
Van Arkride est de retour et sa vie n’a décidément rien d’un long fleuve tranquille. En effet, Trails through Daybreak II lui réserve des événements plus intenses que jamais, et c’est peu de le dire ! Pas de bol pour notre héros, mais pour nous, les joueurs, les raisons de se réjouir sont multiples tant le nouveau bijou de Nihon Falcom ne manque pas d’atouts. Si vous faites partie de l’illustre confrérie des mordus de JRPG, nous vous conseillons de lire les lignes qui suivent, car il se pourrait bien que vous trouviez ici votre prochain coup de cœur.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Rappel des faits
Avant toute chose, précisons que The Legend of Heroes: Trails through Daybreak (The Legend of Heroes: Kuro no Kiseki en version originale) marquait le onzième opus de la saga Trails/Kuro no Kiseki et inaugurait un nouvel arc narratif situé dans la République de Calvard, sur le continent fictif de Zemuria. Sa suite, parue initialement au Japon le 29 septembre 2022 sur PlayStation 4 et PlayStation 5 sous l’appellation The Legend of Heroes: Kuro no Kiseki II: Crimson Sin, arrive enfin en Occident le 14 février 2025 en tant que Trails through Daybreak II. Cette nouvelle aventure est accessible sur plusieurs plateformes : PlayStation 4, PlayStation 5, mais aussi Nintendo Switch et PC via Steam, Epic Games Store et GOG.com.

Aucune excuse pour y échapper, donc. Ce deuxième volet poursuit ainsi l’arc Calvard, qui englobe les jeux se déroulant dans la République du même nom. Il constitue le quatrième arc narratif de la série, avec Trails through Daybreak, Trails through Daybreak II et Kai no Kiseki: Farewell, O Zemuria (ce dernier n’ayant pas encore été localisé). Pour les non-initiés, l’univers tentaculaire des Trails peut sembler intimidant tant les épisodes sont nombreux et interconnectés. Par ma part, j’ai découvert la saga en débutant avec les Trails of Cold Steel, une expérience qui s’est avérée totalement captivante.

Cependant, chaque titre requiert un investissement en temps non négligeable. C’est pourquoi The Legend of Heroes: Trails through Daybreak s’avérait une porte d’entrée idéale pour les nouveaux venus, introduisant un tout nouvel arc, tout en parsemant son récit de références à destination des habitués. Il est donc vivement conseillé de savourer Trails through Daybreak avant d’aborder cette suite, bien qu’un résumé clair et efficace soit disponible en option dans le deuxième volet pour faciliter la transition vers Trails through Daybreak II.
Vers les embrouilles et au-delà


Après la chute de l’organisation Almata, Van Arkride est de nouveau sollicité, cette fois-ci pour enquêter sur une série de meurtres dont la nature reste à déterminer. Le tenancier du « Bureau des Solutions ARKRIDE : Affaires compliquées uniquement », amateur de pâtisseries et de belles voitures, reprend donc du service. En tant que Spriggan (mi-chasseur de primes, mi-détective privé, 100% bad boy), il se penche d’abord sur un individu énigmatique capable de se changer en une créature rappelant le Grendel, transformation surpuissante qu’il maîtrise lui-même. L’affaire prend une ampleur insoupçonnée, révélant des enjeux bien plus dramatiques que Van ne l’avait imaginé.



Les appareils nommés Genesis occupent à nouveau une place centrale dans le récit, un pan de l’histoire porté notamment par Agnès Claudel, figure bien connue des joueurs du premier opus. Évidemment, l’intrigue multiplie les révélations, les faux-semblants et les twists fracassants (une tradition de la franchise), tout en développant encore davantage le background des personnages. On retrouve d’ailleurs avec plaisir les figures incontournables du précédent volet. Cette nouvelle page de l’épopée Daybreak marque également l’arrivée remarquée de Swin Abel et de Nadia Rayne, transfuges de Trails into Reverie.


Un duo rafraîchissant qui vient enrichir la dynamique du groupe. Mais nous n’en diront pas plus ! Pour éviter de révéler des éléments cruciaux de cet opus ainsi que du précédent, mieux vaut s’arrêter là et laisser agir le merveilleux et insondable sentiment de découverte. Tout du moins, pour celles et ceux qui n’ont pas de souci avec l’anglais, aucune traduction française n’étant hélas disponible (une fois encore).
Pour quelques ingrédients de plus

Dans les grandes lignes, on retrouve la structure qui fonctionnait déjà très bien dans le premier épisode, lui-même s’appuyant sur l’expérience globale de la saga, et plus particulièrement sur les Trails of Cold Steel. On oscille ainsi entre phases d’investigation, de dialogues et de combats, progressant à travers une série de chapitres bien définis. On appréciera à nouveau la vie foisonnante grouillant dans les différentes villes et cités que l’on peut arpenter (certaines étant déjà connues des fans). Chaque personnage rencontré a quelque chose à dire, et leurs dialogues évoluent au fil des événements. On retrouve aussi le principe d’alignement dynamique (des statistiques sociales à la Persona que l’on récolte lors des quêtes secondaires) ou encore le système de notation intervenant à la fin de chaque chapitre.



