
La sortie de The Legend of Heroes : Trails Beyond the Horizon (Kai no Kiseki: Farewell, O Zemuria pour les initiés) constitue un véritable événement pour les férus de cette saga fleuve. Cet épisode marque en effet l’entrée officielle dans la phase finale des Trails, une information confirmée par Toshihiro Kondo, PDG de Nihon Falcom. Paru en 2024 au Japon et prévu sous nos latitudes le 15 janvier 2026 sur PlayStation 4, PlayStation 5, Switch, Switch 2 et PC, cet opus ne manquera pas de faire vibrer les fans, aussi bien sur le fond que sur la forme.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Un héritage titanesque
Depuis plus de deux décennies, la force de la série Kiseki réside dans la construction d’un univers démesuré. Là où d’autres JRPG repartent de zéro à chaque épisode, Falcom ne cesse de tisser une toile unique, prenant pour terrain de jeu le continent fictif de Zemuria. Trails Beyond the Horizon se présente comme un point de convergence critique, où se croisent les arcs de Liberl (la trilogie Trails in the Sky), d’Erebonia (la quadrilogie Trails of Cold Steel et Trails into Reverie) et de Calvard (Trails Through Daybreak et Trails through Daybreak II). Une nuance mérite toutefois d’être soulignée : Trails Beyond the Horizon s’inscrit lui aussi dans l’arc de Calvard.

Quoi qu’il en soit, c’est une véritable célébration pour les initiés, car il ne s’agit plus ici de simples caméos destinés à flatter les fidèles de longue date, mais d’une nécessité narrative. Face à l’ampleur de ce qui se prépare, aucun personnage ne peut rester sur la touche. Trails Beyond the Horizon convoque ainsi l’ensemble des héros que nous aimons, avec des enjeux toujours plus prenants. Quid de l’intrigue donc ? Nous nous tiendrons ici au pitch de base, car il serait criminel de “divulgacher” le moindre détail pour les mordus des Trails. Quant aux nouveaux venus, nous leurs conseillons de commencer par l’incontournable The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter, la meilleure porte d’entrée pour se lancer avec panache dans la licence (et accessoirement, le meilleurs RPG de l’année 2025).


Indéniablement, il est compliqué de savourer ce nouvel épisode à sa juste valeur sans avoir un minimum de connaissances envers la franchise. Malgré des résumés, une timeline complète et l’ajout du Timely Terms (une option donnant des précisions en temps réel sur les termes employés par les différents acteurs de l’histoire), mieux vaut avoir un peu de bagages en arrivant. Précisions étant faites, contentons-nous de dire que Trails Beyond the Horizon nous propulse au cœur de la République de Calvard, en l’an 1209. Le président Roy Gramheart lance enfin son “Projet Startaker”, dont l’objectif officiel est d’envoyer la première fusée habitée dans l’espace. Sans surprise, cette opération dissimule des desseins bien plus sombres. Van Arkride et les membres de l’agence Arkride Solutions se retrouvent alors au centre d’une tempête géopolitique, et nos héros ne seront pas les seuls à agir pour éviter le pire.
Une narration plus audacieuse que jamais

Si The Legend of Heroes : Trails through Daybreak II avait introduit le concept de boucles temporelles de manière encore expérimentale, Beyond the Horizon poursuit l’exploration de cette thématique avec malice. Les notions de destin, de choix, de bien et de mal y sont ainsi mises à rude épreuve, conférant au titre de Falcom une épaisseur singulière, qui n’appartient qu’à lui. Pour porter ce récit complexe, les développeurs reprennent le concept de Cross Story, un choix sans doute évident au regard de la densité narrative de Beyond the Horizon. Le jeu alterne ainsi entre trois routes majeures.


Celle de Van Arkride, bien sûr, étant au centre de l’intrigue. Notre spriggan amateur de pâtisseries — héros de Trails through Daybreak et Trails through Daybreak II continue de naviguer dans les zones grises de Calvard, mais se voit ici confronté de manière brutale à son propre passé et à sa nature profonde. Nous suivons également la route de ce cher Rean Schwarzer, figure emblématique de la saga Trails of Cold Steel, que l’on découvre avec une maturité encore plus affirmée. Exit l’étudiant tourmenté de l’académie Thor : notre homme est désormais un instructeur respecté et un sabreur accompli, servant de pilier moral à l’équipe.

Enfin, la troisième route est celle de Kevin Graham, divine surprise de cet épisode. Kevin Graham, aperçu dans Trails in the Sky SC et surtout Trails in the Sky the 3rd, signe un retour remarqué. L’aventure du chevalier Gralsritter de l’Église Septienne bénéficie d’une écriture particulièrement inspirée. Il faudra donc osciller entre ces trois parcours, segmentés en chapitres, et mettant à notre disposition des phases d’investigation, de quêtes annexes, de dialogues et de combats. N’oublions pas non plus les phases se déroulant dans le Grim Garten, héritier du Märchen Garten de Trails through Daybreak. Il s’agit d’un nouvel espace virtuel permettant d’explorer différents “étages” qui se débloquent progressivement : des zones truffées d’ennemis, assorties de conditions spécifiques à remplir (effectuer un certain type d’attaques un nombre défini de fois, par exemple). L’occasion idéale de récupérer un maximum de bonus et d’objets.



