Annoncé en grande pompe sur la chaîne Twitch de Doki Doki au mois de juin 2025, Raja, manga en trois tomes de Kôta Innami, nous propose de nous immerger dans un pan de l’histoire de l’humanité assez peu connu : l’unification de l’Inde par deux héros ayant totalement détruit le système de classe ayant cours dans le pays. Un ovnis au synopsis prometteur qui séduit en premier lieu par l’originalité de son sujet, d’autant que celui-ci traite de faits réels. De quoi se cultiver davantage tout en profitant de scènes d’actions explosives. Que demander de mieux ?
Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Oeil de l’Inde
L’unification de l’Inde antique : un récit digne des plus grandes mythologies !
« Un jour, je deviendrai roi ! »
Dans l’Inde antique, à une époque où de multiples royaumes s’affrontent pour prendre le contrôle du subcontinent… Kautilya, un jeune homme borgne dont l’intelligence fulgurante n’a d’égale que son ambition débordante est déterminé à devenir le « roi unique » – celui qui réalisera l’unification de tous les royaumes belligérants et mettra un terme à cette ère de troubles !
Un soir de pleine lune, il fait la rencontre de Chandragupta, un leader aussi charismatique que doué au combat, qui est à la tête d’une grande bande de brigands…
Découvrez la grande histoire des origines de l’Inde dans un récit épique et plein de rebondissements !
Doki Doki
Raja c’est avant tout une Histoire avec un grand”H”. Imaginez l’Inde antique en 326 avant J.C., un subcontinent morcelé en royaumes rivaux, chacun attendant son heure pour s’imposer. Au cœur de ce chaos, un jeune homme borgne nommé Kautilya, se distingue par une intelligence perçante, un mépris du système en place… et une ambition inébranlable. Son rêve ? Devenir « le roi unique » capable d’unifier sous sa bannière tous ces territoires en guerre. Précepteur du prince Pabbata, héritier du royaume de Magadha, il est connu et craint pour son intransigeance et son intelligence supérieure.

Considéré comme un frère par le prince, il obtient un beau jour une audience auprès du roi qui finit par lui confier les clés du royaume. Contre toute attente Kautilya refuse, voulant se hisser sur un un trône unique en traçant son propre chemin et surtout en restant fidèle à ses principes. Né avec les yeux vairons (signe de royauté en Inde) il a vu un de ces yeux crevé par sa propre mère alors qu’il était enfant, afin de l’empêcher de prendre place à la tête d’un royaume. Il s’est alors juré de ne jamais faillir avant d’avoir atteint son but.

Banni de Magadha à sa demande, il se rend alors à l’université de Taxila dont il s’est enfui huit ans plus tôt. Accueilli par son ancien condisciple Najeem, devenu recteur du lieu de savoir, il se met en quête d’un employeur capable de le soutenir dans son ascension royale. Il apprend alors que l’université est souvent la cible de bandits et justement Chandragupta et sa bande prévoient d’attaquer à la faveur de la nuit. Que ce soit l’ancien précepteur ou le chef des voleurs, ils ignorent encore que les rouages du destin vont se mettre en marche et de leur rencontre s’amorcera un changement drastique pour le pays.
Lisez un extrait de Raja – Tome 1 ici !
Un bon Kôta d’Histoire

Derrière chaque planche de Raja se cache Kôta Innami, un mangaka encore inconnu en France, mais déjà responsable de la série Dogedou une histoire en deux volumes se déroulant durant la période Edo. Cette sorte de battle royale entre condamnés à mort n’est peut-être pas tirée de faits réels, mais se déroule elle aussi dans un contexte historique bien connu. De là à en déduire que Kôta Innami aime l’histoire, il n’y a qu’un pas que nous franchirons allègrement. Ce qu’il y a de certain en tout cas, c’est que le dessinateur aime l’Inde depuis son visionnage du film “La Légende de Baahubali”.

