Coffee Talk

C’est à la faveur de son arrivée dans les jeux disponibles dans le PlayStation Plus Extra/Premium que nous avons pu découvrir une petite pépite indé que notre radar avait laissé passer lors de sa sortie le 29 janvier 2020. Il s’agit d’un visual novel en pixel art développé par les indonésiens du studio Toge Productions et intitulé Coffee Talk. Sorti sur PC, PS4, PS5, Xbox One, Nintendo Switch et Xbox Series, ce titre nous a donné envie de pousser la porte de son troquet et de s’y asseoir en compagnie des clients pour entendre leurs histoires douces et amères comme un bon café. Nous l’avons fait et voici ce qu’il y avait au menu.

Ce test a été réalisé sur une version PS5 via l’abonnement au PlayStation Plus Premium.

Tranche de vies

Coffee Talk est une enseigne, un café plus exactement, situé en plein cœur de Seattle et qui n’ouvre que la nuit. Son propriétaire, et barista de surcroît, s’est donné pour mission d’aider ses clients en leur préparant des boissons délicieuses capables d’apaiser leurs tourments, ou tout simplement de leur faire passer un bon moment. C’est donc dans la peau du tenancier que vous allez vivre deux semaines au sein de cet établissement si particulier, chaque chapitre représentant une nuit de service. Tout commence quand une de vos habitués, Freya, journaliste au Evening Whisper, vous apprend qu’elle a fait un pari avec l’un des grands pontes de sa maison d’édition pour l’écriture d’un roman, suite à une entrevue fortuite dans un ascenseur.

Ce dernier l’a alors mise au défi de lui apporter un manuscrit, digne d’être publié, en un mois. La jeune femme, qui écrit des tranches de vie pour le journal, a bien du mal à concilier les deux, sa patronne directe n’étant bien évidemment pas au courant de ce pari. Après une rencontre au comptoir avec un couple composé de Lua, une succube et de Baileys, un elfe, Freya décide de faire du café et de ses clients sa principale inspiration pour sa fiction. Ainsi commence une course contre-la-montre pour l’écrivain en herbe, rythmée par la découverte de personnages hauts en couleurs. Si le contexte de Coffee Talk se passe dans notre monde moderne en 2020, dans cette réalité alternative les humains coexistent avec toutes sortes de créatures fantastiques allant des vampires aux orcs en passant par les aliens.

L’occasion pour l’équipe de développement de mettre en scène des situations très réalistes aux thèmes parfaitement actuels. Le tout drapé de graphismes en pixel art de toute beauté qui donnent au titre de Toge Productions une ambiance cosy et chaleureuse, renforcée par la musique jazzy et douce qui rythment les nuits au bar. On se sent vite comme chez soi à côté du percolateur, mais nous ne sommes pas là pour nous la couler douce et il est temps de s’intéresser à notre mission.

Baristart

Coffee Talk est un visual novel, ce qui implique forcément beaucoup de textes à lire, d’autant qu’il ne contient aucune voix enregistrée. Fort heureusement, le titre est intégralement traduit en français et il faut d’ores et déjà souligner la qualité de la transposition dans la langue de Molière. L’action prenant place en 2020, les textes ne sont pas trop soutenus et pourraient parfaitement coller dans une discussion de la vie de tous les jours. Pour autant, chaque personnage présent possède sa propre façon de s’exprimer, ce qui les rend uniques et leur confère une certaine réalité.

Il est d’ailleurs possible d’en apprendre plus sur les divers clients du Coffee Talk dans la section “Bonus”, où, outre la galerie d’artworks traditionnelle et la liste des trophées, il est possible de retrouver des petits comics les mettant en scène. Seul petit bémol, les planches ne sont disponibles qu’en anglais, ce qui est pour le moins dommage tant elles sont très bien dessinées et apportent un éclairage souvent intéressant sur les protagonistes. Cependant, au-delà d’écouter les états d’âmes des quidams assis en face de vous, vous devrez également leur servir les boissons qu’ils vous demanderont, voire celles qui leur conviennent le mieux sur le moment. Pour cela, vous disposez d’une liste d’ingrédients dont il vous faudra combiner trois éléments : Une base, un ingrédient principal et un autre secondaire.

Attention, l’ordre des ingrédients possède son importance et suivant leur combinaison, la mixture obtenue sera différente. De temps en temps, vos clients vous feront des demandes spécifiques et vous disposerez de cinq essais maximum (ce qui vaut pour la nuit de service complète) afin de trouver la bonne recette. Si vous avez l’âme d’un artiste, vous pourrez par ailleurs vous essayer au Latte art, mais il faut bien reconnaître qu’avec la manette PS5, sortir un dessin potable tient de la gageure. D’autant que la force d’appui sur la gâchette pour ajouter du lait ne détermine pas la quantité de lait ajoutée, ce qui augmente encore un peu plus la difficulté.

Un grain de magie

Entre deux discussions avec les protagonistes, dans lesquelles vous ne pourrez absolument pas intervenir d’aucune façon, le scénario se déroulant sans que vous ayez de choix de réponse à donner, vous devrez donc hydrater au mieux tout ce petit monde. En effet, si ce ne sont pas vos arguments qui influeront sur l’intrigue, vos préparations, elles, auront ce pouvoir. À vous de choisir intelligemment vos ingrédients pour combler vos interlocuteurs, parfois contre leur gré. Lorsque par hasard, ou pas d’ailleurs, vous trouverez des recettes existantes (Chai Masala, Teh Tarik, Thé vert latté, j’en passe et des meilleures) leur nom s’affichera et elles seront implémentées automatiquement dans votre portable, plus exactement dans l’appli “Brewpad”, qui répertoriera toutes les recettes à découvrir.