Hybride jusqu’à la pointe de l’épée
La formule de la saga a toujours évolué, mais avec cet opus, elle atteint une forme de perfection. Le système de combat hybride inauguré dans Daybreak et sublimé dans The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter, mêlant avec audace les rixes en temps réel et les affrontements au tour par tour, s’avère une nouvelle fois d’une efficacité exemplaire. Les combats en temps réel se voient enrichis de nouvelles options qui rendent l’ensemble encore plus jouissif et nerveux, tandis que les affrontements traditionnels au tour par tour bénéficient eux aussi d’ajouts pertinents. Nous avons déjà détaillé les mécaniques riches et singulières de The Legend of Heroes : Trails through Daybreak, inutile donc de céder aux périphrases et aux redondances.



Retenons simplement que toutes les qualités déjà connues sont présentes, enrichies de nouvelles idées venant encore pimenter la formule — si tant est que cela fût possible. Citons notamment le Z.O.C. (Zone of Control), qui permet de déclencher un état temporaire de force accrue en mode action-RPG. Celui-ci offre des attaques d’une puissance redoutable, qu’il convient d’exploiter efficacement dans le laps de temps imparti, tout en les combinant avec d’autres actions (esquive et attaques spéciales associées, magie, etc.). Une fois encore, toutes les surcouches de gameplay se complètent et communiquent entre elles, dans une fluidité exemplaire.



Le système de gemmes — les célèbres Quartz — est bien évidemment de la partie. Ces pierres magiques, que les joueurs peuvent collecter ou fabriquer, confèrent compétences et pouvoirs aux personnages. Chaque héros dispose d’un dispositif appelé Xipha, doté de plusieurs emplacements dans lesquels les Quartz sont insérés de manière stratégique. Leurs effets dépendent de leur nature et de leur niveau d’évolution. Ce principe immuable place la personnalisation au cœur de l’expérience, offrant une grande liberté pour développer des stratégies variées : offensives, défensives ou équilibrées.

Immersion garantie !


Falcom n’a jamais été un studio à la pointe de la technique pure, privilégiant avant tout la direction artistique et la prise en main. Récemment, une avancée notable en la matière a toutefois été opérée avec The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter. Beyond the Horizon s’inscrit, pour sa part, dans la continuité de ses prédécesseurs. Si l’ensemble reste très agréable à l’œil — avec une mise en scène toujours aussi inspirée — cet épisode ne peut rivaliser visuellement avec le remake de Trails in the Sky. Notons toutefois que Beyond the Horizon tourne sur PlayStation 5 en 4K à 60 FPS, offrant un confort de jeu indéniable. Les expressions faciales se révèlent plus travaillées que dans les précédents Daybreak, et les environnements parcourus demeurent particulièrement plaisants, même si certains proviennent d’épisodes antérieurs.


Rien qui n’entrave le plaisir de retrouver cette atmosphère si caractéristique de la série, fourmillant de vie, avec des PNJ plus bavards que jamais. Impossible d’évoquer un jeu Falcom sans mentionner sa bande-son. Cette dernière se montre encore très efficace, mêlant l’énergie rock propre aux combats à des nappes plus synthétiques et éthérées. Petit bémol cependant : je trouve l’OST un poil moins marquante que dans les épisodes précédents (un ressentit tout à fait personnel). Le doublage, en japonais comme en anglais, se montre une nouvelle fois à la hauteur. On regrettera toutefois l’absence de traduction française, les textes n’étant disponibles qu’en anglais.

Trails Beyond the Horizon est un titre paradoxal. D’un côté, il concentre tout ce qui peut être perçu comme des défauts par les non-initiés : une densité de texte impressionnante, la nécessité de bien connaître l’univers pour en saisir toutes les nuances, et un rythme qui prend son temps. Mais pour les fans, c’est un immense cadeau. Un bonheur de chaque instant qui fait montre de la maîtrise parfaite de Falcom. Ainsi, pour les nouveaux venus dans cette saga foisonnante, il est vivement conseillé de débuter par l’excellent Trails in the Sky 1st Chapter avant de se plonger dans les autres arcs. Cependant, pour les vieux routards des Trails, Beyond s’avère indispensable, tout simplement.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une réunion épique des trois arcs (Liberl, Erebonia, Calvard) parfaitement gérée
Le système de combat hybride au sommet de son art grâce au Z.O.C. et au Blitz
Des révélations majeures sur le lore qui récompensent 20 ans de fidélité
La mise en scène des attaques spéciales est toujours un bonheur !
Un confort de jeu inégalé
Les points négatifs
Pas de traduction française
Des kilomètres de textes qui peuvent assommer
Un ticket d’entrée narratif beaucoup trop élevé pour les nouveaux venus




