Smother Me – Tome 1 & 2

C’est lors d’un live sur leur chaîne Twitch en octobre dernier, que la maison d’édition Glénat a annoncé l’arrivée d’un tout nouveau manga dans leur collection. Avec Smother Me, une série courte complète en deux tomes et première œuvre d’Hiroshi Shimomoto, nous sommes entraînés dans les bas fonds de Détroit où des enfants deviennent des tueurs à gage et où les membres de la pègre portent des noms d’animaux. Là nous y suivons la trajectoire de Serpent, un assassin de treize à l’enfance sacrifiée au profit des adultes. Sortis simultanément le 22 avril 2026, les deux tomes de Smother Me nous ont tour à tour fascinés, ébranlé et touché aussi sûrement qu’une balle en plein cœur.

Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.

Missions à l’aveugle

13 ans et le cœur sur la main !Le jour où Akio a été vendu par sa mère, il a dû abandonner son nom. Aujourd’hui, il s’appelle Serpent, il a treize ans, et il est tueur à gages. Alors que le souvenir de ses victimes hante régulièrement ses rêves, il fait la rencontre de Lynne, une jeune aveugle. Désireux de gagner l’argent nécessaire à l’opération des yeux de celle-ci, il accepte une mission particulièrement dangereuse…

Glénat

Dans Smother Me, tout commence le jour où le jeune Akio est vendu par sa mère à Moreh, un chef important de la pègre de Détroit. Après lui avoir expliqué la vérité sur les conditions de la transaction, Moreh propose alors à l’enfant un pari : Un jeu de roulette russe à la mode de Détroit où les chances de survie sont d’une sur deux. Contre toute attente le garçonnet empoigne le révolver et le braque sur l’adulte en face de lui, ignorant que l’arme n’est pas chargée. Impressionné par la forte volonté de vivre d’Akio, Moreh lui propose alors de devenir un assassin à sa solde, en abandonnant son nom pour devenir Serpent.

Quelques années plus tard, maintenant âgé de treize ans, Serpent est devenu un redoutable tueur, maniant ses fils coupant avec une dextérité hors pair. Cependant, l’adolescent fait chaque nuit des cauchemars où ses victimes reviennent pour l’abattre à son tour et il s’ouvre à son mentor sur son envie d’arrêter d’être un assassin. Après avoir réussi une énième mission, Serpent, plongé dans ses réflexions, est surpris par une jeune femme à côté du cadavre de son dernier contrat. Alors qu’il s’apprête à supprimer ce témoin gênant, il s’aperçoit qu’elle est complètement aveugle.

Se ravisant, Serpent la suit jusqu’au restaurant où travaille la non-voyante qui lui offre alors à manger pour faire plus ample connaissance. Lynne Fairweather est aveugle de naissance et ne souhaite qu’une chose : rassembler assez d’argent pour se faire opérer et recouvrer la vue. Goûtant pour la première fois à la bienveillance, Serpent brise la règle de Moreh et dévoile à Lynne son vrai nom. Au fil des jours et des rencontres, Akio et Lynne s’apprivoisent et le garçon décide d’accepter une mission dangereuse dans le but de récolter assez de fonds pour aider son amie. Mais le tueur qu’il doit supprimer, Rodin Mascis surnommé Elephant, possède une force herculéenne. Serpent arrivera-t-il à honorer son contrat ?

Découvrez un extrait de Smother Me – Tome 1 ici !

La mue d’Akio

Comme dit auparavant, Smother Me est la première œuvre éditée d’Hiroshi Shimomoto, qui a débuté en 2024 sur le site Shonen Jump + et a pris fin au bout de deux volumes reliés en février 2025. Pour autant, l’auteur en activité depuis 2022 a déjà quelques histoires courtes à son actif, consultables sur le tumblr de l’artiste. Depuis la prépublication de Smother Me, le mangaka a vu deux autres de ses récits intégrer la plateforme Shonen Jump + : Hero Suit wa Araenai (Le costume du héros ne peut pas être lavé) et Gachankee toujours en cours dans l’archipel. Il faut dire que malgré la durée assez courte de ses intrigues, le mangaka n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers et bien que le shonen semble être son genre de prédilection, il n’hésite pas non plus à se frotter à d’autres styles, comme l’horreur ou même la comédie.

De plus, il faut bien dire que le mangaka possède un trait assez particulier qui ne plaira pas à tout le monde. Chaque planche possède ainsi des contrastes très tranchés majoritairement en noir et blanc, le gris étant par ailleurs assez foncé quand il est présent. Autre parti pris graphique qui étonne, alors que les dessins des adultes, et en particulier des femmes, sont assez détaillé chez Hiroshi Shimomoto, les dessins des enfants sont beaucoup moins détaillés que ceux de leurs aînés.

