Rencontre avec Guillaume Crouzille

Bonjour à tous, nous nous retrouvons ici pour une interview sur notre Blog : l’interview consacrée à un acteur du monde des jeux vidéo. Aujourd’hui, actualité oblige, nous avons interviewé Monsieur Guillaume Crouzille, le fondateur de Blue Loop et unique développeur pour le jeu Quadroids.

  • GBG : Un grand merci à vous pour avoir accepté de répondre à mes quelques questions. Pour commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter, à nos lecteurs et lectrices s’il vous plaît ?

Guillaume Crouzille : Je suis développeur indépendant depuis un peu plus de 2 ans. J’ai créé mon studio Blue Loop avec l’objectif de réaliser mes jeux en solo pour répondre entre autres à un besoin de ramener de la créativité dans mon quotidien. Avant ça, j’ai eu plusieurs expériences professionnelles avec 8 ans à Ankama en tant que développeur, puis game designer, une première tentative de studio avec deux autres personnes qui a échoué et un passage dans une société de service en informatique.

  • GBG : Le logo CNC (NdR : Centre National du Cinéma et de l’Image numérique) apparaît au lancement de votre jeu. Comment s’est déroulé votre parcours pour obtenir cette subvention ? J’imagine que cela doit être un vrai parcours du combattant.

Guillaume Crouzille : J’avoue qu’au début ça me faisait peur, d’autant que je ne suis pas très à l’aise avec tout ce qui peut être administratif. Mais j’ai été bien accompagné pour la réalisation du dossier de demande (par mon publisher et un conseil externe). Le jeu était déjà un peu avancé quand j’ai fait la demande et je pense que la version envoyée a fini de convaincre le comité de sélection. Surtout que le concept est un peu particulier et se comprend vraiment mieux manette en main qu’expliqué sur papier !

  • GBG : Quadroids est votre premier jeu en tant que développeur de A à Z. Comment avez- vous convaincu votre éditeur, Fabloo Games, de croire en votre projet ? 

Guillaume Crouzille : J’imagine que c’est un mélange de persévérance, de travail, de qualité du projet et d’un peu de chance. J’ai démarché des éditeurs pendant 6 mois, avec beaucoup d’échecs. Donc il a fallu surtout tenir mentalement et continuer à y croire. Et puis finalement j’ai eu l’opportunité de pouvoir présenter le jeu à un concours de pitchs en amont de la Gamescom 2022. J’avais vraiment beaucoup bossé ma présentation et Fabloo Games était présent ce soir là. Le concept leur a tout de suite plu, on s’est revu très vite ensuite et après avoir pu tester le prototype, ils ont décidé de m’accompagner.

  • GBG : Quadroids est un jeu au concept très innovant,croisant la plateforme et les casses têtes. Pour ma part j’y vois un clin d’œil à des jeux comme Celeste mais aussi à la série Lemmings. Pourriez-vous nous le présenter ? 

Guillaume Crouzille : L’idée de base, c’était de faire un jeu solo où il faut contrôler plusieurs personnages sur plusieurs écrans à la fois. Concrètement, un niveau est découpé en 4 écrans avec un à plusieurs quadroids (en moyenne 2-3) qui vont avancer automatiquement. Chaque écran possède un bouton propre qui va permettre de faire sauter les quadroids présents sur cet écran et il faut se débrouiller avec ça pour atteindre la sortie du niveau. La particularité supplémentaire c’est que lorsqu’un quadroid meurt sur un piège, il laisse un cadavre, et ce cadavre peut ensuite servir de plateforme pour les quadroids suivants. Évidemment il faudra apprendre à placer judicieusement ces cadavres pour progresser. Le jeu demande à la fois de la réflexion pour comprendre comment atteindre la sortie et de la concentration pour sauter au bon moment et surtout avec le bon bouton !

  • GBG : Quadroids se joue aussi bien en solo qu’en multijoueur, l’idée d’en faire un jeu solo et multijoueur était présente dès le début du développement ou bien l’idée est apparue plus tard ? Et pourquoi l’avoir implémenté ?

Guillaume Crouzille : Comme je disais, à la base, je voulais surtout faire un jeu solo. Le multijoueur est apparu dans un deuxième temps pour permettre aux gens de pouvoir partager l’expérience et aussi se simplifier un peu la gestion des 4 écrans. L’implémentation était assez simple ce qui a permis de tester rapidement et je me suis vite rendu compte que la couche de communication que ça imposait entre les joueurs rendait ce mode assez marrant.

  • GBG : Est-ce que vous avez dû renoncer à quelque chose sur Quadroids par faute de temps ou bien en vous disant “ah non, là c’est vraiment beaucoup trop compliqué pour le joueur” ? 

