The Crow – Édition Définitive

Pour beaucoup d’entre nous, The Crow, c’est avant tout une série de films, pas tous égaux en qualité, il faut bien l’admettre. Mais quand on prend le temps de revenir à l’œuvre originelle, on découvre très vite que l’histoire d’Eric Draven est bien plus que cela. Dessiné par James O’Barr au début des années 1980, le corbeau porte en lui une origin story profondément liée à la vie de son créateur, qui éclaire toute la noirceur et la beauté de son univers. La maison d’édition Delcourt nous invite d’ailleurs à (re)découvrir ce monument gothique avec The Crow – Édition Définitive, disponible en librairie depuis le 24 septembre 2025. Nous avons donc pris notre envol à la suite de l’oiseau noir… et, au passage, laissé quelques plumes.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Jusqu’à ce que la mort nous ramène…

The Crow est le récit d’un exorcisme, celui de la douleur intime de James O’Barr. C’est l’histoire d’Éric et de Shelly, tous deux assassinés par des truands. Un an plus tard, un corbeau se pose sur la tombe d’Éric pour le ramener d’entre les morts…

Éric et Shelly sont follement amoureux et sur le point de se marier. Rien ne semble pouvoir troubler leur bonheur, jusqu’à ce soir d’horreur où ils sont arrêtés par un gang de truands. Éric reçoit une balle mortelle, qui lui laisse juste le temps d’assister au calvaire de sa compagne. Un an après son décès, Éric revient parmi les vivants pour venger Shelly.

Delcourt

The Crow, c’est le destin brisé d’Eric Draven et de sa fiancée Shelly, un couple d’amoureux sur le point de célébrer leur mariage. Mais le jour où ils décident de fêter leurs fiançailles, leur voiture tombe en panne sur le chemin du retour. Mauvais endroit, mauvais moment : ils croisent la route d’un gang composé de T-Bird, Tom Tom, Fun Boy, Tintin et Top Dollar. Sous l’emprise de la drogue, les voyous s’en prennent à Eric, que T-Bird abat de deux balles dans la tête. Pourtant, le jeune homme n’est pas mort : il assiste impuissant au viol et au meurtre de la femme de sa vie avant d’expirer, plusieurs heures plus tard, à l’hôpital, après avoir parlé brièvement avec le capitaine Hook et reçu la visite d’un étrange volatile noir comme la nuit.

Un an plus tard, le corbeau guide à nouveau Eric vers le royaume des vivants. Animé par une soif de justice dévorante, il entreprend de traquer un à un ceux qui ont détruit son bonheur. Commence alors une chasse à l’homme sanglante, où le fantôme s’occupe personnellement de ses bourreaux. Mais les souvenirs sont un poison, et pour Eric, l’exaltation de la vengeance s’accompagne sans répit de la douleur infernale de la perte. Disons-le tout net : l’univers de James O’Barr n’est pas de tout repos. D’une violence brute, parfois gratuite, il dépeint un monde où la rédemption ne s’obtient que dans le sang. Un exutoire pour son auteur, qui a imaginé cette histoire d’amour assassinée à la suite d’une tragédie bien réelle.

The crow is nevermore than a poem

On dit souvent qu’un créateur est indissociable de son œuvre et c’est encore plus vrai dans le cas de James O’Barr, natif de Détroit, dont il livrera une version fantasmée et gothique dans The Crow. À dix-huit ans, James demande un jour à sa petite amie Bethany de venir le chercher en voiture, n’ayant pas payé l’assurance de la sienne. Mais sur le chemin, la jeune femme est renversée par un chauffard ivre et meurt sur le coup. Dévasté par la culpabilité, la haine et la colère, O’Barr cherche à se purger de sa douleur à travers sa passion de toujours : le dessin. Mais le chemin du pardon sera long. Son œuvre, censée le libérer, va au contraire l’entraîner dans des contrées de plus en plus sombres, jusqu’à ce que survienne un second drame : la mort de son ami Brandon Lee, sur le tournage du premier film The Crow.

Ce n’est qu’à travers les mots de la fiancée de Brandon, porteurs d’une bienveillance inattendue, que l’auteur finira par se délester enfin du poids de sa culpabilité. Ainsi est né The Crow : un récit sans concession, où la violence la plus viscérale côtoie des moments d’un onirisme presque douloureux. Dans les pas d’Eric Draven, le lecteur partage tour à tour les émotions de James O’Barr et de son personnage, porté par un dessin d’une intensité brute : des noirs profonds, tranchés au scalpel, entrecoupés de blancs suspendus et de gris fondus qui rappellent les souvenirs heureux du couple.

