C’est donc après trois petits tomes que Raja tire sa révérence, avec une dernière sortie ayant eu lieu le 3 décembre 2025 en librairie. Nous avons profité de la parution de cet ultime volume pour nous mettre à jour sur ce pan méconnu de l’histoire de l’Inde adapté par Kôta Innami. Après la rencontre musclée entre Kautilya et Chandragupta, il ne restait plus qu’à dérouler le récit jusqu’à ce que les ambitions de nos valeureux protagonistes soient enfin atteintes. Mais le mangaka en a décidé autrement laissant son lectorat avec plus de questions que jamais au moment de tourner cette page d’Histoire.
Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.


l’Inde et pédance d’un roi
L’unification de l’Inde antique : un récit digne des plus grandes mythologies !
« Un jour, je deviendrai roi ! »
Dans l’Inde antique, à une époque où de multiples royaumes s’affrontent pour prendre le contrôle du subcontinent… Kautilya, un jeune homme borgne dont l’intelligence fulgurante n’a d’égale que son ambition débordante est déterminé à devenir le « roi unique » – celui qui réalisera l’unification de tous les royaumes belligérants et mettra un terme à cette ère de troubles !
Un soir de pleine lune, il fait la rencontre de Chandragupta, un leader aussi charismatique que doué au combat, qui est à la tête d’une grande bande de brigands…Découvrez la grande histoire des origines de l’Inde dans un récit épique et plein de rebondissements !
Doki Doki

Raja prend place dans l’Inde antique, en 326 avant J.-C., à une époque où le subcontinent n’est qu’un puzzle de royaumes rivaux, prêts à s’engloutir les uns les autres pour s’arroger la suprématie. De ce tumulte émerge Kautilya, un jeune homme borgne à l’esprit aussi affûté qu’une lame, nourri d’un profond mépris pour l’ordre établi et animé par une volonté que rien ne semble pouvoir briser. Son objectif est clair, presque démesuré : devenir le « roi unique », celui qui parviendra à unir sous une seule couronne des terres déchirées par la guerre. Précepteur du prince Pabbata, héritier du puissant royaume de Magadha, Kautilya est aussi respecté que redouté.

Son intelligence hors norme et son intransigeance lui valent une réputation qui dépasse largement les murs du palais. Considéré comme un frère par le prince, il finit par obtenir une audience auprès du roi, lequel lui propose, contre toute attente, de lui confier les rênes du royaume. Une offre que Kautilya refuse. Car il ne se contentera jamais d’un trône emprunté : son destin doit se bâtir seul, sur un chemin tracé selon ses propres règles. Né avec des yeux vairons, signe de royauté en Inde, il a vu l’un d’eux crevé par sa propre mère alors qu’il n’était qu’un enfant, afin de l’empêcher d’accéder au pouvoir. De cette mutilation est née une promesse silencieuse : ne jamais fléchir avant d’avoir accompli son dessein. Banni de Magadha à sa demande, Kautilya prend la route de Taxila, l’université qu’il a quittée huit ans plus tôt.

Il y retrouve Najeem, ancien condisciple devenu recteur, qui l’accueille à bras ouverts. Mais le lieu de savoir est loin d’être un havre de paix. Régulièrement attaquée par des bandits, l’université devient le théâtre d’une rencontre décisive lorsque Chandragupta, chef d’une bande de pillards rêvant lui aussi d’unifier l’Inde sous une seule autorité, tente un assaut nocturne. Défait par la ruse de Kautilya, Chandragupta reconnaît en lui un esprit à sa mesure et choisit l’alliance plutôt que l’affrontement. Dès lors, Kautilya poursuit sa route, accompagné de Najeem, qui abandonne son poste de recteur, de Chandragupta et de son fidèle aide de camp Surya. Ensemble, ils partent à la recherche d’un mécène capable de financer une ambition royale sans précédent. Leur cible est déjà désignée : Zamran, l’un des marchands les plus riches et influents du subcontinent.
Zamran malade
Si vous tenez absolument à ce que coule le sang de quelqu’un, prenez donc le mien !
Le sous-continent indien au IVe siècle av. J.-C. L’ère des « Seize royaumes »…En ces temps reculés, un seul et unique facteur décidait de manière inique de toute la vie des individus : la lignée.Déterminés à en finir avec l’injustice de leur époque, deux héros nommés Kautilya et Chandragupta décident de réaliser l’unification du monde indien afin de lui imposer un ordre nouveau. Un ordre plus juste…Mais à cette fin, il va leur falloir faire la guerre. Et le nerf de la guerre, c’est l’argent ! Afin de s’assurer les ressources nécessaires à leur campagne militaire, ils se rendent auprès d’un riche marchand dont ils espèrent faire leur mécène : Zamran. Mais ils découvrent avec stupeur que celui-ci se livre au plus ignoble des commerces : le trafic d’esclaves…
Doki Doki

