Faire la critique de Mao depuis le début de la série m’a offert une évidence : Rumiko Takahashi maîtrise mieux que quiconque le rythme long. À l’heure où beaucoup de séries s’essoufflent en milieu de parcours, ce n’est pas le cas avec Mao et les deux derniers tomes ne font pas exception à la règle. Alors que le tome 21 vient de pointer le bout de ses pages en librairie le 5 novembre 2025, il était temps de nous pencher sur les volumes 20 et 21. Au programme un sauvetage à haut risque, des disparitions d’enfants et des poupées vivantes, de quoi maintenir le lecteur en haleine avec ces deux volumes qui dénotent une montée en puissance narrative remarquable.
Cette critique a été réalisée avec des exemplaires fournis par l’Éditeur.


Le portail à voyager dans le temps
Le Retour de Rumiko Takahashi
À l’âge de 7 ans, la jeune Nanoka Kiba a perdu ses deux parents dans un accident. Aujourd’hui en troisième année de collège, elle revient sur les lieux du drame et se retrouve projetée un siècle plus tôt, en pleine ère Taisho. Dans ce Japon du début du XXe siècle, elle rencontre Mao, un chasseur de yôkai, qui la considère comme l’un d’entre eux. À la recherche de la créature qui l’a maudit, il va aider Nanoka à lever le mystère sur sa véritable nature…
On ne présente plus Rumiko Takahashi, Grand Prix 2019 du Festival international de la BD d’Angoulême. Cette autrice hors pair qui avait débuté sa carrière en 1978 avec Urusei Yatsura, éditée pour la première fois en France en 1994 avec Ranma 1/2, retourne à la prépublication hebdomadaire avec Mao, sa nouvelle série shônen. Il s’agit là d’un condensé de tout son art, un savant mélange entre action, drame, horreur et humour, qui saura plaire aussi bien à ses premiers fans qu’aux nouveaux lecteurs à la recherche d’un bon shônen de voyage entre les mondes (isekai) !
Glénat

L’intrigue de Mao se déroule simultanément à deux époques différentes, d’un côté, Nanoka est une lycéenne moderne, ayant perdu ses parents dans un accident de voiture dont elle a miraculeusement réchappé quand elle avait 7 ans. De l’autre, Mao est un médecin d’un genre un peu particulier : un maître Onmyoji formé au sein du clan Goko, spécialiste de la magie noire et des malédictions et vivant durant l’ère Taisho (1912-1926). Leur rencontre n’est rendue possible que lorsque la jeune fille, revenue sur les lieux où elle a perdu ses parents, passe un portail qui la transporte cent ans auparavant. Afin d’élucider le mystère de la présence de Nanoka, Mao va se replonger dans son passé et plus précisément lors de la nuit funeste qui a vu l’extermination du clan Goko, 900 ans avant sa rencontre avec Nanoka.

Devenu immortel après avoir été maudit par Byoki et hérité de certains de ses pouvoirs, Mao s’aperçoit que ce dernier à également maudit la lycéenne afin d’avoir deux corps à posséder à sa disposition le cas échéant. Cependant, si Mao à survécu, il n’est pas le seul et plusieurs disciples du clan maudit ont également traversé les siècles, habités par la volonté d’en apprendre plus sur la fameuse nuit où tout a été détruit. Mao, blanchi des accusations de meurtre de la fille du chef du clan, Sana, dont il était amoureux, voit se rallier à lui Hyakka, Kamon et Natsuno, tandis que Shiranui et Hakubi, aidés par Yurako la soeur jumelle de Sana, tente de leur côté de reformer le clan en intégrant de nouveaux adeptes comme Mei et sa magie des plantes, Soma et son fauve maléfique, Renji, Sasuga et Kagari.

