Idol Escape – Tome 1 & 2

Annoncé en septembre 2025 pour une parution fin janvier 2026, Idol Escape est une mini-série de Kira Itô, dont les deux tomes ont été publiés simultanément, permettant aux lecteurs de découvrir la totalité du destin croisé d’un adolescent lambda obligé de cacher ce qu’il est réellement et d’une idole connue qui efface sa souffrance sous les sourires. Sortis en librairie le 21 janvier 2026, Idol Escape tomes 1 et 2 se découvrent ensemble pour une cavale dont vous ne sortirez pas indemne.

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

L’avis des autres

Rejeté par la société et ceux qu’il aime, Ainosuke est un jeune homme qui vit mal sa différence, menant une vie sans but ni motivation. Un soir, il se retrouve face à une adolescente le suppliant de l’aider à échapper à un homme qui la poursuit. La jeune fille n’est autre que Karen Asahina, une idol très populaire qu’Ainosuke admire. Dans un élan d’altruisme, il accepte de lui tendre la main mais ne se doute pas que ce geste changera leur vie et scellera leur destin…

Glénat

Dans Idol Escape, Ainosuke Kaminashi est un jeune homme en rupture avec sa famille qui travaille dans un love hôtel pour subvenir à ses besoins. Homosexuel, il a quitté le domicile familial devant le rejet violent de son père. Alors qu’il repense à sa condition, il aperçoit sur un écran géant la star Karen Asahina dont il envie le statut de femme. Cependant, il ne s’attendait pas à  voir l’idole lui tomber littéralement dans les bras en lui demandant de l’aide. Alors que la jeune femme tente d’échapper à un poursuivant, Ainosuke prend la décision de lui porter secours et l’emmène se cacher dans une chambre en travaux. Après avoir repoussé les remerciements en nature de la starlette, Ainosuke lui laisse de l’argent avant de rentrer chez lui.

Mais Karen n’en a pas fini avec son sauveur et c’est avec surprise qu’il trouve l’idole devant chez lui le lendemain matin. Officiellement elle est venue lui rendre sa carte d’assurance, officieusement elle souhaite lui demander de l’héberger durant trois jours, temps qu’elle était censée passer avec le producteur qui la poursuivait la veille. Commence alors une courte cohabitation entre Ainosuke et Karen, ou chacun va découvrir l’autre et l’accepter tel qu’il est sans fards. Toutefois, alors que leur vie ensemble touche à sa fin, Ainosuke comprend que Karen est en danger entre les mains de son père et se rue chez elle pour la sauver. Les rouages du destin se mettent alors en branle sur le meurtre du père de Karen. Devenus fugitifs, les jeunes gens décident alors de s’enfuir ensemble.

Découvrez un extrait d’Idol Escape – Tome 1 ici !

Showgirl

A la réalisation de ce diptyque aussi superbe qu’intense nous trouvons Kira Ito, un mangaka japonais qui a commencé sa carrière en 2019 après avoir été précédemment concepteur dans une entreprise de jeux vidéo. C’est avec la réception du prix de Bronze décerné par Shueisha pour son œuvre Yōkoso Bōrei Sōgiya-san (Bienvenue au funérarium fantômes) que commence sa nouvelle carrière. Pré-publié en 2020 sur la plateforme Shonen Jump+ de l’éditeur Shueisha, cette série courte qui met en scène un funérarium où les employés répondent aux dernières volontés des défunts afin de leur permettre de trouver le repos, le fait connaître du public japonais. Très actif, le dessinateur va sortir nombre de One shot et de Doujinshi principalement sur le web.

Ayant une appétence particulière pour les drames humains, Kira Ito va alors mettre en scène deux jeunes adultes à peine sortis de l’adolescence qui vont trouver dans leur rencontre un moyen de soigner leurs plaies. Idol Escape était né et c’est en mars 2023 qu’il s’est vu publié dans les pages du magazine Comic Beam appartenant aux éditions Kadokawa. Porté par une histoire touchante révélant les failles de ses héros pour mieux leur permettre de les accepter et un style graphique aux traits fins renforçant cette impression de fragilité, Idol Escape est la première création du mangaka à traverser les océans pour arriver dans l’hexagone. Une première qui fait déjà mouche.