Pour les plus curieux et persévérants (les amateurs de Persona y retrouveront une densité de dialogues similaire), l’univers fourmille de détails et de secrets. Il est tout à fait possible de pousser Trails through Daybreak II au-delà des 100 heures de jeu tout en continuant à découvrir de nouveaux éléments. Pour une expérience plus “condensée”, comptez entre 50 et 70 heures pour atteindre le générique de fin, selon votre implication dans les quêtes annexes. Solide sur ses bases, The Legend of Heroes: Trails through Daybreak II apporte néanmoins quelques nouveautés, à commencer par une structure narrative moins linéaire, tout du moins en apparence.

Car c’est avec un habile sens de l’habillage que Falcom vous offre une impression de diversité accrue. Cela passe par le choix du sous chapitre à exploser en priorité à l’intérieur d’un nouveau chapitre (avec certains membres du groupe qui se séparent pour mener leur mission dans différentes régions), par l’exploration d’un monde virtuel (nous y reviendrons) ou par un système de retour dans le temps qui diversifie davantage l’expérience. Parlons-en justement, de ces petits come-back temporels. Après un événement dramatique, on nous ramène automatiquement à un moment clé du passé, nous offrant ainsi la possibilité de prendre une autre décision qui pourrait conduire à un dénouement plus favorable pour nos héros. Cette mécanique, bien que scriptée, permet d’explorer différentes facettes d’un événement et, parfois, de revisiter certaines zones sous un nouvel angle.

Plus on progresse, plus ces retours dans le temps peuvent nous ramener loin dans le fil du chapitre en cours, révélant des embranchements narratifs alors insoupçonnés. Certains pourraient y voir un subterfuge artificiel pour allonger la durée de vie, mais la richesse du contenu des Trails est telle que ce procédé s’intègre naturellement à l’expérience sans donner l’impression d’un simple stratagème. De plus, ces retours en arrière, bien qu’imposés, insufflent une intensité dramatique non négligeable, renforçant notre engagement et offrant bien souvent des scènes d’une puissance émotionnelle bouleversante.


Mais ce n’est pas tout. Certains chapitres intègrent des mécaniques spécifiques, comme par exemple l’IA du noyau holo, la pimpante Mare, qui peut être directement manipulée pour pénétrer différents systèmes de sécurité. Ou encore le personnage de Quatre qui, à travers ses fidèles robots FIO et XEROS, vous permettra de pénétrer des complexes hyper sécurisés ou de dénicher des objets ici et là, en creusant au sol. Pour sa part, Swin est régulièrement mobilisé pour des phases de filatures qui, tout en s’inspirant de celles qu’on a pu voir dans les Judgement de Sega, sont ici plutôt ratées et risibles (comme en atteste le screenshot ci-dessous).


C’est d’ailleurs le seul loupé de cet épisode. Rien de bien dramatique, car ses phases interviennent peu souvent. On notera par ailleurs que les mini-games sont plus nombreux qu’auparavant, comme le jeu de carte Seven Hearts, le basket-ball et autres joyeusetés. La grande majorité de ces moments récréatifs n’étant pas indispensables, c’est à la discrétion de chacun de s’y adonner.

Un petit tour dans le jardin

Autre ajout de taille : le Märchen Garten (“Le Jardin des contes de fées” en allemand), un espace virtuel où les joueurs peuvent constituer librement leur équipe afin d’explorer différents « étages » qui se débloquent progressivement. Chaque étage est subdivisé en plusieurs zones, que l’on peut parcourir librement en fonction des récompenses spécifiques qu’elles proposent, ainsi que des défis qu’elles demandent (tuer un nombre précis d’ennemis, détruire tant d’objets, activer des piliers, etc.). Au sommet de chaque étage, un boss redoutable nous attend. Par la suite, il suffit de patienter jusqu’à ce que l’étage suivant se débloque (nul besoin de vérifier cela par soi-même, la charmante Mirabel nous prévient lorsque c’est le cas).


Un jeu dans le jeu en somme, accessible à tout moment et dont l’objectif principal est la collecte de cristaux servant à débloquer diverses récompenses. Ces cristaux permettent d’analyser des Cubes Mystiques, lesquels octroient des bonus précieux. Plusieurs autres fonctionnalités viennent enrichir le Märchen Garten, notamment l’amélioration des coups spéciaux des personnages, la restauration des points d’artisanat (PC), la vente d’objets et l’accès à une variété d’épreuves rigolotes. Par ailleurs, ces cristaux si précieux ne se trouvent pas uniquement dans le Märchen Garten : ils sont aussi dissimulés dans le « monde réel ». Pour les repérer, il convient de scanner son environnement (d’une simple pression sur le stick droit) afin de détecter ces ressources cachées.