Commence alors une chasse aux instruments maudits héritage du clan Goko et disséminés de par le monde à sa chute, autant qu’une grande enquête afin de déterminer les réelles circonstances ayant amené à la nuit fatale. Byoki de son côté, ayant échoué à faire de Nanoka et de Mao ses réceptacles essaie désormais de rendre la vie à Daigo, un maître onmyoji assassiné avant la chute du clan et frère spirituel de notre héros. Après s’être servi de Natsuno pour reconstituer le corps de Daigo, Byoki cherche désormais à se débarrasser d’elle afin de mettre la main sur l’âme du jeune homme qu’elle porte en elle. Mais la magicienne de la Terre en réchappe grâce à l’intervention de Mao et Nanoka et alors que la vérité commence à se faire jour, une nouvelle affaire attire l’attention de nos amis.
Retrouvez notre critique complète de Mao – Tome 1 à 10 ici !
Nanoka dresseuse de fauves
Depuis son arrivée dans le clan Goko, Soma est plus que jamais fasciné par les émanations maléfiques de son fauve. Le jeune homme autrefois attiré par les ténèbres mais réticent à ôter la vie, n’existe plus…
Soma, devenu un fauve assoiffé de sang, croise de nouveau la route de Nanoka !!
Glénat

Tandis que Nanoka poursuit son entraînement auprès de Natsuno afin de maîtriser son sabre Akanemaru, Kamon débarque au cabinet de Mao afin de leur faire part d’une rumeur inquiétante. Plusieurs témoins dans une affaire de pots de vin impliquant l’armée sont assassinés sans que l’on sache comment et parfois devant témoin. Le point commun ? D’immenses traces de griffures sur les lieux du crime. Immédiatement, Mao et Nanoka se mettent à suspecter l’implication de Soma dans ces crimes.

Maintenant que le jeune homme, jusqu’à présent réticent à ôter la vie à franchi la ligne, l’emprise maléfique de son fauve est plus forte que jamais, et risque de le détruire. Pour empêcher cela, nos amis, au premier rang desquels Nanoka qui a un compte à régler avec le dresseur, décident de se confronter à lui pour exorciser son familier. Mais Soma ne l’entend pas de cette oreille et compte bien tout faire pour se débarrasser des gêneurs. Pendant ce temps, Byoki s’introduit auprès de Yurako pour lui faire une proposition d’alliance, ce qu’elle accepte…
Lisez un extrait de Mao – Tome 20 ici !
Toys story
Tous ses propriétaires périssent dans d’étranges circonstances, tant sa beauté est envoûtante… et fatale… Quand cette fascinante poupée dévoile ses intentions meurtrières… elle révèle des liens inattendus avec d’anciens ennemis de Mao !
Glénat

Alors que Mao s’occupe de soigner la blessure d’Ayame, causée par les aiguilles maléfiques de sa petite sœur Kagari, l’aînée de la famille Hosho demande à son médecin de l’aider. Ayant accepté de réaliser une malédiction pour une cliente souhaitant sauver sa meilleure amie d’un homme dont elle doute de la sincérité, Ayame s’interroge suite à la demande d’une malédiction plus puissante émanant de la même cliente. Dépêchés sur place, Mao et Nanoka vont devoir naviguer en eau trouble pour sauver les deux amies et l’homme touché par la malédiction. Une fois le fin mot de l’affaire éclairci, notre duo n’a guère le temps de se reposer que des disparitions mystérieuses d’enfants attirent leur attention.

