Swingin’Dragon & Tiger Boogie continue son exploration musicale du Japon d’après-guerre à travers l’épopée artistique et sentimentale de la jeune Tora, chanteuse de Jazz surdouée mais quelque peu naïve. Ce voyage initiatique se poursuit donc avec un tome 3 tout en rebondissements et pics d’énergie.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
L’ensemble Swingin’Tiger Boogie est en crise ! Non seulement Tora a failli être kidnappée par Jutaro sur ordre de son oncle, mais leur employeur a résilié leur contrat sans préavis.
Mangetsu
On Prend les Mêmes…
Dans le tome précédent de Swingin’Dragon & Tiger Boogie, nous avions laissé Tora sur le départ. En effet, son cousin, tout droit débarqué de leur campagne natale à tous les deux, venait de la rejoindre à Tokyo afin de la ramener dans sa famille. Une fatalité que la jeune chanteuse avait finalement acceptée à contrecœur. Dans ce tome 3, nous assistons dès les premières pages à un retournement de situation qui va permettre à la jeune Tora de continuer à exercer son talent dans le groupe de jazz qui l’entoure. Mais la vie d’artiste pour une formation japonaise n’est définitivement pas de tout repos dans un pays où la domination américaine fait sa loi.


Face à cette débâcle, Maruyama revoit complètement sa stratégie : transformer Tora en star. Il s’engage alors dans une campagne promotionnelle intense, allant jusqu’à frapper à chaque porte.
Mangetsu
Entre Musique et Modernité
Koukou Haida épouse de plus en plus le style de Monkey Punch, notamment dans ses scènes de péripéties, mêlant action et comédie, nous plongeant dans un Japon où Lupin III aurait tout à fait sa place. Tora est plus que jamais attachante, débordant de talent, d’énergie et d’optimisme, et ce malgré plusieurs revers. Ce tome 3 n’explore plus uniquement les règles de la vie urbaine sous occupation mais également les mœurs et coutumes de la campagne japonaise, qui se voient fortement remises en question par la modernité ambiante. L’autre grande thématique de ce tome 3 de Swingin’Dragon & Tiger Boogie est la tension qui peut se créer dans un groupe musical lorsque tous les membres ne sont pas sur la même longueur d’onde…

En effet, la petite formation qui entoure Tora, très talentueuse mais limitée dans sa progression dans ce Japon sous occupation, doit sans cesse trouver de nouvelles astuces et de nouvelles idées d’évolution si elle désire réellement percer dans le milieu, voire même si elle désire simplement jouer dans certains lieux prestigieux. Vont en découler une série de décisions importantes et parfois difficiles pour le groupe, heureusement toujours dans une certaine bonne humeur et une bienveillance constante. Nous explorons enfin la relation entre Tora et Odajima, toujours aussi belle, tendre et intéressante. Chaque personnage important trouve sa place et l’auteur parvient à leur donner une belle envergure au fil des tomes.

Maruyama, par exemple, sera plus présent dans ce tome 3 de Swingin’Dragon & Tiger Boogie, prenant toujours les décisions importantes pour le groupe, il gagne en profondeur et en maturité, épousant toujours un peu plus sa ressemblance avec le Lupin de Monkey Punch. Cerise sur le gâteau, là où dans le tome 2 j’avais un peu déploré l’absence de la thématique musicale afin de développer l’aspect relationnel des protagonistes, cette fois l’auteur de Swingin’Dragon & Tiger Boogie revient aux thématiques artistiques et musicales du premier tome.

Nous aborderons notamment le lien qui peut unir un musicien à son instrument, la peur de pouvoir le perdre, ainsi qu’un attachement presque viscéral qui peut se créer parfois entre l’objet et l’artiste. Cela rappelle évidemment l’emphase que Koukou Haida se permettait de mettre sur la contrebasse que transporte Tora au début du récit, et nous retrouvons ici ce style de mise en valeur, avec, en plus, une exploration des autres membres du groupe, qui étaient plutôt en retrait jusque-là. Un tome 3 donc très réussi, qui retourne aux sources du tome 1 tout en poursuivant les thématiques développées dans le tome 2 (vous suivez toujours ?).
Cependant, des tensions surgissent au sein du groupe, certains membres étant insatisfaits de la situation difficile. Pire encore, ils font la découverte d’une autre « Tora », plus que prometteuse…
Mangetsu
Ça Swingue
Côté dessins, l’auteur continue de nous ravir avec son trait spontané et dynamique. Il semble assumer de plus en plus son penchant pour l’humour, le grand-guignolesque et les scènes d’actions et de courses-poursuites. Une thématique qui n’était pourtant pas spécialement facile à intégrer à l’histoire du manga, mais qu’il parvient à utiliser avec parcimonie et intelligence. Tora est toujours aussi bien représentée, alternant de bonnes bouilles d’incompréhension, des colères très expressives, et de superbes poses d’artiste de swing lorsqu’elle exerce son art avec brio. Personnellement, j’apprécie toujours autant les planches mettant en scène les prestations musicales du groupe, très inspirées, je pense, des photos d’époque.

Elles rendent parfaitement les rythmes endiablés que doit jouer le groupe ainsi que les sessions de chant de Tora. Enfin, derrière toute cette dynamique, cet humour et cette action, Koukou Haida n’en oublie pas de continuer à dresser un portrait très documenté de l’époque où il place son récit, en témoignent les décors très réussis ainsi que les habits que portent les protagonistes, qu’ils soient civils ou militaires. Nous retrouvons d’ailleurs les petites capsules explicatives sur le milieu musical du Japon d’après-guerre, parfois concernant les salles de concerts, parfois concernant l’industrie musicale en elle-même, avec cette fois une emphase mise sur la façon dont les médias (la radio surtout) étaient réglementés en ces temps-là. Vous l’aurez compris, Swingin’Dragon & Tiger Boogie continue de nous cultiver tout en nous passionnant par sa narration.
Ce tome 3 de Swingin’Dragon & Tiger Boogie continue son bonhomme de chemin de manière très réussie et très prenante. L’équilibre entre musique, développement de caractères et Histoire (avec un grand H) demeure présent, explorant toujours un peu plus en profondeur le Japon d’après-guerre, époque intéressante à souhait. De plus, la musique retrouve cette fois sa place centrale, là où elle avait été un peu délaissée dans le tome 2.




