
Pour la vingt cinquième année, le Parc des Expositions de Villepinte s’est mis à vibrer une nouvelle fois au rythme de la culture japonaise. Manga, jeux vidéo, musique, cosplay et tradition, le programme était dense pour célébrer comme il se doit ce quart de siècle particulièrement symbolique. L’occasion de porter un regard sur le passé, mais sans oublier de préparer l’avenir. C’est donc dès le jeudi 9 juillet 2026 et pendant les quatre jours qu’a duré l’événement que nous avons déambulé dans les allées de ce rendez-vous incontournable pour tout fan du Japon et de ses traditions. Quatre journées intenses, aussi riches qu’éprouvantes.
25 nuances de Japan
Depuis sa création en 1999, Japan Expo a considérablement changé d’échelle. Le salon, qui réunissait à ses débuts quelques milliers de passionnés, est progressivement devenu un rendez-vous pour les amateurs de culture japonaise en France et en Europe. Cette édition 2026 représentait ainsi le vingt-cinquième épisode du festival, après plusieurs interruptions ayant légèrement décalé son anniversaire calendaire. Le chiffre 25 s’affichait donc partout, des supports de communication aux différentes animations imaginées pour l’occasion. L’organisation avait notamment commandé une vidéo anniversaire originale réalisée en collaboration avec plusieurs grands noms de l’animation japonaise.

Des quiz revenant sur vingt-cinq années de pop culture, des rétrospectives et différents rendez-vous commémoratifs étaient également de la partie pour se remémorer le chemin parcouru. Par ailleurs, cette célébration permettait surtout de mesurer l’évolution des passions du public. Les œuvres qui accompagnaient les visiteurs au début des années 2000 côtoient aujourd’hui de nouvelles licences, tandis que plusieurs générations de fans arpentent désormais ensemble les allées du salon. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le public a encore une fois répondu présent, même si la fréquentation sur place donnait l’impression d’être moins massive que pour l’édition 2025. Un ressenti à confirmer une fois que les chiffres officiels du salon auront été publiés.
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Walk of Fame
Qui dit édition anniversaire dit naturellement programmation exceptionnelle et Japan Expo avait ainsi réuni plusieurs figures importantes du manga, de l’animation et de la musique japonaise. Le mangaka Keisuke Itagaki, créateur de Baki, occupait la place d’invité d’honneur manga. Sa présence constituait un rendez-vous majeur pour les amateurs de récits de combat, venus nombreux assister à ses interventions et tenter d’obtenir une dédicace. Le festival accueillait également YOSHIKI, leader emblématique de X Japan et membre de The Last Rockstars. Déjà lié à l’histoire de Japan Expo, l’artiste revenait spécialement à Paris pour participer aux célébrations du vingt-cinquième anniversaire. Sa venue, accompagnée d’un concert événement, faisait naturellement partie des temps forts musicaux de cette édition.

Le comédien et chanteur Kazuya Kamenashi était quant à lui présent autour de l’adaptation de Les Gouttes de Dieu, aux côtés du réalisateur Kenji Itoso. Le seiyû Junya Enoki, notamment connu pour prêter sa voix à Yuji Itadori dans Jujutsu Kaisen, comptait également parmi les personnalités les plus attendues. Les amateurs de manga pouvaient par ailleurs rencontrer Shinichi Ishizuka et Number8, respectivement dessinateur et scénariste de Blue Giant, tandis que les différentes scènes accueillaient une multitude d’artistes, auteurs, créateurs et professionnels venus présenter leur travail. L’animation japonaise occupait elle aussi une place importante, notamment à travers les projections, les rencontres avec des membres de studios et les événements proposés par les plateformes de diffusion.