Devant ces bambins qui sortent d’eux-même pour se rendre dans un lieu connu d’eux seuls, Mao se demande si le ravisseur ne ferait pas usage de l’appeau à enfants, autre objet hérité de clan Goko, pour commettre ses méfaits. Conclusion à laquelle est également arrivé Shiranui qui envoie sur place Renji et Mei pour récupérer l’artefact. Cependant la confrontation va tourner court devant l’identité incongrue du criminel. De son côté, Kamon est invité dans la demeure du Baron Kawazu, heureux propriétaire d’une magnifique poupée grandeur nature et que l’on croirait vivante. Intrigué par une légère émanation maléfique provenant de la poupée, Kamon apprend par la suite le décès du Baron et la disparition de la poupée. Il décide alors de retrouver sa trace en compagnie de Mao, Hyakka et Nanoka…
Découvrez un extrait de Mao – Tome 21 ici !
Soma sombre, mais Mao éclaire…

Encore une fois au cours de ces deux tomes de Mao, nous naviguons entre plusieurs enquêtes et révélations fracassantes venant étoffer le fil rouge. J’aime beaucoup les intrigues additionnelles ajoutées par Rumiko Takahashi, qui, en plus de permettre aux relations entre les personnages de se renforcer, remet sur le devant de la scène certains protagonistes que j’aime beaucoup. Ainsi le duo formé par Renji et Mei, dont les idéaux sont semblables, fonctionne parfaitement contrairement à celui qu’il a par le passé formé avec Sasuga. Il faut dire que la nonchalance du manipulateur d’eau s’accordait mal à l’intransigeance du manipulateur d’insectes porte-feux.

En ce qui concerne Soma, je dois avouer que le dresseur de fauve me fait de la peine, ayant accepté de tuer pour son supérieur en qui il a toute confiance, alors que pour Hakubi Soma n’est qu’une expérimentation de plus et qu’il lui prépare déjà un successeur au cas où le besoin s’en ferait sentir. Mais la palme de la trahison revient à Yurako, dont on a déjà découvert le triste passé de recluse, simple objet d’invocation d’ayakashi. Jouissant désormais de la liberté de sortir au grand jour, elle n’en reste pas moins manipulée par les autres, à commencer par Hakubi qui lui a fait croire avoir tué le cadavre ressuscité de Daigo dans le tome 16, ainsi que par Byoki qui lui demande de l’aide sans lui révéler qu’il veut tuer Natsuno pour récupérer l’âme de Daigo et faire revenir totalement le maître Onmyoji d’entre les morts.

Profitant de l’occasion pour faire part de ses sentiments à Mao qui ne peut pas répondre à ses sentiments. Si je comprends la volonté du médecin de vouloir délivrer la soeur jumelle de Sana, je crains que ne pas avoir répondu clairement à la jeune femme qu’il ne pouvait répondre à ses sentiments ne lui cause des problèmes plus tard. D’autant qu’il choisit de taire cette entrevue à Nanoka, ce que, je n’en doute pas, la lycéenne finira par apprendre d’une façon ou d’une autre. Cela étant, j’aimerais vraiment que le manga en arrive au point où nos héros finissent par reconnaître les sentiments qu’ils ont l’un pour l’autre une bonne fois pour toute. Pour cela il me faudra attendre le prochain tome de Mao, le 22ème dont la sorti en librairie n’est pas datée pour l’instant.
Les tomes 20 et 21 de Mao, loin de faire stagner l’intrigue, profitent des enquêtes secondaires (du choix de Soma au mystère de la poupée vivante) pour renforcer son casting et approfondir le passé maudit du clan Goko. C’est un équilibre parfait entre l’action et le drame, où chaque nouveau chapitre semble nous rapprocher inexorablement de la vérité sur la nuit fatale. Mais au-delà des créatures maléfiques et des malédictions, ces volumes nous offrent surtout des moments de tension émotionnelle intense, notamment avec la confession de Yurako. Le silence de Mao face à la révélation de ses sentiments annonce sans doute des turbulences sentimentales à venir, une dynamique que la mangaka excelle à tisser. Une montée en puissance incontestable, prouvant que Mao est un shônen de voyage temporel qui continue de surprendre et d’envoûter. Le rendez-vous est pris pour le tome 22, espérant y voir se dénouer à la fois le mystère ancestral et l’alchimie indéniable qui lie Nanoka et son maître Onmyoji.




