Réimp’! – Tome 16

Il est des séries qui peu à peu semblent rentrer dans votre quotidien et dont les personnages deviennent de vieux amis que l’on est toujours en joie de retrouver au fil des tomes. C’est le cas de Kokoro Kurosawa, dont l’on suit les performances professionnelles depuis maintenant 16 tomes et que l’on imagine pas laisser tomber en cours de route. Avec la parution en librairie du tome 16 de Réimp’!, le 18 juin 2025, une nouvelle page se tourne à Vibes avec la nomination de Iokibé comme directeur de publication du magazine, les choses semblent s’apaiser Kokoro et ses collègues et de nouveaux projets s’amorcent.

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Book is in the air

“Je veux travailler dans le manga !”

Nombreux sont ceux qui aspirent aujourd’hui à devenir mangaka ou éditeur manga. Mais saviez-vous que ce n’était pas la seule manière de travailler dans le manga ?

C’est ce que va découvrir Kokoro, embauchée dans une maison d’édition pour avoir fait une prise de judo à son président. Affectée à l’éditorial manga, elle va peu à peu faire connaissance avec l’univers qui l’entoure… À la différence de Bakuman qui présente un huis-clos entre un auteur et un éditeur souhaitant créer le prochain hit shōnen, Réimp’ ! offre une description plus réaliste et seinen, avec une multitude de personnes : commerciaux, libraires, graphistes, assistants… tous là pour porter l’œuvre jusqu’à son lecteur. Les mangakas ne sont évidemment pas en reste, avec une galerie de personnages qui nous semblent étrangement familiers : le grand auteur légendaire passé de mode, l’ex-hitmaker qui n’arrive plus à vivre de son art, la jeune autrice hésitante, le jeune prodige torturé… Avec un style brut, mais sensible, l’autrice décrit avec fougue la passion qui habite tous ses personnages.

Glénat

Réimp’! nous entraîne dans le sillage de Kokoro Kurosawa, ancienne prodige du judo brutalement écartée des tatamis par une blessure qui a brisé ses rêves olympiques. Refusant de sombrer, la jeune femme à l’énergie tenace — reconnaissable à ses inimitables oreilles d’oursons — trouve refuge dans une autre passion : le manga. Après un entretien d’embauche aussi direct qu’un ippon bien placé, elle décroche un poste chez Kohtokan, maison d’édition de renom, et fait ses premiers pas dans la jungle du magazine Vibes.

Sous l’œil acéré de ses collègues Iokibé, Mibu, et du reste de la rédaction, Kokoro apprend peu à peu les ficelles du métier. Entre les auteurs chevronnés et les diamants bruts à polir comme le brillant mais fragile Nakata, elle se forge un quotidien où les défis professionnels se mêlent à des rencontres marquantes. Loin des projecteurs du sport de haut niveau, elle découvre une arène tout aussi exigeante, mais pour laquelle elle se trouve une véritable vocation. Hélas, son implication et son empathie ne suffisent pas toujours.

Lorsqu’elle voit Nakata vaciller, miné par des troubles psychologiques, son impuissance laisse une fêlure. Et comme pour appuyer là où ça fait mal, le directeur Wada annonce son départ, laissant sa place à Koichi Aikawa. Un nom qui fait tiquer bien des visages à Vibes : l’homme, charismatique mais retors, n’a laissé que peu de bons souvenirs lors de son précédent passage. Entre Mibu qui redevient l’objet de son harcèlement, Kurosawa qui hérite d’un auteur plus sensible à la flatterie d’Aikawa qu’aux remarques constructives de son éditrice et Iokibé qui s’inquiète de la relance de La transition des Pivs, en dépit de l’état mental de Nakata, rien ne va plus au magazine. Cependant, rattrapé par des malversations financières, Aikawa est contraint de quitter son poste qui finit par échoir à Iokibé…

La voie de l’éditeur

Désormais à la tête de “Vibes”, Iokibé confie à Kurosawa la tâche de trouver une nouvelle série. La jeune femme jette son dévolu sur une autrice à qui la vie ne sourit pas en ce moment, mais dont le potentiel lui saute pourtant aux yeux. Pendant ce temps, Issun Takahata travaille d’arrachepied sur un court spin-off de “La princesse à cornes”, dont le succès inattendu donne à certains des idées d’encyclopédie illustrée…

Glénat

Maintenant que Iokibé à pris la tête de Vibes à la fin du tome 15 de Réimp’!, les choses semblent enfin rentrer dans l’ordre et l’équipe d’édition retrouve un peu de sérénité après le règne aussi court que mouvementé d’Aikawa. Cependant, entre l’arrêt forcé de Nakata et la convalescence de M. Murayama, le magazine a un besoin urgent de sang neuf dans ses pages. Et ça tombe bien puisque Kokoro à une candidate toute trouvée, une mangaka dont elle apprécie les histoire et dont la dernière série s’est terminée de façon abrupte. Contactée, l’autrice hésite à dessiner pour un genre et un publique qu’elle ne connaît pas, sans compter que ses problèmes personnels empiètent grandement sur son travail. Kurosawa arrivera-t-elle à redonner confiance à cette mangaka dont elle adore les œuvres ?