Retardé par l’impétuosité de Chandragupta qui a valu au petit groupe de se faire bannir de tous les bateaux naviguant sur le fleuve, le petit groupe se voit obligé d’emprunter la voie terrestre, au grand agacement de Kautilya. Parvenu à destination, ce dernier se voit obligé de brider les ardeurs du jeune voleur afin que les négociations avec Zamran démarrent sur un pied d’égalité avec le marchand. Mais tandis que Chandragupta est en route pour voir l’océan qu’il découvre pour la première fois, Zamran fait son apparition et Kautilya s’aperçoit que le marchand s’adonne également au commerce d’esclaves.

Pour autant, Kautilya s’entête à vouloir s’allier avec le marchand, et ce, malgré le désaccord de Surya qui réagit vivement. C’était sans compter sur l’intervention de Chandragupta qui s’invite de façon violente à la vente d’esclaves. Après avoir blessé le marchand, il est rejoint par Najeem alors que les gardes les encerclent de toute part. Cependant, c’est kautilya qui va arrêter le massacre en mettant KO les deux combattants. Alors que Chandragupta et Najeem sont enfermés en prison, Surya et Kautilya sont invités dans les appartements de Zamran. La négociation peut enfin commencer !
Combats de coqs
L’unification de l’Inde antique : un récit digne des plus grandes mythologies ! Ne te satisfais jamais de ce que tu as « maintenant ». L’océan… Trait d’union entre les terres, lien entre les continents. Les yeux rivés sur l’horizon, Chandragupta détaille le passé d’une formidable rencontre.Celle d’un homme aux yeux vairons. Celle d’un roi.L’intemporelle connexion entre deux destins qui s’apprêtent marquer l’histoire…À une époque où le chaos succède à l’ordre chaque fois que l’ordre prend le pas sur le chaos, Chandragupta et Kautilya continuent leur extraordinaire aventure ! Dans le sang, dans les larmes, dans la bravoure et dans la détermination, voici la conclusion d’une épopée que l’Histoire retiendra comme les prémices d’un bouleversement majeur !
Doki Doki

Missionné par Zamran pour anéantir les pirates nommés les Coqs des quatre mers, Chandragupta et Kautilya s’aperçoivent qu’il s’agit en fait d’un clan de femme, appartenant à un village ou sont les bienvenues toutes celles qui ont été maltraitées par les hommes. Mais avec l’arrivée d’une femme enceinte ayant été violée par le seigneur Takshaka, c’est la menace de l’armée du guerrier impitoyable qui pèse désormais sur le hameau. Devant l’impossibilité de son compagnon à fermer les yeux sur le sort de ces femmes, Kautilya décide de lancer les hostilités contre Takshaka. Mais ce dernier n’est pas la seule menace qui plane sur le village. En effet, il est accompagné de Shanaq, un maître dans l’utilisation des poisons. Kautilya va devoir mobiliser toute sa ruse pour sortir vainqueur de cette lutte pour le moins inégale.
Et à la fin, elle Raja !

