A Highland Song

Annoncé lors de l’Indie World du 10 février 2022, A Highland Song est le nouveau jeu des créateurs de 80 Days, Overboard! et Heaven’s Vault, le studio anglais Inkle. Sorti exclusivement sur Nintendo Switch le 5 décembre 2023, ce petit titre indé nous invite à l’exploration et à la randonnée dans les îles écossaises, aussi propices à la rêverie et aux légendes, que redoutables quand on est une jeune adolescente qui fugue de chez elle. Une pépite inclassable mélangeant survie, jeu de rythme et exploration, le tout sur fond de musique folk écossaise.

Ce test a été réalisé sur une version Nintendo Switch fournie par l’Éditeur.

Song d’une nuit d’été

A Highland Song commence avec la réception d’une lettre par la jeune Moira. Son oncle Hamish, gardien de phare, la prie de le rejoindre séance tenante pour le jour de Beltane où il lui réserve une surprise. Désireuse de voir la mer, et intriguée par cette surprise, Moira décide donc de fuguer, simplement armée d’un sac à dos, d’un carnet de voyage, de quelques vivres et de son courage. Mais ce périple jusqu’à la grande bleue va se révéler ardu pour l’adolescente d’à peine 15 ans qui va vite se retrouver isolée dans une nature souvent hostile. Voilà en substance l’intrigue qui va guider vos pas, du moins ceux de Moira, dans A Highland Song.

Cette aventure tout en scrolling horizontal, habillé de graphismes 2D tout en dessins aux rendus peinture impressionniste, rend un vibrant hommage aux paysages de l’Écosse qu’elle se propose de nous faire découvrir. Certes, rien ne ressemble plus à une colline qu’une autre colline, et la ressemblance entre les divers environnements (assez réalistes pour le coup) ne vous aidera en rien à vous repérer au cours de votre fuite. Cependant, la balade est plaisante, d’autant qu’elle se fait au rythme de sonorités typiquement celtiques, que ce soit dans la musique composée par Laurence Chapman ou dans les morceaux plus enjoué signés Fourth Moon et Talisk, deux groupes très connus de folk écossais, qui habillent les phases de courses en rythme de notre petite fugueuse.

Lost Landway

Une fois A Highland Song lancé, il vous faudra explorer les paysages environnants afin de trouver des indices, objets et autres raccourcis (sous la forme de coupures de journaux annotés et autres dessins) pour arriver chez votre oncle dans les temps. Pour cela, vous devrez vous frayer un chemin en escaladant des parois abruptes et divers gouffres qui vous mèneront parfois au sommet de l’île sur laquelle vous êtes. Charge à vous de déterminer, avec les maigres indices que vous possédez, le nom de la colline sur laquelle vous évoluez et de trouver votre prochain chemin via les articles et autres plans que vous pourriez dégoter en cours de route.

Car si Moira sait où elle souhaite se rendre, elle ignore totalement comment atteindre son but et vous avec. Ainsi, votre avatar pourra se déplacer librement, grimper et sauter, mais tout cela sera limité par l’endurance de la jeune îlienne qui, comme on peut s’en douter, est loin d’être immense. Il faudra donc régulièrement penser à laisser Moira reprendre son souffle, avant de s’attaquer à une escalade qui se terminera en chute si elle s’avère outrepasser les forces de l’héroïne. La chute n’est bien évidemment pas le seul danger qui guette, puisque les intempéries et le vent pourront, eux aussi, faire descendre drastiquement votre jauge de santé, de même que passer la nuit hors d’un abri efficace vous contraindra à perdre (jusqu’au game over) une partie de votre jauge de façon permanente.

Ce petit aspect survie devient très vite gênant devant le peu de refuge fiables que va croiser Moira, vous contraignant à voir votre santé se réduire comme peau de chagrin au fil des jours. Voilà qui est singulièrement frustrant, sentiment qui se dispute la première place chez le joueur avec l’impression d’isolement et de solitude qui se dégage d’A Highland Song. En effet, Le nombre de personnages humains que vous rencontrerez sur votre chemin est incroyablement peu élevé et vous serez la plupart du temps totalement seul avec parfois quelques légendes qui se rappelleront à votre bon souvenir.

Balade écossaise

En effet, en filigrane de votre fuite en avant, Moira se replongera dans ses souvenirs de contes et d’histoires du pays que lui racontait son oncle quand elle était plus jeune. Et pour peu que vous vous trouviez au bon endroit au bon moment, vous pourrez expérimenter par vous-même ses légendes, notamment au détour d’une nuit mémorable près d’un vieux cimetière. Une chose est sûre, ces collines regorgent de secrets et d’histoires à découvrir et elles en ont à raconter pour peu que vous sachiez tendre l’oreille aux voix off qui jalonnent votre périple. Que ce soit la voix d’Amish ou celle de Moira, il faut bien reconnaître que le doublage dans A Highland Song est de très bonne qualité et l’accent écossais qui résonne dans ces dialogues permet une immersion immédiate.