De son côté Issun Takahata dessine un spin off de sa série La Princesse à cornes, mettant en scène Kagero, un personnage secondaire, femme ninja qui invoque des sabres célèbres grâce au ninjutsu. Ce dernier connaît un succès aussi fulgurant qu’inattendu. Devant le plébiscite des lecteurs, la rédaction de Vibes décide de sortir un livre d’art centré sur les sabres auquel est associé Takahata et, par voie de fait, Kokoro. Seulement voilà, le responsable du projet est bien connu pour être quelqu’un d’assez intransigeant sur la qualité des livres qu’il produit. Il va encore falloir composer avec cette forte personnalité pour que le projet puisse arriver à son terme, sans aucune garantie que ce dernier soit un succès.

Découvrez un extrait de Réimp’ ! – Tome 16 ici

Serial dessinateur

Je dois avouer qu’au fil du temps passé auprès de Kokoro dans Réimp’!, j’en suis venue à considérer la présence de l’éditrice comme normale dans mon cycle de lecture, puisqu’avec un cycle de parution d’environ un tome tous les 3 mois, elle revient assez régulièrement dans ma pile à lire. Ne sautez pas aux conclusions, je suis toujours aussi contente de parcourir un bout de chemin avec l’oursonne de Vibes. Cette fois-ci, entre une mangaka qui doit se remettre en question pour mieux avancer dans la vie et l’élaboration de ce que l’on appelle communément un “Beau livre” dans l’édition, j’ai encore une fois pu avoir ma dose d’information sur des métiers que je ne connaissait soit que de noms soit pas du tout.

De plus, grâce à l’interview de trois éditrices de chez Glénat en fin d’ouvrage, j’ai pu constater que les différences de processus de travail sont non seulement inhérentes au pays, mais aussi à la structure, la conception d’un livre (y compris pour l’auteur) différant également d’une maison d’édition à l’autre. Des découvertes intéressantes encore une fois, sur fond de thème comme la difficulté pour les anciennes générations de se renouveler pour toujours continuer à être performant, comme avec Kazu Noguchi, une mangaka en instance de divorce, de retour chez ses parents âgés, obligées de passer au numérique afin de continuer à pratiquer son métier. Mais cela passe en premier lieu par une remise en question de l’auteure qui se demande si toutes ses adaptations en valent finalement les efforts et si elle ne ferait pas mieux de tout simplement abandonner pour se reconvertir.

A l’inverse dans le cas de la réalisation de l’encyclopédie illustrée sur les sabres, c’est l’éditeur proche de la retraite Ryo Tabei qui donne une leçon de savoir faire à ses collègues plus jeunes, preuve que personne n’a la vérité universelle quand il s’agit de plaire aux lecteurs, même si la technologie facilite bien la vie tout de même. Bien entendu, la trajectoire de Kokoro est encore une fois mise en parallèle avec celle de Nakata, qui après avoir revu son père dans le tome 13 reste très marqué par la démence de ce dernier. Alors que cela l’a conduit à un état mental pour le moins instable dans le tome 14 de Réimp’!, il semble désormais reprendre du poil de la bête grâce à l’aide de la jeune Ayu avec qui il s’est lié d’amitié.

Pour autant, il ne semble pas sorti d’affaire et alors qu’il est en passe de retrouver Kurosawa pour la suite des Pivs, je crains que cela ne s’accompagne d’une rechute d’ores et déjà amorcée que Iokibé mettrait immanquablement sur le dos de notre héroïne quand celle-ci n’y est pour rien. Enfin je suis assez contente de retrouver Issun Takahata, un personnage que j’affectionne particulièrement. J’avais été déçue quand ce dernier avait rompu tout lien avec Waka Mitsuki, pour le bien de cette dernière, dans le tome 11 de Réimp’! et leur retrouvailles fortuites m’a fait espérer qu’ils pourront reprendre leur histoire là où elle s’était arrêtée. Mais pour cela il faudra sûrement patienter jusqu’à la sortie du tome 17 de Réimp’! dont la date est calée pour le 17 septembre 2025. Vivement la rentrée donc !

Pour conclure…

Réimp’! nous revient avec un tome 16 bien plus optimiste que le précédent, la parenthèse Aikawa s’étant assez vite refermée pour l’équipe éditoriale de Vibes. Kokoro peut donc repartir à la chasse aux auteurs et s’investir dans des projets annexes comme celui de la réalisation d’une encyclopédie illustrée sur les sabres utilisés dans le manga d’Issun Takahata, La princesse à cornes. Comme toujours, chaque étape est parfaitement documentée et Naoko Mazda arrive encore et toujours à nous en apprendre plus sur le monde de l’édition et celui des livres plus généralement. L’intérêt ne s’atténue pas, même après 16 volumes et on reste impatient de découvrir la suite de l’intrigue avec le tome 17 de Réimp’! prévu pour le 17 septembre 2025.

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