivité avait rendu l’IA indispensable à tous les niveaux, de l’apprentissage au travail, sans oublier la création artistique. Là se dessine une satire habile des événements actuels et notamment les problématiques soulevées par les IA grand public de plus en plus performantes. Ainsi Sugai s’aperçoit qu’il est devenu célèbre, parce que les lecteurs se sont intéressés à ses romans après qu’il a été cité comme modèle de l’IA littéraire Turret, dorénavant seul moyen de création littéraire.

Notre héros est donc le dernier véritable écrivain encore en vie, ceux-ci ayant été remplacés par des “Sorciers” se servant de Turret pour écrire des livres. Voilà qui pose en filigrane tout un tas de réflexions que le lecteur va pouvoir développer au fil des pages. A mon sens, si Turret à besoin des idées humaines pour fonctionner, le travail d’un écrivain ne se limite pas à des idées d’intrigues passionnantes. Pour moi le choix des mots, capables d’induire un sentiment quel qu’il soit chez le lecteur, est aussi important que d’avoir de bonnes idées de scénarios. Une idée qui avait été très bien retranscrite dans le manga La Romancière et le Mercenaire, via son héroïne Valderon Forester.

Pour le coup, je trouve le terme “Sorciers” pour désigner les écrivains du XXIIème siècle, parfaitement choisi puisque cela implique l’idée qu’ils utilisent une force extérieure, presque mystique pour faire de la magie en donnant naissance à des récits. L’envie d’écrire pour Yui et forcer l’expéditeur de la lettre à se dévoiler, se mue alors en un combat entre l’IA et Sugai, pour prouver à tous que l’homme doit s’exprimer avec ses propres mots. Vous l’aurez compris, même si Le dernier écrivain tome 1 sert avant tout à poser les fondations de son récit, les mystère soulevés sont nombreux et les thèmes développés sont assez captivants pour que je veuille à tout prix savoir la suite, ce qui ne sera malheureusement pas possible avant le 1er juillet 2026 et la sortie du tome 2.

Pour conclure…

Avec Le dernier écrivain tome1, Chitose Akai signe une œuvre aussi mélancolique que fascinante, capable de faire cohabiter romance tragique, anticipation et réflexion sur la place de l’humain dans la création artistique. Derrière son univers futuriste et son mystère autour de Yui se cache surtout une interrogation profondément actuelle : que restera-t-il de nos émotions lorsque les mots seront tous générés artificiellement ? Porté par un héros désorienté dans un siècle qui n’est plus le sien, le manga oppose alors deux visions de l’écriture : celle née d’algorithmes capables d’imiter l’humanité et celle provenant d’un cœur cherchant désespérément à transmettre quelque chose de sincère. Une entrée en matière particulièrement prometteuse qui donne autant envie de percer le mystère de cette lettre que de voir jusqu’où Sugai sera prêt à aller pour prouver qu’un texte ne se résume pas à une simple succession de mots. Un combat que l’on a hâte de voir mener les armes à la main — ou plutôt la plume — dès le tome 2 attendu le 1er juillet 2026.

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