The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter

Nihon Falcom avait jeté les bases d’une saga tentaculaire en 1989 avec Dragon Slayer. Mais c’est en 2004, avec The Legend of Heroes : Trails in the Sky, que le studio japonais avait passé la vitesse supérieure en misant, plus que jamais, sur un univers persistant, des intrigues connectées et une écriture résolument centrée sur les personnages. Vingt ans plus tard, ce grand classique nous revient plus flamboyant que jamais via un remake intégral qui, pour la première fois, offre une traduction française complète sur Switch, PS5 et PC. C’est une bonne nouvelle pour les fans, mais aussi pour celles et ceux qui voudraient se lancer dans l’une des meilleures franchises du JRPG.

Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.

L’amour en héritage

Rappelons avant toute chose que les Trails ne forment aucunement une série d’aventures autonomes. C’est une chronique continue où chaque arc explore une région du continent de Zemuria, tisse ses intrigues politiques, réactive d’anciens visages et fait progresser un univers tout entier. Le premier épisode de 2004 a posé tous les fondamentaux : un pays crédible où les personnages (principaux et secondaires) évoluent véritablement, des quêtes qui racontent la vie locale, et le principe de Quartz (qui n’est pas sans rappeler les Materias de Final Fantasy VII) comme colonne vertébrale du système de progression.

Le remake dont il est ici question dépasse largement le simple lifting visuel. Il s’impose comme une véritable porte d’entrée vers l’univers Trails. Intégralement recréé en 3D moderne, The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter profite d’une lisibilité renforcée, d’interfaces épurées et d’une mise en scène repensée dans ses moindres détails. Toute l’expérience acquise par Falcom au fil des décennies y converge, condensée et sublimée. L’ambition est claire : rendre la série accessible à un nouveau public sans trahir les attentes des fans historiques. Une stratégie d’ouverture déjà perceptible dans l’évolution récente de la saga Ys, dont les dernières itérations comptent parmi les références actuelles du genre Action-RPG (jouez absolument à Ys VIII : Lacrimosa of Dana, Ys IX : Monstrum Nox et Ys X : Nordics !).

Estelle et Joshua : l’amour du risque

L’histoire prend place dans le royaume de Liberl, en l’an 1202 du calendrier orbalien. On y suit Estelle et Joshua Bright, deux jeunes apprentis de la Guilde des Bracers — traduits ici par Égides dans la localisation française — dont le quotidien bascule lorsque Cassius Bright, père d’Estelle et Bracer de renommée nationale, disparaît mystérieusement. Les Bracers sont des agents indépendants œuvrant pour la stabilité du continent de Zemuria : médiateurs, enquêteurs et protecteurs, ils veillent à la sécurité des civils et interviennent là où les institutions officielles peinent à agir. Bien qu’ils ne relèvent d’aucun gouvernement, ils collaborent ponctuellement avec l’armée ou la garde royale, incarnant un idéal de justice pragmatique et apolitique. Falcom applique ici sa philosophie éprouvée : chaque chapitre s’enracine dans une ville ou un district avec ses enjeux économiques, ses tensions civiques, ses crises en miniature.

Les PNJ réagissent aux événements, évoluent au fil des rebondissements, ce qui donne plus que jamais une impression de monde “vivant”. Estelle et Joshua Bright poursuivent plusieurs buts à la fois : obtenir leur statut de Bracers confirmés en parcourant le royaume et en accomplissant diverses missions, retrouver leur père mystérieusement disparu, et démêler une conspiration dont les ramifications s’étendent et gagnent en complexité à mesure que se déroule le récit. Ce jeune duo, qui est donc au centre du scénario, est attachant à plus d’un titre. De son côté, Estelle impulse la narration avec une énergie débordante. Directe, volontaire, toujours partante, elle est un peu la tête brûlée du couple. Elle apprend par l’expérience, se trompe, ajuste, évolue, mais ne se laisse jamais abattre. Joshua, lui, est plus réfléchi. Calme, précis, il paraît plus mature, mais on sent dès les premières heures de l’intrigue qu’il cache quelque chose de lourd.

Ce binôme fonctionne par contraste et par compréhension mutuelle. Bref, il se complète parfaitement. Mais la relation entre Estelle et Joshua se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. Joshua, recueilli par Cassius Bright et élevé aux côtés d’Estelle, n’est pas lié à elle par le sang, et cette proximité ambiguë nourrit une tension émotionnelle à la fois douce et troublante. Falcom aborde cette situation avec beaucoup de finesse, laissant les gestes, les silences et les regards traduire des sentiments qui n’émergent pas au même rythme chez chacun d’eux. Au fil du voyage, Estelle et Joshua ne resteront pas seuls longtemps.

Scherazard Harvey (mentor affûtée et adepte de beuveries), Olivier Lenheim (un mystérieux musicien qui fait la cour à tout ce qui bouge), Agaté Crosner (un Bracer au caractère bien trempé et qui n’a pas la langue dans sa poche), Tita Russell (une petite fille ingénieur qui manie des armes à feu destructrice) et enfin, le massif Zin Vathek (un autre Bracer), sont autant d’alliés qui viendront partager une belle tranche de vie avec nos héros. Selon les événements, les équipes se créent, se défont et se reforment. Tant est si bien qu’il est bien compliqué de se lasser tant les configurations varient. A plus forte raison que les enjeux et les scènes dramatiques n’excluent pas pour autant les séquences humoristiques ou plus contemplatives. Un métissage des genres qui concours à faire de ce RPG une œuvre somme où tout le monde trouvera son compte.