Une soirée Crunchyroll figurait notamment au programme du samedi, prolongeant les festivités après l’horaire habituel de fermeture de certains espaces. Le jeu vidéo, quant à lui, était représenté par plusieurs éditeurs et studios, avec des bornes permettant de tester les titres à venir, des tournois et diverses présentations sur scène. Arc System Works avait notamment donné rendez-vous au public sur la scène Také afin de présenter ses projets et ses jeux de combat, pendant que le stand de Nintendo, toujours aussi impressionnant, permettait de s’essayer à divers jeux Switch et Switch 2. De son côté, l’éditeur Cygames avait tout misé sur Umamusume: Pretty Derby.

Par ailleurs, impossible d’évoquer Japan Expo sans parler du cosplay. Dès les premières heures, les allées se remplissent de personnages issus de mangas, d’animes, de jeux vidéo ou de productions occidentales. Certaines créations nécessitent plusieurs mois de travail et transforment la visite en véritable exposition mouvante. La finale de la saison 14 de l’Extreme Cosplay Gathering, remportée par les Polonais Lucanis & Neve pour leur costumes inspirés de Dragon Age : The Veilguard, constituait une nouvelle fois l’un des points d’orgue du festival.
Un anniversaire peut en cacher un autre
Japan Expo 2026 possédait également une saveur particulière pour Ankama. L’entreprise roubaisienne célébrait elle aussi ses vingt-cinq ans et avait choisi de voir les choses en grand en installant une véritable Ankama Convention au cœur même du salon. Jeux vidéo, séries, mangas et produits dérivés étaient réunis dans un vaste espace permettant de représenter les nombreuses facettes du groupe. Les visiteurs pouvaient retrouver les univers de Dofus, Wakfu, Waven et du Krosmoz, participer à différentes animations ou assister aux conférences organisées tout au long du week-end. Un concours Ank’Osplay avait également été imaginé autour des vingt-cinq ans d’Ankama, tandis qu’un concert unique organisé le samedi soir venait célébrer en musique l’histoire de l’entreprise.

À l’occasion de la journée d’ouverture du salon, nous avons pu rencontrer Bénédicte Hennequière, responsable des opérations transmédia chez Ankama et cet entretien nous a permis de revenir sur l’organisation de cette célébration, mais aussi sur la manière dont Ankama veille à préserver la cohérence d’un univers transmédia devenu tentaculaire au fil des années. La présence massive du studio français constituait ainsi l’un des fils rouges de cette édition. Enfin, cette année la licence Persona fêtait également ses 30 ans et avait posé ses valises à Villepinte.

Au programme : une exposition dédiée, plusieurs séances de dédicaces ainsi que la venue de figures majeures d’Atlus, parmi lesquelles Shigenori Soejima (character designer et illustrateur emblématique d’Atlus), Kazuhisa Wada (producteur général de Persona) et Atsushi Nomura (business producer d’Atlus). Un live drawing de Shigenori Soejima a même eu lieu le jeudi sur la scène Yuzu. Cependant, si l’exposition restait visible durant la totalité de la convention, l’équipe d’Atlus, elle, n’était présente que durant les deux premiers jours.
let’s go to the mall
Les éditeurs de manga avaient une nouvelle fois déployé de vastes espaces afin de présenter leurs nouveautés, organiser des rencontres et proposer différentes animations. Les visiteurs pouvaient ainsi découvrir les prochaines sorties, repartir avec des goodies ou simplement profiter de décors conçus autour de leurs séries favorites. Entre Doki Doki et son exposition consacrée à Boichi, mangaka auteur de The Marshal King, Glénat, KuroKawa, Pika et les autres, presque tous les éditeurs étaient présents pour rencontrer leurs lecteurs et leur proposer une expérience unique. Malheureusement, la multiplication des boutiques reste un sujet récurrent.

Si elles font évidemment partie intégrante du plaisir de Japan Expo, leur omniprésence peut parfois donner le sentiment que les stands marchands dévorent progressivement les espaces consacrés à la découverte culturelle. À l’inverse, les secteurs dédiés aux créateurs, aux traditions ou aux associations permettent encore de dénicher des propositions plus singulières, loin des montagnes de figurines et de peluches.

Mais ne soyons pas alarmistes, puisque le festival continue de réserver une place importante aux arts traditionnels, à la gastronomie, au tourisme, aux arts martiaux et à l’art de vivre japonais. Démonstrations, ateliers et conférences permettent ainsi d’approcher différentes facettes du Japon. Entre deux licences particulièrement populaires, le visiteur peut découvrir une discipline martiale, observer le travail d’un artisan ou en apprendre davantage sur une région japonaise. Cette cohabitation entre traditions et culture populaire constitue depuis longtemps l’identité de Japan Expo. Encore faut-il prendre le temps de quitter les allées les plus fréquentées pour explorer ces espaces parfois plus discrets.
Fêtes des kilomètres
Vous l’aurez compris, le programme de cette édition était dantesque et il a fallu faire des choix stratégiques afin de pouvoir suivre toutes les conférences et autres interventions qui m’intéressaient. Bien qu’étant présente pendant toute la Japan Expo, je n’ai pour autant pas pu faire tout ce que j’avais prévu, la faute à un chevauchement de conférences et à l’éloignement trop important de certaines scènes. Si deux jours suffisent largement pour arpenter toutes les allées du salon, dès que l’on espère s’y adonner à des activités, même quatre jours ne suffisent pas, certaines files d’attente étant parfois très longues. Bien que n’ayant pas été à la chasse aux dédicaces, j’ai pu entendre autour de moi, que le système d’inscription utilisé pour rencontrer son auteur favori était loin d’être optimal.

Cela étant, nombre d’éditeurs de manga proposaient des dédicaces directement sur leur stand, dans un cadre un peu plus intimiste que dans l’espace prévu par le salon. Une des grosses interrogations de cette année, canicule oblige, était de savoir si la climatisation allait être suffisante. Bien qu’elle n’ait pas été réglée partout de la même façon, il était possible de circuler entre les étals sans se déshydrater en quelques pas, ce qui était hautement appréciable. Cela étant, la nouveauté de cette année obligeant à utiliser l’application dédiée au salon pour avoir le plan précis des divers exposants, ne m’a pas vraiment ravie, moi qui préfère consulter les plans sur les panneaux d’affichage et ne pas m’encombrer d’une application en plus sur mon téléphone. D’autant que le réseau 4G du salon était très limité, rendant l’utilisation de l’application très compliquée notamment en cas de forte affluence.

Un réseau qui affectait aussi les boutiques, les paiements par CB étant parfois impossibles et poussant le client, de guerre lasse, à abandonner son achat (c’est du vécu !). Cependant, je dois bien reconnaître que l’affluence m’a semblé moindre que les années précédentes, même le week-end où il y avait pourtant du monde. Je peux me tromper, mais l’addition canicule, prix du billet de plus en plus élevé et prix des goodies frisant parfois le ridicule, voilà qui a dû en dissuader certains. Pourtant, malgré ces limites, l’édition 2026 aura su rappeler pourquoi le rendez-vous reste si important pour les passionnés qui eux ont, comme toujours, répondu présent. Le prochain rendez-vous est fixé du 8 au 11 juillet 2027 pour une nouvelle édition qui accueillera notamment Yōichi Takahashi, créateur de Captain Tsubasa, en qualité d’invité d’honneur.
Malgré quelques choix discutables et des contraintes logistiques parfois frustrantes, Japan Expo conserve ce qui fait sa force depuis vingt-cinq ans : sa capacité à réunir, le temps de quelques jours, toutes les facettes de la culture japonaise au même endroit. Entre rencontres, découvertes, traditions et pop culture, cette édition anniversaire aura une nouvelle fois rappelé pourquoi le festival reste un rendez-vous incontournable pour les passionnés. Reste désormais à voir ce que réservera l’édition 2027, déjà attendue avec la venue annoncée de Yōichi Takahashi.




