
Né en Serbie, dans le studio Emotion Spark, Rue Valley est un RPG narratif dont la patte graphique ressemble fortement à Disco Elysium, pour notre plus grand plaisir. Si vous avez aimé ce dernier, Rue Valley risque de vous plaire également. Et pour un premier projet du studio, on peut dire que la barre est mise plutôt haut ! Voyons plutôt…
Ce test a été réalisé sur une version PC (Steam Deck) fournie par l’Éditeur.
Psycho-looper
Notre protagoniste, Eugene Harrow, semble être piégé dans une boucle temporelle de 47 minutes, dans un motel appelé Rue Valley. En effet, lors d’un séjour pour soigner ses démons intérieurs, Eugene va revivre inlassablement les mêmes choses et rencontrer les mêmes personnes. Va-t-il réussir à s’extirper de cette boucle ? Il vous faudra ruser, tâtonner et faire preuve d’audace afin de résoudre ce mystère, mais surtout explorer la psyché d’Eugene, un être complexe et torturé. Le tout entouré d’interlocuteurs hauts en couleur et baignant dans un humour à la fois cynique et satirique.

It’s Not a Loop…
L’histoire commence avec la création de notre Eugene. Quand je dis création, je ne parle pas du physique du personnage, mais bien de sa psychologie. En effet, nous aurons la possibilité de lui administrer plusieurs traits de caractère sur trois échelles (déterminé, flexible et équilibré), chacune reflétant un trait de personnalité plus ou moins prononcé selon le choix que l’on va faire (impulsif ou anxieux, introverti ou extraverti, sensible ou indifférent). Ces traits de caractère vont influencer toute une partie des options de dialogue disponibles par la suite et affecter également les actions (ou les non-actions) d’Eugene. En effet, au fur et à mesure des dialogues, notre personnalité va s’adapter et se moduler en fonction des choix et des situations.
Certains traits d’esprit devenant alors soit des aides, soit des obstacles dans notre progression. Certains états vont également apparaître et influencer les dialogues ou les actions qu’Eugene va (ou ne va pas) faire, en plus de ses traits de caractère de base, ce qui va conduire à des situations complètement différentes d’un jour à l’autre. Par exemple, si ce dernier a un caractère de base extraverti, et qu’en plus il est assoiffé ou anxieux, il va réagir d’une façon totalement inédite que s’il était simplement extraverti. Tout cela participe grandement au gameplay singulier du jeu, rappelant encore une fois Disco Elysium, mais permet surtout de pouvoir personnaliser sa progression et de trouver son propre chemin dans cette drôle de journée répétitive.

Au fur et à mesure de l’aventure, Eugene va développer une carte mentale dans laquelle il conservera les différents souvenirs survenus au cours des journées qu’il va revivre continuellement. Et c’est là où Rue Valley devient génial, car au fur et à mesure de nos recommencements, nous nous surprenons à tester des choses de plus en plus loufoques (en désespoir de cause) ou de plus en plus logiques (car, parfois, cette logique ne nous apparaissait pas comme telle auparavant), et surtout à sortir des sentiers battus et à expérimenter beaucoup de pistes. Et parfois dans le seul but d’obtenir de nouvelles situations, qui aboutissent sur de nouveaux souvenirs, et donc sur d’autres pistes possibles pour résoudre le mystère de cette boucle temporelle.
Il faudra également parfois expérimenter la temporalité, comme par exemple attendre qu’un PNJ se trouve à un autre endroit à un autre moment de la journée, ou faire passer le temps dans l’attente d’un événement précis (Eugene peut alors scroller sur son téléphone). Il faudra même encore parfois trouver un moyen d’arriver le plus rapidement sur un lieu ou sur une situation au risque de rater un événement clé, le but de notre journée devenant alors de trouver le moyen le plus rapide de rejoindre notre destination, ce qui demandera souvent plusieurs essais et façons de jouer.
Précision importante, le jeu ne se déroule pas en temps réel. Ainsi, une journée “jouée” dans le jeu ne dure pas réellement 47 minutes dans la réalité. Cette durée de 47 minutes va s’écouler selon les actions que nous entreprenons, certaines prenant beaucoup de temps, d’autres n’en prenant que très peu, et ce timing est donc davantage un nombre d’actions possibles qu’une vraie durée temporelle, à l’instar d’un Littlewood par exemple.