Des mécaniques en or massif

En terme de boucle de gameplay, on retrouve dans Trails in the Sky 1st Chapter les grandes lignes des Trails “modernes”. Ceux qui ont déjà savouré The Legend of Heroes : Trails of Cold Steel ou The Legend of Heroes : Trails through Daybreak ne seront pas dépaysés. Liberl se parcourt par zones interconnectées et différentes villes et lieux clés. Les trajets entre chaque destination récompensent l’exploration et outre les combats (nous y reviendrons), des coffres, des ressources et des passages secrets sont à dénicher. Sans parler des actions à réaliser pour diverses quêtes annexes. Car en tant que Bracer (oui, j’ai un peu de mal avec le terme “Egide”, je dois bien le reconnaître), les différents bureaux de la Guilde vous proposent des missions diverses et variées, que vous pouvez accepter ou non. Enquêtes, escortes, traque ou dépannage, les motifs ne manquent pas.

Les minis jeux et petits défis placés ici et là pullulent également, sans être obligatoires pour autant, chacun peut piocher là où bon lui semble. Concernant le cœur du système de progression, nous avons à nouveau affaire aux systèmes des Quartz, qu’il convient d’insérer dans le menu prévu à cet effet. Toujours aussi bien intégré au lore, cette technologie est indispensable pour augmenter ses stats mais aussi débloquer toute une panoplie de capacités offensives ou passives. Sachant que l’on retrouve les systèmes de magie, d’actions spéciales et d’attaques combinées qui ont déjà fait le succès des précédents opus. Le joueur doit composer avec plusieurs jauges et paramètres de combat, mais, fidèle à la tradition Falcom, l’ensemble reste d’une fluidité exemplaire. La densité des mécaniques n’empêche jamais la clarté : chaque système s’emboîte naturellement, sans surcharge ni complexité artificielle.

On se surprend à maîtriser des outils pourtant riches en profondeur, preuve d’un savoir-faire d’ergonomie et de design que peu de studios égalent. Falcom parvient ainsi à concilier exigence stratégique et accessibilité immédiate, une alchimie rare dont bien des développeurs gagneraient à s’inspirer. Plus que jamais, les options de confort sont reines. Tout est mis en place pour vous faciliter la vie : clarté des menus, sous-menus et des icônes, difficulté ajustable en permanence. sauvegardes flexibles, récapitulatifs consultables depuis le journal, voyage rapide, vitesse x2 pour les trajets et affrontements routiniers, etc. Du petit lait !

Le meilleur système de combat de l’Histoire ?

Sur le plan des combats, The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter reprend la formule hybride popularisée par les Trails through Daybreak. Le joueur peut ainsi choisir d’engager les affrontements en temps réel, pour neutraliser ou désorganiser les ennemis, avant de basculer à tout moment en tour par tour d’une simple pression de touche. Les deux systèmes ne cohabitent pas simplement : ils font corps, interagissent et se complètent, générant bonus, effets contextuels et enchaînements spectaculaires. L’alternance est fluide, nerveuse, magnifiée par une mise en scène dynamique. Chaque transition entre action et stratégie crée une montée d’intensité immédiate, tout en conservant la profondeur tactique propre à l’école Falcom. Le résultat est d’une cohérence rare : un système qui valorise l’intention du joueur, récompense la planification sans brider le plaisir instinctif. En matière de JRPG, c’est tout simplement l’un des systèmes de combat les plus aboutis et stimulants jamais conçus.

Un écrin étincelant

En vrai bon remake qui se respecte, Trails in the Sky 1st Chapter a refait toute la déco, du sol au plafond. La direction artistique conserve l’identité anime/manga caractéristique de la franchise tout en la plongeant dans une 3D plus affutée que jamais. Silhouettes expressives, expressions du visage soignées, palettes de couleurs éclatantes, villes plus animées que jamais : le boulot abattu est énorme, surtout pour une structure qui, rappelons-le, n’a pas les moyens des plus grosses productions. Les effets lumineux et les animations de combat gagnent également en énergie sans renier le charme “à l’ancienne” typique de Falcom. Pour ce qui de la partie sonore, c’est une fois encore la régalade. La Falcom Sound Team alterne entre thèmes d’exploration enlevés, passages tendres pour les respirations, et motifs héroïques pour les apothéoses. Les transitions épousent mieux les événements et l’orchestration respecte les leitmotivs historiques de la série. Du tout bon !

Pour conclure…

Encore une belle claque signée Falcom ? Oui, mille fois oui ! The Legend of Heroes : Trails in the Sky 1st Chapter hérite de toute l’expérience acquise par la série depuis des années. Ce remake s’est abreuvé généreusement dans la fontaine de ses aînées, et grand bien lui en a pris ! Avec son casting solide, sa robe étincelante, son ergonomie inimitable et son gameplay prodigieux qui donnerait des leçons à bien des hits du genre, ce RPG est à mettre dans toutes les mains. Indispensable.

La  note  de la  rédaction

5/5

Les notes de la rédaction

Les points positifs

Texte intégralement en français et confort moderne qui abaissent drastiquement la barrière d’entrée

Un casting attachant avec un duo de choc à sa tête

Système de combat hybride extraordinaire

Mise en scène de folie pour les coups spéciaux

Monde réactif où PNJ et villes évoluent véritablement au fil des chapitres

Un principe d’upgrade des personnages profondément gratifiant

Direction artistique séduisante en diable

Belle durée de vie avec 50 heures minimum pour voir le principal

Les points négatifs

La voix d’Estelle en version américaine, un peu nasillarde

La caméra qui se place parfois mal durant les combats

Rien d’autre

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