L’heure de baisser le rideau est arrivée pour la série de Taro Nogizaka qui a su nous maintenir en haleine grâce à son intrigue géniale et son suspens haletant. Pour le pire tome 12, sorti le 19 mars 2025, est donc l’occasion pour nous de dire adieu à Shinju et Arata désormais séparés. Mais l’ex-madame Natsume pourrait bien nous réserver encore quelques surprises, comme par exemple passer aux aveux lors de son procès au tribunal…
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Faites entrer le clown
Le clown de Shinagawa avait défrayé la chronique lors de son arrestation : cette tueuse en série corpulente, déguisée en clown, avait découpé et caché les corps de ses victimes… Pour aider l’enfant d’une victime à retrouver la tête de son père, Arata Natsume, assistant social, va la rencontrer. Mais contre toute attente, une frêle et fragile jeune fille arrive en face de lui. Est-elle vraiment un monstre sanguinaire ? Pour le savoir, Arata va devoir se livrer à un jeu dangereux en se prétendant amoureux d’elle… Une héroïne serial killer, mythomane, psychopathe mais néanmoins sensible et attendrissante… Comme Arata, vous succomberez vite aux charmes venimeux de cette héroïne hors du commun, et suivrez avec intérêt cette enquête qui n’est pas sans rappeler Mindhunter. Et comme toujours, les traits de Nogizaka sculptent avec réalisme toute la beauté et la noirceur de l’âme humaine !
Glénat
Pour le pire prend place quand le quotidien d’un jeune travailleur social, Arata Natsume, se retrouve chamboulé par sa rencontre avec une machiavélique tueuse en série. Habitué des méthodes musclées pour aider les enfants en difficulté dont il a la charge, Arata est un jour contacté par un de ses anciens protégés, Takuto, dont le père est une des victimes de Bozo Shinagawa, Shinzu Shinagawa de son vrai nom, tueuse psychopathe, habillée en clown et responsable d’au moins deux autres meurtres. Afin de savoir ce qui est arrivé à la tête de son géniteur, qui n’a pas été retrouvé, l’adolescent a entamé une correspondance épistolaire avec la criminelle emprisonnée en se faisant passer pour Arata.

Malheureusement, la détenue refuse de continuer à échanger avec lui par lettre et exige de le voir en personne, sous peine de stopper leur relation. Mis au courant, Arata accepte de se rendre au parloir pour tenter de soutirer à Shinzu l’emplacement de la tête du père de Takuto. Une fois sur place, il a la surprise de voir arriver une frêle jeune fille, respirant l’intelligence et la malignité, aux antipodes de la tueuse obèse et dépourvue d’intelligence décrite dans les médias. Commence alors un jeu dangereux entre les deux protagonistes, ou la moindre erreur pourrait coûter cher. Après quelques échanges, Shinju flaire le piège et décide de mettre fin à l’entrevue.

Tentant le tout pour le tout, Arata demande Shinju en mariage et après quelques péripéties, finit par se lier avec la prisonnière jusqu’à ce que la mort les sépare. S’ouvre alors le procès de la meurtrière où elle décide de parler après plusieurs années de silence. Mais entre mensonges et révélations calculées, le tribunal se retrouve dans l’impossibilité de se prononcer sur une sentence permettant à Shinju de s’échapper avec la complicité de son mari. Après une cavale de quelques jours durant laquelle les deux époux se rapprochent, Arata fait une proposition étonnante à sa femme, celle de mourir ensemble…
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Toute la vérité, rien que la vérité…
Arata Natsume, employé aux services d’aide à l’enfance, la trentaine et célibataire, prend contact avec Shinju Shinagawa pour aider un enfant dont il a la charge. Cette détenue de 21 ans est condamnée à mort pour meurtre. Au cours de leurs entrevues au parloir, Arata demande Shinju en mariage, un coup de bluff qui les conduit à se marier pour de vrai. Et grâce à Arata, sa condamnation à mort est annulée. Tous deux profitent alors de son transfert au pénitencier pour s’enfuir ensemble. Voulant offrir à Shinju un instant d’espoir, Arata lui propose de mourir avec elle, mais celle-ci refuse et leur course se termine dans un grave accident de voiture. Pendant sa convalescence, Arata reçoit de Shinju une demande de divorce…
Glénat

Après avoir fait rater leur tentative de suicide dans le tome 11 de Pour le pire, Shinju a décidé de divorcer d’Arata ce qu’il n’a pu qu’accepter à contrecœur. Désormais remis de leur accident de voiture, Shinju décide de passer enfin aux aveux et Arata retourne à sa vie d’avant. Cependant, malgré sa promesse tenue envers Takuto, dont il a retrouvé la tête du père dans le tome 9, le travailleur social n’arrive pas à passer à autre chose et cherche désespérément à revoir son ex-femme, ce qu’elle refuse catégoriquement.

