Le Garçon et le Dragon

Annoncé lors de la Japan Expo 2025 comme rejoignant officiellement le catalogue de l’éditeur, Le Garçon et le Dragon, initialement prévu pour une parution le 5 novembre 2025, ce sera finalement fait attendre jusqu’au 3 décembre 2025. La faute à un problème d’impression ne garantissant pas une qualité optimale pour ce one-shot signé Idonaka. Un léger report qui a permis à l’œuvre de peaufiner son apparence au maximum avant de se dévoiler au monde. Intrigue hybride panachant fantastique, tranche de vie et drame humain, Le Garçon et la Dragon surprend par son mélange des genres atypique autant que par la douceur et la poésie qu’il véhicule en sous-texte. Un récit porteur d’espoir qui a la capacité d’envoûter ceux qui, par hasard, en tourneront la première page.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

La mariée était trop belle

Deux êtres jusqu’ici très solitaires surmontent ensemble leurs peurs et les blessures de leur passé. Shitarô, un jeune collégien, se réveille un jour sur le banc d’un mystérieux sanctuaire. Il y fait la rencontre d’un dragon qui croyait retrouver là sa fiancée, celle qu’il attendait depuis des siècles… Le jeune garçon, quant à lui, n’a plus aucun souvenir en tête. Mais ils vont progressivement se lier d’amitié, oublier ensemble leur solitude et se questionner sur ce qu’est réellement l’amour. Ils vont vivre ensemble une journée fantastique et hors du temps à l’issue de laquelle leur vie à tous les deux pourrait bien se trouver changée à tout jamais. Un récit plein d’humanité, à la fois fantastique et dramatique.

Doki Doki

C’est sur une chute que s’ouvre Le Garçon et le Dragon, celle de Shitarô, un collégien, qui bascule dans les eaux sombres de l’étang d’un sanctuaire oublié, dédié au dieu dragon. Lorsqu’il reprend connaissance, l’adolescent se retrouve trempé sur un vieux banc de pierre, l’esprit embrumé par une amnésie soudaine : il ignore tout de ce qui vient de lui arriver, tout comme la raison de sa présence en ces lieux. Sa confusion tourne court lorsqu’une silhouette colossale surgit du sanctuaire : son sauveur, un dragon majestueux aux écailles dorées. Mais la terreur de Shitarô grandit quand la créature, loin de vouloir le dévorer, lui annonce solennellement qu’il est sa fiancée. Selon une ancienne promesse, ils doivent se marier sur-le-champ, maintenant que le dieu l’a sauvé et soigné.

Désespéré, et après avoir tenté en vain de faire comprendre au dragon qu’il est un garçon, le collégien improvise un mensonge pour échapper à ce destin absurde. Il prétend que sans le consentement de ses parents, ces derniers le renieront et le tueront. Ce « petit » mensonge brise le cœur de la créature qui, plongée dans une tristesse millénaire, fait ses adieux au collégien avant de disparaître sous la surface. Rongé par la culpabilité d’avoir abusé de la pureté du dragon, Shitarô ne peut se résoudre à l’abandonner. Il plonge à son tour dans l’étang pour rattraper le dieu et lui propose, pour se racheter, de venir vivre avec lui. Transporté de joie, le dragon, que l’adolescent baptise Yamabuki, accepte avec enthousiasme.

C’est alors qu’un premier voile se lève sur le passé du garçon : Shitarô réalise que son œil droit est crevé. Ému par la détresse de sa « moitié », Yamabuki lui offre un œil spécial, un don divin pour remplacer celui perdu. Pourtant, le retour à la réalité est brutal. Au moment de quitter le sanctuaire, Shitarô réalise l’ampleur du vide dans sa mémoire : il ne se souvient ni de son adresse, ni de sa famille. Pour ne rien arranger, un violent orage éclate, terrorisant Yamabuki qui craint le tonnerre. Contraint à un atterrissage d’urgence, le duo se retrouve coincé sous une pluie battante sur le toit d’un lycée voisin.

C’est là que font irruption trois étranges individus : Akaba et ses compagnons, Kinmokusei et Ginnan. Ces derniers semblent familiers des divinités en général et de Yamabuki en particulier, et décident de prendre le duo sous leur aile. Mais entre un dragon trop protecteur et des souvenirs envolés, le chemin vers la vérité s’annonce semé d’embûches.

Lisez un extrait de Le Garçon et le Dragon ici !

Solitude à deux voix

Le Garçon et le Dragon est né tout droit de l’esprit de la très polyvalente Idonaka qui, si elle est encore inconnue dans l’hexagone, possède un univers déjà bien établi au Japon. Artiste complète, la mangaka est aussi illustratrice et character designer, ayant commencé sa carrière en dessinant des Doujinshi au sein d’un collectif d’artistes nommé Brollachan Wonder Lab qu’elle a créé en 2017. Avec Le Garçon et le Dragon elle signe sa première fiction, prépublié au Japon par l’éditeur PIE International en 2023. D’ailleurs, la maison d’édition japonaise est bien connue pour ces ouvrages à forte valeur artistique mettant en avant la beauté de l’image transcendée par la vision de l’artiste.