Guillaume Crouzille : En fait je suis un peu perfectionniste, donc j’ai toujours envie d’améliorer des choses ou de les retravailler. Mais si je m’écoutais le jeu ne serait jamais fini donc c’était plutôt une bonne chose d’avoir des deadlines. Ça force aussi à faire des choix et donc à avancer. 

Après, j’ai aussi dû retirer certains éléments de level design, en particulier pour améliorer l’expérience du joueur. En fait j’avais tellement peur que le joueur s’ennuie que sur les premières versions du jeu j’avais trop chargé en features ce qui rendait la courbe d’apprentissage trop abrupte. Heureusement j’ai pu bénéficier de pas mal de retours extérieurs qui m’ont vraiment beaucoup aidé à prendre du recul là dessus et à corriger le tir.

  • GBG : La musique de Quadroids est vraiment bien inspirée et colle parfaitement à votre univers. Étant féru d’OST, j’aime parler de la musique qui accompagne un jeu vidéo car pour moi c’est presque aussi important que l”histoire ou le gameplay. Pourriez-vous nous parler de son processus de création ? 

Guillaume Crouzille : Ça me fait vraiment plaisir qu’on en parle parce que ça a fait partie des moments forts de la production pour moi. Au début du projet, je voulais aussi composer la musique du jeu. J’avais fait quelques boucles pour accompagner le prototype. Et puis finalement j’ai dû accepter le fait que je n’avais pas les compétences suffisantes sur cet aspect et que ça desservirait le jeu si je m’obstinais. Et plus ou moins au même moment, je reprenais contact avec un ami d’enfance qui est musicien à Bruxelles (Skuomachine). J’ai toujours aimé ce qu’il faisait et donc naturellement on s’est entendu pour qu’il s’occupe de cette partie du jeu. On a pas mal tâtonné au début et puis on a mis en place un rythme mensuel pendant lequel il travaillait sur un morceau, me l’envoyait, et ensuite j’allais passer un week-end chez lui pendant lequel je lui faisais mes retours, on ajustait, on testait en jeu, on retravaillait, etc… C’étaient des super moments de partage et ça me permettait aussi de sortir de mon quotidien où je travaille seul chez moi.

  • GBG : Auriez-vous quelques conseils pour les personnes qui souhaiteraient, comme vous, réaliser et commercialiser leurs propres jeux ? 

Guillaume Crouzille : C’est compliqué, Il y aurait tellement à dire et puis je crois que ça dépend beaucoup de chacun. Personnellement, je n’aurais pas pu réaliser ce projet plus tôt dans ma vie. Toutes mes expériences passées m’ont servi, à la fois professionnelles mais aussi personnelles. Je me connais mieux maintenant, donc ça m’a permis de mieux réussir à me gérer. C’est important aussi de savoir dans quoi on s’embarque parce que l’aventure a été très exigeante psychologiquement.

Maintenant je crois que si on a vraiment cette volonté, alors le meilleur conseil que je puisse donner c’est de ne pas avoir peur, de se lancer et de faire. Et sans doute pour commencer, se tester sur des petits projets. Les games jams sont très bien pour ça, ça donne un objectif clair et sur une durée très courte. Et puis ça peut permettre de rencontrer des gens qui ont la même passion. 

  • GBG : Maintenant que Quadroids est sorti, est ce que vous travaillez sur d’autres projets ? Et si oui, est ce que vous pouvez nous en parler un petit peu  ?

Guillaume Crouzille : C’est encore un peu tôt. Pour l’instant, je m’assure que tout se passe bien sur Quadroids et je reste aux aguets si jamais des bugs sont remontés par les joueurs. J’ai commencé à réfléchir à d’autres choses mais c’est presque plus pour me changer les idées que pour envisager sérieusement de me relancer dans un nouveau projet tout de suite. J’ai aussi beaucoup appris avec ce premier projet solo et je pense que j’aborderai certaines choses différemment pour la suite, notamment me ménager un peu plus !

  • GBG : Dernière question, quels sont les jeux qui vous ont marqué depuis que vous avez commencé le jeu vidéo et quels sont les jeux qui vous semblent prometteurs pour l’année 2024 ? 

Guillaume Crouzille : Il y en a tellement ! Ça commence à faire quelques années que je joue. Si je devais n’en retenir que quelques-uns, je dirais Sonic 1 & 2, Monkey Island 1 & 2 et FFVII (la version originale sur ps one). Il y en a eu beaucoup d’autres au fil des années mais ceux-là ont vraiment construit le joueur que je suis aujourd’hui. Pour 2024, je dois avouer que je ne sais même pas ce qui doit sortir prochainement ! En général je joue un peu en décalé. Quand j’ai le temps, je regarde les sorties indés des mois précédents et j’essaye d’en faire quelques-uns dans des styles variés.

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