Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024

Quand on évoque le manga et ces figures importantes, il y a un nom qui revient systématiquement sur le devant de la scène, celui de Rumiko Takahashi. En 46 ans de carrière, la mangaka a atteint une renommée aussi internationale que durable, à tel point qu’elle a même reçu le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française en 2023. Tandis que l’auteure va bientôt fêter ses soixante dix ans, l’éditeur Glénat, qui possède les droits des séries de la dessinatrice pour la France, a décidé de lui rendre hommage au travers d’un artbook compilant son travail entre les années 1978 et 2024, très justement intitulé Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024. Disponible en librairie depuis le 19 novembre 2025, nous en avons reçu un exemplaire. Et oui, Noël est en avance cette année !

Cette critique a été réalisée avec un exemplaire fourni par l’Éditeur.

Revue de détail dans 402 pages

Tout l’art de Rumiko Takahashi

Retrouvez toutes les œuvres de Rumiko Takahashi, de ses créations en 1978 jusqu’à ses travaux les plus récents. Qu’il s’agisse de Ranma 1/2, Urusei Yatsura, Maison Ikkoku, Rinne, Inuyasha ou encore de Mao, cette somme de plus de 400 pages regoupe les illustrations tant couleur que noir et blanc de ses séries emblématiques. Les crayonnés et annotations présents sur les originaux ont même été conservés et révèlent le travail de précision que constitue la réalisation de telles illustrations.

Glénat

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Glénat a vu grand pour Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 et s’est donné les moyens de rendre son livre véritablement grandiose. Entre sa couverture argentée aux reflets irisés, au vernis sélectif et aux diverses textures, mettant en scène les personnages iconiques de Rumiko Takahashi et les superbes illustrations et autres planches qui émaillent ses 402 pages, c’est un beau bébé de 800 g tout de même que nous avons le plaisir de pouvoir feuilleter. L’occasion d’en apprendre plus sur les méthodes de travail, mais également sur la philosophie personnelle de cette grande dame du manga.

Au sommaire nous découvrons que notre lecture nous emmènera à la poursuite d’Urusei Yatsura, puis prendre le thé Maison Ikkoku, avant de rigoler avec Ranma ½. Par la suite nous serons accueillis par Inu Yasha et ses Yokais, Rinne et ses fantômes et Mao et ses ayakashi avant de conclure avec  une interview fleuve de leur créatrice qui nous en dévoilera plus sur son quotidien de mangaka, ce métier passion qu’elle a découvert jeune et ses astuces pour que son occupation reste toujours épanouissante malgré les années. C’est donc un excellent moyen de découvrir l’évolution du trait de Rumiko Takahashi, nos seulement au fil des années, mais également au fil des projets qui, bien que différents, suivent tout de même une continuité assez logique que l’on découvre au gré des annotations présentes sur les planches originales qui constituent une grande partie de l’ouvrage.

Si l’on peut regretter que ces dernières ne soient pas traduites, la reproduction scrupuleuse de ces planches permet de visualiser une partie du processus créatif de Mme Takahashi. En prime, la mangaka nous présente pour chacune de ces séries une sélection de 5 scènes parmi ses préférées et nous explique le pourquoi du comment de ce choix. Si les planches des mangas ne sont pas traduites, ces scènes, elles, le sont afin de permettre aux lecteurs français d’en apprécier toutes les subtilités.

Découvrez un extrait de Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 ici !

Profession mangaka

Il faut bien le dire, si Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 se lit assez vite, le nombre de texte étant limité, on en apprends tout de même pas mal sur la façon bien particulière qu’a Rumiko Takahashi de concevoir ses intrigues, qu’il s’agisse d’une histoire comique, d’un shonen ou d’un seinen, l’auteure est à l’aise dans tous les genres, passant de l’un à l’autre avec une facilité désarmante. Ce qui frappe en premier lieu est la passion avec laquelle elle exerce son art, même après près de cinquante ans passés à dessiner. On apprend d’ailleurs avec étonnement que la dessinatrice à encore actuellement un rythme de travail assez intense, le même que dans ses jeunes années, mais qui ne semble pas lui peser le moins du monde.