Cela ne sera cependant pas toujours simple de dégoter une formule en particulier et il vous faudra souvent essayer longuement avant d’y parvenir. Toutefois, si votre but est de remplir votre Brewpad à 100 % le “Service libre” du mode “Infini” est fait pour vous, puisqu’il vous permettra, comme son nom l’indique, de réaliser des recettes à la chaîne sans jamais perdre de quelque façon que ce soit. Dans le même ordre d’idée, le “Mode Défi”, deuxième choix du mode “Infini” vous demandera de réaliser des boissons pour vos clients dans un temps restreint. Chaque bonne boisson servie vous rajoutera du temps et les indications données par les consommateurs deviendront de plus en plus succinctes au fil des demandes. Un sacré challenge, mais qui a le mérite de prolonger le plaisir.

En effet, malgré l’ajout de l’application “TEW Stories” sur votre portable vous permettant de lire chaque jour un article de Freya, de “Shuffld” qui vous permet de changer la musique du bar et de “Tomodachill” qui vous donne accès aux profils de vos clients, les interactions et les boissons à préparer restent limitées. Il ne vous faudra ainsi que trois petites heures pour atteindre le bout de l’histoire principale. Pour autant, arriver à la fin du segment principal ne constitue pas le point final de Coffee Talk, puisqu’au moins deux runs de plus seront nécessaires pour réellement en voir tous les tenants et les aboutissants.

C’est fort (de café) !

Ce n’est pas nouveau, j’ai toujours adoré les histoires à fort potentiel émotionnel que ce soit dans mes lectures (Kuro), dans les films (Suzume) et c’est encore plus vrai dans les jeux vidéo ou l’implication est encore plus profonde (A Highland song, Final Fantasy XVI, Fuga : Melodies of Steel 2…). J’avoue que quand mon mari m’a parlé de Coffee Talk, j’étais assez dubitative, bien que curieuse et j’ignorais alors à quel point le scénario allait avoir une résonance assez profonde en moi. Je me suis lancée sans attente d’aucune sorte et dès le départ, j’ai été bluffée tant par son esthétique que par le monde qu’il dépeint et la justesse de ses propos.

Un sentiment de confort se dégage du jeu, et ce, dès les premières minutes, donnant au joueur l’impression qu’il se trouve en terrain familier, comme de retour chez soi après une longue absence. La diversité des profils des protagonistes fait que l’on en trouve toujours un pour lequel on aura un affect plus poussé. Dans mon cas, l’identification s’est faite immédiatement avec… Freya ! C’est assez effrayant de voir à quel point sa situation résonne avec la mienne et suivre son combat pour finir son roman m’a permis de dépasser les difficultés que je rencontrais moi-même dans mon propre processus littéraire. J’imagine bien que je suis sûrement une exception, mais Coffee Talk fait partie de ces rencontres providentielles dont vous avez besoin à un moment donné.

De même, l’adjonction dans ce monde de pléthores de races différentes, nous permet de voir, dans les préjugés des races les unes envers les autres, que les êtres vivants trouveront toujours des prétextes pour se détester. La relation entre Lua et Baileys n’en étant que plus poignante, de même que l’histoire de la jeune Idole encore trop naïve pour le milieu dans lequel elle navigue. Cela étant, j’aurais aimé être prévenue au début du jeu du sexe de notre cher avatar (nommé de base Barista, ce qui est invariable), voir de pouvoir choisir, histoire de ne pas l’affubler d’un nom féminin quand il s’avèrera plus tard que c’est en réalité un homme.

Mais il s’agit là d’un point de détail qui n’entache en rien mon enthousiasme. Je vais donc m’empresser d’aller télécharger l’épisode 2 de Coffee Talk intitulé Hibiscus et Butterfly, afin de continuer mon travail de barista dans l’univers si finement écrit par Mohammad Fahmi Hasni, malheureusement décédé en 2022.

Pour conclure…

Coffee Talk fait partie de ces jeux qui débarque sans crier gare dans votre vie au moment où vous en avez le plus besoin sans le savoir. Ce visual novel intelligent et intuitif se distingue par la qualité de son écriture et de ses dialogues qui donnent un caractère tangible à ses personnages pourtant totalement imaginaires comme des loup-garous, des nekomimis ou encore des sirènes. Bien que votre mission ne soit que de servir des boissons chaudes, ces dernières vont conditionner le déroulement des histoires qui vont s’entrecroiser dans votre café. Un instant chaleureux et rempli d’émotions vous attend sur les tabourets du Coffee Talk, dont vous ne regretterez jamais d’avoir poussé la porte, ni d’avoir déboursé les 13 € nécessaires à son acquisition. Alors, qu’est-ce que je vous sers ?

La  note  de la  rédaction

4-5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Entièrement traduit en français

Une intrigue aux thèmes très actuels et parfaitement racontés

La présence en bonus de petits comics qui nous en apprennent plus sur les clients du café

Un prix mini qui permet de se laisser tenter sans se poser de questions

Une direction artistique magnifique

Les points négatifs

On aurait bien aimé passer plus de temps au comptoir

La difficulté de réaliser de belles œuvres en latte art avec la manette

L’impossibilité de choisir le sexe de son avatar, ou tout du moins savoir de quel sexe est le personnage avant de le renommer

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