Un leitmotiv qui s’applique particulièrement bien au titre Le Garçon et le Dragon, chaque case étant un régal pour les yeux, fourmillant de détails sans jamais diminuer la clarté de l’action. Un travail d’orfèvre que l’on peut d’autant plus apprécier grâce au format atypique (plus grand que le format standard) retenu par Doki Doki pour l’édition française qui se pare pour l’occasion d’une couverture parsemée de vernis sélectif. En prime, ce sont pas moins de quatre superbes illustrations en couleur qui se dévoilent en préambule et en clotûre du manga. De quoi mettre Le Garçon et le Dragon en valeur, d’autant que la couverture souple cache une petite surprise, à ne dévoiler qu’une fois l’intrigue lue d’un bout à l’autre. Mais chut ! Nous n’en dirons pas plus…

Comme à la prunelle de mon oeil

Quand j’ai entendu parler du one-shot Le Garçon et le Dragon pour la première fois, et après en avoir vu quelques planches, je m’attendais à une aventure mignonne, pleine de bon sentiments avec peut-être un rien d’humour. J’aurais dû me rappeler qu’il ne faut jamais se fier aux apparences et cataloguer trop vite une oeuvre, erreur que j’ai déjà faites plusieurs fois que ce soit avec Kuro, Luca, vétérinaire draconique ou encore Shadows House, trompé par des dessins un peu naïfs, à l’innocence trompeuse, mais recélant une profondeur peu commune et une intrigue passionante. Vous l’avez sûrement compris, mais Le Garçon et le Dragon ne fait pas exception à la règle et une nouvelle fois, juger trop vite aurait pu me faire passer à côté si le manga ne m’avait été recommandé par la personne en charge des relations presse de chez Doki Doki.

Je dois faire mon mea culpa, bien que d’une poésie intense, cette histoire traite de thèmes bien plus forts qu’il n’y paraît de prime abord. A commencer par la solitude qui accable le dragon, attendant désespérément une “fiancée”, afin de ne plus être seul et de comprendre enfin ce qu’est cet amour si prisé des Hommes. De son côté Shitarô est privé de ses souvenirs, être esseulé incapable de retrouver son foyer et les siens. Je dois bien avouer que Yamabuki est extraordinairement expressif grâce au style graphique très évocateur d’Idonaka qui a le don de faire passer toute une palette de sentiments à ses personnages ne serait-ce que par leurs yeux. Mais cela est encore plus visible chez Yamabuki du fait de son statut de dragon divin.

Le dieu est espiègle, joyeux, empathique, bref un protagoniste attachant qui ne comprend pas pourquoi il ne peut pas se marier avec Shitarô parce qu’il est un garçon. Ici la quête de l’amour transcende la notion de genre et même d’espèce et bien qu’ignorant ce qu’est le sentiment amoureux, le duo va expérimenter un attachement sincère et profond qui va changer leur vie et leur perception du monde à tout jamais. Un peu à la manière de Promenons-nous dans l’espace qui conte les difficultés quotidiennes d’un adolescent pas comme les autres et l’influence bénéfique qu’il exerce sur son ami par sa résilience, Yamabuki et Shitarô vont s’influencer l’un l’autre pour arriver à dépasser les traumatismes de leur passé respectif.

Un duo inhabituel mis en exergue par l’apparition du trio de lycéens constitué d’Akaba, Ginnan et Kinmokusei, archétype typique d’adolescents pleins de bonnes intentions, mais somme toute assez ordinaires. On ne va pas se mentir, vu les premières pages du titre d’Idonaka, je ne m’attendais pas à ce que la deuxième moitié du manga prenne une tournure aussi sombre en exposant les circonstances qui ont donné lieu à la rencontre entre le garçon et le dragon. Une vérité refoulée par Shitarôqui se transforme littéralement après avoir retrouvé ses souvenirs traumatiques.

Une fois passé l’acceptation reste l’étape cruciale de la reconstruction de soi que nous ne verrons que très peu dans le manga. Il m’a été assez difficile de laisser Shitarô et Yamabuki une fois atteint la dernière page du volume et même si Idonaka laisse ses personnages sur une note d’espoir, j’aurais aimé les suivre encore longtemps au gré de leurs vies et expériences communes. Une très belle parenthèse que je vous recommande chaudement de vous accorder et qui devrait en prime vous donner matière à réfléchir. Moi en tout cas ce fut le cas !

Pour conclure…

En définitive, Le Garçon et le Dragon est bien plus qu’une simple fable fantastique ; c’est une exploration de la résilience qui prend racine dans un drame profondément humain. Idonaka nous offre une plongée bouleversante dans l’âme, là où la solitude millénaire d’un dieu dragon rencontre la douleur muette d’un enfant. Porté par un graphisme d’une finesse rare et une édition française qui rend un superbe hommage au travail de l’artiste, ce one-shot s’impose comme une lecture indispensable pour quiconque cherche de la profondeur derrière la poésie. Si le rideau tombe peut-être un peu trop vite sur Shitarô et Yamabuki, l’émotion qu’ils laissent derrière eux, elle, perdure longtemps après avoir refermé l’ouvrage. Une pépite d’ombre et de lumière qui prouve, une fois de plus, que les plus beaux liens naissent souvent des rencontres les plus improbables. Un immense coup de cœur.

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