Je vous avais déjà fait part de mes réserves concernant Raja à la faveur de ma critique du tome 1, malgré des qualités évidentes tant en termes de graphismes que d’originalité du scénario. Cela étant, mes peurs se sont vues confirmées dès le deuxième tome avec un scénario qui prend son temps pour nous présenter deux nouveaux alliés du duo Kautilya/Chandragupta : le richissime Zamran et la cheffe des Coqs des quatres mers, nommée Bhanupriya. Mettons d’emblée fin au suspens, nous n’en verrons pas plus, puisque le manga s’arrête brutalement à la fin du volume 3 sans aucune explication que ce soit de la part de Kôta Innami ou même de Doki Doki qui aurait pu se fendre d’un postcriptum afin de lever le doute quand à une volonté du mangaka ou d’une annulation brutale de Raja.

En ce qui me concerne, je penche pour la deuxième option, tant la coupure s’avère trop nette pour avoir été anticipée aussi peu que ce soit par l’auteur. Pourtant des mini-séries en trois tomes j’en ai lu beaucoup et tenant parfaitement dans ce format que ce soit La Romancière et le Mercenaire, Stunts – The 9th Ghost ou dans un autre style Too Beat, chacune ayant un récit complet à même de conclure convenablement son scénario. Moi qui aime quand une promesse est tenue c’est bien ma veine, puisque celle de voir la réunification de l’Inde sous la gouvernance de Kautilya et de Chandragupta ne sera, vraisemblablement, jamais tenue. Pire encore, toutes les interrogations qui se sont faites jour durant la lecture de la série resteront sans réponses, ce qui est frustrant au plus haut point.

Je voulais réellement savoir pourquoi Kautilya obnubilé par le fait de devenir roi laissera sa place à Chandragupta ? Quel est ce crime qui a fait de Kautilya et Pabbata des frères ? Pourquoi la mère de Kautilya a-t-elle préféré crever un œil à son fils plutôt que de le voir accéder au trône ? Comment va se conclure le rituel de l’Ashvamedha initié par Pabbata ? Autant de questions qui resteront sans réponse au grand dam de l’autrice de ces lignes. Voilà que je trouve on ne peux plus dommage, d’autant que l’on finit par s’attacher assez vite aux personnages et que je ne souhaitais qu’une chose, continuer à les suivre dans leurs aventures jusqu’à les voir unifier tout le continent indien sous leur joug.

J’aurais cependant pu apprendre quelques petites choses à la lecture de ces deux volumes, comme le fait que le viol était utilisé comme une arme de guerre et qu’un troisième genre existait dans l’inde antique : les Kinnar, ne se considérant ni comme des hommes, ni comme des femmes et ce quel que soit leur sexe. Pour autant, bien que le dessin soit toujours aussi précis et agréable à l’œil, la fin de Raja se pare des mêmes défauts que son premier tome à savoir que certaines explications sur lesquelles l’auteur fait l’impasse, lui paraissant sans doute aller de soi, m’ont empêché de tout comprendre de l’intrigue.

Ainsi, la raison pour laquelle Kautilya prend la paternité du livre des poisons de Shanaq sous le pseudo de Shanakya, ni même comment cela a pu être possible vu la façon dont c’est évoqué dans le manga me laisse plus que perplexe. Cela n’est pas important cependant, Kôta Innami ayant posé un point final à Raja, condamnant sa saga indienne à ne pas laisser un souvenir impérissable dans le coeur des lecteurs, si ce n’est par la frustrations de ne jamais pouvoir découvrir ce qu’elle aurait pu devenir au fil des tomes.

Au final, Raja laisse derrière lui une impression d’inachevée. Celle d’un récit ambitieux, nourri d’Histoire et de personnages immédiatement attachants, brutalement privé du temps nécessaire pour tenir ses promesses. La réunification de l’Inde, annoncée dès les premières pages comme une destinée inéluctable, restera à l’état de mirage, tout comme les nombreuses zones d’ombre entourant Kautilya, Chandragupta ou encore les motivations des uns et des autres. Si la série conserve jusqu’au bout de réelles qualités graphiques et quelques éclats de justesse historique, elle se heurte à une fin abrupte qui empêche de s’y investir pleinement. Raja s’achève donc sans offrir la conclusion qu’il appelait de ses vœux, condamnant son univers à demeurer dans l’entre-deux : celui d’une grande fresque avortée, dont le souvenir restera moins marqué par ce qu’elle a narré que par tout ce qu’elle n’aura jamais eu l’occasion de raconter.




