Dans Swingin’ Dragon & Tiger Boogie – Tome 2, nous retrouvons notre groupe de jazz préféré d’après-guerre (qui n’a toujours pas de nom officiel) et en apprenons un peu plus sur les trois membres principaux : Tora, notre héroïne, toute jeune chanteuse à l’énergie toujours aussi débordante, Tatsuji, le ténébreux contrebassiste de génie, ainsi que Maruyama, le manager gentiment crapuleux. L’occasion pour l’auteur de traiter un peu plus en profondeur certaines thématiques du précédent tome comme la cohabitation tendue entre Américains et Japonais pendant l’occupation, le choc de la vieille génération pré-conflit contre la jeune génération post-conflit, ainsi que d’autres thématiques plus générales comme le racisme envers les Afro-Américains, y compris de la part de leurs propres compatriotes.
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.
Après des débuts maladroits, la jeune Oto, mieux connue sous son surnom de « Tora », est maintenant la chanteuse officielle d’un ensemble de jazz au sein duquelelle subjugue les militaires du Camp Drake. Mais Odajima, le contrebassiste qu’elle suspecte d’être l’ancien amant de sa soeur, souffre toujours d’une amnésie sévère…
Tora, Tora, Tora
Dans ce tome 2, nous reprenons où nous nous étions quittés dans le tome 1, à la fin du premier vrai concert de Tora et des musiciens, et qui s’avère être un succès ! Tora est plus heureuse que jamais, Tatsuji semble satisfait, et Maruyama se sent pousser des ailes, pour le pire et pour le meilleur. Mais tout n’est pas rose pour autant, car nos trois membres principaux ont tous un passé qui les hantent… Certains ne l’oublient pas et doivent vivre avec, certains l’ont oublié et tentent de s’en souvenir, certains encore tentent de l’oublier mais ne parviennent pas à lui échapper…


Oto tente alors delui faire retrouver ses souvenirs par la musique. Mais encore faut-il que l’ensemble se maintienne à flot ! Chacun se donne donc à fond pour tâcher d’atteindre la très prisée « catégorie A spéciale », celle des musiciens à succès.
Mangetsu
Odajima’s Blues
La première chose intéressante dans ce tome 2, c’est que, bien que certaines grandes thématiques du tome 1 soient poursuivies (comme annoncé plus haut), d’autres ne sont pas spécialement reprises, et cela permet à l’auteur d’en aborder de nouvelles, non moins intéressantes. Exit donc ici pour un temps le traumatisme de la guerre en tant que tel, la quête incongrue de Tora, ou encore l’aspect contractuel et managérial du groupe. Même la musique, pourtant au cœur de l’œuvre à première vue, est ici mise quelque peu de côté.

En effet, mis à part deux courtes sessions musicales sous forme de concert, très réussies au demeurant bien que classiques dans leur mise en scène, ce Swingin’ Dragon & Tiger Boogie – Tome 2 met davantage l’accent sur la vie personnelle des protagonistes, ainsi que sur de nouvelles rencontres, en particulier pour Tatsuji, qui en voit un peu de toutes les couleurs dans ce tome. L’humour est également un peu plus présent que précédemment, notamment grâce aux liens que les membres du groupe tissent au fil des chapitres, en particulier Tora et Tatsuji qui vivent quelques aventures rocambolesques, la faute à une soirée bien arrosée. Malgré quelques moments de tensions certains et quelques sujets graves qui sont encore abordés ici, l’ambiance générale est plus légère que dans le Swingin’ Dragon & Tiger Boogie – Tome 1.

Mais cela ne gâche en rien l’intérêt que je trouve toujours à cette histoire, que je considère particulièrement originale pour du manga et toujours aussi bien traitée. De plus, ce changement de tonalité permet d’explorer de nouvelles facettes de nos trois personnages, avec un Maruyama dont on explore bien plus en profondeur la vie privée (rappelez-vous l’énigme de sa sœur dans le précédent tome) ainsi qu’un arc abordant doucement les conséquences auxquelles il va devoir faire face pour les actes audacieux et malhonnêtes qu’il a commis précédemment, mais également un Tatsuji qui s’ouvre un peu plus au lecteur, moins renfermé et taciturne qu’avant, à qui plusieurs potentielles relations futures s’offrent, qu’elles soient personnelles, professionnelles, voire peut-être amoureuses, et enfin pour Tora qui, évidemment, est amenée à grandir un peu trop vite dans ce monde d’adultes, et qui aura fort à faire dans le prochain tome, on a hâte !

Embarquez pour un périple intitiatique plein de swing à travers le Japon d’après-guerre !
Mangetsu
Softly as in a Drawing
Graphiquement, cela tient toujours parfaitement la route. L’auteur s’épanouit dans les scènes d’humour et de musique avec son trait emporté et léger. Certaines planches parmi les plus cocasses m’ont fait penser à un sympathique mélange de Rumiko Takahashi (Maison Ikkoku…) et Daisuke Igarashi (Sorcières…) avec leur touche d’humour, de grimace, et de tendresse. Là où Haida Koukou, l’auteur de Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, pourrait éventuellement être un petit peu en dessous de la moyenne, c’est lors des scènes d’émotions, qui ne m’ont pas emportée dans ce tome 2. Peut-être parce qu’elles sont dessinées avec trop de retenue, et trop écourtées, qui sait ?

Pareil pour certains visages que j’ai trouvé un peu trop lisses et sans émotions, notamment celui de Steven, le contrebassiste afro-américain, qui a pourtant une belle scène dédiée mais qui peine à transmettre ses émotions. Les environnements et les décors sont eux par contre toujours au top, bien qu’également moins présents que dans le tome 1. On sent ici que tout tend vers un estompage de l’aspect historique du titre pour davantage se focaliser sur les personnages fictifs du récit, en conséquence des cadrages plus serrés sur les visages, et donc de moins grandes cases d’ambiance, ainsi que davantage de planches consacrées aux relations humaines, et donc moins de planches consacrées aux événements historiques en lien avec l’histoire. Ce n’est pas un défaut en soi, pour peu que l’on ait bien accroché aux protagonistes lors du tome précédent, ce qui, heureusement, a été mon cas.


Afin de sublimer tout cela, Mangetsu nous offre une toute aussi belle édition que pour le tome 1, avec toujours cette direction artistique très jazzy années 50, arborant une première de couverture non plus rouge mais bien jaune, mettant en vedette nos trois personnages se succédant dans les plans de profondeur, façon Ummagumma des Pink Floyd, ainsi qu’une couverture carton imitant un vinyle d’époque, cette fois non plus un 45 tours mais bel et bien un 33 tours, avec une tracklist plus longue donc, le groupe commençant doucement à gravir les échelons du succès.
Ce Swingin’ Dragon & Tiger Boogie – Tome 2 est tout aussi satisfaisant que son prédécesseur bien qu’il diffère en plusieurs points. Moins d’Histoire et de musique ici pour davantage de relations humaines et de développement de personnages. Le manga semble amorcé un virage vers un récit choral voulant amener de l’émotion, délaissant un peu l’aspect “chronique” historique du premier tome. Cela n’est pas une tare en soi, en espérant cependant que l’auteur n’oubliera pas de nous parler encore de temps en temps de musique dans les tomes suivants.