Un écart perceptible au premier coup d’œil, comme si en tant qu’adultes en devenir, la simplicité de leurs traits reflétait leur absence de maturité. Néanmoins, les scènes d’action sont d’un dynamisme explosif et chaque combat est chorégraphié de façon à avoir un impact durable sur le lecteur. Vous l’aurez compris, Smother Me est de l’aveu même de son auteur un shonen, mais il serait par trop réducteur de le caser dans une quelconque catégorie, son ambivalence commençant dès son titre…

Les fils du destin

Après l’excellente découverte d’Idol Escape, dont les deux tomes composant la série sont également sortis simultanément, j’ai voulu réitérer avec Smother Me dont le titre m’a d’emblée intriguée. En effet, Smother Me, signifie «étouffe moi» un titre pour le moins évocateur. Cependant, en enlevant la première lettre on obtient «mother me» dont la traduction serait «materne moi». Au vu du pitch qui annonçait un enfant vendu par sa mère et qui va devenir tueur à gage, je trouve le titre particulièrement bien choisi. Pourtant, je suis rarement fan des partis pris graphiques trop tranchés comme dans Fool Night ou encore Tower Dungeon, à moins que l’intrigue n’arrive à me passionner.

C’est donc la curiosité qui m’a poussée à m’intéresser à Smother Me et je ne le regrette pas. Certes, tout est loin d’être parfait, avec une intrigue qui évolue bien trop vite pour poser réellement des bases solides et l’entraînement du héros sous la houlette de Singe ne nous est que très peu montré ce qui est assez frustrant surtout pour un shonen. Par ailleurs, je n’ai pas vraiment compris pourquoi Moreh et Singe avaient jeté leur dévolu spécifiquement sur Serpent pour en faire le héraut de leur règlement de compte. Toutefois, je me suis très vite attachée à ce gamin de Détroit obligé de tuer pour survivre et devenir un adulte dont il est persuadé que les autres ne pourront pas se servir.

C’est d’ailleurs en gardant cela en tête qu’il exécute ses proies, cherchant à faire payer aux adultes l’innocence perdue de leurs petites victimes. Malgré tout, bien qu’étant un assassin, Akio n’en reste pas moins un enfant, et la seule fois où un adulte, Lynne en l’occurrence, lui témoigne de l’affection et de la bienveillance il s’attache immédiatement à elle et ne cherche plus qu’une chose : l’aider à retrouver la vue. D’autre part, j’aime les personnages féminins forts et intelligents à l’instar de l’héroïne de Pour le pire et Singe en est un parfait spécimen.

C’est dans sa lutte contre Moreh que réside le véritable point fort de la série, l’une voulant que la ville reste telle qu’elle est, l’autre souhaitant tout détruire pour reconstruire un monde plus juste. Au milieu de cette guerre, Serpent n’est qu’un dommage collatéral, pion ballotté d’un côté puis de l’autre, avec un seul but, passer du temps avec son amie et renaître définitivement en tant qu’Akio pour retrouver son humanité disparue depuis qu’il est connu sous la dénomination de Serpent. Il y aurait encore tant à dire et à décortiquer, mais je préfère vous laisser vous faire votre propre avis sur cette mini-série ô combien atypique et bouleversante de bout en bout. Si vous l’avez dans votre viseur, foncez, je doute que vous le regrettiez.

Pour conclure…

Smother Me est une série courte qui n’a pourtant rien d’anodin. En seulement deux tomes, Hiroshi Shimomoto réussit le tour de force de nous livrer une œuvre à la fois brutale et profondément humaine, portée par un protagoniste inoubliable dont la quête ne se résume pas à une simple histoire de survie, mais bien à une reconquête de soi. Certes, le rythme effréné de l’intrigue laisse quelques zones d’ombre frustrantes et les bases auraient mérité d’être davantage posées, mais ces maladresses sont celles d’un mangaka en train d’affirmer sa voix, et quelle voix. Car derrière le trait tranché et les contrastes saisissants se cache une réflexion lucide sur l’enfance sacrifiée, sur ce que les adultes font des innocents qu’ils tiennent entre leurs mains et sur la capacité, même pour un assassin de treize ans, à redevenir simplement un enfant le temps d’un repas partagé avec quelqu’un qui vous voit sans vous regarder. Alors oui, Smother Me n’est pas parfait, mais il est sincère, Et parfois, c’est tout ce qu’on demande.

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