L’Histoire Sans Fin
Visuellement, impossible de ne pas remarquer une inspiration évidente de Disco Elysium (encore et toujours lui), tant la patte graphique de ce dernier est originale et sort des sentiers battus de l’industrie. Sans être aussi “arty”, Rue Valley n’a cependant rien à lui envier avec son style dessiné à la main et tramé façon comics. L’animation des personnages, et principalement d’Eugene, est nerveuse et fonctionne à merveille avec le ton donné dans le jeu. Nous retrouvons également la vue isométrique du titre ayant inspiré ce jeu, et un héros tout aussi torturé qu’Harry. Tout comme dans Disco Elysium, Rue Valley ne sera pas exempt d’humour noir bien dosé et de dialogues succulents !
Le travail effectué sur les lumières et les ambiances est tout simplement magnifique. Comme par exemple le bureau de notre psychiatre, avec les rayons du soleil de fin de journée qui pointent à travers les stores rendant la pièce plutôt chaleureuse, là où le parking et ses néons seront plus froids. Les autres biomes seront également très jolis et bien souvent évocateurs. J’ai beaucoup aimé les petits détails lors des animations, comme la pluie et le bruit qu’elle émet, la poussière dans le désert également, la façon dont Eugene conduit sa voiture, etc. Au niveau du HUD, nous avons quelque chose d’assez présent, mais bien intégré dans l’image. L’avatar de notre personnage sur la droite sera un simple portrait au-dessus duquel seront placés, sous forme de bannière rouge, les états “émotionnels” de ce dernier.

Juste en dessous, nous retrouverons nos traits de personnalité, dont l’importance va varier au cours des dialogues et situations, comme mentionné plus haut. Lors des dialogues, c’est un tiers de l’écran qui sera coupé pour y afficher une case et du texte, dans un style graphique très inspiré de la bande dessinée. Nous y trouverons une image d’illustration, agrémentée des textes de dialogue et des différents choix mis à notre disposition pour réagir à ce qui se dit. Enfin, un minuteur sera présent en haut à droite pour nous permettre de faire des choix d’action en fonction du temps qu’il nous reste avant d’arriver aux 47 minutes dont on dispose avant la prochaine boucle.
Les compositions musicales sont d’une grande qualité et très variées. Ces dernières changent selon les biomes, et vont passer tantôt d’un style western et ambiant très agréable à des compositions à cordes plus dramatiques, ou des phases de percussions plus entraînantes. La compositrice, Ana Krstajić, est une musicienne et pianiste serbe qui mêle avec brio ses influences des balkans ainsi que des sons plus contemporains. Le sound design intradiégétique est également très bon, puisque certaines scènes reposent sur les sons en tant que tels. Le jeu est en anglais sous-titré en français, et les doublages sont tout simplement aussi superbes que la partie musicale. Eugene n’a malheureusement pas droit à son doubleur attitré, cependant la performance des autres comédiens est très juste et convaincante.

Quid du Steam Deck ?
Concernant mon expérience du jeu avec le Steam Deck, je n’ai rien à redire. Le jeu est beau, fluide et agréable à jouer. Le texte est peut-être un peu petit à certains moments, et la carte mentale pourrait être plus maniable, mais à part ces quelques détails, j’ai eu une bonne expérience avec Rue Valley sur ce support. Si je devais émettre une critique, ce serait par rapport au menu. En effet, lorsque j’utilise le tactile de l’écran, le menu proposé me renvoie d’office vers l’écran de chargement d’une partie.
Peu importe où je clique. Alors qu’avec les croix directionnelles ou les sticks, je peux voyager comme bon me semble dans les menus. Un petit détail, mais qui peut vite être embêtant si on relance la mauvaise partie au lieu de sauvegarder, comme on pensait le faire initialement… Donc pas d’écran tactile pour ce Rue Valley, et tout doit se faire aux boutons.

Voilà donc un jeu à la fois original, esthétique, et assez profond. Associant le gimmick de la boucle temporelle à un aspect RPG très axé sur la psychologie du personnage, Rue Valley tire complètement son épingle du jeu, réhaussant le tout d’un univers très intéressant, à l’humour qui fait mouche et aux mécaniques de gameplay stimulantes. Se présentant aux premiers abords comme un “petit frère” de Disco Elysium, cet ovni des studio Emotion Spark parvient très vite à exister par lui-même et s’avère particulièrement efficace et mémorable.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Direction artistique visuelle et musicale
Concept original et réussi
Humour qui fait mouche
Les points négatifs
Une certaine répétitivité de par son concept
Difficulté générale assez présente