Pressentant un geste fatal de Shinju une fois son procès terminé, Arata va de nouveau tenter l’impossible, faire qu’elle accepte de lui parler. Pour cela, il indique à Koichi, l’avocat de Shinju, que si elle accepte, il lui révélera la véritable raison derrière sa demande en mariage. Quinze minutes décisives pour changer à jamais leur destin. Arata pourra-t-il échanger une dernière fois avec Shinju ? et si c’est le cas, arrivera-t-il à sauver sa compagne malgré elle ?

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Deadly Premonition

Quand il y a une série qui vous tient particulièrement à cœur, on en redoute toujours la fin et c’était mon cas avec Pour le pire. Après 12 tomes tous aussi géniaux les uns que les autres et sans aucun ventre mou, ni aucune longueur, il aurait été vraiment dommage que la conclusion ne soit pas à la hauteur du récit que nous a proposé Taro Nogizaka jusque-là. Si je peux me permettre de vous dire que la clôture du manga ne m’a absolument pas déçue, il serait criminel de ma part de vous en dévoiler plus et pourtant, croyez bien que ce n’est pas l’envie qui me manque.

Ce qui m’a fasciné dans ce volume, c’est que quasiment la moitié du volume est consacré à l’entrevue d’un quart d’heure entre Arata et Shinju et néanmoins je n’ai ressenti aucune longueur tant la mise à nu ultime des sentiments des personnages est poignante. Comme toujours, Taro Nogizaka à un don pour décrire avec justesse les sentiments de ses personnages, qu’ils soient bons ou mauvais, et pour faire ressortir lesdits sentiments sur les visages de ses protagonistes. Ils peuvent ainsi nous apparaître beaux, voire hideux, quand ce n’est pas grotesque. Un parti-pris graphique auquel personnellement j’adhère, tant il en révèle sur les intentions cachées de chacun, qu’elles soient conscientes ou non.

Le mangaka nous avait donné un assez bon aperçu de cette façon de faire lors de la confrontation entre Shinju et Sana, la sœur d’une des victimes, dans le tome 10 de Pour le pire, mais c’est avec cet ultime volume qu’il pousse cet art à son paroxysme. Une manière très subtile de donner encore plus de profondeur à son intrigue qui, rappelons-le, ne tient que sur un jeu de dupe que mènent deux adversaires au but très différents. Pour autant, au fil du temps et tout comme Arata, je me suis mise à éprouver de l’affection pour Shinju alors que j’étais parfaitement consciente (à l’instar de notre héros) qu’elle était bien coupable des crimes dont on l’accusait.

Mais encore une fois, la vérité se révèle bien plus complexe que ce que nous aurions pu soupçonner de prime abord. Il faut le reconnaître, l’amour n’en apparaît que plus beau quand il est soumis au danger de s’attacher à l’autre, ce que j’ai aussi pu ressentir lors de ma lecture de Les Noces des Lucioles, bien que le danger soit d’une autre nature dans ce cas-là. Alors comment se terminent les aventures de notre couple d’écorchés vifs ? Si vous tenez à le savoir, je vous invite à vous ruer sur le dernier volume de Pour le pire, ou pourquoi pas de découvrir la série complète, mon petit doigt me dit que vous ne le regretterez pas !

C’est donc avec ce tome 12 que se conclut Pour le pire, grâce à une fin en apothéose qui ne déçoit pas, à l’instar de tous les tomes précédents. Taro Nogizaka qui s’est amusé à jouer avec les sentiments de son lecteur depuis les débuts de l’intrigue, arrive assez finement à nous faire prendre fait et cause pour son héroïne et ce bien avant de nous asséner les révélations finales. N’oublions pas Arata en amoureux maudit, capable de réaliser l’impossible pour l’élue de son cœur. Les masques tombent enfin dans Pour le pire tome 12, avec une maestria jamais démentie. Maintenant que la série est terminée, vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas vous y lancer !