Un contraste saisissant, qui en dit long sans jamais alourdir le récit. Couché sur le papier en 1981, The Crow ne verra le jour qu’en janvier 1989 chez Caliber Comics, avant de s’achever en 1990. Mais il faudra attendre près de vingt ans pour que James O’Barr lui offre un ultime chapitre, “Sparklehorse”, réponse pure et simple à la culpabilité qui l’a rongé pendant tant d’années et un pardon qu’il s’accorde enfin.

Vous qui entrez ici, laissez toute espérance !

Il existe des univers qui vous fascinent au premier regard et qui ne vous quittent plus jamais vraiment. Dans mon cas, au-delà de la Famille Addams, que j’ai eu la chance de mettre à l’honneur dans Mercredi ou l’héritage de la famille Addams, je peux sans hésiter lui adjoindre The Crow, que j’ai découvert, comme beaucoup, avec le film d’Alex Proyas mettant en scène Brandon Lee en 1994. Si j’ai vu toutes les productions estampillées The Crow, dont la très bonne série Stairway to Heaven avec Mark Dacascos (Crying Freeman), le premier film, réalisé sous la supervision de James O’Barr, reste mon préféré. Pour autant, quand j’ai enfin pu mettre la main sur The Crow – Special Edition, version anglaise publiée en 2011 par Titan Books, celle-ci a éclipsé toutes les autres incarnations du mythe.

En effet, là où le film « justifiait » l’agression du couple par la résistance de Shelly à un projet de promoteur immobilier visant à expulser les locataires de son immeuble, le comics, lui, nous narre un acte abominable, totalement gratuit et dénué de toute autre raison que celle de nuire à autrui. Mais revenons un instant à l’Édition Définitive sortie chez Delcourt. Bien que cette dernière reprenne intégralement la Special Edition (y compris sa couverture), elle s’offre désormais une reliure rigide (contre une couverture souple dans la version anglaise) et le luxe d’inclure une scène inédite absente des éditions précédentes. On y découvre Eric, après avoir récupéré la bague de Shelly et tué le prêteur sur gages Gideon, discuter avec un policier nommé Albrecht, à qui il fait comprendre l’urgence de dire aux gens qu’on aime combien ils comptent pour nous.

Un ajout minime, certes, mais qui fait de The Crow – Édition Définitive l’ultime version à posséder, car désormais totalement et irrémédiablement complète. Ce n’est un secret pour personne : j’aime les histoires d’amour qui sortent de l’ordinaire, qu’elles prennent la forme d’une lutte entre un serial killer et celui qui l’a demandé en mariage (Pour le pire) ou qu’elles mettent en scène un assassin auquel sa victime a promis le mariage en échange de sa vie (Les Noces des lucioles). Et il faut bien le dire : avec The Crow, je suis servie. Ce roman graphique est réellement passionnant, véritable passage dans la tête de James O’Barr. Au fil des chapitres, il est fascinant d’observer les graphismes évoluer selon l’état d’esprit du créateur. Certains passages ont été refaits bien plus tard, à cause de pertes des planches ou d’impossibilités de réalisation, qu’elles soient techniques ou émotionnelles.

Ainsi, dans les pages où le noir prédomine, les visages des personnages se tordent, presque grotesques, reflet de la laideur des actes qu’ils engendrent et de la colère qui anime le dessinateur, tandis que les pages plus lumineuses, illustrant la vie quotidienne d’Eric et Shelly, magnifient la beauté de leurs instants de grâce. C’est donc un conte rapiécé, sorte de Frankenstein graphique, étendu et recomposé page après page que nous découvrons ici, mais dont la complétude finale n’échappera à personne, en tout cas pas à moi. Il y aurait encore tant à dire, à décortiquer et à analyser sur The Crow – Édition Définitive, mais je préfère désormais me taire pour vous laisser admirer ce qui est, sans nul doute, l’une des plus belles odes à l’amour qu’il m’ait jamais été donné de lire.

Pour conclure…

The Crow – Édition Définitive n’est pas seulement une plongée dans la vengeance, c’est une descente au cœur du chagrin, celui d’un homme, celui d’un créateur, celui de tous ceux qui ont aimé trop fort pour l’accepter. Sous la plume et les ombres de James O’Barr, la mort devient un langage, la douleur une encre, et chaque trait de plume semble murmurer que l’amour, lui, ne meurt jamais vraiment. En refermant le livre, il reste cette impression d’avoir traversé un rêve noir, où la beauté se cache dans les ruines et où, parfois, la seule façon de continuer à vivre… c’est d’apprendre à aimer ses fantômes. A vous de voir si vous choisissez d’emboîter le pas au corbeau venu toquer à votre fenêtre, mais si je vous conseille le voyage, croyez bien qu’il risque de vous marquer… Pour toujours et à jamais !

Vous devriez Lire aussi
The Witcher illustré : Le moindre mal

Dans le même genre

Laisser un commentaire

En savoir plus sur GeeksByGirls

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture