!["Rendering Ranger : R² [Rewind]" écran titre](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-1.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)
Il y a des jeux qu’on admire de loin, comme des légendes qu’on n’a jamais vraiment croisées. Rendering Ranger : R² fait partie de cette caste-là : un titre culte, ultra confidentiel, longtemps réservé à une poignée de collectionneurs chanceux ayant mis la main sur la version Super Famicom d’origine. Le revoir aujourd’hui surgir sur nos machines modernes (PlayStation, Xbox, Switch et PC) relève presque du miracle. Fan de la première heure, je n’aurais jamais imaginé vivre un tel come-back. Et rien que pour ça, c’est déjà un petit événement.
Ce test a été réalisé sur une version PS5 fournie par l’Éditeur.
Ranger du risque

Sorti originellement le 17 novembre 1995 sur Super Famicom (nom japonais de la Super Nintendo), Rendering Ranger : R² est un jeu d’action techniquement impressionnant, mais totalement éclipsé à l’époque par l’arrivée tonitruante des consoles 32 bits, la SEGA Saturn et la PlayStation. Derrière ce titre méconnu se cache pourtant une figure emblématique de l’ère micro 8 et 16 bits : l’Allemand Manfred Trenz. Programmeur de génie, graphiste hors pair, on lui doit notamment les deux premiers Turrican (les clins d’œil dans R² sont d’ailleurs légion). Monsieur Trenz s’attelle à Rendering Ranger pendant près de trois ans, travaillant presque en solo pour donner vie à son projet.


Hélas, lorsque le titre est enfin prêt, son éditeur initial, Softgold, ne semble plus y croire. Un accord est néanmoins trouvé avec Virgin Interactive Japon, qui se charge de sortir 5000 exemplaires sur le marché nippon. Résultat : un objet de culte absolu pour les collectionneurs, devenu au fil du temps un graal vidéoludique. Mais croyez-moi, sa rareté n’est pas son seul mérite… Appelé simplement R² par les initiés, Rendering Ranger nous propulse dans la peau d’un super-soldat chargé, une fois encore, de repousser une invasion extraterrestre. Classique dans son pitch, le jeu brille pourtant par une structure hybride particulièrement séduisante : les niveaux alternent entre des phases de run and gun à la Contra, et des séquences de shoot’em up bourrées de clins d’œil aux grands noms du genre.
!["Rendering Ranger : R² [Rewind]" se distingue par la qualité de ses graphismes](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-5.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)
![Les vaisseaux ennemis sont impressionant dans "Rendering Ranger : R² [Rewind]"](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-7.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)
Dans les deux cas, le joueur a accès à un arsenal de lasers interchangeables à tout moment via une simple pression de bouton. Chaque type d’arme dispose de plusieurs niveaux de puissance, ainsi que d’une attaque spéciale dévastatrice dédiée pour se sortir de situations périlleuses. Bonus non négligeable : cette attaque se recharge automatiquement après quelques secondes, et peut même être enchaînée jusqu’à trois fois d’affilée. De quoi faire le ménage… en théorie. Car en pratique, Rendering Ranger ne fait pas de cadeau. Son challenge est corsé, et il faudra apprendre les patterns ennemis par cœur pour espérer boucler les neuf niveaux de cette virée explosive.

Dans la version originale Super Famicom, un système de mots de passe permettait de reprendre sa progression, une fonction bien entendu conservée dans cette réédition. Fastidieux comme procédé, mais cette fois, on profite de la possibilité de sauvegarder à tout moment, ce qui rend l’expérience nettement plus accessible et souple.
Super Rendu
![Le héros se bat contre une invasion extra-terrestre dans "Rendering Ranger : R² [Rewind]"](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-6.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)

![Les décors de "Rendering Ranger : R² [Rewind]" sont superbes](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-11.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)
Dès les premières secondes, Rendering Ranger en met plein la vue. Ce qui frappe immédiatement, c’est l’éclat de sa réalisation graphique, l’une des plus solides vue sur Super Famicom. Les stages à la sauce run and gun déroulent déjà une ambiance solide, mais ce sont surtout les niveaux de shoot’em up qui impressionnent le plus en termes d’esthétique. Les animations sont d’une finesse remarquable, certains sprites atteignent des tailles démesurées, et tout cela sans le moindre ralentissement, un exploit quand on connaît les limites de la Super Nintendo en matière de gestion de sprites à haute densité. Le jeu intègre aussi des éléments modélisés en 3D puis convertis en sprites 2D, à l’instar de Donkey Kong Country, sorti un an plus tôt.


Cette technique, appelée « pre-rendered 3D graphics », avait été imposée par l’éditeur Softgold, désireux de surfer sur la vague provoquée par le succès médiatique du jeu de Rare. Initialement baptisé Targa, le jeu adoptera finalement le nom de Rendering Ranger, en clin d’œil direct à ce procédé graphique devenu sa signature. Si les phases run and gun de Rendering Ranger sont assez fun, ce sont surtout les séquences de shoot’em up qui volent la vedette. En plus de leur puissance visuelle évoquée plus haut, elles se distinguent par une belle variété de situations et une mécanique de gameplay dynamique, obligeant régulièrement le joueur à faire pivoter horizontalement son vaisseau pour anticiper des attaques ou suivre un changement de direction du scrolling. Fait intéressant : ces niveaux de shoot devaient à l’origine constituer l’intégralité du jeu. Manfred Trenz souhaitait en effet créer un pur shooting game à la japonaise.

Mais l’éditeur, désireux de capitaliser sur la renommée de Turrican, a demandé l’ajout de séquences au sol pour séduire les fans de la saga. Cela dit, plutôt que de reprendre l’approche labyrinthique des fabuleux épisodes sur micro, les niveaux pédestres de Rendering Ranger adoptent une structure bien plus compacte, rappelant davantage Super Turrican sur Super Nintendo (des volets auxquels Trenz n’a d’ailleurs pas participé). Il n’a néanmoins pas résisté à la tentation de parsemer quelques clins d’œil à son œuvre culte, que ce soit dans la conception de certains boss ou à travers quelques décors familiers. Drapé d’une difficulté parfois redoutable, Rendering Ranger s’impose comme un défi de choix pour les amateurs de challenges à l’ancienne.


Un jeu taillé pour les acharnés, les purs et durs, ceux qui aiment en baver… avec le sourire. Le seul véritable bémol vient de la bande-son : sans être mauvaise, elle manque clairement de personnalité et s’avère trop générique pour laisser une empreinte durable. On ne peut s’empêcher d’imaginer ce qu’aurait pu donner la partition si Chris Hülsbeck, compositeur légendaire des années 80/90 et père des somptueuses musiques de Turrican, avait été aux commandes. Un petit regret, donc, mais qui n’entame en rien l’aura de cette œuvre singulière, dernier grand baroud d’honneur d’un créateur européen profondément marqué par la culture vidéoludique japonaise.
Un portage un poil paresseux ?


Quid de cette édition Rewind ? Celle-ci propose deux versions du jeu : la mouture originale Super Famicom, telle qu’elle est sortie en 1995, et une version occidentale inédite baptisée Targa, nom d’origine du projet. La différence entre les deux ? Essentiellement cosmétique, avec un sprite principal légèrement modifié (au niveau de la tête, avec une petite barbe des plus saillante). Pour le reste, on retrouve Rendering Ranger dans son jus, sans retouches graphiques ni lift HD, à l’inverse, par exemple, du récent remaster de X-Out. Ce choix pourra en décevoir certains, mais force est de constater que le jeu conserve un charme visuel indéniable, même sans embellissement moderne.



On regrettera en revanche la qualité très discutable du filtre CRT inclus : celui-ci pousse exagérément la luminosité, écrasant les contrastes et dénaturant la palette originale. Mieux vaut donc s’en passer et opter pour un affichage en pixel clean, en résolution native ou avec un niveau de zoom au choix. À cela s’ajoutent quelques bonus appréciables : une fonction de rewind pour revenir quelques secondes en arrière, des sauvegardes à la volée, ainsi qu’une petite galerie d’illustrations et un jukebox. On reste un peu sur notre faim en termes de bonus, mais le portage est solide et a le mérite de rendre ce classique enfin accessible à tous.
![La moindre erreur et c'est Game Over dans "Rendering Ranger : R² [Rewind]"](https://i0.wp.com/www.geeksbygirls.com/wp-content/uploads/2025/03/Rendering-Ranger-R2-Rewind-Screen-21.jpg?resize=640%2C360&ssl=1)
Avec sa réalisation spectaculaire, son gameplay nerveux mêlant run and gun et shoot’em up, et son challenge relevé mais gratifiant, Rendering Ranger : R² reste aujourd’hui encore une véritable perle du jeu d’action 2D. Que l’on soit fan de la première heure ou simple curieux, cette réédition Rewind permet enfin de (re)découvrir un projet maudit porté à bout de bras par un créateur de génie, Manfred Trenz, dans ce qui restera son dernier grand coup d’éclat vidéoludique. On retiendra la beauté toujours intacte du jeu, son gameplay efficace, la présence de deux versions jouables (R² et Targa), les fonctions de confort bienvenues (sauvegarde, rewind, galerie), et surtout un prix très doux : 9,99 €. Mais tout n’est pas parfait. Le filtre CRT est immonde, les options graphiques limitées, et on aurait aimé un brin plus d’audace dans l’enrobage. Des petits manques qui n’enlèvent pourtant rien à la qualité brute de ce titre injustement méconnu, désormais à portée de tous.
La note de la rédaction
Les notes de la rédaction
Les points positifs
Une réalisation graphique toujours aussi impressionnante
Alternance efficace entre run and gun et shoot’em up
Gameplay exigeant mais gratifiant, avec un vrai feeling arcade
Fonctions modernes bienvenues : sauvegardes, rewind, galerie
Un prix très attractif (9,99 €)
Un jeu culte enfin disponible pour tous
Les points négatifs
Aucune amélioration graphique ou sonore (ni remaster, ni remix audio)
Filtre CRT de mauvaise qualité
Options de confort limitées
Aucun contenu éditorial ou historique en bonus (pas d’interview, de making-of, etc.)