Forcément, à arpenter les chemins, vous allez trouver divers objets sur votre route et il vous faudra être malin pour savoir quand vous devrez vous en servir, au gré d’énigmes qui viendront ponctuer votre parcours. Si tous ne vous serviront pas suivant l’itinéraire que vous allez emprunter, certains vous permettront de débloquer des passages ou des événements inattendus si tant est que vous compreniez quand et comment les utiliser, ce qui est loin d’être gagné. À différents endroits, vous aurez la possibilité d’accélérer afin de poursuivre un cerf. C’est à ce moment-là que les phases musicales se déclencheront et il s’agira alors d’appuyer en rythme sur un ou deux boutons pour continuer sa course au gré d’un morceau enjoué.

N’y voyez pas de quoi faire frémir les joueurs aguerris aux rhythm games, ces petites respirations bienvenues étant assez simples, quoiqu’assez punitives en termes de pertes d’énergie en cas d’erreurs. Cela étant, elles sont paradoxalement peu nombreuses et on aurait bien aimé qu’elles soient plus présentes au sein du jeu. Enfin, sachez qu’il est possible que vous trouviez un certain nombre de cavernes vous permettant de jouer au spéléologue, mais ces cavités, dans lesquelles votre vision sera très limitée, sont bien souvent vides et ne représentent qu’un intérêt limité niveau exploration, tout autant qu’un danger bien réel. 

Kelpie-d cette balade !

S’il y a bien une chose qui résonne en moi, c’est la tradition celtique et tout ce qui s’y rapporte de façon plus ou moins lointaine. Avec A Highland Song, j’ai eu la chance de me plonger dans cet univers que j’aime tant en incarnant la jeune Moira qui se lance dans une quête aussi périlleuse qu’initiatique pour élargir son horizon et voir la mer pour la première fois de sa vie. Si le principe du jeu peut paraître simple au premier abord, il n’en est rien et vous n’aurez que peu de chance lors de votre premier run d’atteindre l’habitation de votre oncle avant la date fatidique de Beltane.

En ce qui me concerne, il m’a fallu finir le jeu trois fois avant d’y parvenir et il est désormais certain que A Highland Song est un titre qu’il faut refaire plusieurs fois pour en apprécier pleinement la saveur. Cela étant, ne vous inquiétez pas, sa durée de vie assez courte de 5-6 heures vous permet de le recommencer à l’envi sans devoir poser une semaine de RTT. Bien que charmée par la proposition musicale et par la beauté du voyage qui se déroulait sous mes yeux, je dois bien avouer que la frustration a été une compagne omniprésente pendant quasiment toute la durée de mon périple dans les Highlands. Il faut dire que le jeu d’Inkle est assez avare en indications et que je me suis souvent perdue dans les collines, le temps passant inexorablement avant que je ne parvienne à avancer par miracle.

Pareillement, le dialecte écossais (et l’accent des voix off qui va avec), ses contractions ainsi que ses mots à consonances gaéliques ne facilitent pas toujours la compréhension, et si cela pousse l’immersion au maximum, cela risque également de représenter un mur infranchissable pour qui ne maîtrise pas bien l’anglais usuel. On ne peut pas dire que j’ai par ailleurs brillée à maintenir la jeune Moira en un seul morceau, entre le climat, ses limites physiques et surtout la difficulté de trouver un abri qui ne fasse pas baisser votre vie max pendant votre sommeil, les embûches se sont révélées assez corsées à contourner, même avec la meilleure volonté du monde.

Pour autant, la poésie inhérente à ce périple et les références à diverses légendes écossaises, on suffit à me convaincre et à me séduire assez pour que je retourne séance tenante arpenter les Highlands en compagnie de la jeune Moira.

Pour conclure…

A Highland Song est avant tout une invitation au voyage et à l’onirisme. Se perdre dans les Highlands des différentes îles qui constituent l’horizon de la jeune Moira, s’il ne s’agit pas vraiment d’une sinécure, rappelant la dangerosité de ces environnements sauvages pour qui s’y lance sans précautions, est tout de même un véritable délice. Bien que la frustration soit souvent présente et qu’il vous faudra faire un choix entre votre arrivée pour Beltane (comme demandé par votre oncle) et une exploration plus poussée des collines, votre périple se révélera passionnant pour peu que vous repartiez plusieurs fois à l’aventure. Rassurez-vous, chacun de vos itinéraires sera unique, vous permettant de vivre un récit renouvelé à chaque run. Alors êtes-vous prêt à écouter les légendes du pays ? Pour moi, c’est un aye !

La  note  de la  rédaction

3-5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Une bande son aux accents celtiques somptueuse

Une direction artistique sublime

Un voyage différent à chaque run

Les séquences de rythme apportent une touche de fantaisie

Les points négatifs

Un manque d’indication qui fait que l’on se retrouve (trop) souvent perdu

Le titre, intégralement en anglais, est déjà un frein pour certains, mais ici on parle écossais et seule une bonne compréhension de l’anglais pourra vous sauver

Les phases de rythme trop peu nombreuses

La frustration de ne pas arriver à garder sa jauge d’énergie complète face au peu d’abris fiables où passer la nuit

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