Il s’en ouvre d’ailleurs dans une interview disponible dans le Doki Doki Mag n°4, qui permet d’en apprendre plus sur l’œuvre. Nous y découvrons également qu’un consultant historique, en la personne de Tsukasa Mizushima, prête main-forte à l’auteur, dans son souci permanent de retranscrire fidèlement la culture et l’histoire indienne. Si cet argument et cette envie est parfaitement louable, elle s’accompagne d’un écueil dans lequel malheureusement le mangaka est tombé en plaçant les connaissances de ses lecteurs au moins au même niveau que les siennes ce qui n’est en grande partie jamais le cas !
De Raja à Maharaja

Si je suis assez friande des œuvres à consonance historique, il faut bien reconnaître que l’on en trouve beaucoup traitant des diverses périodes historiques du Japon (Golden Kamui, Swingin’ Dragon & Tiger Boogie, Ghost of Tsushima, …), voire du médieval européen (Chroniques de la Mariée de Bretagne), mais Raja est bien l’un des rares mangas à traiter de l’histoire de l’Inde. Qui plus est se basant sur une réalité historique. L’originalité du récit en lui-même est déjà un argument pour s’intéresser à la saga de Kôta Innami, mais en plus il s’avère que l’intrigue est prenante et les planches, fourmillant de détails, sont superbes. Certes on y perd un peu en lisibilité lors des scènes de combats et il n’est pas rare de devoir s’arrêter sur les planches afin de bien appréhender la succession des événements se déroulant sous nos yeux.

Comme je vous le disais, j’ai pu lire dans l’interview de l’auteur, que ce dernier se renseigne sur l’Inde et son histoire depuis environ deux ans et est secondé par un historien spécialisé sur le sujet. Cela a un petit effet pervers, car si le manga est historiquement inattaquable, il y a certains détails passés sous silence que je n’ai pas réellement compris et qui me gêne dans ma lecture. Ainsi, je n’ai toujours pas réussi à savoir à quelle classe ou “Varna” appartenait Kautilya à la base. En effet, s’il faisait partie des Shudras (à savoir les serfs) il n’aurait pas été autorisé à étudier les védas, à moins que ses yeux vairons ne lui aient ouvert les portes du savoir ? Et si jamais il fait partie d’une classe plus aisée d’où lui viendrait cette haine des nobles ?

Dans le même ordre d’idée, nous avons un aperçu fugace du serment de fraternité entre le prince Pabbata et son précepteur. Or dans cette vision nous y voyons deux êtres totalement faméliques et j’ai beaucoup de mal à intégrer comment un prince puisse finir dans un état pareil. Certes de ce qu’évoque l’auteur, toujours en interview, Kautilya serait un homme du peuple, mais cela ne m’aide pas vraiment à considérer sa place dans la société. Ce genre de petits détails qui semble évident pour l’auteur et son consultant, ne l’est pas forcément pour le lecteur qui lui ne connaît pas forcément la culture ou le récit prend place, ce qui est mon cas.
J’espère cependant en savoir plus dans les prochains volumes, même si l’intrigue tenant en 3 tomes j’ai peu d’espoir que nous revenions sur ces faits pour les voir éclaircis. En attendant, il me tarde un peu de savoir jusqu’où l’intelligence de Kautilya va le pousser pour atteindre son rêve, lui qui ne craint même pas les dieux. Réponse dans le tome 2 de Raja attendu en librairie pour le 1er octobre 2025.
Raja tome 1 démarre sur les chapeaux de roues, posant avec efficacité les bases de son intrigue et la présentation de ses personnages. Cela étant, pour tout lecteur sans connaissance de cette facette de l’histoire de l’Inde, il n’est pas toujours facile de s’y retrouver dans le système de caste et sur la position des héros au sein de celle-ci. Pour autant, l’action est bien présente, le graphisme très agréable et le suspens haletant. On attend avec impatience de voir Kautilya faire usage de son intelligence pour arriver à ses fins, même si on ignore encore comment il est possible que le machiavel indien et Chandragupta atteignent tous les deux leurs objectifs sans le désistement de l’un d’eux. Il reste encore beaucoup de zones d’ombres et il faudra attendre la sortie du tome 2 de Raja, le 1er octobre 2025, pour avoir des éléments de réponse.