Idol-âtrie et fuite en avant

Je ne m’en cache pas, je n’aime jamais rien tant que quand mes lectures m’amènent à me poser des questions, qu’elles me mettent mal à l’aise ou qu’elles touchent quelque chose au plus profond de moi. Que ce soit Le Garçon et le Dragon, Promenons-nous dans l’espace, Beast King and Medicinal Herb ou dans un tout autre style The Crow, chacune de ces oeuvres à su remuer des choses au plus profond de moi. A cette liste bien évidemment non exhaustive je peux désormais ajouter Idol Escape qui a su m’émouvoir et me forcer à la réflexion, et ce, sur plusieurs points. Ce qui m’a séduite en premier lieu, ce sont les dessins de Kira Ito, très fins, presque diaphanes, qui accentuent l’impression de vulnérabilité qui se dégage des personnages.

Dans le monde du mangaka aucun d’eux n’échappe à ses failles, qu’ils soient acteurs principaux ou protagonistes évoluant autour du duo central. Ici tous sont, plus ou moins, dans l’erreur, mais ne sont pas forcément capables d’accepter la vérité et c’est ce qui les rend profondément humains et crédibles. Il existe ainsi un véritable fossé des générations, Karen et Ainosuke s’opposant à leur modèle familial respectifs car ils nient leur notion même d’individualité. Par son homosexualité et son envie d’être “joli” pour être plus aimé, Ainosuke est rejeté par la société qui le marginalise, tout comme son propre père qui cache un traumatisme lié à son frère également homosexuel. De son côté, Karen est instrumentalisée par son père, qui voit en elle l’occasion de vivre ses rêves brisés.

Alors qu’il a découvert que l’enfant n’était pas de son sang, sa fille est passée d’un seul coup du statut de personne à celui d’objet, uniquement dédié à faire ses volontés. Cependant, si Kira Ito explique et décortique, jamais il n’excuse. Pour autant, on se surprend à être en empathie avec chacun des acteurs de ces vies brisées et il est difficile de prendre fait et cause pour un parti plutôt que pour l’autre et c’est en cela que l’intrigue d’Idol Escape risque bien de résonner chez nombre de ses lecteurs. Dans mon cas, du fait de mon vécu et de mon statut de parents, l’identification a été double, car tout en comprenant les deux enfants qui sont dans un désir de reconnaissance de ce qu’ils sont, je ne peux m’empêcher de comprendre également le père d’Ainosuke.

Ce dernier agit par crainte de voir le destin funèbre de son frère adoré se reproduire et son fils être mis au ban d’un société trop conservatrice pour lui permettre d’afficher pleinement ce qu’il est. Suite à la lecture vient le moment du questionnement, comment aurais-je réagi à la place de tel protagoniste ? Aurais-je réellement réussi à faire de meilleurs choix et quelles en auraient été les conséquences ? Étant en deux tomes l’intrigue va vite, mais ce n’est pas plus mal tant la tension et l’urgence s’en font d’autant plus ressentir. Tension de se faire attraper et urgence de trouver ses propres réponses dans le regard de l’autre.

Toutefois, il serait réducteur de dire qu’Idol Escape est juste un drame, car le manga est aussi une immense lettre d’espoir. Il dépeint une relation entre deux êtres qui transcende l’amour passionnel, puisque Ainosuke n’aime pas les femmes, tout en dépassant le cadre de la simple amitié. Entre les héros c’est un lien puissant, unique et indéfinissable qui se crée chacun apportant à l’autre de quoi combler les vides de leur existences respectives. Ainosuke voit Karen soutenir sa volonté de clamer enfin ce qu’il est sans s’en excuser et Karen trouve en Ainosuke un protecteur qui lui permet d’avancer et lui apprend une vie sans entraves. Un magnifique moment d’émotion qui vous emportera pour peu que vous soyez prêt à partir en cavale avec ces deux écorchés vifs.

Pour conclure…

Idol Escape n’est pas seulement le récit d’une fuite, ni même celui d’un drame familial aux contours sombres. Kira Ito réussit le tour de force de nous offrir en deux tomes denses et haletants un récit qui ne se contente pas de raconter une cavale, mais qui interroge ce que nous faisons des blessures que l’on nous inflige et de celles que l’on inflige aux autres. En refusant d’excuser sans pour autant condamner, il laisse au lecteur tout l’espace nécessaire pour se glisser dans la peau de chacun de ses personnages, se retrouver à leur croisée et y chercher ses propres réponses. À travers Ainosuke et Karen, Kira Ito nous rappelle que l’on peut être brisé sans être irrécupérable, que l’on peut être perdu sans être seul. Leur lien, indéfinissable, mais impossible à nier, devient un refuge, un miroir, une promesse d’avenir. Une fois la dernière page tournée, on ne les quitte pas vraiment. Et ça, c’est la marque des histoires qui comptent.

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