Double Impact

L’un des apports les plus marquants de Trails through Daybreak résidait dans son approche hybride du combat. Et on le retrouve avec joie ici. Il est donc toujours possible d’alterner entre action en temps réel (comme dans n’importe quel action-RPG) et un système classique de tour par tour. Commencer à enchainer des ennemis en mode action-RPG, les achever ou passer en mode tour par tour pour les plus coriaces (en leur balançant des malus au passage), procure une dose d’adrénaline toujours aussi jouissive. Tout s’enchaîne sans chargement ou changement de perspective, avec une insolente fluidité. En outre, ce système permet de mieux adapter les stratégies selon les ennemis rencontrés.



On retrouve aussi le principe de coopération, permettant de déclencher des attaques combinées et autres coups spéciaux lorsque deux combattants se trouvent à proximité. La frise indiquant l’ordre des actions est également de la fête, ce qui fera plaisir aux fans de Grandia ou de Final Fantasy X. En mode action RPG, il est possible de changer de personnages à la volée, chacun ayant ses mouvements et coups spéciaux dédiés. Sans opter pour un monde ouvert, les différentes zones que l’on arpente se montrent suffisamment larges et bien conçues pour que les expéditions punitives demeurent un régal de chaque instant. Sur ces bases, le système de combat appose une multitude de couches de possibilités et d’options qui étoffent massivement l’expérience, sans jamais frôler l’indigestion. Libre à chacun de les explorer selon ses envies.



Des pierres qui ne laissent pas de marbre
Trails through Daybreak II conserve le système de gemmes de l’épisode initial, avec des pierres magiques appelées Quartz (à collecter ou à fabriquer), et qui confèrent diverses capacités et pouvoirs aux personnages. Chaque protagoniste dispose de plusieurs slots de personnalisation via leur appareil Xipha, où ces pierres magiques peuvent être insérées stratégiquement, selon leur nature et leur niveau d’évolution. La personnalisation est plus que jamais à l’honneur, et permet de multiplier les approches, qu’elles soient offensives, défensives ou équilibrées.

Ceux qui préfèrent optimiser chaque détail peuvent passer du temps à ajuster ces paramètres manuellement, tandis que les joueurs cherchant plus de simplicité peuvent activer une personnalisation automatique adaptée à leur style de jeu. Cette flexibilité s’étend également aux équipements et aux accessoires, avec un système laissant le choix entre une gestion libre ou assistée. Les Trails (comme les titres Falcom d’une manière générale) ont toujours mis un point d’honneur à proposer des options de confort, et cet opus ne fait pas exception : différents niveaux de difficulté, voyages rapides, accélération de l’action, accès simplifié aux boutiques via un terminal portable, etc. Tout est pensé pour rendre l’expérience fluide et agréable.
Quand le charisme le dispute à la sobriété

Comme toujours, il est difficile de résumer toute la profondeur du gameplay d’un Trails sans trop en dévoiler, mais Trails through Daybreak II regorge de mécaniques à explorer. Les amoureux de game system profonds vont s’en donner à cœur joie, tout comme ceux qui ne veulent pas trop se prendre la tête, grâce aux options de confort évoquées plus haut. Pour ce qui est de la réalisation, le radotage est encore de mise, mais il est bon de rappeler que les créations de Falcom n’ont pas les moyens de rivaliser avec les productions AAA.



Fidèle à son approche artisanale, le studio japonais se rattrape avec une direction artistique soignée, des personnages marquants et une atmosphère délicieuse de chaque instant. Tout cela est épaulé, bien sûr, par une bande-son à la hauteur des autres productions maison, même si on ne retrouve pas la maestria des derniers Ys (du même studio). Côté doublage, la qualité est encore au rendez-vous, que ce soit en japonais ou en anglais. Même si l’on retrouve ce décalage un peu curieux au sein d’une même scène, avec certaines lignes de dialogue bénéficiant d’un doublage tandis que d’autres en sont dépourvues. Néanmoins, on s’y habitue très vite.

Après un premier essai déjà convaincant, The Legend of Heroes: Trails through Daybreak II assoit d’autant plus Van et ses camarades à la table des grands du JRPG. Encore plus haletant et bénéficiant d’ajouts de toutes parts, cet épisode 2 est à posséder d’urgence. Avec son système de combat aussi profond que nerveux, son intrigue bien ficelée et ses personnages délicieusement charismatiques, on se demande comment ne pas tomber sous le charme du menu alléchant mitonné par Falcom.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Encore plus captivant que le précédent
Les deux modes de combats jumelés, toujours une grande réussite
Un gameplay soignée à l’extrême et d’une richesse vertigineuse
Un casting toujours aussi attachant
Des mélodies excellentes en tout point
Un contenu général d’une générosité insolente
Plusieurs niveaux de difficulté disponibles
Des options de confort pour se faire une aventure à la carte
Les points négatifs
Pas de traduction française
Des phases de filatures ratées
Un peu trop bavard pour son propre bien ?