Alors que ces premières longues séries étaient des manga humoristique sur fond d’histoire d’amour, on se rend compte au fil des pages du point de bascule qu’a été Inu Yasha, amenant Takahashi vers des contrées plus sombres. Bien que non dépourvues d’humour ou de romance, celles-ci passent au second plan au profit  d’un univers de fantasy horrifique, un courant qui continuera à inspirer la mangaka pour Rinne et Mao. On apprend par ailleurs dans Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 que si Rumiko Takahashi s’amuse à concevoir ses scénarios, elle ne le fait que pour faire plaisir à ses lecteurs et leur apporter bonheur et divertissement, excluant ainsi tout récit qui pourrait leur être inconfortable.

C’est également pour cela qu’elle adore donner une fin heureuse à ses protagonistes. Bien que sa philosophie professionnelle soit restée inchangée depuis le début de sa carrière, la dessinatrice à su lui faire prendre des couleurs tellement diverses, en se renouvelant sans cesse, qu’il n’y a qu’en lisant ses mots que le lecteur est frappé de l’évidence. Une subtilité qui prouve, s’il en était encore besoin, la grande maîtrise de la mangaka pour développer et nourrir ses univers qui ont toujours des filiations, mais restent pour autant fondamentalement uniques.

La couleur des sentiments

Je le reconnais volontiers, je n’ai commencé à apprécier Rumiko Takahashi qu’avec Ranma ½, Urusei Yatsura et Maison Ikkoku n’étant pas vraiment des intrigues qui m’ont parlé. Cependant, après le virage plus shonen de la mangaka et plus sombre notamment avec Mermaid Saga puis Inu Yasha, j’ai commencé à apprécier le travail de l’auteure dont je suis devenue une fervente admiratrice. Alors que Junji Ito vient d’avoir droit à son Artbook nommé Tentation, il n’était que justice que la grande dame du manga lui emboîte le pas et j’avoue avoir été bluffé du résultat.

Même si, et vous l’aurez compris en lisant ce qui précède, j’ai regretté l’absence dans Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 d’oeuvres plus mineures comme Mermaid Saga ou encore One Pound Gospel (même si cette dernière n’étant jamais arrivée en france, son absence est plus explicable), dont l’analyse est tout aussi intéressante que les séries au long cours de l’autrice. Malgré le peu de textes contenus dans les pages, j’ai tout de même appris beaucoup de choses, et je me retrouve beaucoup dans les propos tenus par la dessinatrice, dont j’admire la façon de penser. J’ai été cependant très étonnée d’apprendre que Rumiko Takahashi avait créé Ranma ½ pour qu’elle plaise également aux enfants de primaire qui apprennent à lire et à écrire.

Dans une société aussi corseté que peut l’être la société japonaise, les divers gags avec Ranma se changeant en fille et se retrouvant nue, j’y ai vu un paradoxe que je ne m’explique pas. Dans l’absolu cela me poussera à faire quelques recherches complémentaires, ce qui n’est pas plus mal et est la marque d’un livre réussi en ce qui me concerne. Autre sujet d’étonnement les influences de Rumiko Takahashi qui incluent Ryoichi Ikegami, le dessinateur de Crying Freeman, entre autres, un univers à mille lieux de celui de la mangaka. Mais encore une fois la subtilité est de mise et ces influences incongrues ont sûrement été parfaitement intégrées par Mme Takahashi pour nourrir ses intrigues sans que cela ne soit trop évident.

D’autre part, j’ai adoré découvrir les planches originales avec les dialogues tapés à la machine et collés manuellement dans les bulles. Cela à cessé avec Rinne, signe d’un passage au dessin par ordinateur peut-être ? En tout état de cause il reste passionnant d’étudier sur pièce la construction d’un manga et j’espère que d’autres auteurs auront la faveur de ce type d’ouvrage par la suite, tant Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 s’impose comme un incontournable à avoir dans sa bibliothèque quand on apprécie l’autrice et son travail.

Pour conclure…

Rumiko Takahashi Colors : 1978-2024 s’impose comme un voyage privilégié dans l’atelier d’une autrice qui a fasciné plusieurs générations de lecteurs sans jamais perdre sa simplicité ni sa passion. Malgré quelques absences dans la sélection, l’artbook offre un panorama d’une rare richesse, tant pour comprendre l’évolution de son trait que pour saisir la cohérence de son œuvre, toujours en mouvement. Entre anecdotes, planches d’époque et confidences sincères, il met en lumière une créatrice qui continue, après près d’un demi-siècle, d’aborder chaque série avec enthousiasme et curiosité. Un ouvrage qui ravira autant les admirateurs de longue date que les lecteurs désireux de découvrir ce qui fait, encore aujourd’hui, la force tranquille de Rumiko Takahashi.

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